CHAPITRE II
Origine de RueiJ.
Quel est le fondateur de Rueil? comment se nommait le chef de barbares qui le premier entama ses forêts et les ouvrit à Tagriculture età la civilisation? nous Fignorons : ni Grégoire de Tours ni les autres historiens des premiers siècles de notre monarchie ne nous fournissent la moindre indication à cet égard. Tout ce que nous savons, c'est que Chiidebert V^, iils deClovis, est le plus ancien roi dès Francs, dont les chroniques constatent le séjour à Rueil.
Puis nous y voyons ce Gontran , qui faisait mettre h
mort son chambellan pour avoir tué un buffle dans les forêts royales, et que Ton appelait le bon roi * . Gontran vint à Rueil , à la prière de Frédégonde , qui voulait s'assurer une sorte de protection de sa part en lui faisant tenir son fils sur les fonts du baptême.
Le petit prince fut baptisé dans Téglise de Nanterre : on lui donna le nom de Clotaire, qu'il avait déjà porté par avance. Gontran dit, en le recevant entre ses mains : a Plaise à Dieu de conserver fa vie à cet enfant, de lui faire la grâce de bien soutenir le nom qu'il porte, et de le rendre aussi puissant que celui qui Fa porté le dernier. » Il l'invita ensuite à sa table , lui fit des présents , et après en avoir reçu de sa part, il s'en retourna dans ses états'.
' La quinzième année du roi Childebert , qui était la vingt-neuvième du roi Gontran , le roi Crontran chassant dans la forêt des Vosges, y trouva les restes d*un buffle qu'on avait tué. Le garde de la forêt sévèrement interrogé pour savoir qui avait osé tuer un buffle dans la forêt royale, nomma Chaudon, chambellan du roi ; alors le roi ordonna qu*il fût saisi et conduit à Chftlons, chargé de liens. Tous les deux ayant été confrontés en présence do n)i, et Chaudon soutenant qu*il ne s'était nullement permis l'action dont on Taccusait , le roi ordonne le combat : le chambellan présente son neveu poar combattre à sa place. Tons deux se rendirent sur le champ, et le jeune homme ayant poussé sa lance contre le garde des forêts, lui perça le pied ; celui-ci tombe aussitôt en arrière, et comme le jeune honmie tirant le couteau qui pendait à sa ceinture, tâchait dé lui couper la gprge, Vwnire lui perça le ventre de son Gouteau ; tous deux tonbèrent morts. Ce qae voyant, Chaudon prit la fuite pour se rendre à la basilique de Saint-Marcel : mais le roi s*écriant qu'on le prit avant qu'il n'atteignît l'édifice sacré, il fut pris, attaché à un poteau et lapidé. Le roi eut ensuite un grand repentir de s'être laissé aller si fort à la colère. Grégoire de Tours. Tom. 1t. liv. X. p. 95. (Traduct. de M. Ginzot).
- Daniel, Hii^toire de France, vol. I.
(^hildebert se plaignit auprès de sou oncle de cette eondeacèndancc pour une femnne qui avait envoyé à plusieurs reprises des assassins contre eux ; le bon roi répondit qU*il ne pouvait refuser à son neveu ce que Ton ne refusait pas aux enfants de ses domestiques ' .
On. nous a communiqué un manuscrit provenant des anciennes archives de Rueil. Ce document attribue la fondation du château à Dagobert P^ Voici ce que dit Fauteur anonyme :
« U faut observer que la garenne^ destinée aux plaisirs de la chasse des rois de France était placée dans retendue de quatre lieues en friche et inhabitées, dont la plaine était arrosée par le cours de plus de dix lieues de la rivière de Seine, bordées de petites montagnes, qui régnent depuis la montagne de Montmartre jusqu'à la montagne de Saint'Claud^ et continuent au Mont- Valerien , à la montagne de Marly , h la montagne de SaifU'G^rmain''eu Laye^ et à la vallée de Montmorency, jusqu'à la ville de Saint-Denis , et depuis ladite ville de Saint-Denis , à la montagne de Bondy et à la nriontagne de Belleville 9w SaJblon , et à celle de Ménilmontant.
» Au milieu de cette vaste garenne , il y avait deux forêts très-considérables; Tune nommée la forêt de i/ae/rût ou de Boulogne, l'autre la forêt de Rouvray , qui est le lieu où «st iNrésentement située la forêt de Saint-Cloud.
' Burette, Hûtoirc de France, vol. I.
' Garemiu, bois ou bruyère, où il y a beaucoup de lapiun. Le mot vieut (le rallenuind umrendey lieu gardé ou rerméde clôture, pour y •nfermer des animaux ; de ivahrcH ou wekren, protéger, défendre.
» Dagobert , roi de France, avait une Irès-grande passion pour la chasse. Il fit bâtir un palais sur le bord de la rivière de Seine, au milieu de cette vaste garenne. Ce dhftteau fut achevé en Tan 633 , et fut » par le même , nommé Clichy^a-Garenne , qui était le nom d'un de ses écuyers, son favori , qui portait ordinairement ses armes et son bouclier.
Y) Le même Dagobert s' étant dégoûté de son palais de Clichy, parce que les fontaines et les cascades ne pouvaient réussir, à cause de la situation des lieux qui est très-éloignée des montagnes qui produisaient leurs eaux , forma le dessein d'en bâtir un autpe au bas du Mont- Valérien. »
Dagobert n'a pas pu construire le palais de Clichy ; il avait quinze ans, lorsqu'il se rendit a Metz, pour aller trôner en Austrasie ; et, quelques années après, nous le voyons revenir à ce même Clichy ' pour y épouser Gomatrude, sœur de la reine Sichilde. Quanta la maison de Rueil, il ne l'a pas bâtie davantage : elle existait dès le temps de Childebert ; il n'y a pas le moindre doute à cet égard.
Voilà des fautes capitales, des erreurs qui détruisent toute confiance : que croire à un homme qui débite de pareilles choses avec une bonne foi des plus naïves et des plus robustes? Et pourtant il y a, dans les détails qu'il
' La quaranle^eaxièmc année du règne de Clotaire , et d'après Tordre de son père, Dagobert suivi de ses ducs, vint avec une pompe royale à Clichy près Paris. Là il reçut en mariage une ^œnr de la reine Sicbilde. ( Vie de Dagobert.)
donne sur Torigine du village, tant de vmisemblance, que nous avons cru devoir les recueillir ; ils ne se trouvent d'ailleurs en opposition avec aucun fait historique , et ce sont les seuls renseignements que nous ayons pu nous procurer.
Nous transcrivons le passage de Fauteur anonyme sans autre observation :
« Comme le roi Dagobert prenait souvent les plaisirs de la chasse au château de Rueil , où il logeait ordinairement avec toute sa cour et une suite très-nombreuse d'officiers de vénerie et de fauconnerie , plusieurs habitants du village de Clichy demandèrent la permission d'y bâtir des maisons, dans le dessein de faire profit par le séjour et la subsistance des officiers de la maison royale. Ladite permission fut accordée , à la charge de loger les officiers du roi. Cette condition se nommait le droit de gîte; comme aussi de payer au roi , pour le cens du fond de terre occupé par les maisons et les bâtiments , une quantité proportionrtée d'avoine , et ce droit royal s'appelait la centaine d'avoinage. * »
Ajoutons que' dans la vie de Dagobert on ne parle pas de Rueil. Il existe une tradition au pays , qui dit que le bon roi y venait souvent , et y fit faire de grands embellissements. Aux habitants des environs qui s'y établirent, il céda des terrains qui , joints aux terres du domaine royal, furent érigés en paroisse. Jusque-là Rueil avait fait partie de la paroisse de Nanterre.
' Dans une pièce d'un procèn qui eut lieu à Toccasion d'un écrit où il est dit que Dagobert fit construire un château au village de Rueil, qui s'appelait alors Saint-Sulpice.