CHAPITRE IV
plaisir extrême et qu’à diverses reprises il l’avait chargé de témoigner à ce propos toute la satisfaction dont il était redevable à S. A. ». Nous avons tout lieu de supposer que ce portrait que nous avons en vain cherché à retrouver existe encore en Espagne, probablement dans quelque palais des ducs de Dénia, descendants de la famille de Lerme (i). Mais, même à Ventosilla, l’exécution de cet ouvrage avait dû être plus d’une fois interrompue par les allées et venues du modèle qui avait été forcé de suivre le roi à l’Escurial.
C’est, sans doute, pour occuper ses loisirs que Rubens, confiné à la campagne, v peignit également pour le duc de Lerme (ainsi qu’il nous l’apprend lui-même dans une lettre adressée par lui en i6i8 à sir Dudley Carleton) une Suite des Apôtres et du Christ, exposée aujourd’hui au Musée du Prado. Il en avait conservé les dessins à la plume, rehaussés de gouache et de sanguine, qui font partie de la collection de l’Albertine et d’après lesquels furent exécutées plus tard non seulement les gravures de N. Ryckemans, mais des copies qui se trouvent aujourd’hui à Rome, au palais Rospigliosi. Ces copies sont très supérieures aux originaux par la largeur du faire et l’éclat des colorations, car elles furent peintes sous les yeux du maître et retouchées par lui plus de dix ans après, alors qu’il était dans toute la maturité de son talent (2). Quant aux tableaux du Prado, faits évidemment de pratique et sans le secours de la nature, ils manquent absolument de caractère. Dans ces figures aux regards levés vers le ciel et aux gestes apprêtés, on sent trop manifestement l’effort d’un artiste qui essaie de varier de son mieux les poses et les types des personnages, sans parvenir à leur donner une individualité suffisante, bien qu’il s’ingénie à justifier la dénomination de chacun d’eux par les accessoires qu’il met entre leurs mains : un livre, un bâton, des clefs, une croix, etc. La facture lourde, un peu molle, trahit la contrainte d’un jeune homme qui, aux prises avec ce programme assez ingrat, n’a pas encore la souplesse de talent, ni les ressources d’étude qui lui permettraient de s’en tirer à son honneur.
(1) C’est aussi, d’ailleurs, l’opinion de M. Cruzada Villaamil, qui nous apprend qu’aprcs la conliscation des biens du duc de Lerme, ce grand portrait lit un moment partie des collections royales du palais de la Ribera à Valladolid, avant d’être rendu en i635 à la famille, sur l’ordre de Philippe IV. 11 figure en tout cas dans un inventaire du mobilier de ce palais dressé en 1621.
(2) Le Christ manque à la série du Prado, mais il se retrouve dans celle du palais Rospigliosi.
Etude aux trois crayons.
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