‹ Rueil, le chateau de Richelieu, la Malmaison, avec pièces justificativesChapitre 2 sur 32 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Ruei] soui Iw rois de la |iremière rare. Étymologir.

Kueil est situé aux pieds de hauteurs où Ton voyait autrefois la magnifique villa du cardinal de Richelieu , avec ses deux chapelles , ses cent nappes d'eau et sa cascade hmdte et balustrée * ; plus loin , vers Test, le Mont^-Valérien dresse ses bastions gigantesques ; dans une autre direction , à quelque distance du bourg , sur la route de

' Mémoires de la duchesse d'AiguilloD.

SaintrGermain , s'élève la Malmaison , simple , élégante et gracieuse comme Timpératrice Joséphine , qui en faisait ses délices ; aujourd'hui cVst la propriété de Marie- Christine , ex-régente d'Espagne.

Singuhère destinée que celle de ce petit endroit , dont le nom se rattache aux plus grands événements de l'histoire moderne !

Avec ses trois ou quatre mille habitants, ses belles promenades et ses parcs , ses vastes casernes , qui ont Tair de palais, et ses trois châteaux, on s'obstine à ne voir dans Rueil qu'un village; oii plaint l'impératrice des Français de n'avoir pour dernier asile qu'une église de paysans! Mais, que faut-il donc de plus pour faire une ville? Mettons toute illustration historique de côté ; ne parlons ni de la grande ombre de Richelieu , ni des magnificences de la cour impériale; y a-t-il beaucoup de chefs-lieux d'arrondissement qui vaillent ce village?

Si vous voulez à toute force que Rueil ne soit point une ville, laissez-lui au moins le titre de bourg, qu'il portait au siècle dernier : « Le bourg est muré et pavé, » dit Fabbé Lebeuf. (Histoire du Diocèse de Paris.)

Rueil doit son origine aux rois francs. Sous Tinfluenci* des nouveaux maîtres , la langue s'agitait et fermentait comme tout le reste ; à l'ancien gaulois et au latin se mêlait le tudesque, ou vieux allemand. Dans cette lutte où les divers éléments l'emportaient tour à tour, tout était vague et incertain. 11 n'est pas étonnant que le nom d'une localité, qui remonte à cette époque de travail el de transition, ne soit pas tout d'une venue, qu'il ne

nous soit pas arrivé intact, et qu'il ait subi tant de variations en passant par tant de siècles.

Dès le temps de Grégoire de Tours, on l'écrit de deux manières différentes. Dans un passage cité par Fabbé Lebeuf , il est dit qu'un citoyen de Poitiers vint apifrf villam Rigmcdensem,

Un autre passage de l'Hérodote des Gaules , qui est également cité par l'abbé Lebeuf, porte que Gontran, roi des Bourguignons, se rendit npwi RototcUensem villam ^ .

Cette différence entre les deux orthographes de Grégoire de Tours peut très-bien s'expliquer par la négligence des copistes.

Dulaure^ cite également Grégoire de Tours, auquel il fait écrire Rotolajvm et Rotolngensîs villa ; comme il n'in-

' Voici les deaz pattages de Grégoire de Toiirs :

u En ce jour-là , comme doos nous rendions au devant du roi , nous rencontrâmes sur notre chemin , c'est-à-dire dans la ville de Rbeims , Frliulf, citoyen de Poitiers , plein de fièvre. II allait à Paris avec le fils de sa femme : il continua sa ronte dans une grande faiblesse, et monrat au village de Rueil, après avoir fait son testament. Liv. ix, pag. 19.

— tt Le roi Gontran, au moment oà il a^ait projeté de partir, fut arrêté par une douleur au pied ; mais ensuite il guérit et vint à Paris , d*on 5e rendant à sa maison de Rueil, il y fit venir Fenfant (Clotaire, son neveu, fils de Frédégonde ) , et ordonna qu*on préparât son Imptéme dans le bourg de Nanterre. r^ Grégoire de Tours ; liv. x , pag. 134. Trad. par M. Guiaot.

^ Nous nous hâtons tout d*abord de faire nos réserves avec M. Dulaure, que nous sommes obligés de citer dans le cours de notre ouvrage. Son érudition est parfois un peu suspecte, ses principes le sont toujours beaucoup ; . il y a chez lui un fanatisme de jacobin contre 'eqnel on ne saurait trop se mettre en garde.

Jique pa8 Téditiou ({u'il a consultée, nous ne pouvons vérifier sur le texte.

Rien n'autorise à admettre que CrioUwn , dont parle saint Éloi dans la vie du roi Dagobert, soit Rueil , comme le prétendent quelques auteurs. M. Guizot traduit Crioilum par Clichy * .

Dans le neuvième siècle, le village s'appelle Riolivm ou bien Ruoilwn : la forme française apparaît de plus en plus. Ruolium se trouvait dans une épitaphe inscrite sur le tombeau de Gharles-le-Chauve, à Tabbaye de Saint-Denis :

u Sequanii Ouvii Huoliique dator. »

L'abbé Suger écrit Rmilum.

Au douzième siècle nous arrivons enfin à Ruelliim : c'est sous cette forme qu'après avoir traversé tant de nouveautés, ce nom se produit dans la charte de Louis-le-Oros , par laquelle il remet à Tabbaye de Saint-Denis le muid de vin qui lui était annuellement dû sur le clos du village : il est évident que c'est de là que provient la dénomination moderne de Ruel ou Rueil.

On auraitpus*entenirà/?ue//{tim;il y avait bien assez de noms comme cela. Ruolium parait d'ailleurs avoir passé dès lors dans la vie usuelle ; mais voilà précisément pourquoi l'érudition dédaigneuse et arrogante du temps n'en voulut pas ; elle s'isolait dans son langage du mouvement du siècle, et repoussait tout ce qui se rapprochait du vul*

* Judicaêl , roi des Bretons , se rendit promptenent à Clichy auprès du roi Dagobert, auquel il demanda gr&ee. ( Chronique de Frédéfaire, traduct. de M. Guizot. )

gaire Aussi voyons-nous Ruoiiwn reparaître et dominer désormais dans les titres latins : les puristes écrivaient Bodolittm.

L'orthographe française présente tout autant d'moertitude, tout autant d'hésitation et de caprices : tantôt c'est Jiw)l^ tantôt c'est AaetV : ici c'est Auel, ailleurs c'est Atcm/ ; il y en a qui disent Reuii.

De tout cela il n'est resté que Ruei et Rtseii : laquella de ces deux formes faut-il adopter?

Le cardinal de Richelieu écrit Bmei ; dans les actes admioistratib c'est Rueil qui a prévalu depuis 1768, et c'est à cette dernière orthographe qu'il faut s'en tenir définitivement * .

Voilà une disctnâon bien longue , bien pesante et bien chargée de latin et un peu ennuyeuse, nous le craignons ; nous avons tâché d'être clairs et d'alléger le poids de notre érudition autant que possible.

Il nous reste à débrouiller l'étymologie , la signification du nom de Rueil, qui n'est ni moins obscure ni moins embarrassante ; au lieu de latin , nous avons du tudesque.

L'abbé Lebeuf, d'après Ducange, fait dériver Rueil de Roden, défricher : en effet, les premiers fondateurs firent couper une partie des bois qui couvraient les hauteurs : le terrain fut défriché par leur ordre ou sous leur impubion.

Que si cette étymologie ne vous satisfait pas, vous avez

* Deux actes qui exUlcnt à la Mairie, Pun de 1656, Taulre de lSSt7 portent Rueil.

un autre mot allemaïul; Ritha, cours dVan, ruisseau : de là , ruit :

tt Sur le rwiV d'une fontenelle(Perceval).»

Ruit ou rut qui s'est conservé dans le pays, pourrait venir également du latin rtw^ ni^re, se précipiter : origine qui conviendrait d'autant mieux ici, que les eaux deRueil viennent des montagnes. Il est probable que ces ruts^ qui plus tard servirent à alimenter les merveilleuses cascades du cardinal de Richelieu, auront souvent engagé les chefs franciques, qui étaient de passionnés chasseurs, à s'y reposer au retour de leurs courses dans les forêts, et à y faire construire un rendez-vous de chasse. Cette étymologie nous parait la plus acceptable.

Enfin selon Adrien de Valois * , le nom du bourg viendrait de l'allemand roth, rouge, à cause de la couleur du terrain. On trouve en effet des couches de sable rouge dans les environs.

' Notifia Galliarum.

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