‹ Ruelles, salons, et cabarets (volume 2)Chapitre 102 sur 138 · I. Scarron, Œuvres, t. I, p · texte numérisé non relu

I. Scarron, Œuvres, t. I, p

Plusieurs versions ont circulé sur l'origine de ses infirmités; voici la plus accréditée :

« il étolt allé passer le carnaval à son canonicat (1638). Au Mans, comme dans la plupart des villes de province, le carnaval finit par des mascarades publiques... L'abbé Scarron voulut en être. Mais sous quel déguisement s'envelopper?... — il s"enduit de miel toutes les parties du corps, ouvre un lit de plume, s'y jette et s'y retourne, jusqu'à ce que le sauvage soit bien empenné. Il va courir la foire et en attire toute l'attention ; les femmes l'entourent; les unes s'enfuient, les autres le déplument... A ce spectacle, le peuple s'attroupe, est indigné, crie au scandale. Scarron se dégage de la foule. Poursuivi, dégoûtant de miel et d'eau, partout relancé, aux abois, il trouve un pont, le saute héroïquement, et va se cacher dans les roseaux. Ses feux s'amortissent. Un froid glaçant pénètre ses veines et met dans son sang le principe des maux qui l'accablèrent depuis. Une lymphe acre se jeta sur ses nerfs et se joua de tout le savoir des médecins. La sciatique, la goutte, le rhumatisme, arrivèrent tantôt successivement, tantôt ensemble... (1). »

Quelle kyrielle !

Ce « raccourci de la misère humaine » réservait ses lamentations les plus amères pour sa cassette vide. Nul n'a égalé la prestesse du cul-de-jatte dans la chasse aux pensions. Il en attrapa de tous côtés : la reine, Richelieu et Mazarin furent tour à tour ses protecteurs. Abbé, comme bon nombre de gens de lettres d'alors, il remua ciel et terre à l'effet d'obtenir une abbaye. On lui objecta son incapacité physique. « Eh bien ! répondit-il, qu'on me donne un bénéfice simple, mais si simple qu'il ne faille que croire en Dieu pour le bien desservir. » Cette saillie lui valut sa prébende du Mans, que, lors de son mariage, il céda, contre espèces sonnantes, à l'abbé Giraud. Comptez encore parmi les ressources de Scarron le gain qu'il tirait de ses ouvrages et qu'il appelait son <,< marquisat de Quinet », du nom de l'éditeur. Et ce

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