‹ Ruelles, salons et cabarets (volume 3)Chapitre 1 sur 23 · Ruelles, salons et cabarets · texte numérisé non relu

Ruelles, salons et cabarets

Lorsque , après les guerres civiles du seizième siècle, il fut donné à la France de reprendre haleine, elle sentit le néant de tout ce tapage et éprouva le besoin de se replier en elle-même, de vivre d'une vie intime. La conversation date de cette grande époque : elle commence par engendrer F urbanité, la chose et le mot. Les mœurs des camps disparaissent pour faire place aux relations courtoises et polies. L'esprit se relève et acquiert le droit de cité. De Corneille à Condé la distance s'efface : le génie la comble. Entre Fauteur du Cid et le vainqueur de Rocroy, il s'établit une parité qui devient un commerce d'amitié. Une ère nouvelle s'ouvre enfin. Bientôt, — car le progrès va quelquefois aussi vite que les morts de la ballade, — bientôt Louis XIV honorera la royauté en faisant asseoir Molière à sa table.

Avant d'entamer Fhistoire des cercles littéraires du dix-septième siècle, qu'on nous permette de jeter sur le Parfs d'alors un coup^d'œil rapide. On verra qu'à un certain point de vue rien n'est changé, qu'aujourd'hui c'est hier. Xous emprunterons la plume de Saint-

2 AVAXT-ruOPOS.

Évremoiid pour retracer cette physionomie vieille de deux cents ans :

« Les grands, écrit-il , se distinguent par ne vouloir rien faire pour servir les autres et par un grand nombre de bêtes et d'animaux à deux pieds qui les suivent toujours , quand ils se font traîner dans leurs carrosses ; les chevaux ont le pas devant les laquais , étant la mode ici de les mettre sur le derrière du carrosse en troupes , droits sur les pieds comme le colosse de Rhodes... Les femmes aiment ici les petits chiens avec une passion extrême , et elles les caressent avec autant de tendresse que s'ils étoient de la race du chien de Tobie... Elles ne savent pas ce que c'est de donner le lait à leurs enfants, d'être retirées en leurs maisons , de foire la toile de Pénélope ^ se moquant d'Hercule qui tournoit le fuseau ( éi en vivant atee cette liberté » elles se vantent d'enfanter des capitaines et des gens de lettres dont ce pays abonde, m

Voulei-vous que 8aint*Evremond esquisse votre portrait? 8ei contemporains ont posé devant lui; leur imagé est sous vos yeux... mirea*vous t

u On eonnoît un véritable François h quatre choses ! qtmnd l'heuif^ êênne, quand il interroge quelqu'un, qusnd il promet^ ê$ quand il parle de ses amourê. A peine l'herloge commence à sonner, qu'il demande quelle heure il est ; il veut que son ami lui réppndo avant qu'il Fait interrogé ; il ne fait que ce qu'il ne promet pas ; et pour ses amours ^ il a plus de pklsir à publier les faveurs de sa maîtresse qu'à les recetoir. n

Quel spirituel croquis ! ne dirait-ott pas qu'il est sorti de la plume de Voltaire?

Un mot , maintenant , de l'objet de notre livre* —

AVANT-PROrOS. 3

Les biographies isolées ne projettent que des lumières douteuses. Ce n'est qu'en reconstituant les milieux où ils ont vécu que Ton peut restituer aux hommes leur véritable physionomie. De là les Ruelles, Salons et Cabarets.

CHKZ COXR.iRT.

IN CAPRICE DE i/aBBI^. DR BOIS-RORERT.

La première réunion dont nous nous occuperons est celle qui avait lieu toutes les semaines chez Valentin Conrart, rue Saint-Martin, au cœur de Paris. Fille se composait de Godeau, Gombauld, Chapelain, Giry, Habert de Cérizy, commissaire de Fartillerie, son frère Tabbé, Serizay, Malleville et Montmort. C'était un petit cercle d'amis causant littérature i\ huis clos.

Faret y entra derrière Fhommage de son livre l' Honnête homme, et ne put garder le secret : il jasa comme un auteur loué. Desmarets et Bois -Robert ayant eu vent de la chose, réussirent à se faufiler à la suite de Faret : Desmarets , sous prétexte de lire le premier volume de son Ariane, et Bois-Robert, comme un homme devant qui toute porte devait s'ouvrir.

^L'abbé joua un mauvais tour à ces hommes' graves, mêlés de bons vivants ; il les enleva au réduit bienheureux et discret où ils se plaisaient à discutei»^ et à rire tout bas. Il avait Toreille de Richelieu, et lui fit entrevoir le parti que l'on pourrait tirer de cette société, en lui donnant une existence officielle. L'Académie doit sa fondation* à une malice de Bois-Robert. Il n'arriva pas à ses fins de prime-saut : .il rencontra même une vigoureuse opposition. Pélisson a donné l'historique des phases diverses de cet enfantement laborieux. L'obstacle à vaincre était suscité par Serizay et Malieville. Le premier, auteur inédit, était intendant du duc de la Rochefoucauld, retiré dans le Poitou et boudant, comme Achille, sous sa tente. Le second, secrétaire de Bassompierre, haïssait Richelieu de toute la haine que son maître portait au ministre. Entraînés tous deux par le même mobile, ils effrayaient leurs collègues, en montrant l'indépendance de la réunion anéantie, enveloppée dans la robe rouge du cardinal. Bois-Robert se hâta de parer le coup. Il enlaça Chapelain, lui fit dresser les cheveux sur la tête et le jeta en avant, comme un épouvantail. L'auteur dé la Pucelle tremblait à la seule pensée d'avoir pu contrecarrer la volonté de Richelieu. Il mit en relief, avec l'éloquence de la peur< les dangers d'une semblable lutte, et le tour de l'abbé fut joué.

Sur ces entrefaites, Conrart ayant pris femme, on ne voulut pas gêner son expansion maritale et l'on se transporta chez Desmarets, rue Clocheperce, à l'hôtel de Pelvé. De là on se rendit chez Chapelain, rue de»

' Voir, pour plas amples renseignements, ce que nous extrayons Je V Histoire de Pëlissnn , n» 1 de l' Appendice.

Ciii^DIamnfitâ f puià chêi Môtttdiort, vm Sainte^* Avoie. L*odys8ée académique ne ii^flrréta pai en si beau chemin. On alla de nouveau demander Thoipitalité à Chapelain et à Desmarets. Après un temps d'arrêt de six mois, TAcadémie se remit en marche et regagna le domicile de Gonrart, pour le quitter derechef et se rendre chei l'abhé de Céri«y, le com* mensal de Thétel Séguier qui était situé rue de Grenelle Saint -Honoré. Enfin Bois-Rohert prêta son appartement de Thôtel de Mellusine, que Ton abandonna en 1643, pour retourner chez le chancelier» hei Immortels affectèrent ainsi à leur début les allures du Juif errant. Ils ne se Tuèrent qu'au bout de quinze années. Hélas! ils étaient si harassés de fetigue qu'ils se reposent depuis cette époque. Que Voule«-vott8? ou n'est pas toujours jeune

Mais remontons à la source.

Conrart avait la prétention de passer pour un homme d'esprit, mais, comme dit Tallemant dés Réaux, u se sentant foible de reins pour faire parler de lifi , il se mit à prêter de l'argent aux beaux esprits et à être leur commissionnaire. »

L* Académie, dont il fut un des principaux fomlateurs, le nomma son secrétaire; elle fit un mauvais choix, car il usa de toute son inÛuence pour y intr^ duire lés talons rouges, qu'il prisait fort, en plébéien honteux qu'il était. C'est lui qui a laissé ouverte la porte par laquelle pénètrent les gentilshommes de lettres.

Ce pédagogue aimait à se poser en Mécène. Il possédait à Athis une petite maison qui était la iueeur»sale de celle de Paris, et faisait grand bruit des dames iinistres qui, cédant à ses instantes prières, se décidaient â l'y visiter. C'étaient mesdames de Sablé et de

Môiilausier; n'oublions pas mademoiselle deScudéry, qui y passait presque toute la saison d'été.

Conrart enviait les petits talents poétiques de soji cousin Godeau, évêque de Grasse, qui descendait chez lui, lorsqu'il venait à Paris, et il y venait souvent... la province lui était si à charge! Godeau rimait gaillardement et buvait sec. Quant à l'amour, il y était fort enclin et se plaisait à changer de femme comme de vin. Il jeta cependant l'ancre, pour quelque temps, auprès de mademoiselle de Saint- Yon, belle fille et de bonne maison, de plus très-versée dans l'art d'aimer. Conrârt, que calcinait mademoiselle de Scudéry, s'effraya de la séduction qu'exerçait sur son parent mademoiselle de Saint-Yon, cl tenta de le tirer de ses lacs. Il y parvint un monient, mais le pauvre Godeau retomba bientôt aux pieds de sa sirène. Enfin il guérit de celte fidélité qui menaçait de devenir chronique, et, une fois relancé dans la voie de l'inconstance, ne s'arrêta plus nulle part. 11 vola de bonne fortune en bonne fortune. Nous retrouverons notre papillon mitre à l'hôtel Ram-» bouillet.

Vers la fin de sa vie, Godeau expia cruellement ses fredaines amoureuses et rimées. Sa raison déçailla au point qu'il imagina de composer des prières pour toutes les conditions. La plus curieuse est celle qui a pour titre : u Prière pour un procureur et en un besoin pour un avocat. "

Obligé, à la morl de Richelieu, d'opter entre l'évêché de Grasse et celui de Vence, il avait offert le premier à Gombauld, protestant converti, u huguenot à brûler, n dit Tallemant des Réaux.

Ogier de Gombauld , au rebours de Godeau qui était petit et guilleret, avait reçu de dame Nature une

laîlle élancée et des inclinations sentimentales. Siiinl- Évremond, dans sa comédie des Académistes, le raille de son filet de barbe.

A son arrivée à Paris, Gombaiild entra en relation avec le marquis d'Cxclles, qui lo chargea de rinier ses billets à Cbloris, et, comme prix de son phœbus galant, lui entretint un cheval et un laquais. Cette liaison le poussa dans le monde. 11 fut remarqué au sacre de Louis XIll par Marie de Médicis : elle demanda qu'il lui fût présenté. Gombauld se gonfla comme un poète qu'il était, et, plein de superbe, prit le chemin du Louvre. Des ordres avaient été donnés pour le recevoir, car il ne rencontra aucun obstacle sur son passage. La porte même de la chambre de la reine-mère lui fut ouverte. Marie de Médicis était Attendue sur son lit, dans une attitude pleine de nonchalance.

— Ah! s'écria-t-elle comme surprise, où allezvous?

Ce que répliqua Gombauld, l'histoire ne le dit pas. Tout ce que Ton sait, c'est qu'il traduisit cette scène dans un sonnet précieusement tourné et qui se termine ainsi : *

Sonveut je donte encor , et de sens dëponrvn ,

Dans la difficulté de me eroire moi-même . »

Je pense avoir révë ce que mes yenx ont vu.

Il était touché au cœur. Une suivante de la reine, nommée Cadrina, lui ravit son dernier atome de raison, en lui confessant, à voix basse, qu'il était maître du terrain. Elle ajoutait, il est vrai, comme correctif, qu'il devait cette bonne fortune à sa ressemblance avec un Florentin dont Marie de Médicis s'était énamourée jadis en Italie. Mais le pauvre poëte ne fut

10 HUËLLfiS.

pas rcfrotdi pat c*eUc chute peu flatteuse* Loin (k là, il répatidit son âme dans des poèmes qui étaient au«> tant de petites fournaises, et couronna le tout d'un livre qui flt grand tapage, VEndymion. Au dire des langues fourchues, la lune n'était autre que la reine^ mère... Les tailles-douces du temps représentent, en effet, Marie de Médicis la tête surmontée d'un erois» sant. On se permit des allusions* Dans utie comédie en vers d'un nommé Duvitter, certain capitan gascon^ passant en retue les déesses', dit, en parlant de Phœhé :

l^ais elle loge un peu bien haut , Et puif je la laisse à Gombauld.

Toutefois, Gomhauld n'avait pas entièrement perdu son temps et sa peine à célébrer u l'Astre des nuits n^ car la reine mère le gratifia d'une pension de douté cents francs. On avait persuadé au poète qu'elle désirait lui entendre lire son Endymion, Et le voilà qui se met aussitôt à la torture. Il pretld des leçons de haute déclamation : ce qu'il redoute, c'est de dépasser le diapason du respect. Mais, hélas! Marie deMé* dicis a déjà oublié l'auteur et son pocme en prose... Quand cet appui lui manqua, il fut secouru par Bois- Hobert , qui le fit inscrire sur la liste des pensionnés du cardinal*

Après avoir chanté la reine mère , le « heau ténébreux » , comme l'appelait mademoiselle de Montâusier , célébra les charmes de mademoiselle de la Moussaye sous le nom de u Philis » . Il avait la pré*» tention d'avoir toujours renfermé ses galanteries dans le cercle des grandes dames. Pourtant Tallemant des Réaux le surprit un |our contanf fleurette à une c. femme de charge qui n'était ni jeune ni avenante-' .

SALOXS ET CABARETS. Il

Ce n'eii pai tout. In matin^ la femme de Courbé, U libraire, va le trouver chez lui, et notre poëte de je« ter feu et flammes, quoiqu'elle fût d'une physionomie à commander le respect. Ses amis le raillèrent de cette aventure ; mais il ne se déconcerta pas. « Elle écoute bien, je vous assure, » dit*il en frisant la mouttadie. 11 finit, la goutte aidant, par tomber entre les mains d'une gouvernante avec laquelle en le disait marié, tant elle tranchait de la maîtresse att logis. Ménage eut la fantaisie de questionner à ce sujet cette maritorne , qui lui répondit avec impu* dencè :

*^ Mot ! monsieur, que voudriez-vous que je fisse de cet bomme*-là? J'ai plus de bien que lui.

Le pauvre Gombauld est mort dans nn galetas, ' — malgré le« bénéfices que lui avait fait obtenir Doil* RobeH.

Ce le Métel de Bois-Robert était fils d^m procureur de la eour des aides de Rouen. Il avait quitté sa vill^ natale à la suite d'un méchant procès que lui avait intenté une femmoide vertu très-chatouilleuse et qui voulait mettre sur son compte un viol et deux enfants, Boi8«*Robert était fort de son innocence, mais il re* doutait la justice, et vint se réfugier à Paris, sous l'aile protectrice du cardinal du Perron, ce sceptique qui faisait des conversions, ce prélat qui eut une fin royale, — la fin de François I*'.

Voilà un type qu'il nous faut esquisser en passant.- Du Perron était taillé comme un niestre de camp et avait le sang chaud des ferrailleurs. Quand il eut ab-^ juré le protestantisme, il quitta sa province pour venir chercher fortune au centre même des faveurs. Il signala son arrivée par un beau début. Il eut, presque au débotter, maille h partir avec le Chfltelet.

S'étant pris de querelle dans un cabaret borgne, il attendit un soir le quidam auquel il devait une leçon, et, flanqué de quatre compagnons, le poignarda bel et bien, tandis que les autres drôles ôtaient à la victime tout moyen de défense. Les parents du défunt jetèrent les hauts cris, mais le poëte Desportes, qui était alors en cour sur un bon pied, leur ferma la bouche avec deux mille écus. A quelque temps de là, Duperron était transformé en abbé et avait ses entrées au Louvre; mais il ne tarda pas à s*en faire exclure. 11 aimait à faire parade de son esprit, et faisait profession de scepticisme; Après un discours prononcé par lui devant Henri III, pour démontrer r existence de Dieu, il offrit au roi de lui prouver le contraire. C'en fut assez pour le faire congédier. Henri III n'entendait pas raillerie. Mais cette disgrâce ne fut pas de longue durée : il devint évêque d'Évreux, puis archevêque de Sens et cardinal. Les hautes dignités ne lui enlevèrent pas le goût des saillies. Il avait hérité de la malice gauloise et crue du petit père André. On raconte qfie mademoiselle de Simier lui ayant demandé si le péché d'amour était un péché mortel , il répondit quelque peu brutalement :

— Non , madame ; car , si cela était , il y a longtemps que vous seriez morte.

Bois-Robert se garda bien de succomber à la séduction des arguments théologiques de Duperron. Il était cuirassé contre de pareilles armes. En revanche, il enviait l'humelir narquoise de son protecteur, et , a[A*ès lui avoir dérobé quelques-unes de ses bouffonneries, transporta son bagage chez Richelieu.

Le ministre l'accueillit à bras ouverts. Ce grand homme avait besoin d'un fou, mais à ses heures. Dans ses moments de mauvaise humeur, il malme-

SALOXS ET CABARETS. 13

nait fort le iils du procureur de la cour des aides de Rouen. 11 lui arriva même de le menacer nonseulement de lui retirer son crédit , mais de le faire jeter à la porte par ses gens.

— Eh ! monsieur , riposta Bois-Robert , vous laisses; bien manger aux chiens les miettes qui tombent de votre table : ne vaux-je pas bien un chien?

Bois-Robert avait son franc-parler. Un jour, — Richelieu n'était encore qu'évêque de Luçon , — on lui apporta des chapeaux de castor , il en choisit un .

— Me sied-il bien? demanda-t-il à Bois-Robert.

— Oui , répondit celui-ci , mais il vous siérait encore mieux s'il était de la couleur du nez de votre aumônier.

Cette saillie ne pouvait, du reste, blesser que Tabbé Mulot, qui aimait les grands verres autant qu'il détestait les longues messes , et dont le milieu du visage était orné d'un magiiiiique rubis.

Le Métel ne laissait échapper aucune occasion de faire avancer sa fortune. Lors du mariage d'Henriette de France avec le prince de Galles , il trouva le moyen de se glisser dans la suite de M. de Chevreuse. 11 faisait les délices de la duchesse, qui aimait à entendre des contes graveleux, et parfois se passait la fantaisie d'en débiter elle-même. On connaît sa repartie à Louis XllI disant qu'il ne souffrait les femmes que de la tête à la ceinture.

L'abbé , — car il a pris le petit collet — tomba malade en Angleterre, et, à ce propos, composa une élégie où « Albion » était qualifiée de " climat barbare Y> , Madame de Chevreuse , à qui il l'avait montrée , en parla au comte Holiand , qui témoigna le désir de lire cette pièce. Bois-Robert prétexta qu'il l'avait brûlée.

H ftUKLLËS.

— Ah ! dit ift duchesse , voas ne saves pas pourquoi il ne feui pas la donner, c^est qu'il y appelle FAngleterre un climat barbare.

Lord Holland, qui trouvait que c^était calomnier les brouillards de sa patrie et se regardait comme atteint par cette pointe, gourmanda rudement le poëte. 11 craignait de paraître ridicule à madame de Ghevreuse, aux pieds de laquelle il roucoulait. Bois-Robert déclara qu'il qualifiait de « dim^ barbares n tous les pays où sa santé s'altérait , et qu'en semblable occurrence il ne se serait pas gêné pour en dire autant du paradis terrestre. 11 ajouta, comme pour appliquer un topique sur les plaies du comte :

— Depuis que je me porte bien, et que le roi m'a fait la grâce de m' envoyer trois cents jacobus , le elimat me semble très-radouci.

Le comte de Carliste était présent à cette scène. *

— Cela n'est pas mal trouvé , dit-il.

Mais lord HoUand ne se dérida point. PoUr Texas* pérer encore davantage , la duchesse le fit cacher der» rlère une tapisserie avec le roi d'Angleterre , et pria Bois-^Robert de contrefaire le noble lord. L'abbé, qui était habile comédien, y consentit volontiers « Or Hol-» land écorehait le français comme un Français n^é« corche pas l'anglais « chauvinisme à part. Il se recon^ nut dans ce portrait parlant. Sa colère fut au comble et éclata en menaces terribles. Heureusement que Bois-Robert était sur le point de partir. Il acheta quatre haquenées , et , par l'entremise de madame de Chevreusc , obtint l'autorisation de les introduire en France. Le duc de Buckingham , après ces mots « quatre chevaux « , fit ajouter : « pour le tirer d'au-^ tant plus promptement de ce climat barbare » .

Comme nous venons de le dire, Bois-Robert était

8AL0i\S ET CAilAUËTi>. 15

un acieur consommé. Selon Aiéoage, << il avoit de très-beaux talents pour la déclamation! Le ton de sa voix étoit agréable , il mvoit le geste beau , beaucoup de feu, et il entroit si bien dans la passion qu'il voiîloit représenter qu'on en étoit charmé : aussi , aimoit-il passionnément les pièces tragiques , et principalement lorsque Mondori y jouoit son râle, Mondori étoit un des plus babiles comédiens de son temps , et la réputation quUl s'étoit acquise jusqu^ alors s'augmenta si fort à l'occasion d'une tragédie que l'on représdntoit à l'hôtel de Bourgogne, où il faisolt le principal personnage, qne M. le cardinal de Richelieu voulut l'entendre. En effet , il le fit venir « pour être témoin lui-même de tout le bien qu'on lui en avoit dit. Mondori joua son rôle devant ce ministre , qui ne put s'empêcher de Verser des larmes dans les endroits les plus tott*chants. Bois«Robert, qui y étoit présent, dit à M. le cardinal qu'il feroit encore mieux , et même en présence de Mondori» Le jour fut pris, et Mondori s^étant trouvé ohet M. le cardinal, l'abbé de Bois* Robert déclama avec tant de force , et entra si bien dans la passion qu'il représentoit , que Mondori luimême^ tout bon comédien qu'il étoit, ne put lui refuser éeê larmes en entendant déclamer le même réle devant lui*, d

Ménage insista encore sur ce point î

a Tout le monde a su que M. l'abbé de Bois^o* bert almoit la comédie avec passion , et qu'on le trouvoit plus souvent à l'hôtel de Bourgogne que partout ailleurs I et particulièremement lorsque Mondori y jouoit. Un jour qu'il étoit aux Minimes de la place

« Ménagiana, ^dîiiéi de 1762, t. I. p. 9, 10.

10 RLËLLES.

Uoyalis où il eiUendoit la messe sur uu prie^Dieu foi't propre, se faisant remarquer autant par sa bonne mine que par un bréviaire en grand volume qui étoit devant lui, quelqu^un demanda à M. de Goupeauville, abbé de la Victoire, qui étoit cet abbé. M. de Coupeauville répondit : G^est Tabbé Mondori, qui doit prêcher cette après-dînée à F hôtel de Bourgogne. Quelques jours après, M. de Coupeauville rencontra M. l'abbé de Bois-Robert qui s'en revenoit de la comédie à pied; il lui demanda où étoit son caiTOSse : On me Ta saisi et enlevé , dit-il , pendant que j'étois à la comédie. Quoi ! lui dit M. de Coupeauville tout étonné, quoi! monsieur, à la porte de votre cathédrale ! Ah ! continua-t-il , l'affront n'est pas supportable*. ')

Gomme il était léger d'argent, et qu'il avait un certain rang à tetiir à la cour, Bois-Robert mit en œuvre un expédient de bohème. Il s'en fut quêter chez les grands seigneurs les éléments d'une bibliothèque qu'il vendit ensuite à un libraire. 11 raconte, à ce propos, qu'ayant demandé les Pères à M. de Candale* celui-ci lui répondit :

— Parbleu ! je vous donne le mien de bon cœur.

lie Métel n'eut garde de se scandaliser. Il mettait alors la main dans la Bible traduite en vaudevilles , (ju'on a])pelait « guéridons » .

Ce fut dans un accès de gaieté que Richelieu lui donna l'abbaye de Chûtillon-sur-Seine , le prieuré de la Ferté-sur-Aubc et quelques autres bénéfices, le tout enjolivé des titres d'aumônier du roi et de conseiller d'Etat. 11 lui accorda, en outre, une savonnette à vilain, pour se désencanailler , avec toute sa

' Mcuaginna, édiliuu de 17G2, l. IJl, p. 49, 50.

faniille. Hélas ! il avait une légion de parenU et de parents insatiables de places et d'argent. Il en gémit dans nne épitre , où il exhale ce soupir :

Melchisedech ëtoit on heareux hoiQme , Car il n avoit ni frères ni neveux.

Lorsque le « fou n du cardinal entra dans les ordres , Tabbé de la Victoire lança cette boutade : « Que la prêtrise en la personne de Bois-Robert étoit comme la farine aux bouffons : cela servoit à le faire trouver plus plaisant. '^ Madame Gornuel disait que « sa chasuble étoit faite d'une robe de Ninon » . On sait que notre abbé appelait mademoiselle de Lenclos t( sa divine » .

Bois-Robert avait quelquefois des tendances d* esprit pastorales. Il se rendait alors chez Jean-Louis Guez de Balzac, qui avait élu domicile u entre la Charente et la Touvre. » Et c'étaient des lamentations à fendre F âme , lorsqu'il fallait reprendre le chemin de Paris. Il s'écrie , en finissant^ dans une ode adres« sée à Balzac et tout humide de ses larmes :

Adieu » Jardins de mute et d'aaibire !

Je ip'en vais encore à la cour Faire le badin tout le jour Sur le coffre d'une antichambre.

L'abbé est tout entier dans cette chute, il oubliait bientôt et Balzac et les champs. Le trictrac faisait ses délices. Il y perdit un jour dix mille écus ; le gagnant était Mi de Roquelaure.

« Ce duc, qui aimoit l'argent, voulut être payé , et ce fut M. de Bautru qui fit l'accommodement. L'abbé de Bois-Robert vendit ce qu'il avoit, dont il fit quatorze mille francs. M. de Bautru dit à M: le duc dé

18 RLELLËS,

Roquelaure en lui donnant celte somme qu'il falloit qu'il lui remit le surplus, et que Tabbé de Bois Robert, en reconnaissance, feroit une ode à sa louange, mais la plus méchante qu'il pourroit. Quand on saura dans le monde , ajouta-t-il , que M. le duc de Roquelaure aura fait présent de seize mille francspour une si méchante pièce , que ne présiunera t-on pas qu'il eût fait pour une bonne! L'abbé avait une telle passion pour le trictrac qu'il y jouait ses bénéfices*. ')

Bois-Robert aimait les lettres , et chose rare , les auteurs, quoique auteur. Pourtant il eu faut excepter Corneille qu'il jalousait et qu'il essaya de tourner en ridicule, pour l'amusement du cardinal. Voici comment : il fit jouer le Cid devant Richelieu par des laquais , et après ces mots. : u Rodrigue , astu du cœur? » leur mit cette réplique dans la bouche : u Je n'ai que du carreau. »' Et le grand ministre de se tordre de rire.

L'abbé venait en aide aux pauvres de la littérature, et les secourait de sa protection. On les appelait les « enfants de la pitié de Bois-Robert » , Il leur ouvrait les portos de l'Académie, ou les faisait inscrire sur les registres des pensions , ce qui lui mérita l'honorable qualification de « solliciteur des Muses affligées ».

Son crédit baissait cependant quelquefois auprès du cardinal , mais il avait un ami qui se chargeait de le relever. C'était Citois, premier médecin du cardinal , qui disoit à son illustre malade :

— Tous mes remèdes n'y font rien, s'il n'y*enlrc un peu de Bois-Robert.

*> MàuiQiana, l. I, p. 10.

SALOMS ET CABARETS.. 19

Et l'abbé remoiilait sur Tcau. Mais il survint une brouille qui fut de lougue durée. Le motif d'ailleurs était des plus graves. On sait toute la tendresse de .^ Riebelieu pour Mirame, La première représentation de cette pièce fut signalée par un grand scandale. L'abbé chargé, avec le chevalier Desroches, de dresser la liste des invités , convia des marquises de joyeuse vie, qui furent reçues solennellement à la porte par le président Viguier et M. de Valençay, évéque de Chartres. Le roi et le duc d'Orléans en firent des gorges chaudes : ils étaient heureux de trouver leur maître en faute, car Bois-Robert n'était que la main du cardinal-ministre. Richelieu , furieux des plaisanteries dont il était l'objet, gourmanda vertement l'abbé , et l'exila dans son chapitre de Rouen .

Sa disgrâce ne finit qu'à la mort de Cinq-Mars. Il reçut une lettre de ^lazarin qui se disait de ses amis et qui promettait de le remettre en faveur. Bois- Robert accourut en toute hâte à Paris , et n'eut pas à se plaindre de l'accueil que lui fit le cardinal , qui Tembrassa en sanglotant. L'abbé voulut, mais en vain, mêler les larmes aux larmes. Il joua alors le saisissement, et Mazarin, sous prétexte de lui porter secours , s'écria traîtreusement :

— Voyez ce pauvre homme ! il étouffe , il en e«t si saisi qu'il ne saurait pleurer; quelquefois on est suffoqué pour moins que cela. Ln chirurgien, vite!

Il fallut se laisser saigner. Bois-Robert disait que le seul bon service que Mazarin lui eût rendu était de lui avoir fait tirer trois palettes de sang... en bonne santé.

La fïn de l'abbé ne fut pas plus religieuse que sa vie ne l'avait éié. Il disait :

— Je nie contenterais d'être aussi bien avec Notre-Seigneur que je le fus avec le cardinal de Richelieu.

Comme il tenait le crucifix pour demander pardon , à Dieu :

— Ah ! s'écria-t-il , au diable soit ce vilain potage que j'ai mangé chez d'Olonne ! il y avait de Foignon, c^est ce qui m'a fait mal.

11 ajouta :

— Le cardinal de Richelieu m'a gâté : il ne valait rien.

Puis ce fut tout. Il mourut avant le temps qu'il avait marqué dans cette pièce :

L'Académie est comme un vrai chapitre :

Chacun , à part , promet d'y faire bien ,

Mais tous ensemble ils ne tiennent plus rien ,

Mais tous ensemble ils ne font rien qui vaille.

Depuis six ans dessus l'F on travaille,

Et le destin m'aurait bien obligé

S'il m'avait dit : Tu vivras jusqu'au G.

Bois-Robert n'est pas mort tout entier. C'était le moins que le vrai fondateur de l'Académie fût un peu immortel. Il a laissé certaines pièces de théâtre où la bonne comédie est en germe. Nous ne citerons que la Belle Plaideuse, dont Molière a détaché les deuxièmA et troisième scènes de VAvaré^, Balzac qualifiait Bois-Robert de « favori des Muscs » . Mascaron lui prodiguait ses éloges. Corneille lui -môme se mettait de la partie ^ et avait la modestie d'abriter son grand nom sous le sien.

Toute médaille a un revers. Malleville, embastillé

^ Voyez le n» 2 de l'Appendice.

dans la personne de Bassompierre , son maître et son ami , et n'osant frapper le ministre , lança à l'adresse de son ombre le joli rondeau suivant :

Coiffe d'un froc bien raffiné Et revêtu d'un doyenné Qui lui rapporte de quoi frire .

Frère René devient mcgsire , Et vit comme un déterminé.

Un prélat riche et fortuné , Sous un bonnet enluminé En est . s'il le faut ainsi dire , Coiffé.

Ce n'est pas que frère René D'aucun mérite soit orné .

Qu'il soit docte ou qu'il sache écrire , On qu'il dise le mot pour rire ; Mais c'est seulement qu'il est né *

Coiffé.

Bois-Robert riposta par un coup de boutoir. La colère a toujours toit. Mallevtlle resta maître du champ de bataille. C'était,. du reste, un agréable poète , dont le vers n'avait que le défaut d'être trop facile.

Claude de Malleville était un disciple du froid et correct François Maynard, qui implora vainement la protection de Richelieu , et fit , à la un de sa vie , inscrire les vers suivants sur la porte de son cabinet :

Las d'espérer et de me plaindre Des Muses , des grands et du sort.

C'est ici que j'attends la mort , Sans la désirer ni la craindre.

L'élève avait plus de vivacité que le maître. Il a composé d'ingénieux rondeaux et de très agréables

22 ÏILELLES.

sonnets. Parmi ses œuvres, celle qui peut donner la vraie mesure de son talent si franc et si libre d'allure, porte ce titre bizarrement jovial : u Sur une btllc gueuse. 5 Citons-en quelques strophes :

Pieds nug et tout ëchevelëc , Philis . en l'avril de ses jours .

Aon moins l>cllc qne dësolëe.

S'en va de porte en porte implorer dn secours.

Qui la voit en ce point si pleine de tristesse , Rdnit sa rencontre et le lieu , Et donne moins au nom de Dieu Que pour l'amour de la dëesse.

Quoi que tu puisses demander,

Tu l'obtiendras , je l'en assure ; Pliilis , tes yeux si beaux ont droit de commander An moment que ta voix humblement nous conjure.

Qui voudroit rësisier, résisleroil en vain A l'effort de tes belles larmes ; Demander avec tant de charmes.

C'est demander les armes à la main. «

Est-il rien de plus coulant et de plus vif?

Passons maintenant à ceux des membres de la réunion-Conrart, dont nous n'avons fait que prononcer le nom. Nous laisserons de côté Faret et Desmarets que nous reverrons plus loin. Quant à Chapelain , nous le rejetterons dans le chapitre de Thôtel Rambouillet, cet olympe dont il fut un des dieux.

Giry était ce qu'on appelait alors un ubel esprit. ^* Il faisait le grand écart sur le latin et le grec. Ce traducteur à deux fins était compliqué d'un avocat général.

L'abbé Germain Habert de Cérisy, le rimeur en titre des ruelles, excellait à dresser la statistique des beautés féminines. Le sujet, sous sa plume, devenait inépuisable. Il composa sept cents vers en l'honneur

des yeux de « Phylis jî , et encore crut-il avoir fait les choses avec parcimonie. Quoiqu'il se fût rendu coupable d'uiî nombre prodigieux de vers musqués, Germain Habert de Cérisy donna pourtant une preuve de goût dont Thistoire des lettres lui tiendra compte. Lorsque Richelieu soumit le Cid à Tappréeiation de FAcadémie , Tabbé dit avec simplicité et courage : « Je voudrais bien T avoir fait. ^

Son frère Philippe était commissaire de rartilleric. Entre temps, il cultivait la poésie, mais avec ménagement. Il aimait les neuf Sœurs d'un amour quasiplatonique. Pour toute production, on ne connaît de lui qu'une sorte d'élégie, intitulée lé « Temple de la Mort n , et dont le motif est la perte de la fenune de son protecteur , M; de la Meilleraye. C'était un homme de taille moyenne, aux cheveux blonds et aux yeux bleus. A voirie sérieux permanent de son visage pâle et piqué de petite-vérole, on n'eût jamais cru qu'il pût être remué par de grandes passions. Il faillit pourtant se jeter dans la fosse d'une maîtresse trépassée... Il eut la prudence de se retenir et de se conserver pour le siège d'Emertck, où un soldat devait lui brûler la cervelle avec un tonneau de poudre destiné à faire sauter une muraille. On ne perd rien pour attendre.

Quant à Montmort, le maître des requêtes , son bagage littéraire se compose de quelques épigrammes plus ou moins bien aiguisées. 11 jouissait d'une fortune grossie aux dépens de Gallet , qui avait imprudemment confié cent mille francs au père* du maître des requêtes. Ce fameux joueur, peu sûr de lui-

' Voilà le coupable, et non le frère do maître des requêtes, comme une erreur typographique nous le fait dire dans une note de notre édition des Aranturet de Dussoucy, pajfjr 31.

même \ s'était « avant de rentrer ehez la Blendean , dessaisi de cette soiïinie, pour se ménager une plan-< rhe de salut en cas de naufrage. Le ndoitieRt prévu arriva i Gallet vint alors trouver Montmoi't , dans le but de retirer dit mille francs , avec lesquels il ten^ tarait la chance une dernière fois^

— Mail je n^ai rien à vous^dit le maître des requêtes.

— Hé 1 hé ! je vous entends bien^ i'épliqua le bon Gallet) vous ne voulez pas me les donner^ de peur que je ne joue encore } mais je vous promets de n'aventurer que cela.

— Vous rêvez, repartit Montmort avee on imperturbable sang -^ froid ; votre perte vous a troublé la cervelle.

£t il nia le dépôt jusqu^àson lit de mort. Ge fut en vain qu'à ce moment suprême Gallet se représenta devant lui. Le moribond persista dans sa dénégation. Il avait acheté Thôtel Sully avee les èent mille francs.

Lorsque la reine de Suède vint à Paris, l'Académie se rendit au Louvre en masse, pour déposer ses félicitations aux pieds de cette princesse lettrée. L'en-«> nemi intime de Conrart prit la parole. Une coquette avait divisé le u Quintilien français » et le premier secrétaire perpétuel. Christine élargit le fossé, en ac* câblant d'éloges les phrases sonores de Patru. C'est une curieuse physionomie que cette « reine gothique » , comme l'appelle madame de Motte ville> qui en ' a tracé le portrait suivant :

tt Son habit étoit eomposé d'un petit corps qui avoit à moitié la figure d'un pourpoint d'homme, et J' autre moitié celle d'une hongreline de femme, mais qui étoit si mal ajusté sur son "corps, qu'une de ses

d.iliONS ET CABARETS. 25

é|piliil«» sortoit loai d'un côté, qui étoii M\e quVUé avôit plus grosse que Tatitre. Sa chemise étoit faite à la moie des hommes ; elle avoit un collet qui étoit rattaché sous ia. gorge d'une épingle seulement, et qui lui laissoit tout le dos découvert ; et ce corps qui étcttt éc^hail^ré sur la gorge, beaucoup plus qu'un pourpoint, n'étoit point couvert de ce collet. Cette même chemise tortoit par en bas de son demi-'pour* point comme celle des hommes ^ et elle faisoit sortir au bout de ses bras et sur ses mains la même quan-* tité de toile que les hommes en laissoient voir alors au défaut de leur pourpoint et de leurs manches « Sa jupe , qui étoit grise , chamarrée de petits passements d'or et d'argent , de même que la bongreline , étoit courte ; et au lieu que nos robes sont traînantes , la sienne lui faisoit voir les pieds découverts *. n

Christine, enfin, avait dépouillé la fenmie. Elle n'avait rien conservé de la retenue et de là, grâce de son sexe. Son humeur était pleine de soubresauts. Parfois elle se livrait à des rêveries que terminaient des éclats de rire inattendus. La morale et la religion n'étaient pour elle qu'une cible où elle exerçait l'adresse de son esprit chargé de quolibets. On entendit même des jurons de caserne sortir de sa]t)ûucbe de reine. Elle était tourmentée par un besoin permanent de locomotion. Elle allait et venait en tous sens, et souvent on la vit affecter des postures étranges, placer sans façon ses deux pieds sur une chaise assez élevée pour ne rien laisser à deviner. Mais cet abandon singulier était quelquefois entrecoupé d'accès de

« Mémoires de madame de MoHerille , éAM de 1739, t. V, p. 227, 228,

brusquericPqui dénotaient une rudesse de caractère peu commune. Du reste, Christine sut toujours, les ressources de son esprit aidant , se faire pardonner ses irrégularités de conduite, — moins pourtant le meurtre à froid de Monaldeschi.

La reine de Suède méritait, par ses affmités littéraires, de prendre place dans cette galerie. Nous aurons même T occasion de la remettre en scène.

A Tépoque où le cercle Conrart tomba dans la main de Richelieu, était en pleine floraison Thôtel Rambouillet, qui a pesé d'un si grand poids sur les lettres du dix-septième siècle.

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