DESSEIN DE LA MASCARADE
Cette mascarade est composée de six personnes, sans compter l'entrepreneur de la mascarade, qui ne danse point et distribue les livres aux dames.
Les six autres sont : l'Amour, l'Occasion, la Vieille-Amoureuse, le Vert-Galant, le Vieillard-Amoureux et la Jeune-Coquette.
L'Amour entre le premier et danse seul.
L'Occasion, ayant de forts longs cheveux sur le front, et étant chauve par derrière, entre et danse avec l'Amour, qui l'attrape aussi souvent qu'il peut par ses cheveux, mais elle lui tourne souvent le derrière et lui échappe diverses fois. Enfin il la saisit, l'embrasse et l'emporte dans un coin de la salle.
Le Vert-Galant, tout vêtu de vert, entre coudoyant la Vieille- Amoureuse, à qui il fait faire quelques tours avec peine.
Le Vieillard- Amoureux entre, conduisant la Jeune-Coquette, Ces quatre dansent ensemble, mais fort peu, car l'Amour et
l'Occasion reviennent. L'Amour donne un coup de pied au Vieillard et à la Vieille, et les met hors de danse.
L'Occasion prend d-'une main le Vert-Galant, de l'autre la Jeune- Coquette, et les met ensemble. Le Vieillard et la Vieille qui étoient par terre se relèvent. La danse finit par un dialogue à toutes ces personnes.
l'amour aux dames.
Beautés dont les charmants appas En tous lieux se font reconnaître, Je suis l'Amour, me connaissez-vous pas, Vous qui me faites naître?
Je mets tous les cœurs sous mes lois.
Si vous voulez garder le vôtre, Fuyez mes traits, ils blessent quelquefois Ma mère comme une autre.
Mais non, ne fuyez nullement ; Sans moi rien ne vous sauroit plaire.
Aimez, aimez et faites seulement Ce que je m'en vais faire.
Sans montrer trop de passion, En riant et de bonne grâce.
Dansant, courant après l'Occasion, Q.uand Je puis, je l'embrasse.
l'occasion aux dames.
Mon règne n'est que d'un moment.
Mais ce moment peut tout sur les choses humaines.
Mais quoi ! rien n'arrête mes pas.
Je suis sourde aux soupirs, inexorable aux larmes ; )e pars, qu'attendez-vous ? Usez de vos appas, Belles, vous ne me perdez pas.
Vous perdez vos jours et vos charmes.
LA VIEILLE-AMOUREUSB AUX DAMES
A voir ces blancs cheveux, On s'y pourroit méprendre ; Sous cettejfroide cendre Se cachent mille feux.
l66 RUELLES
Je ne saurois me taire Du berger qui nie plaît; Je vous jure qu'il est Beau comme une bergère.
11 est vrai qu'on le blâme D'un peu de cruauté; Que n'ai -Je sa beauté i Ou que n'a-t-il ma flamme ?
l.F. VERT-GAI. ANT AUX DAMES.
B.'Ues, si pour vous plaire, et contre mon tlcsir. Je souffre quelque temps la Vieille qui me presse, Du moins quand j'auiai fait, rendez-moi le plaisir D'avoir une jeune maîtresse.