PHILIPPE RUBENS EN ITALIE
tion des deux fils du président Richardot. H s’était d’abord établi à Lou- A-ain, auprès de Juste Lipse, qui faisait de lui le plus grand cas et près duquel, en même temps qu’il s’occupait de ses élèves, il pouvait pousser plus avant ses études littéraires. C’est de Louvain que, le 21 mai 1601, il avait écrit à Pierre-Paul une première lettre dans laquelle on chercherait en vain quelques-uns de ces détails familiers que réclamerait notre curiosité. Il y a déjà un an qu’il a quitté son frère, et il semble qu’il aurait pourtant bien des choses à lui dire, de lui-même, de leur mère et de leur proche entourage. Mais Philippe est un bel esprit, élevé dans le culte de l’antiquité classique, et à l’exemple d’un grand nombre des érudits de cette époque, sa lettre est un morceau littéraire fait pour la publicité et sans l’ombre d’intimité fraternelle. Avec toutes les élégances de tour et d’expressions dont il est capable, il déplore un éloignement dont il dépeint les rigueurs dans un langage d’une prolixité glaciale, plein de longues tirades sur l’amitié, sur les qualités qu’elle exige, les obligations qu’elle impose, sur les satisfactions ou les douleurs qu’elle amène. Pas un mot sur sa mère, sur ses propres occupations, sur ses projets, mais des images cherchées laborieusement, des comparaisons entortillées, tout le vain appareil d’une rhétorique creuse et ampoulée. Il est impossible d’être plus insignifiant et plus vide. Le 1 3 décembre 1601 , nouvelle lettre adressée de Padoue par Philippe à son frère qu’il sait à Rome, écrite en latin comme la précédente, mais cette fois beaucoup plus courte et un peu plus explicite. Philippe est arrivé depuis quinze jours avec son jeune élève, Guillaume Richardot, qu’il accompagne en Italie, où il compte se perfectionner dans l’étude du droit. « Mes premiers vœux, dit-il, étaient de voir l’Italie et de t’y voir, mon cher frère. Voici l’un de ces vœux accomplis; j’espère réaliser l’autre. Quoi de plus facile, en effet, la distance entre Padoue et Mantoue est si petite ! Ce n’est guère qu’une course à faire d’une traite et quand la saison le permettra, nous v penserons. » Il compte aller avec son élève à Venise vers Noël, mais seulement pour deux au trois jours. « Que je voudrais, ajoute-t-il, entendre tes impressions sur cette ville et sur les nombreuses cités de l’Italie que tu as déjà visitées ! Sur Rome particulièrement, qü’il te faudra bientôt quitter si, comme je l’espère, le duc de Mantoue est rentré sain et sauf dans ses foyers.... Que devient, je te prie, Pourbus? Vit-il, respire-t-il encore? Depuis mon départ je n’ai rien su de notre mère. Elle n’a pu m’écrire ; où