TABLEAUX DE L’HOSPICE DE GRASSE
et de la facture, lesquelles s’accordent de tout point avec celles d’autres peintures de la même époque. Placés dans l’église Sainte-Croix de Jérusalem, les trois tableaux y sont, en effet, signalés, dès 1642, dans une publication de G. Baglione (i), où iis sont très exactement décrits. M. Max Rooses, qui a suivi leur histoire, nous apprend qu’en lyôS, celui du centre, la Sainte Hélène ayant beaucoup souffert de l’humidité, avait été placé dans la bibliothèque des Cisterciens qui desservaient l’église; les deux autres étaient restés dans la chapelle. Plus tard, tous trois ayant été transportés en Angleterre, y furent vendus aux enchères en 1812, puis rachetés aux divers acquéreurs par un riche industriel de Grasse, M. Perrole, qui les légua en 1827 à sa ville natale. On conçoit que, par suite de ces pérégrinations et des conditions défavorables dans lesquelles iis étaient primitivement exposés, ils aient subi de très sérieuses détériorations. De plus, à la hauteur et sous le jour où ils sont maintenant exposés, ii est difficile de les bien voir.
Malgré tout, historiquement, l’importance de ces tableaux est considérable : ce sont, en réalité, les premières œuvres originales que nous connaissions de Rubens, et à ce titre, elles méritent notre attention. De ces trois peintures, la Sainte Hélène est la plus brillante et la plus simplement conçue. Au contraire, dans VEcce Homo, l’entassement et l’incohérence des détails sautent aux yeux tout d’abord et l’éparpillement de la lumière, aussi bien que les contrastes excessifs des colorations exagèrent encore ces défauts. Seule, la figure du Christ mérite d’être louée pour la noblesse de ses traits et son expression touchante de tristesse et de résignation. Quant à V Érection de la Croix, suivant toute apparence, c’est Tintoret qui en a fourni à Rubens la donnée principale. Les mêmes défauts de dureté dans la couleur, d’opacité dans les ombres, de rougeur excessive dans les carnations déparent cet ouvrage, avec une absence de proportions plus choquante encore que dans les deux précédents. La figure du Christ, un colosse de carrure athlétique, dépasse singulièrement par sa taille et sa corpulence les dimensions des personnages qui l’entourent, tandis qu’au premier plan, la Vierge défaillante, est comme les saintes femmes qui la secourent, d’une exiguïté inconcevable.
(1) Le Vile de piîtori, scuUori ed architetli dal ponlifimto di Gregorio XIII, del 1S72, in fino a Icmpi di Pafa Urbano VIH, nel 1642, par Giovanni Baglione; îr-4°; Roma, 1642.