CHAPITRE V
La Malinai>ofi
Le nom de ce château , situé à rextrémité ouest de Rueil, est pour jamais attaché à l'une des plus brillantes époques de notre histoire nationale. Séjour de repos et de loisir pour T homme du siècle à son retour des guerres d*Italie, à la plus belle époque de sa vie ; c'est de là quMl partit en 1815, pour aller se confier à la foi punique de l'Anglais , et monter sur le Bellérophon qui le conduisit en exil.
n est difficile de déterminer Fétymologie du nom de
Malmaison , commun à plusieurs villages et hameaux de France , et dérivé vraisemblablement de mda mansio^ mauvaise demeure ^ mauvais gîte. Les uns prétendent, sans rien apporter qui le prouve , que ce lieu était dans rorigine un repaire de brigands , de francs routiers. D*autres veulent que ce nom lui ait été donné par suite des fréquentes excursions des Normands, qui le brûlèrent plusieurs fois.
En 1244, ce n'était encore qu'une simple grange dépendante de la paroisse de Rueil. Au xiv« siècle, Tabbé de Saint-Denis reçut hommage de ce fief. En 1622 , Christophe Perrot, conseiller au Parlement, en était le seigneur.
Quelque temps avant la révolution , la Malmaison était devenue l'un des plus agréables séjours des environs de Paris ; Delille » dans son poème des jardins , le place parmi ceux qui méritent le plus de fixer l'attention. Ost là qu'il traduisit une partie des Géorgiques * .
En 1792. — La Malmaison , vendue comme propriété nationale, fut achetée par M. Lecouteux de Cauteleux, (|ui fut depuis sénateur (probablement , me disait l'un de ses vieux amis, pour avoir vendu sa maison ^ Joiépliine). Toute la propriété ne consistait alors que 4(^04 une étroite enceinte dont le mur de clôture se décûttvmil
^ Nous trouTons à celte oqeaiion, dau les voyages de Delort, a«K wn* roD8 dç Paris, édition de 1 82 1 , une graxure ass^ orifiiMle, £1U imitiwkX» D«lille assis dans une des allées du parc de la .Malmaison, daiv» uQe pose d*iiispiré, sa lyre à ses pieds, et derrière lui, lu poésie persouiiitiée, dans le costume d'une danseuse d*opéra, avec le tricot classique, et marehant sur les pointes.
sur la colline à gâudie et traversait la plaine à droite, tnNsprès de la maison. Le ruisseau d'où venaient les eaux , prenait sa source laa delà du parc , sur le chemin do Télang de Saint-Oucuphat.
En 1798. — Joséphine acheta la Malmaison , etTembellit avec goût et magnificence. Elle réunit au pair toute la plaine qui le séparait de Rueil , la Côte-d'Or , colline très-étendue qui le bornait au couchant , et le bois de Saint-Cucuphat an sud-ouest.
CSet ensemble composait deux vallées dont on avait tiré tout le parti possible sans dépenses considérables. Les sinuosités du terrain étaient si belles qu'il n'avait felhi que les unir par des pentes douces et les couronner de plantations, donner aux eaux tout le développement dont elles étaient susceptibles , et orner les différents sites de (|uelques fabriques élégantes.
On distinguait deux parties ditférentes dans ce parc , ayant chacune un caractère particulier ; mais se fondant Tune dans Tautre par des gradations douces et motivées.
La première présentai, à la vue du château, la plaine arrosée par des eaux de soin*ces qui sortaient de dessous un petit temple , du milieu de la futaie. Ces eaux , dont le volume était assez considérable et la pente assez rapide pour former plusieurs chutes , serpentaient dans la prairie,^ allaient se jeter au bout du jardin, dans un lac qui était augmenté par un autre volume d'eau venant du c6té opposé. Les bords de cette rivière étaient ornés de plusieurs fabriques. Les aspects qu'elles présentaient étaient partoni encadrés par un lointain singulièrement
beau. L'aqueduc de Marly , qui domine la montagne , forme une de ces belles lignes droites des paysages d'Ita— lie , et rappelle les aqueducs de la campagne de Rome.
A droite on découvre le pont de Chatou et les coteaux qui bordent la Seine. Ce lointain s'aperçoit tantôt dans tout son développement , tantôt à travers quelques masses d'arbres qui lui servent de bordure et de repoussoir.
La colline qui domine la plaine au sud-ouest était^ plantée d'une haute futaie d'une grande beauté ; les eaux y coulaient au milieu de graiids arbres qui croisaient leurs branches au dessus ; elle s'étendait jusqu'à l'autre partie du jardin qui, plus éloignée du château, prenait peu à peu un aspect plus agreste et plus solitaire ; une longue allée de marronniers suivait la futaie et ombrageait un ruisseau qui coulait au milieu en ligne droite ; et partait d'un réservoir régulier entouré de platanes et de peupliers.
Ce lieu semblait être une des nymphées des anciens. On avait conservé avec soin la régularité de ces beaux arbres, et leur ligne droite n'était pas désagréable, étant coupée par l'élévation progressive du terrain. Le chemin conduisait à l'étang et au bois de Saint-Cucuphat, entre deux collines plantées d'arbres verts. On découvrait à droite la bergerie qui subsiste encore , et au milieu du bois, sur le bord de l'étang, les bâtiments de la vacherie, qui formaient l'aspect pittoresque d'un hameau suisse.
Le parc de la Malmaison était orné d'une grande quantité de plantes exotiques. Rien n'avait été négligé pour y rassembler tout ce qui peut servir à l'étude de la botanique.
Le parc fut encore embelli par une quantité d'animaux étrangers des plus belles races : au lieu d'être rassemblés dans une ménagerie ou dans une enceinte étroite, ils parcouraient les différents sites qui leur convenaient le mieux. On voyait dans les vallées des vaches suisses. Les collines étaient couvertes de troupeaux espagnols, et les bords de la rivière nourrissaient des cygnes de plusieurs espèces, parmi lesquels on en distinguait deux noirs apportés de la Nouvelle-Hollande , et dont Buffon ne connaissait pas Tespèce. Il est singulier de voir qu'un poète ancien en savait peut-être plus que lui à c«t égard. Juvénal dit que la femme sage est
Rara avis in terris nigroque similiiina c}'cno.
Jnv. Hat. VI.
Ou Juvénal connaissait Texistence du cygne noir , ou il ne croyait pas à la vertu des femmes, ce qui nous semble un peu morose et sévère.
C'est ici le lieu de rectifier une erreur assez répandue parmi les amateurs d'horticulture. Plusieurs prétendent quelles premiers hortensias qui parurent en France furent cultivés à la Malmaison , et que le nom de Hortensia fut donné à cette jolie plante en Thonneur de la reine Hortense. Il n'en est rien. L'hortensia, originaire du Japon» fut d'abord cultivé par les Hollandais et les Anglais, qui l'avaient placé parmi les hydrangées, et l'avaient nommé hydrangée des jardins , à raison de sa beauté. Hydrangœn kortensis, Commerson en a fait le genre
LepauUa, dédié à son ami Lépaute ; et il a changé hortcnsis en hortensia, Hortense , nom de la femme de ce célèbre horloger.
L'entrée du parc de la Malmaison (Pl.V.) était ornée de deux pavillons d'ordre dorique, qui étaient les corps-degarde des troupes de service.
Un peu avant cette grille , du côté de Rueil , à Tangle du parc, se trouvait le corps-de-garde dés guides, à l'endroit où on voit maintenant la maison de M. Chardin, Ordinairement Napoléon entrait à la Malmaison par la grille qui se trouve encore près de cette maison , et suivait Favenue de tilleuls qui se dirige sur la grille principale.
Une longue allée de platanes, qui existe encore, conduisait au château de la Malmaison , qui n'a rien de remarquable.
On y entrait par un porche on forme de tente (PI. V.) et servant de premier vestibule. Le second vestibule , soutenu par quatre colonnes en stuc , divise le rez-dechaussée en deux parties : la première contient le salon , le billard et la galerie. La seconde, la salle à manger, la salle du conseil et le cabinet de Napoléon, disposé et meublé comme une tente.
Le premier étage renfermait les appartements de Joséphine.
Ainsi que nous.favons dit plus haut , les jardins de la Malmaison étaient surtout remarquables par Tabondance et la beauté des plantes exotiques les plus recherchées, l^s soins continuels qu'on avait apportés à augmenter cette belle collection avait fait de la Malmaison le véritable Jardin des plantes de cette époque. Le terrain
s^était trouvé favorable au développement rapide des plantations.
La serre chaude (PI. VI ) construite sur un plan trèsvaste renfermait les espèces les plus rares, et était entretenue dans les mêmes principes que les serres de Schœnbrunn et de Kiew, mais la forme en était plus élégante. ' Un salon décoré de peintures avait été construit derrière Tamphithéàtre des plantes ; on y jouissait de leur Hsped et de leur odeur. Il était à regretter que ce hêtirment ne fût point attenant au ch&teau dont il efkt été pendant rhiver le plus bel ornement. Il est bon de remarquer en passant que la coutume de placer les serres chaudes dans les parcs, au lieu de les adapter, comme jardins d'hiver, à Thàbitation principale, diminue beaucoup les agréments qu'elles procurent.
Les plantes rares de la Halmaison ont été peintes par Redouté et décrites par Bonpland .
Nous citons ici un passage du Dictionnaire historique des environs de Paris.
«Le jardin botanique (de la Malmaison) contenait, soit en plein air, soit dans les serres chaudes, toutes les plantes les plus rares que Tart et la patience de Thomme ont pu faire végéter dans notre climat. La ménagerie. Tune des plus complètes de l'Europe , renfermait tous les animaux terrestres, aquatiques et volatiles qui peuvent vivre dans notre atmosphère. Enfin , Técole d'agriculture , établie dans le genre de celle de Rambouillet, était consacrée à des expériences utiles , qui toutes avaient pour but de perfectionner le premier des arts, et de contribuer, autant qu'il était en elle, au bonheur du peuple français, en pré-
parant pour lui de nouvelles sources de richesses et de prospt^rité. Dans ces divers établissements , Tutile était toujours à côté de l*agréable ; et Joséphine, au milieu de ses jardins, entourée de ses superbes mérinos et des autres animaux consacrés aux besoins de l'homme, semblait à tous les Français une divinité bienfaisante, uniquement
occupée du désir et du soin de les rendre heureux
Elle a sacrifié des sommes immenses à organiser ces divers établissements , et elle n*a pas songé une seule fois à prodiguer Tor à TeiTet de se construire un palais digue de celle qui était alors la femme du plus puissant monarque de TEurope. La modeste habitation de la Malmaison, composée d'un simple rez-de-chaussée et d'un premier étage, parut toujours suffisante à son ambition. Mais si l'aspect de ce réduit champêtre n'annonçait point à Tétranger l'Impératrice des Français , le récit de ses vertus , de sa douce bienfaisance , les pleurs d'amour que répandaient, en parlant d'elle, tous les habitants des villages voisins, la faisaient bien vite reconnaître ; et le voyageur s'en retournait pénétré d'admiration pour une femme qui semblait ne vouloir régner que pour se faire chérir. » Que reste-t-il de tant de splendeurs? Quelques souvenirs historiques , et ce que Joséphine avait acheté de M. Lecouteux ; c'est-à-dire , l'ancien parc de la Malmaison. Car il est faux que toute la propriété ait été détniite et ses terrains vendus par lots , comme l'ont écrit plusieurs journaux. Le prince Eugène fit seulement re^ vendre les terres que Joséphine avait ajoutées à l'ancien parc : les arbustes, les plantes rares, la galerie de tableaux furent vendus ou transportés à Munich ; et , en 1826, la
Malniaîson et ses bois furent achetés i>ar M. Haguerman, banquier suédois à Paris. Après sa mort , en l&i2 , le château seul et son parc devinrent la propriété de la reine Marie-Christine d'Espagne, qui ne Ta habité qu'en 1843 et 1844.
Que de souvenirs dans ce petit coin de terre ! Que de décrets en sont partis pour aller changer la face des empires I De quelles discussions intéressantes cette salle du conseil ne futr-elle pas le témoin ! Que de fêtes brillantes dÀis ce palais et ces jardins ! que de scènes d'intérieur, 4e reproches de prodigalité faits à cette bonne Joséphine qui ne savait qu'aimer, sentir et non calculer ! Là, l'homme des batailles venait se délasser par la promenade , des soucis de la grandeur. On y montre encore l'avenue qu'il arpentait, des heures entières, en causant avec ses gêné* raux. « Nulle part, dit Bourrienne, si c^ n'est sur le champ de bataille , je n*ai vu Bonaparte plus satisfait que dans «es jardins de la Malmaison. Dans les premiers jours du Consulat , nous y allions tous les samedis soir, et nous y passions la journée du dimanche et quelquefois celle du lundi. Bonaparte y négligeait un peu le travail pour la promenade, et pour surveiller lui-même les embellissements qu'il faisait exécuter. Dans les conunencements, il visitait quelquefois les environs; mais les rapports de la police l'arrachèrent à sa sécurité naturelle, en lui disant craindre des partisans royalistes embusqués pour l'enlever.
a Pendant les quatre ou cinq premiers jours que Bo^ naparte passa à la Malmaison, il s'amusait, après son déjeuner, à calculer le revenu de cette terre. II n'oubliait
ni le soin du parc ni les légumes du potager. Il trouvait dans ses comptes 8,000 francs de revenu. Cela n*est pas mal , me disait-il ; mais pour Tbabiter, il faudrait avoir 30,000 livres de rente. Je riais beaucoup de le voir sérieusement appliqué à ce travail. Ces goûts modestes ne durèrent pas longtemps. »
Bourrienne dit ailleurs : « La terre de la MalmaisoD avait coûté 160,000 francs, et Joséphine en avait hit Taequisition pendant que Napoléon était en Egypte. Des témoins oculaires m'ont parlé de Tétat de gêne où la prodigalité de Joséphine Tavait réduite pendant Tabseoce de son époux. Chaque jour quelques objets étaient vendus pour subvenir aux besoins de la maison. Ce ne fut qu*au retour de Napoléon que revinrent avec lui Tabondanoe et les fêtes.
Un des premiers soins de Napoléon en allant habiter Saint-Cloud , fut de faire réparer le chemin de traverse qui mène de Saint-Cloud à la Malmaison. Il en faisait à cheval le trajet en un quart-d'heure. Cette proximité de la campagne qu'il affectionnait lui rendit enoore la se* jour de Saint -Cloud plus agréable.
En 1814 , les souverains alliés, particulièrement Fempereur de Russie , attirés par la grâce et l'aménité de Joséphine, vinrent lui rendre visite à la Malmaison. Le 26 mai, Alexandre, après avoir accepté le dtner que lui avait offert Joséphine , désira se promener dans les jardins ; elle voulut l'accompagner pour lui montrer les beautés de son habitation, et aussi pour obtenir de lui que son fils qu'elle ne voyait pas revenir, et qu'die craignait de ne plus revoir , fftt autorisé à ce retour.
Ils firent malgré le froid une petite promenade en bateau sur Tétang de Saint-Cucuphat. Joséphine était déjà un peu malade ; le soir elle se trouva plus mal , une esquinancie gangreneuse se déclara , et trois jours après elle n'eiistait plus.
Ce fut à la Malmaison que se retira Napoléon après la terrible défaite de Waterloo ; et de là il demanda à prendre le commandement de 80,000 hommes rassemblés dans Paris pour anéantir les Anglais et les Prussiens qui s*avançaient vers la capitale avec une imprudence qui les aurait infailliblement conduits à leur perte ; mais il n'obtint pour tonte réponse qu'un refus, et même une menace de le faire embarquer pour les États-Unis. Il se décida alors à quitter la Malmaison, et se rendit à Rochefort.
Le 12 juillet 1815, la Malmaison fut ravagée et pillée par les troupes anglaises et prussiennes. Voici ce qu'on lit dans un journal du temps : <!( Cette belle propriété , où depuis quinze ans les produits les plus brillants des arts, les recherches les plus curieuses du goût , les chefsd'œuvre de nos plus habiles artistes se trouvaient réunis , oSfB aujourd'hui l'aspect le plus triste. Les statues de Canova, de Cartellier, deLemat, etc., les tableaux charmants de Vemet, de Taunay , de Richard , ont été détruits par le sabre et les baïonnettes des Anglais et des Prussiens. Quand la victoire faisait tomber l'Italie en notre puissance , les tableaux de Raphaël et les statues antiques venaient décorer nos musées. Nos ennemis ont appris de nous l'art de vaincre; ils devraient bien avoir appris en même temps à ne pas déshonorer leur victoire.
(Voir aux Variétés.)
Buzenval.
le château de Buzeuval se nommait Besenval sous le règne de Louis VIII, et auparavant Bosonval du nom de Boson, d'un des favoris de Charles-le-Ghauve , auquel ce roi Tavait donné en 87, en môme temps qu'il accorda Rueil aux abbés de Saint-Denis. Ce château est situé au sud-ouest de Rueil , sur la montagne qui le sépare de Vaucresson.
On lit dans le cartulaire de Saint-Denis , qu'en 1224 * Pierre Tusquin , affranchi pour les services qu'il avait rendus aux religieux de Saint-Denis , leur devait , pour sa maison de Buzenval , cinq sols pour cinq arpents de pourpris ' qu'il avait près cette maison , et cinq sols pour six arpents de vigne situés aussi à Busenval.
En 1375 , Buzenval était un manoir appartenant à Jean le Yoirier, secrétaire du Roi et de la duchesse de Bretagne. Dans ses dépendances était un bois de vingt arpents nommé le bois Jean Ogier. Le possesseur fit exposer par la duchesse de Bretagne à Charles Y, que sans
* Vieux mot qui signifiait enc'os, enceinte , clôture de quelque lieu seigneurial , château, maison noble ou église. On a dit poétiquement, le célel^te pourpris, pour signifier Kenceinte des cieux.
( Dici. (Iv Trévoux ).
— lassa permission, il n'osait chasser les bétes qui s'y retiraient. Ce prince, considérant que ce bien était à deux grandes lieues de la forêt de Laye , qui est la plus prochaine , et même que de Tautre côté du chemin , qui va de Saint- Cloud à Vaucresson , et qui touchait aux terres de ce manoir , toutes personnes pouvaient chasser , lui accorda tout privilège , franchise et noblesse perpétuelle de garenne, en son bœs tant de conis {lapins, ) comme de cerfs, biches , sangliers , pouvoir de chasser avec chiens , tendre cordages et filets en son bois, et ès-terres et bruyères voisines, et poursuivre les bétes hors de la forêt de Laye. I^s lettres sont datées du 25 juillet 1735, au bois de Vincennes. (Trésor des Chartes. Reg. 107).
En 1525, cette terre avait pour seigneur Charles Choart; cette maison fut célèbre dans la suite. Celui de cette famille qui possédait en 1567 , Buzenval, qui était alors vn château fort , résidait à Paris. A cette époque , la guerre des Huguenots partageait la France en deux partis acharnés Tun contre l'autre . Buzenval tomba au pouvoir des Huguenots au mois d'octobre de la même année. Nous copions ici la Popelinière : « Buzenval , dit-il , liv. xn. page 25 , est un château de garde et de plaisir, distant de trois lieues de Paris, plus de demi-lieue de Saint-Cloud , assis en plaine un peu penchante vers Ruel en Parisis ; composé de quatre corps d'hôtel formés en pavillons carrés, flanqués, néanmoins d'une tourelle à chaque encognure, bien percée pour la défense des courtines, fournie au reste de grands fossés à fond de cuve, remplis d'eau, et au surplus remarqué d'un bois de haute futaie que le taillis suit ; le tout clos de murs en
foiine de pare. y> Le fermier du seigneur, qui gardait seul ce château , apprenant qu* Argenteuil venait d'être pris , se transportai Saint-Denis pour avoir une sauvegarde à la défense de Buzenval. Mais le prince de Condé ayant été averti de la force et de la commodité de cette place , et que les vivandiers et pourvoyeurs de Paris « ne pouvant plus passer au bac de Neuilly , que ses gens avaient descendu à Saint-Ouen , venaient à Paris par Buzenval et Saint-Cioud , offrit une sauvegarde à ce fermier et lui promit de Faider de six gentilshonunes , qui défendraient le château contre tous. Deux heures après , six des confédérés y entrèrent et se saisirent des clés, portes et avenues. Le prince y envoya le lieutenant Amanzay ; puis quarante hommes pistoliers ou arquebusiers, qui arrêtèrent quelquefois par jour plus de deux cents charges de provisions destinées pour Paris , d'où vint que les Parisiens manquèrent de vivres et crièrent contre les voleurs de Buzenval.
Le château retourna à la famille Choart, qui a donné, dans Paul Clioart de Buzenval, un ambassadeur en Angleterre et ensuite en Hollande, sous Henri IV, qui faisait beaucoup de cas de cette maison. Il mourut à La Haye en 1607. Il était grand oncle de Nicolas Ghoart de Buzenval , né le 25 juillet 1611 , qui fut conseiller au parlement de Bretagne, puis du grand conseil, maître des requêtes, conseiller d'état, ambassadeur en Suisse» et enfin évêque de Beauvais. Nicolas mourut le 21 juillet 1679. Sa vie a été imprimée à Paris en 1717. Quoiqu'il soit peu connu , elle le représente cependant comme un homme fort remarquable.
De cette famille était Jacques Choart , avocat au parlement de Paris, chef du conseil souverain de Dombes , et aïeul maternel des avocats-généraux Talon.
C'était un homme d'un grand savoir et d'une rare probité. II mourut en 1614 « âgé de quatre-vingt-quatre ans, après avoir passé soixante ans dans le barreau , et s'y être acquis beaucoup de réputation.
htOïsVHtitoire des Grands ^Officiers de la Couronne ^ t. II, p. 307, nous trouvons Théodore Choart, envoyé à La Rochelle pour pacifier les troubles. Il mourut en 1616, et fut inhumé à Rueil. 11 avait épousé Madeleine Potier, fille de Potier, président au parlement.
André Choart , lieutenant-général des armées du roi , jouit ensuite de la terre de Buzenval , et la céda à ses deux fils. Il mourut le 19 juillet 1717 , et fut inhumé dans l'église de Rueil.
Les armes des Choart de Buzenval sont d'or au chevron d'azur, accompagnés de deux mcrlettes de sable au chef, et d'une couleuvre en pointe. ( Dictionnaire de la NtMesse.^.^^h.)
Le diâteau de Buzenval était encore » il y a vingt ans, entouré de fossés et flanqué de tourelles , tel que la Popelinière le décrivait en 1567. Depuis , les fossés furent comblés à l'ouest et au nord , ceux de l'est et du sud existent encore en partie.
La terre de Buzenval est maintenant la propriété de la fiamille Rhoné, à laquelle on est redevable d'une grande partie de la somme recueillie pour construire la salle d'asile de Rueil.
M. Rhoné père a fait dans le pai*c de grands et utiles embellissements.
Fouilleuse.
Le nom de cette terre serait plutôt FeuiUeuse , puisque d'anciens titres latins du xiii« siècle l'appellent Foliosa. Elle fut vendue à Tabbaye de Saint-Denis, en 1254* par Rodulph de Puteaux, Chevalier, et sa femme Ëustacbe.
A peine y avait-il quatre ans que les religieux en jouissaient, que la reine Marguerite, épouse de Saint- Louis , les pria de la céder ou donner à bail à GeoSroi de Saint-Benoit , son clerc ; ce qu'ils firent. Le cartulaire de Saint-Denis en fait encore mention à Tan 1271, en nommant deux cantons de ce lieu: Tun dit Litone, l'autre désigné par cette périphrase : in brito cuitura de Fouii^ lense versus Ituolium. L'historien de la chancellerie de France a eu occasion de parler du même lieu. Il rapporte qu'en 1666, les mousquetaires ayant eu leur département à Rueil , les marguilliers de la paroisse donnèrent des billets pour faire loger une partie de ces mousquetaires dans le lieu de Fouilleuse. Le sieur des Ruelles , secrétaire du roi , à qui cette maison appartenait , s'étant plaint que cela était contre les privilèges de sa charge , sa majesté fit expédier aux mousquetaires ordre de déloger, et aux marguilliers ordre de les loger ailleurs. Avant le sieur Adrien des Ruelles, Fouilleuse avait appartenu à Gilles-le-Mesnier , conseiller au parlement
eo 1602; et, depuis la mort du oiéme des Ruelles , M. de Nueil, trésorier du parlement, a possédé ce château.
Maintenant ce n*est plus qu'une ferme entourée de fossés à moitié comblés, et de quelques murs présentant encore des traces d'anciennes fortifications. Bientôt ce ne sera plus rien , car la vente de cette terre est annoncée; elle doit être morcelée et vendue par lots.
Châleau et parc de Masséna.
Vers la fin du siècle dernier , Tancien^chàteau du cardinal fut vendu à un homme d'affaires , qui le fit démolir en partie , et n'en conserva qu'une aile. Il ne resta rien alors des magnifiques jardins du cardinal qu'une grotte» «{oelques pièces d'eau et des allées de maronniers d'une hauteur et d'une majesté imposantes; et, après avoir passé successivement entre les mains de plusieurs acquéreurs , l'aile qui restait du château devint la propriété du maréchal Masséna, qui la fit réparer et embellir. Il ve» nait y passer, dans le calme el la solitude, les courts instants que ses nombreuses campagnes lui laissaient libres. Ses héritiers n'ont point conservé cette maison, qui a été démolie il y a environ huit ans. Le parc fut vendu ,
les beaux arbres abattus , les murs d^enceinte démolis, et Ton vit môme vendre à Tencan les caisses de lauriers qui avaient été offerts en don à Tenfant chéri de la victoire, par plusieurs villes du nord.
Ainsi , de cette immense propriété de Richelieu, il ne reste que deux petites maisons de campagne, bâties il y a trois ou quatre ans , et entourées de quelques arpents de jardins.
Le bois Préau.
Il est probable que cette propriété n'est autre que le bois Béranger, dont il est parlé en 1230 dans le cartulaire deSaint-Denis. 11 parle d'un étang dont il existe des restes.
Cette maison n'a rien de remarquable que d'avoir appartenu à une vieille demoiselle qui résista pendant tout le temps de l'Empire aux instances de Napoléon qui voulait acheter sa propriété , pour l'englober dans le parc de la Malmaison dont elle était limitrophe. Avec toute sa puissance. Napoléon ne voulut point contraindre Tentétée propriétaire ; il avait lu sans doute l'anecdote du Meunier de Sans-Souci. Ce qu'il y a de plus singulier, c'est que la vieille demoiselle se noya par accident dan^
son étang , en allant visiter ses blanchisseuses , le jour même de la bataille de Waterloo.
Nous copions ici textuellement une lettre de Napoléon oii il parle de cette propriété de Bois Préau appartenant à mademoiselle Julien, la vieille demoiselle dont nous avons parlé.
A rimpératrice, à Malmaison.
le 23 septembre 1809.
Tai reçu ta lettre du 16, je vois que tu te portes bien. La maison de la vieille fille ne vaut que 120,000 francs. ils n'en trouveront jamais plus. Cependant je te laisse naaltresse de faire ce que tu voudras; puisque cela t'amuse; mais une fois achetée, ne fais pas démolir pour y faire quelques rochers.
Adieu , mon amie »
Napoléon.
OIUPITHK VI.
Mnl«oiis <1p rninpagne diverse.
Lors du séjour de Joséphino à la Malmaison , Rucil était remarquable par le nombre et la beauté de ses maisons de campagne. Plusieurs grands-ofilciers de TEmpire, quelques dames, attachées au service de Tlmpératriée , y avaient établi leurs familles. Plusieurs de ces maisons sont maintenant démolies , et sur le terrain qu'elles occupaient se sont ouvertes de nouvelles rues. Les seules propriétés remarquables à Rueil , après celles que nous avons citées, sont la maison de M. Cramail en-
tourée (Pim jardin de 25 hectares; la maison de M. Martignon construite à remplacement de l^ancien château de Maurepas, dont nous ne savons quelque chose que parla tradition. A Tendroit même où se trouve le bureau du chemin de fer, à l'embranchement de la route de Ghatou, se trouvait une croix entourée de vieux arbres et nommée la croix de Maurepas.
La maison de M. I^lièvre, bâtie sur un des démembrements de la Malmaison , et entourée d'un jardin de plusieurs hectares. La petite maison où madame Gasenave, Emilie Levert, de la Comédie Française , est venue passer les dernières années de sa vie. Par habitude des décors, elle avait fait orner la façade de sa maisonnette d'après les dessins de Ciceri. Le jardin en est très-joli; c'est encore un démembrement de la Malmaison.
La maison de la pension de M. Mathias est fort remarquable. Nous en donnons le plan aux Variétés.
On trouve encore à Rueil douze à quinze maisons de campagne de moyenne grandeur, et plus de cent petites maisonnettes occupées par une seule famille, et disposées avec goût et comfort.
Toutes ces habitations ont des eaux vives en abondance et Ton ne peut attribuer qu'à l'absence de promenades dans le bourg même, l'abandon de Rueil par la bourgeoisie. L'air y est pur et sain ; on y trouve facilement tout ce qui est nécessaire à la vie; les communications avec Paris sont promptes, faciles et peu dispendieuses.
Il y a cependant aux environs de Paris, peu de communes qui présentent de plus belles promenades dans un diamètre d'une demi-lieue. Les bois de la Malmaison ,
de la Celle, de Louveciennes, Tétang de Saint-Cucuphat, rile de Groissy, les bords de la Seine offrent des sites et des ombrages admirables. Du haut de la colline au dessus de Rueil, Foeil embrasse un paysage qu'aurait peint Le Poussin , s'il Teût connu. Dans le premier plan , la plaine, les détours de la rivière, Chatou et ses deux ponts; à gauche, La Jonchère, Bougival, Louveciennes, Faqueduc de Marly ; sur Tarrière plan, Saint-Germain, la forêt du Vesinet, et au dessus encore , les montagnes d'Andrésy, de Pontoise. Certes, pour celui qui sait voir, il y a là de quoi se bien pénétrer que le beau n'est pas rare dans ces environs , et qu'il n'est pas nécessaire d'aller chercher bien loin des paysages qui souvent ne valent pas ceux que l'on trouve autour de soi.