DÉCÉDÉE LE 5 OCTOBRE
Des deux autres bas-reliefs, celui qui se trouve sur la face antérieure, du côté du chœur, représente la Charité faisant Faumône k un vieillard.
Sur l'autre on voit un guerrier et une femme avec des ailes, tenant une couronne suspendue audessus d'un aigle; figures allégoriques représentant la Guerre et la Victoire.
Ces bas-reliefs, ainsi que la statue et les accessoires, sont soigneusement et finement travaillés ^ le visage surtout et les deux bras, entièrement nus, ont un moelleux, une souplesse qui dénotent une merveilleuse prestesse de ciseau.
Somme toute, si en France il y a des hommes qui auraient pu faire mieux peut-être, Tltalie ne possède pas actuellement de sculpteur qui aurait fait aussi bien.
Comme il a été dit page 106, la statue avait d'abord été confiée au talent du célèbre sculpteur David; mais le roi Louis, faisant les frais d'une partie du monument, exigea qu'il fdit exécuté par Bartolini.
La Malmaison a été plus heureuse que le ch&teaudu cardinal : elle a échappé k la bande noire; mais il a fallu une souveraine étrangère pour sauver l'ancienne résidence impériale. Ainsi va le monde ; elle avait été ravagée autrefois par des hordes de brigands venues de l'étranger.
Grâce soit rendue k Votre Majesté, noble reine! car non-seulement vous avez conservé \k la France le
château de son grand empereur, mais de plus, vous respectez ses souvenirs : vous ne changez rien h la disposition des appartements, qui ont conservé jusqu'k leurs noms. Vous n'avez rien enlevé de ce qui s'y trouvait, vous n'avez fait que soutenir, appuyer ce qui tombait, ou remplacer ce qui avait disparu : tout y est encore plein de l'empereur, comme aux meilleurs jours. Grâce soit donc rendue h Votre Majesté qui a fait preuve en ceci de tact et de bon goût, et qui a montré une âme élevée et une haute intelligence ; car il est beau d'honorer le puissant qui est tombé! L'éclat dont vous entourez la mémoire de l'homme qui jadis fit tant de mal k votre pays, rejaillira quelque jour sur celle de Votre Majesté.
Celui qui est admis k visiter ces lieux, qui sont tout un poème, k peine a franchi la grille d'entrée, quMl a sous les yeux un exemple frappant de l'esprit qui a dirigé les restaurations faites k la Malmaison par la reine Marie- Christine. Un vaste parterre se déroule depuis cette grille jusqu'à la cour d'honneur du château : les platesbandes, plantées de girofliers, de géraniums et bordées de violettes et de buis, se dessinent de manière k former les compartiments de l'étoile de la Légion-d'Honneur, avec le chiffre de Napoléon au centre : elle se termine par une large plate-bande plantée de rosiers du Bengale. Au milieu de cette douce et riante végétation s'élève la statue du terrible donneur de batailles, en face de l'entrée principale du château. C'est une idée fort heureuse, ce nous semble, quoiqu'il y ait dans cette décoration quelque chose de profondément triste.
Le père La Fayette sert de guide aux étrangers qui
Yisitent le châleau. C'est un des anciens serviteurs de Joséphine; il a passé an service de tous les acquéreurs qui ont succédé k Timpératrice *, c'est un meuble inhérent k la propriété. Le père La Fayette a vu naître la Malmaison, ou du moins il Ta vue croître, grandir, s'embellir et s'enrichir -, puis il l'a vue décroître et se relever encore et tomber de nouveau ; il a vu des embarras de roi dans ces salons, plus tard des Anglais et des Prussiens en briser les meubles et des Cosaques se faire des pantalons avec le drap des billards ; aujourd'hui c'est pour lui une bonne fortune que d'y voir un étranger.
L'aspect général du château est resté k peu près le même (Y. p. 123, etc.). La grande porte d'entrée ouvre sur* un péristyle soutenu par quatre colonnes en stuc, au milieu une jolie statue de Canova en marbre de Carrare : un jeune enfant agenouillé, les yeux levés au ciel et les mains jointes, dans l'attitude de la prière. On nous a assuré que c'est le petit roi de Rome priant pour le salut de la France, et cette idée nous a si vivement touché, que nous nVons pas le courage d'en douter.
Sur la gauche du péristyle le rez-de-chaussée contient la salle k manger, la salle du conseil et la bibliothèque. Le mobilier et les dispositions de ces pièces sont k peu près les mêmes que du temps de l'Empire, si ce n'est qu'on a placé dans la dernière un billard, qui n'y restera pas. La salle du conseil est comme autrefois en forme de tente : elle est tendue du même coutil , et sur les panneaux on voit encore les mêmes trophées d'armes. Les meubles actuels ont été placés par la reine.
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C'est h la bibliothèque que se trouve un des plus curieux souvenirs de Napoléon. A la place où il avait son bureau, le parquet a été usé par le frottement de ses pieds : on sait que c'était un rude travailleur. Une planchette est entièrement brisée : c'est sans doute la trace d'un de ces mouvements de colère auxquels il se laissait aller en recevant quelque nouvelle qui contrariait ses projets.
 droite du péristyle est d'abord un petit salon d'été. On y \oit le portrait du premier consul par Isabey . Nous y avons surtout remarqué une lithographie offrant les portraits de plusieurs officiers et généraux morts pour la cause de la reine, entre autres celui du vaillant et infortuné don Diego Léon. La lithographie porte cette courte inscription :
« Virtus, fides, fatum, »
Puis vient le salon doré : les lambris de cette pièce vraiment magnifique ont été peints par Redouté. La cheminée en marbre blanc est un présent du pape Pie VU : elle est ornée de mosaïques en pierres dures de la manufacture de Florence et de trois médaillons mosaïques romaines. Des amateurs et connaisseurs estiment que cette cheminée vaut k elle seule autant que la propriété de la Malmaison. Au centre du salon est placée une table circulaire en porcelaine de Sèvres, donnée par Louis-Philippe k la reine Marie-Christine. Les peintures représentent ^oafrcfz/ quittant Grenade à la suite d'une capitulation : tout autour sont des médaillons camées représentant la série des califes.
En sortant de ce salon, on traverse une petite pièce,
où il n'y a de remarquable qu'un fort beau tableau, attribué au Titien : F amour profane et T amour divin.
De Ik on passe dans le salon de musique , reste de Tancienne galerie de Joséphine, dont les deux tiers ont été démolis par le banquier Aggermann. Cest \^ que se trouvait la riche collection de tableaux, vendue 800,000 francs k l'empereur Alexandre. On n'y voit plus maintenant que quelques portraits et quelques tableaux qui nous ont paru fort remarquables.
Deux portes en glaces conduisent de cette pièce par deux ponts jetés sur le fossé, Tun dans le parc, l'autre k la tribune de la reine dans sa chapelle.
La chapelle de Joséphine, qui se trouvait a l'extrémité de la galerie dont nous venons de parler, fut détruite en 1837. Le nouvel édifice, qui est sur le point d'être terminé, est dans le style ogival, d'après les dessins de M. Surreda. Le sanctuaire est éclairé par cinq fenêtres en vitraux de couleurs : au milieu , la sainte Vierge, derrière le maitre-autel : sur la droite de la sainte Vierge, sainte Isabelle et saint Augustin : k gauche sainte Christine et saint Ferdinand.
Une rosace fort belle, au-dessus du portail, montre les détails des armes d'Espagne et de celles du duc de Riançarès. Outre le maitre-autel, il y a un autel de la sainte Vierge, sur lequel sera placée une statue, copie exacte de la célèbre Vierge de Valence, qui est en si grande vénération dans toute l'Espagne. C'est en face de cet autel que se trouve la tribune de la reine. La chapelle n'a point de sacristie, ce qui est un inconvénient, le célébrant étant obligé de revêtir les ornements sacerdotaux derrière le maitre-autel. La chapelle est
peinte et dorée k Tintérieur dans le goût du xiii* siècle. Quatre tableaux peints k Thuile, que Ton suspendra aux murs de la nef, achèveront la décoration de Tintérienr. Trois de ces tableaux sont de M. Goriot, peintre espagnol ; la Vierge à la chaise, Adam et Eve ou le péché et la Résurrection. Nous n avons pu déchiffrer le nom du peintre auquel on doit le quatrième : T/tzstitution du scapulaire.
Parmi les cinq vitraux du sanctuaire, il y en a quatre de M. Maréchal, de Metz.
A Textérieur la petite église offre un aspect gracieux : les sculptures et autres ornementations sont bien dans le goût de Tépoque gothique. Un ange de la résurrection, en bronze, surmonte Tédifice du côté de Tabside : sur la façade, un ange sculpté en pierre, avec un encensoir, se tient debout en avant du campanile qui supporte la cloche. Le bas-relief de la façade , au-dessus du portail, montre la sainte Vierge tenant Fenfant Jésus sur ses genoux : de chaque côté, un ange agenouillé avec un encensoir k la main. Ce bas-relief de M. Sornet est bien conçu, et Texécution laisse peu de chose a désirer.
Le premier étage n'offre rien de saillant : Tameublement en est fort modeste, mais élégant et de bon goût.
Avant d'entrer dans le parc, faisons un tour dans le potager. Près d'une allée vous y voyez une colonne de pierre sculptée en forme de balustre : c'est Ik que Napoléon monta en voiture pour quitter la France, ainsi que nous l'apprend l'inscription suivante :