‹ Ruelles, salons, et cabarets (volume 2)Chapitre 36 sur 138 · Id., ibid · texte numérisé non relu

Id., ibid

Et je sens venir toutes choses De plus loin que l'on sent les roses.

Enfin je puis dire, en un mot, * Que je n'ai pas le nez d'un sot.

La société des impies se réunissait d'ordinaire chez le Cormier ou à la Pomme de pin ; ce cabaret fameux, célébré déjà par Villon et par Rabelais, était ouvert non loin de Notre-Dame, rue de la Juiverie, en face de l'église de la Madeleine, démolie en 1789.

Lorsque, l'hiver passé, il prenait fantaisie à tous ces fous d'aller respirer l'air embaumé de la campagne, ils montaient en bateau, suivaient le fil de la Seine, et, s'arrêtant à Saint-Cloud, débarquaient à l'hôtel du Petit-More,

Qu'à cause du bon vin tout biberon honore.

La muse de nos poètes était une luronne fièrement campée sur ses hanches et douée de joues richement carminées. Les « lieux d'honneur » avaient coutume d'entendre des propos peu orthodoxes en morale ou en religion. Tantôt, c'étaient Théophile et Desbarreaux qui faisaient flèche de tout bois contre l'enfer et toute la diablerie; et tantôt Motin et les autres, qui faisaient jaillir avec le vin une épigramme ou une chanson. Motin, dont le glacial Boileau a critiqué la froideur, avait la spécialité des « vers gaillards ». Pourtant il ne dédaignait pas le genre bucolique. Nous avons trouvé dans ses oeuvres une jolie chanson qui commence ainsi :

Que j'aime ces petits rivages, Semés de fleurettes sauvages !

Beaux yeux à l'amour destinés, je le connais, vous en venez...

Tandis que Motin le Gaillard, obéissant à un bizarre caprice, chantait cette bluette naïve, son confrère Colletet roucoulait grotesquement, et avec une mimique appropriée à la circonstance, le Dialogue d\in amant et d'un ivrogne :

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