‹ Rueil, le chateau de Richelieu, la Malmaison, avec pièces justificativesChapitre 29 sur 32 · A QUATRE HEURES APRÈS MIDI · texte numérisé non relu

A QUATRE HEURES APRÈS MIDI

Ce monument est devenu pour les Polonais le but d'un pèlerinage. On les voit arriver par troupes nombreuses, et se prosterner avec un pieux recueillement devant le dernier pas du héros.

Si, en traversant le parc, nous passons d'abord devant la porte du cbâleau qui y conduit, nous voyons les deux obélisques en marbre rouge, dont il a été question page 255. A côté de ces obélisques, qui reposent chacun sur quatre boulets de canon, on aperçoit deux centaures en bronze.

Nous longeons maintenant la petite rivière qui traverse le parc et qui sort de Tétang de S. Cucuphat \ nous arrivons au temple de TAmour, édifice assez mesquin, avec un portique supporté par huit colonnes en marbre rouge d'une grande beauté. La statue de TAmour en marbre de Carrare est style pompadour : il y a force bouquets et guirlandes de roses-, c'est un peu maniéré, mais l'ensemble offre un aspect charmant : les traits du terrible enfant respirent une espièglerie, une mutinerie impérieuse et un peu méchante , tout à fait en harmonie avec ces deux vers si connus de Voltaire, qui sont gravés sur le piédestal :

« Qui que tu sois, Yoici ton mattre , Il Test, le fut ou lé doit être. »

C'est dans ce temple que Delillea composé une partie de son poème des Jai^dins.

Si nous tournons k gauche, une superbe allée de marronniers nous conduit ^ une grande pièce d'eau dessinée en forme de miroir, dont nous avons parlé page 254. Les deux colonnes rostrales et la statue colossale de Neptune s'y voient encore. Le cygne qui habite le bassin a été donné k la reine par le duc d'Orléans peu de jours avant sa mort.

Auprès de cette pièce d'eau s'élève un chalet, construit également par M. Surreda. Les frises portent les chiffres de Napoléon, de Joséphine et les armes de la reine d'Espagne : on y lit les deux dates 1793 et 1842. D'un groupe de rochers, au fond du chalet, jaillit une eau limpide. La reine y vient quelquefois déjeuner.

Le long du mur de clôture du côté du sud-est, règne une superbe treille a l'italienne, plantée de chèvrefeuille et de vigne, qui a près d'un quart de lieue de long. Elle conduit k la maison du garde, dont un bon bourgeois de Paris se contenterait volontiers pour habitation de campagne. Cette maison est construite dans la partie la plus élevée du parc, d'où l'on jouit d'une vue admirable, embrassant un horizon de six k huit lieues : on voit onze villes et villages.

L'élégant pavillon auquel étaient adossées autrefois les magnifiques serres de Joséphine, porte maintenant le nom de petit château.

Au nord-ouest de ce bâtiment se dessine une vaste pièce d'eau, ombragée d'arbres magniGques et k laquelle il ne manque, comme aspect pittoresque, qu'un léger bâtiment bien gréé portant le pavillon de la reine.

Les nouvelles serres et orangeries, sans avoir Timportance de celles de Timpératrice, sont de bon goût, parfaitement établies et entretenues avec soin.

De dislance en distance on trouve dans les allées du parc des copies en bronze de quelques antiques : la Diane ^ la biche, TApollon de Belvédère, l'Amour adolescent.

Sur la droite de la cour d'honneur, en se dirigeant vers la grille de sortie , on voit l'allée de tilleuls dite promenade solitaire de YEmpereur , C'était sa promenade habituelle, parce qu'elle se trouve \k proximité de la bibliothèque et de la salle du conseil. Il s'y faisait souvent apporter k manger, et Ton dit que Joséphine, voulant lui causer une agréable surprise, fit construire en une seule nuit le petit pavillon qui s'élève k l'extrémité. On nous a assuré que l'intention de la reine est de le faire restaurer et embellir.

Au bout de notre pérégrination nous trouvons, pour nous ouvrir la grille, un vieux débris de la domesticité de l'impératrice , le père François, tremblant sur ses bases et conservant a peine assez de mémoire pour vous donner quelques souvenirs des beaux temps de la Malmaison.

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