LE VERT- GALANT A LA VIEILLE-AMOUREUSE
Non, vous avez trop de galants; Je vous aimerois, je vous jure, Mais vous possédez, je m'assure, Plus de cœurs que de dents.
LA VIEILLE-AMOUREUSE
Nous aurions un plaisir extrême, Si tu m'aimois comme je t'aime, Sans souci du tiers ni du quart.
LE VERT-GALANT
11 est trop tard.
LA VIEILLE-AMOUREUSE
Pourquoi? Je ne suis point si laide ; Mes défauts auront leur remède Avec un peu d'art et de fard.
LE VERT-GALANT
Il est trop tard.
LA VIEILLE-AMOUREUSE
Hé! de grâce, apais: la flamme Qui pour toi dévore mon âme ; Viens, mon cœur, tirons-nous à part.
LE VERT-GALANT
Il est trop tard.
l'occasion.
Mes bonnes gens, trêve de passion !
Il faut de meilleurs pieds, une meilleure vue Pour retrouver l'Occasion Après l'avoir perdue.
l68 RUELLES
Tous les plaisirs ont leur saison :
Aimez, mortels, mais à l'âge où l'on aime, Que tout vous plaît, que vous plaisez vous-même, Et qu'il est beau d'avoir moins de raieon (i).
Remercions le chroniqueur du Simedi de nous avoir conservé cette pièce, qui réhabilite à nos yeux Madeleine de Scudéry. Désormais, Sapho n'est plus la « nymphe » que l'on représente éternellement guindée, ne parlant que du renversement de sa maison, comme on parlerait de la chute de l'empire romain ; elle savait rire, — nous sommes désarmé. Nous nous sentons plus disposé à lui tenir compte de la trace, du reste ineffaçable, qu'elle a laissée dans l'histoire littéraire, et qui la distinguera toujours des huit cents
Pousseuses de tendresse et de beaux sentiments,
énumcrées dans le dictionnaire de Saumaise. Celles-ci ne nous ont légué, en se cotisant, que le néologisme « obscénité ». Véritable legs de précieuses ! Ne trouvez-vous pas, pour achever d'un tiait leur croquis, — que, sauf la naïveté, elles ressemblent à cette pudique Vénus dont la main montre ce qu'elle est censée cacher ?
De la rue de Beauce à la rue des Tournelles, la distance n'est pas grande ; allons rendre visite à Ninon de Lenclos.