I. Chcvrœana, t. i. p
jours à en parler aussi froidement que si c'eût été simplement pour s'entretenir. Enfin, elle choisit le poison. Il lui en apprête et le lui présente dans une coupe. Elle le prend délibérément; et comme elle alloit l'avaler, il lui retint le bras. « Allez, lui dit-il, je vous donne la vie; vous méritez de vivre, puisque vous aviez le courage de mourir si constamment. Désormais, je veux vous donner la liberté tout entière; vous ferez tout ce que vous voudrez de votre côté, et moi du mien. » Ils se le promirent réciproquement, et revinrent les meilleurs amis du monde ensemble. Depuis, il ne s'est point tourmenté de ce qu'elle faisoit, et elle, quand elle savoit qu'il avoit quelque amourette, elle l'y servoit (i). » Après cette touchante réconciliation, Marigny-Mallenoë fit sa rentrée à VEpée royale. Au moment où il ouvrait la porte, Saint-Amant recevait le poète-menuisier dans les rangs de la société des goinfres, et, en échange de ses C/^^t'/Z/es, lui décochait ce quatrain :
On dira par tout l'univers, Voyant les beaux écrits que maître Adam nous oflTre : Qu'il est propre à faire des vers.
Comme il est propre à faire un cofrre.
Le Virgile au rabot avait des émules tels que le pâtissier Ragueneau, le serrurier Réault et l'Orfèvre Olivier Massias. Mais il absorbait à lui seul l'admiration générale. Il était une de ces curiosités littéraires dont on se montrait alors aussi friand qu'aujourd'hui. Durant son séjour à Paris, Adam Billaut courut, comme Jasmin, d'ovation en ovation. Ils appartiennent tous deux à la catégorie des poètes-phénomènes.
Lorsque les libéralités du comte d'Harcourt furent épuisées, le Gros, qui avait horreur du vide, alla frapper à l'hôtel de Nevers, chez l'abbé de Villeloin, et lui conta sa détresse. Marolles avait abandonné les « repues franches », pour entrer au service de Marie de Gonzague, mais il avait gardé bon souvenir de son