‹ Rubens; sa vie, son œuvre et son tempsChapitre 87 sur 553 · PROJETS DE RETOUR · texte numérisé non relu

PROJETS DE RETOUR

Sur ces entrefaites, Iberti, qui avait demandé et obtenu son rappel, était remplacé en Espagne par le nouveau résident, Bonatti, auprès duquel il resta quelque temps encore afin de le mettre au courant. Avant son départ, à la date du i5 septembre, il écrit à Chieppio « qu’il examinera les comptes du Flamand, pensant qu’il les donnera sincères, car il le croit homme de bien ». Par le même courrier, Rubens adressait de son côté une lettre à Chieppio, lui disant « qu’il ne se reconnaît aucun mérite, mais non plus aucune faute, soit en dépenses exagérées pendant le voyage, soit dans toute autre occasion». Il necraint donc aucun soupçon de négligence ou de tromperie, opposant à de telles accusations l’expérience qu’on a pu faire de ses services et son entière honnêteté. Quant à son retour, il n’a personnellement aucune idée à ce sujet et il ne sait pas ce qui a été résolu. Il fera de son mieux pour servir son maître et il agirait de même en France s’il doit repasser par ce pays, ainsi qu’on le lui avait autrefois prescrit; mais, depuis qu’il est en Espagne, il n’a reçu aucune instruction nouvelle. Il attendra donc des ordres et il s’y conformera aussitôt qu’ils lui seront communiqués, « sans avoir par lui-même aucun désir propre, ni aucun projet, tant il s’est comme incarné dans les intérêts de son maître ». Après tant de retards, Rubens entrevoyait enfin la possibilité de quitter l’Espagne; mais, en dépit de ses assurances, il espérait bien n’être pas obligé de repasser par la France. Il savait que le duc Vincent tenait toujours à son idée de réunir pour sa galerie une collection de portraits de beautés célèbres et de l’enrichir par conséquent, de tous ceux des plus jolies femmes de l’entourage de son beaufrère Henri IV qu’il savait connaisseur en pareille matière. C’était là, nous l’avons vu, une besogne que Rubens jugeait indigne de lui et il s’effrayait à la pensée de retrouver à la Cour de France les désœuvrements et les ennuis qu’il venait de subir en Espagne. Dans une autre lettre écrite aussi à Chieppio, probablement en novembre i6o3, il cherche à parer le danger qui le menace et fait adroitement valoir les raisons qui lui semblent les plus propres à satisfaire son désir.

Rubens obtint gain de cause et sans que nous puissions préciser la date de son retour, car il existe à ce moment une assez longue interruption dans sa correspondance, il quitta l’Espagne pour revenir directement à Mantoue. Son absence avait duré près d’une année. Si cette année écoulee ainsi, à peine occupée par quelques travaux de restauration ou par l’exé-

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cution hâtive d’œuvres sans grande valeur, peut être considérée comme à peu près perdue pour le développement de son talent, elle avait, en revanche, contribué de la manière la plus efficace à la formation de son caractère. Bien qu’il dût plus d’une fois en éprouver de nouveau les ennuis, il était désormais fixé sur le vide de cette vie des Cours, sur les intrigues et les hontes dont il avait été le témoin. Écœuré par le gaspillement de ces journées qu’il aurait si bien su employer et qui s’étaient passées pour lui en de vaines attentes ou d’oiseuses conversations, il avait hâte maintenant de se consacrer tout entier à son art et de retrouver à Mantoue l’activité et les enseignements dont il était si avide.

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