CHAPITRE ni
dans les vues de l’archiduc, son agent à Rome, Jean Richardot, fils du président du Conseil privé de Bruxelles, lui avait proposé de faire exécuter pour la chapelle de Sainte-Hélène, dans cette église, un tableau d’autel dont il estimait que le prix pouvait être fixé à loo ou 200 écus. Il est probable que Richardot, en adressant au prince cette proposition, s’était déjà entendu à cet égard avec Rubens, à qui il avait quelque raison de s’intéresser, Philippe, le frère du peintre, ayant été d’abord secrétaire du président, avant de devenir le précepteur d’un autre de ses fils. L’archiduc avait accepté les conditions qui lui étaient faites, et Richardot, à la date du 3o juin, informait son père qu’il allait s’occuper de cette affaire. Dès qu’il eut reçu la commande, Rubens se mit au travail ; mais, pressé par le temps, il n’avait pu finir qu’un seul des trois tableaux destinés à la décoration de la chapelle, celui de l’autel central. Le 12 janvier 1602, le terme fixé pour le départ de l’artiste étant proche, Lélio Arrigoni, touché du désir de l’archiduc par son agent, demandait à Chieppio un sursis, et, quelques jours après, le 25 janvier, Richardot lui-même écrivait directement au duc Vincent pour lui exposer sa requête. Un des tableauxj il est vrai, était terminé ; mais il devait être accompagné de deux autres plus petits, « autrement l’œuvre resterait imparfaite et privée de sa décoration complète». Il espérait donc qu’on permettrait à Rubens de rester encore à Rome, car « le peu de temps qu’il lui faudrait pour accomplir sa tâche ne saurait nuire en rien aux œuvres considérables et magnifiques que S. A. a, dit-on, commencées à Mantoue ».
L’autorisation fut, sans doute, accordée, puisque les trois tableaux qui formaient l’ensemble de la décoration de l’autel de Sainte-Hélène à l’église Sainte-Croix de Jérusalem se trouvent aujourd’hui réunis à la chapelle de l’Hospice municipal de Grasse. La première fois que je vis ces peintures, je fus frappé des nombreux défauts qu’elles présentent : la rudesse de leur aspect, le manque de proportions de certaines figures, la banalité de la plupart des autres m’avaient, je l’avoue, inspiré une défiance très naturelle au sujet de leur attribution à Rubens. Mis au courant des documents qui les concernent, je suis retourné à Grasse pour les étudier de plus près, et un examen attentif, sans modifier beaucoup mon sentiment au sujet de leur valeur, m’oblige à conclure à l’authenticité de cette attribution, justifiée, du reste, non seulement par des témoignages décisifs, mais par le caractère même de la composition