I. Marolles, Mémoires, édition de 1755, t. I, p
reine de Suède. Christine l'accueillit avec les marques de la plus vive sympathie. Elle faisait, comme on sait, profession d'aimer les lettres, et semait des sourires autour d'elle pour récolter des vers à sa louange. Saint-Amant tomba dans le piège. Du reste, il séjourna peu de temps à Stockholm; les fêtes du couronnement terminées, il revint en Pologne. 11 y revint tout pensif. La cour de Suède, où affluaient les lettrés de France, lui avait rappelé Paris et... le cabaret de VEpée royale. Il avait pris en haine Varsovie, oli l'on buvait largement, mais sans esprit et sans gaieté. 11 accablait cette capitale de tous les griefs possibles, et, quoique peu porté aux pensées d'amour, se plaisait à citer cette phrase de Balzac : « N'avez-vous point ouï parler de cet honnête homme d'Italie qui disoit, au retour d'un voyage qu'il fit en Pologne, que les femmes de ce pays-là étoient aussi blanches que leurs neiges, mais qu'elles étoient encore plus froides qu'elles n'étoient blanches, et que souvent leur conversation l'avoit enrhumé (i) ? »
Saint-Amant résigna donc ses fonctions de conseiller d'Etat pour retourner en France, où l'attendaient de cruels mécomptes. La tabagie de VEpée roj>aIe, qu'il visita tout d'abord, avait changé d'aspect; les anciens habitués avaient fait place à de nouveaux. On le reçut presque comme un étranger, il était loin le temps où Saint-Amant se représentait avec la chevelure frisée d'un
Gros comte allemand, Le teint frais, les yeux doux et la bouche vermeille.
Pauvre poète! les années avaient diminué son entrain et affaibli sa verve. Il n'avait conservé que son ventre, qui devait, hélas! le quitter aussi, la détresse aidant. Les trois mille livres étaient restées en Pologne avec la fonction, et la pension promise n'arrivait pas. 11 logeait rue de Seine, porte à porte avec le savantasse François Charpentier.