‹ Ruelles, salons, et cabarets (volume 2)Chapitre 66 sur 138 · I. Lettres ebviiie.s. 1730, t. 1, p · texte numérisé non relu

I. Lettres ebviiie.s. 1730, t. 1, p

cette épitaphe. N'ai-je pas raison? ajoute-t-il en prenant à partie un troisième personnage qui intervient et montre, sur un corps grêle, une face affreusement ravagée, la face d'un homme tombé dans le feu et retiré à moitié cuit.

C'est le fils de l'historien Pierre de l'Estoile.

— Vous avez toujours raison, monseigneur, dit Claude en s'inclinant.

— Double flatterie, répond Richelieu. D'abord, je ne suis infaillible qu'en politique. Je me trompe comme vous en matière de goût : Colletet me l'a bien prouvé, en refusant de faire barboter sa cane (i). De plus, dans nos petites réunions, je m'appelle monsieur tout court et non monseigneur. Bautru, profitez de la leçon.

L'ancien conseiller d'Etat salue de la tête et va au-devant de Bois-Robert, dont il a entendu la voix criarde. L'abbé est suivi de son frère, le conteur d'OuviUe, d'Éléonor d'Étampes de Valençay, de Colletet, de Desmarets, de Corneille et de Rotrou.

L'archevêque de Reims assiste aux séances, en sa qualité de maréchal de camp comique. Nous l'avons montré plus haut, le bâton à la main et en habit court, plaçant au théâtre les comtesses de contrebande introduites par Bois-Robert. Ce dernier présente son frère à Richelieu.

— Daignez accueillir, dit-il, un Gaulois de la Gaule de Béroalde de Verville,

— Hum ! répond le cardinal en toisant du regard le nouveau venu, il est de votre famille, l'abbé... Fait-il des vers, au moins?

— Par le blond Phœbus! il monte Pégase à poils et sans bride.

— Oh! oh! et voudrait-il me donner un petit échantillon de son savoir-faire?

I. Allusion à la substitution du verbe barboter au verbe s'hitincctcr, que le ministre ne put obtenir de Colletet, dans les deux vers des Thuilcrics :

En même temps, j'ai vu sur le bord d'un ruisseau La cane s'humecter de la bourbe de l'eau.

Bois-Robert glisse rapidement ces mots dans l'oreille de d'Ouville :

— Sers-lui ton fameux vers des Fausses yérités (i).

En bon déclamateur, son frère tousse deux fois, comme pour accorder son instrument. Puis il entre soudain dans la peau d'une suivante futée, et dit d'une voix câline :

L'amour pour être instruit ne va pas a l'école.

— Assez ! jeune homme, s'écrie Richelieu dans le ravissement. L'échantillon me suffit. Nous songerons à vous pourvoir de quelque bon bénéfice... Vous n'êtes pas sans doute un mécréant comme l'abbé?

— Dieu m'en garde ! répond d'Ouville avec une componction bien jouée. J'ai la foi vive de l'aveugle et du cul-de-jatte de Tours, qui s'enfuirent, l'un portant l'autre, devant les reliques de saint Martin, que l'on promenait dans les rues. Un miracle aurait pu leur enlever l'infirmité dont ils... jouissaient et vivaient.

— Mon pauvre Bois-Robert, tu peux mourir maintenant... voilà un garçon capable de te remplacer.

Et le cardinal de tourner les talons et d'ouvrir la séance.

Quelle est la pièce à l'ordre du jour ? Les Thuilcries, dont le prologue en prose est de Chapelain, et le prologue rimé de Colletet. C'est là que se trouvent les vers sur les amours des canards. On connaît moins ceux que nous allons citer, et que la vue d'une volière a inspirés à l'excellent Guillaume :

Ce qui me plaît surtout, ce sont deux tourterelles Qui, se faisant caresse et du bec et des ailes, Et de chastes baisers leurs flammes unissant, Goùtoient ce que l'amour a de plus ravissant. Cependant mille oiseaux, aux plumts émaillées, Chantoient de si doux vers sous les vertes feuillées, Qu'a la fin j'ai pensé que ces concerts charmants Servoient d'épithalame à ce couple d'amants.

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