Cbevrœana, t. I, p
lOO RUELLES
moiselle Dupuis, il allait, la panetière au côté, coiffé d'un chapeau de paille doublé de satin rose, conduisant le long de son jardin des troupeaux imaginaires, les gardant du loup et frappant les échos de chansons agrestes. Parfois, « ils se donnoient la comédie, qui consistoit en des dialogues de trois quarts d'heure, et récitoient au clair de la lune des vers de galanterie, où ils s'efforçoient de bien représenter leur personnage. Ils ne l'avoient pas plutôt achevé, qu'il offroit sa main à la bergère pour la reconduire dans leur chambre, où Mademoiselle Dupuis jouoit sur sa harpe quelques airs tendres, et après cela s'alloient mettre au lit (i). » La moralité des poésies de Nicolas Vauquelin des Yveteaux peut se résumer ainsi : avoir « beaucoup d'honneurs sans peine et peu d'enfants sans femme ». Près de mourir, il se fit jouer une sarabande, afin que son âme « passât plus doucement, allegramento ». Le mot est de Saint- Evremont.
Comme des Yveteaux, Marigny-Mallenoë finit par manquer à l'appel de son nom à l'Epée royale. Mais ce n'était là qu'une disparition passagère. La jalousie l'avait emporté... — Où? — Nul ne le savait. L'intarissable Tallemant nous renseigne à ce propos : « Un beau matin, il dit à sa femme : — « Vous n'êtes point bonne cavalière; il faudroit que vous vous accoutumassiez à aller à cheval. Venez-vous-en avec moi visiter de nos amis et de nos parents. » Ils montent tous deux à cheval... 11 la mène assez loin, puis il lui dit : Ecoutez, mon dessein est d'aller jusqu'à Rome et de vous y mener. — J'irai partout où vous voudrez», répondit-elle. Qiiand ils furent en Italie, Marigny lui déclara froidement que son intention étoit de la faire mourir. Cette femme, quoiqu'elle n'eût que vingt-deux ans, lui répondit froidement : « J'aime autant mourir ici qu'en France, et autant dans huit jours que dans cinquante ans » (car on n'a jamais vu un couple de gens si extraordinaires). — « Bien, lui dit-il, venez. De quel genre de mort voulez-vous mourir?» Ils furent quelques