Ruelles, salons, et cabarets
Le dix-huitième siècle acompté,commele dix-septième, un grand nombre de cercles littéraires, offrant la même diversité d'origine, les mêmes contrastes de ton. Nous rencontrerons, au commencement de cette seconde série, des personnages de l'une et de l'autre époque.
Ouverte en 1681, lors de l'installation de Philippe de Vendôme pour ne se fermer qu'à sa mort, en 1720, la réunion du Temple se tenait tantôt chez le grand prieur, tantôt chez son intendant, l'abbé de Chaulieu.
Construit en J667 par Jacques de Souvré, le palais du grand prieur occupait, avec le parterre et le jardin, presque toute la portion de l'enclos du Temple où s'étend le square actuel.
L'hôtel Boisboudrand, situé dans la même enceinte, était la demeure de l'abbé et sa belle-sœur en faisait les honneurs.
Dans les grandes occasions, quand ses crus lui paraissaient indignes des convives du jour ou plutôt de la nuit, car ces réunions inter pociila étaient de véritables médianoches, Chaulieu tirait à vue sur la duchesse de Bouillon, qui ne craignait pas de venir affronter ces « repues franches », où elle avait pour voisins ses neveux, le duc et le chevalier de Vendôme, deux cyniques, et pour vis-à-vis son frère, Philippe Mancini, duc de Nevers, un délicat, mais un délicat tolérant, dont la présence ne conjurait rien et qui ne s'offusquait de rien. « II voyait, dit Saint- Simon, bonne compagnie dont il était recherché, il en voyait aussi de mauvaise avec laquelle il se plaisait (i). » L'abbé écrivait à la duchesse des billets de cette sorte :
« ... Si vous pouvez étendre la contribution sur quelques vins de liqueur, faites-le; car je n'ai que du vin de Bourgogne et de Champagne, et un peu de cette eau-de-vie dont s'allumait le feu des Vestales. Je meurs toujours de peur qu'elle n'ait de la peine à brûler au Temple. Toutes vertus y habitent, à la chasteté près qui n'y a jamais mis le pied; vertu froide et qui ne subsiste qu'autant qu'elle n'est point attaquée... » L'abbé ajoutait qu'il espérait que M""^ de Lenclos serait cette fois de la fête. Elle avait, paraît-il, décliné souvent de pareilles invitations, par dégoût pour le maître du lieu, qui se consolait dans les orgies du Temple de la disgrâce encourue pour êire resté témoin inactif de la bataille de Cassano. « 11 avait tous les vices de son frère (le duc de Vendôme). Sur la débauche il avait de plus que lui d'être au poil et à la plume, et d'avoir l'avantage de ne s'être jamais couché le soir depuis trente ans que porté dans son lit ivre mort, coutume à laquelle il fut fidèle le reste de sa vie. Il n'avait aucune partie dégénérai; sa poltronnerie reconnue était soutenue d'une audace qui révoltait; plus glorieux encore que son frère, il allait ù l'insolence, et pour cela même ne voyait que des subalternes obs-