L AMANT
Rien ne contente si fort ma vie Que le boniieur de voir Sylvie.
l'ivrogne.
Rien ne contente mon oreille Comme le son d'une bouteille.
Nos libertins allaient, Théophile en tête, jetant de par le monde les trésors d'un esprit narquois et sceptique. Il leur arrivait quelquefois, au milieu des fumées de l'ivresse, de s'abandonner au courant d'une inspiration effrénée. Toute pudeur était laissée alors au fond des bouteilles, il pleuvait des gros mots, qui ne tombaient pas à terre, mais dans des oreilles toutes béantes. D'avides libraires, collés contre la porte, transcrivaient froidement des vers dictés par l'orgie. Lorsque ces misérables spéculateurs eurent fait une suffisante moisson de priapées, ils les livrèrent au public, en leur donnant effrontément pour passeport le nom de Théophile. Ce recueil de « gayetés » parut en 1622, sous le double titre de « Parnasse satyrique » et de « Qtiintessence satyrique. » Sa publication souleva une clameur immense contre Théophile. 11 fut seul chargé des imprécations stupides de la foule, quoiqu'il eût des complices, mais des complices protégés par leur obscurité. Ils avaient nom Frénicle, Berthelet et G. Colletet. Ce ne fut que plus tard que ce dernier acquit quelque réputation. La grande renommée de Théophile de Viau le dénonça donc seul à la haine publique. Il était toujours l'enfant gâté de la mauvaise fortune.
Le père Garasse l'attaqua outrageusement, comme il convenait d'attaquer « l'un des principaux chefs de la bande libertine (i) ». Mais avant de le prendre à corps, il distribua quelques coups de gourdin à droite et à gauche. Le digne jésuite entama ainsi la lutte :
« Je confesse qu'ayant lu les Priapées de Bèze, revues, corri-