‹ Rubens; sa vie, son œuvre et son tempsChapitre 69 sur 553 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

conformer de lout point aux désirs de Son Altesse, il lui paraît utile de s’entendre avec le Flamand, son peintre, pour savoir de lui quelles sont les œuvres les plus belles et les plus rares qu’il ait vues. En spécifiant après cela d’une manière précise les tableaux qui seront copiés et les lieux où ils se trouvent, on sera plus certain de satisfaire le goût de Son Altesse et de ne pas se tromper». On voit, d’après cette lettre, le cas qu’on faisait du jugement de Rubens, le choix des œuvres à reproduire étant laissé à sa discrétion. 11 y a donc lieu de s’étonner que le duc ait rappelé à Mantüue son peintre, alors qu’il aurait pu l’employer à ces copies. Il projetait, sans doute, de lui confier quelque travail plus important, ainsi que l’écrivait Richardot dans la lettre qu’il avait adressée à Vincent de Gonzague : mais, comme nous l’avons dit plus haut, on n’a retrouvé aucune trace d’œuvres peintes par le Flamand à cette époque.

Rentré à Mantoue, Rubens, sauf quelques déplacements de peu de durée, devait y passer une année entière. Maintenant que sa première fièvre de curiosité était apaisée, il pouvait, avec la tranquillité nécessaire, éprouver et classer les impressions qu’il avait emportées de Rom-e, et mieux apprécier à distance les œuvres vraiment belles. Les difficultés qu’il a\ait rencontrées dans ses premiers travaux et Les imperfections qu’il avait été contraint d’y laisser, lui faisaient sentir vivement la nécessité d’acquérir une possession plus complète des ressources de son art, et il redoublait d’ardeur pour y parvenir.

Cependant, quelle que fût son activité, il dut plus d’une fois souffrir de son isolement dans ce pays où il ne comptait pas un parent, pas un ami. 11 n’avait jamais beaucoup connu les joies du foyer, et, après une enfance entourée de tristesses, il lui avait fallu quitter sa mère pour gagner sa vie et se suffire à lui-même. Encore, s’il avait eu plus souvent des lettres de cette tendre mère, qui, avec son sens droit et lovai, aurait si bien su le réconforter! Mais Anvers était loin et les occasions de faire parvenir des lettres à.Mantoue devaient être assez rares. En tout cas, aucune d’elles ne nous a été conservée. En revanche, nous en possédons trois écrites à Rubens par son frère Philippe, pour lequel il a\ait une très vive affection : malheureusement les informations qu’elles nous fournissent sont assez vagues et sans grand intérêt.

Obligé de bonne heure de se faire lui-même une situation, Philippe Rubens avait été, bien jeune encore, nous l’avons vu, chargé de l’éduca-

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