CHAPITRE III
On le voit, ces œuvres étranges et, à tout prendre, fort médiocres sont laites pour déconcerter quiconque a un peu pratiqué Rubens. Et cependant, en dépit de leurs faiblesses, certaines qualités très personnelles, très caractéristiques s’y peuvent remarquer : l’entente de l’effet décoratif, le sens du mouvement et de la vie, le goût des actions tumultueuses dans lesquelles tous les sentiments, toutes les passions sont en jeu. Au surplus, la meilleure preuve du cas que faisait Rubens de ces premières productions de sa jeunesse, c’est que, dans V Érection de la Croix, il s’était représenté lui-même, vers le centre, avec son front haut, sa barbe en pointe et son fin profil; et qu’après son retour à Anvers, ayant à peindre le même sujet pour l’église Sainte-Walburge, il conserva de sa composition primitive non seulement plusieurs personnages, mais l’ordonnance générale elle-même avec cette diagonale expressive formée par le corps livide du Christ, qui traverse la toile comme un grand cri de douleur.
Toute sa vie, d’ailleurs, Rubens se reprendra ainsi lui-même et en traitant, comme il fit bien des fois, des épisodes semblables, il corrigera une œu\ re défectueuse par une œuvre meilleure. Avant qu’il se sente lui-même et qu’il prenne confiance dans son génie, nous rencontrerons encore bien des productions équivoques et qui semblent peu dignes de son nom. Les peintures faites pour Sainte-Croix de Jérusalem nous permettront, par leur médiocrité même, de mesurer le chemin qu’il va parcourir et de mieux apprécier des progrès dus à la constance de ses efforts et de sa volonté.
MÉDAILLON D ’ L N PLAFOND DF MANTEGNA (Caméra degli sposi, à Manloue.)