LA TRINITÉ
(Partie supérieure du Tableau primitif, Musée de Mantoue.)
sont disposés dans des raccourcis audacieux, et leurs attitudes, ainsi que l’elTet des draperies blanches et des carnations s’enlevant sur le ciel d’un bleu foncé, semblent inspirés par les Vénitiens, surtout par le Tintoret; mais les traits de ces anges sont vulgaires, leurs chairs trop rougeâtres et leurs formes à la fois molles et disgracieuses. De dimensions plus grandes, les personnages du bas sont d’une exécution plus large et plus habile. Là aussi on sent les réminiscences des maîtres vénitiens, particulièrement de Véronèse. Cependant l’entente décorative, l’aisance et la sûreté de la touche sont déjà très rubéniennes, et si nous retrouvons ici les colonnes torses et la balustrade un peu grêle qui figuraient déjà dans V Invention de la Croix de l’hospice de Grasse, l’aspect général a singulièrement gagné comme ampleur. C’est, du reste, avec une sûreté et une décision magistrales que l’artiste a su caractériser l’individualité des princes de la famille deGonzague, vêtus de costumes très brillants etplacés symétriquement devant leurs prie-dieu; le duc Vincent surtout, avec son front déjà dégarni, sa moustache fièrement retroussée et son air de bellâtre, répond parfaitement à l’idée que nous pouvons nous faire de ce personnage.