I. Entreliens, édition de 1659, p
Saint-Amant se plaignit de sa mauvaise fortune du ton de bouffonnerie qui lui était habituel :
Fagotté plaisamment comme un vrai Simonnet, Pied chaussé, l'autre nu. main au nez, l'autre en poche. J'arpente un vieux grenier, portant sur ma cabocJie Un coffin de Hollande en guise de bonnet.
11 dit ailleurs :
Gîté dans un chien de grabat.
Sur un infâme lit de plume,
Entre deu.x draps teints d'apostume
Où la vermine me combat.
Je passe les plus tristes heures
Qui dans les mortelles demeures
Puissent affliger les esprits;
Et la nuit si longue m'y semble,
Qiie je crois qu'elle ait entrepris
D'en joindre une douzaine ensemble.
Nous trouvons un pendant à ce tableau dans la description qu'il fait à Marigny-Mallenoë de la chambre de son ami Gouspin :
Quand pour prendre son repos,
Las et non soûl de la débauche, Il donne le bonsoir aux pots.
En faisant demi-tour à gauche.
De sa nappe il fait un linceul.
Un ais qui se plaint d'être seul Lui fournit de couche et de table.
La muraille y sert de rideau
Comme ces citations le démontrent, la plume de Saint-Amant est un pinceau. Ses impressions se traduisent par des images. et par des images où éclate une grande richesse de coloris. Son vers va droit au but, comme celui du vieux Mathurin. On a reproché à notre brave poète quelques crudités d'expressions : — véritable pudeur d'eunuques baissant les yeux devant une ra-
vissante créature, sous prétexte qu'elle est nue. Que l'auteur du sonnet des Goinfres nous pardonne de le comparer à la Vénus de Milo! Saint-Amant eut l'honneur d'être, avec Théophile, injurié par le « Narsès de la satire », comme disait Ch. Nodier. Mais Boileau fut flagellé en même temps que Gombauld, coupable de l'épigramme suivante :
Tes vers sont beaux quand tu les dis; Mais ce n'est rien quand je les lis; Tu ne peux pas toujours en dire, Fais-en donc que je puisse lire.
Voici la riposte qui se trouve dans une élégie adressée au duc de Retz :
Leur louche entendement est un traître animal; Pour avilir un vers, ils le prononcent mal. Ils ont l'oreille fausse à la juste harmonie, Leur esprit est crevé sous le faix du génie
Le Moïse, à vrai dire, est loin d'être un chef-d'œuvre : il prête quelque peu le flanc à la raillerie. Pourtant, il est certains passages de ce poème qui valent à eux seuls plus que tout le bagage versifié de Boileau. L'auteur apprécie lui-même fort justement ses défauts et ses qualités : « je ne me plair"> pas beaucoup à me parer des plumes d'autrui, comme la corneille d'Horace... La description des moindres choses est mon apanage particulier. » Saint-Amant a le tort grave de se perdre parfois dans des détails microscopiques, mais il reste toujours, même dans les plus grands écarts, d'une supériorité incontestable. Peu de poètes ont manié la langue d'une main plus ferme, plus audacieuse. Théophile avait osé dire, parlant de H-.-nri IV : « Son courage rioit. » Lui, il écrivit sans broncher :
j'écoute, à demi transporté, Le bruit des ailes du silence Q.ui vole dans l'obscurité.
Io6 RUELLES
Hardiesse que Delille a gauchement plagiée. Saint-Amant composa, dans ses heures de mélancolie, un poème rempli de grâce et de fraîcheur, la Solitude. On y rencontre des strophes délicieuses de nombre et d'ingénuité; c'est une transformation complète : ,
Que l'eau fait un bruit agréable Tombant sur les feuillages verts, Et que je charmerois l'oreille Si cette douceur nonpareille Se pouvoit trouver en mes vers !
N'est-on pas tout dérouté d'entendre l'éloge de l'eau sortir d'une pareille bouche? « Si cet ivrogne de Saint-Amant, dit l'abbé de Longuerue, avoit su quelque chose et qu'il eût voulu autant travailler que boire, la nature lui avoit donné du génie et il auroit pu aller loin (i). » Demi-justice rendue par un juste appréciateur de Boileau. Saint-Amant fut admis à l'Académie en 1634. La mission qu'il s'imposa de recueillir et d'introduire dans le Dictionnaire les mots grotesques et burlesques mis en circulation le fit dispenser du fastidieux discours de réception et de ceux qui étaient prononcés alors chaque semaine. Un jour qu'il gagnait son poste d'académicien, il rencontra Faret, qui ne s'enivrait plus qu'à huis clos et s'intitulait gravement « baron de Saint-Privat, » qualité dérobée à un homonyme mort au service d'une Grimaldi quelconque (2). Le Vieux, après avoir serré cauteleusemeat la main du Gros, l'attire à l'écart, et, tout penaud, le supplie de chercher, pour rimer à cabaret, un autre nom que le sien. Saint-Amant promet la radiation demandée, et remplace, en effet, dans la première édition, Faret par Muret; seulement il ajoute cet erratum perfide : « Au lieu de Muret, lisez Faret. »
Le livre de VHonmte homme avait valu à son auteur, outre