‹ Ruelles, salons et cabarets (volume 3)Chapitre 9 sur 23 · DESSEIN. DE LA MASCARADE · texte numérisé non relu

DESSEIN. DE LA MASCARADE

Cette mascarade est composée de six personnes, sans compter r entrepreneur de la mascarade, qui ne danse point et distribue les livres aux dames.

Les six autres sont : l'Amour , l'Occasion , la Vieille - Amoureuse , le Vert -Galant, le Vieillard- Amoureux et la Jeune-Coquette.

L'Amour entre le premier et danse seul.

L'Occasion, ayant de fort longs cheveux sur le front, et étant chauve par derrière, entre et danse avec l'Amour, qui l'attrape aussi souvent qu'il peut par ses cheveux , mais elle lui tourne souvent le derrière et lui échappe diverses fois. Enfin il la saisit, l'embrasse et l'emporte dans un coin de la salle.

Le Vert-Galant , tout vêtu de vert , entre coudoyant la Vieille-Amoureuse, à qui il fait faire quelques tours avec peine.

Le Vieillard- Amoureux entre, conduisant la Jeune- Coquette. Ces quatre dansent ensemble, mais fort peu, car l'Amour et l'Occasion reviennent. L'Amour donne un coup de pied au Vieillard et à la Vieille, et les met hors de danse.

SALOx\S ET CABARETS. 199

L'Occasion prend d'une main le Vert-Galant, de l'autre la Jeune-Coquette, et les met ensemble. Le Vieillard et la Vieille qui étoient par terre se relèvent. La danse finit par un dialogue à toutes ces personnes.

l'amour aux dames.

Beautés dont les charmants appas Eu tous lieux se font reconnaître , Je suis l'Amour , me connaissez-vous pas , Vous qui me faites naître?

Je mets tous les cœurs sous mes lois.

Si vous voulez garder le vôtre .

Fuyez mes traits , ils blessent quelqdefois Ma mère comme une antre.

Mais non , ne fuyez nullement ; Sans moi rien ne vous sauroit plaire , Aimez, aimez et faites seulement Ce que je m'en vais faire.

Sans montrer trop de passion , En riant et de bonne grâce , Dansant . courant après l'Occasion ; Quand je puis . je l'embrasse.

l'occasion aux dames.

Mon règne n'est que d'un moment , Mais ce moment peut tout sur les choses humaines.

Mais quoi ! rien n'arrête mes pas .

Je suis sourde aux soupirs , inexorable aux larmes ;

Je pars , qu'attendez-vous ? Usez de vos appas , Belles , vous ne me perdez pas , Vous perdez vos jours et vos charmes.

LA VIBILLK-AMOURBCâE AUX DAMES.

A voir ces blancs cheveux , On s'y pourroit méprendre ; Sous cette froide cendre Se cachent mille feux.

Je ne saurois me taire Du berger qui me plaît ;

Je vous jare qu'il est Beau comme une bergère.

Il est vrai qu'on le blâme « D'un peu de cruauté ; Que n'ai-je sa beauté .

Ou que a'a-t-il ma flamme !

LB VKRT-GAMNT AUX DAIIBS.

Belles , si pour vous plaire , et contre mon désir , Je souffre quelque temps la Vieille qui me presse . Dn moins, quand j'aurai fait, rendes-moi le plaisir D'avoir une jeune maltresse.

LB VIKILLARO-AUOUREUX ALX DAMÉS.

Pourquoi faui-il que je devienne amant , Après mon an climatërique?

Je ne manquois pas de tourment .

Et c'étoit bien honnêtement Du rhume et de la sciatique.

LA JBUNB-GOQUBTTB AUX DAIIRS.

Ce vieillard défunt désormais M'aime 'd'une amour enragée ; Mesdames , vites-vous jamais De coquette mieux partagée ?

Dialogue par lequel la mascarade finit :

LB VIBILLARD-AUOURBUX A LA JBUNB-COQt'BTTE

Beauté digne dn diadème , Ponrrois-je point vous enflammer ?

J'aime beaucoup^et dois savoir aimer Depuis quatre-vingts ans que j'aime.

LA 4BUNB-00QUBTTB AUVIBILLARD-AUCtlRRlX.

le plus digne des amants !

Me voici tantôt enflammée ; Oui, je vous aimerai quand vous m'aurez aimée Encor quatre-vingts aus.

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