‹ Ruelles, salons, et cabarets (volume 2)Chapitre 101 sur 138 · Œuvres, .t. \j p · texte numérisé non relu

Œuvres, .t. \j p

C'était en octobre 1650. Scarron alla jusqu'à Tours, pour régler quelques affaires, et revint à Paris le mois suivant. La Gazette rimée nous donne ce détail :

Or j'ai maintenant à vous dire Que cet auteur à faire rire, Nonobstant son corps maladif, Est maintenant génératif :

Car un sien ami tient sans feinte Que sa dite épouse est enceinte De trois ou quatre mois et plus; Et puis dites qu'il est perclus!

jolie médisance d'un journaliste à bout de nouvelles. Il faut bien distraire Mademoiselle de Longueville!

Scarron avait abandonné son projet en désespoir de guérison. 11 reparut avec la gaieté et l'entrain tant admirés en lui. Mais, entre deux éclats de rire, il laissait percer, dans des cpanchemcnts intimes, les défaillances de son esprit et les regrets d'une santé à jamais perdue.

« Quand je songe, écrivait-il à Marigny, que j'otois né assez bien fait pour avoir mérité les respects des Bois-Roberts de mon temps... Quand je songe que j'ai été assez sain jusqu'à l'àgc de vingt-sept ans pour avoir bu souvent à l'allemande; que j'ai encore le dedans du corps si bon que je bois de toutes sortes de liqueurs, et mange de toutes sortes de viandes, avec aussi peu de retenue que feroient les plus grands gloutons. Quand je songe que je n'ai point l'esprit foible, pédant ni impertinent, que je suis sans ambition et sans avarice, et que si le ciel m'eût laissé des jambes qui ont bien dansé, des mains qui ont su peindre et jouer du luth, et enfin un corps très adroit ; que je pouvois mener une vie heureuse, quoique peut-être un peu obscure, je vous jure, mon cher ami, que s'il m'étoit permis de me supprimer moimême, il y a longtemps que je me serois empoisonné (1). »

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