‹ Ruelles, salons, et cabarets (volume 2)Chapitre 97 sur 138 · I. Œuvres Je Scarron (Amsterdam, 1752). t. j, p · texte numérisé non relu

I. Œuvres Je Scarron (Amsterdam, 1752). t. j, p

lecteur murmure, et je murmure quand je suis lecteur ; tu murmureras, dis-je, et trouveras à redire de ce que je ne me montre que par le dos. Certes, ce n'est pas pour tourner le derrière à la compagnie, mais seulement à cause que le convexe de mon dos est plus propre à recevoir une inscription que le concave de mon estomac qui est tout couvert de ma tête penchante, et que, par ce côté-là aussi bien bien que par l'autre, on peut voir la situatuation, ou plutôt le plan irrégulier de ma personne. Sans prétendre faire un présent au public... je me serois bien fait peindre, si quelque peintre avoit osé l'entreprendre. Au défaut de la peinture, je vais te dire à peu près comme je suis fait. J'ai trente ans passés, comme tu vois au dos de ma chaise. Si je vais jusqu'à quarante, j'ajouterai bien des maux à ceux que j'ai déjà soufferts depuis huit ou neuf ans. J'ai eu la taille bien faite, quoique petite. Ma maladie l'a raccourcie d'un bon pied. Ma tète est un peu grosse pour ma taille; j'ai le visage assez plein, pour avoir le corps très décharné; des cheveux assez pour ne point porter perruque; j'en ai beaucoup de blancs, en dépit du proverbe. J'ai la vue assez bonne, quoique les yeux gros; je les ai bleus; j'en ai un plus enfoncé que l'autre, du côté que je penche la tête. J'ai le nez d'assez bonne prise. Mes dents, autrefois perles carrées, sont de couleur de bois et seront bientôt couleur d'ardoise. J'en ai perdu une et demie du côté gauche, et deux et demie du côté droit, et deux un peu égrignées. Mes jambes et mes cuisses ont fait premièrement un angle obtus, et puis un angle égal, et enfin un aigu. Mes cuisses et mon corps en font un autre, et ma tète se penchant sur mon estomac, je ne ressemble pas mal à un Z. J'ai les bras raccourcis aussi bien que les jambes et les doigts aussi bien que les bras. Enfin je suis un raccourci de la misère humaine... Puisque je suis en si beau chemin, je vais t'apprendre quelque chose de mon humeur... J'ai toujours été un peu colère, un peu gourmand et un peu paresseux. J'appelle souvent mon valet sot, et un peu après, monsieur. Je ne hais personne, Dieu veuille qu'on me traite de même. Je suis bien aise quand j'ai de l'argent, et serais ensare plus aise si j'avois la santé. Je me réjouis

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assez en compagnie. Je suis assez content quand je suis seul. Je supporte mes maux assez patiemment (i}. »

Scarron est là tout entier.

« Voilà, sans mentir un admirable malade! s'écrie Balzac dans sa lettre à Costar. Il a je ne sais quoi de meilleur que la santé; je parle de la santé stupide et matérielle; car vous savez ce que les Arabes disent de la joie, que c'est la fleur et l'esprit de la santé vive et remuante. Puisque vous voulez savoir les différentes pensées que j'ai eues de ce malade et que vous m'en demandez un chapitre, je dis... que j'ai bien vu en plusieurs lieux de l'antiquité des douleurs constantes, des douleurs modestes, voire des douleurs sages et des douleurs éloquentes; mais que je n'en ai point vu de si joyeuse que celle-ci; mais qu'il ne s'ctoit point encore trouvé d'esprit qui sût danser la sarabande et les matassins dans un corps paralytique. »

Lorsque Paul Scarron exhale une plainte, le rire est sous les larmes. Il dit dans un placet adressé au roi :

Je suis depuis quatre ans atteint d'un mal hideux

Q.ui tâche de m'abattrc:

J'en pleure comme un veau, bien souvent comme deux,

Quelquefois comme quatre.

Pressé de mon malheur, je voulus présenter

Au cardinal requête ; Je fis donc quelques vers, à force de gratter

Mon oreille et ma tête :

Ce grand homme d'Etat ma requête écouta

Et la trouva jolie :

Mais là-dessus survint la mort qui l'emporta

Et ne m'emporta mie.

Il finit pourtant, le pauvre poète, par avoir ses heures de découragement. Un jour que les visiteurs venaient de s'éloigner, Giraud l'entendit se plaindre de rester seul avec son infirmité, cette trop fidèle compagne.

« Trouvez-moi, dit-il au factotum de Ménage une femme qui

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