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Mémoires de Marmontel, t. \", p

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d'ailleurs qu'il n'ait été appuyé par M°" Du Deffand à laquelle on dit que vous écrivez de belles lettres (je ne sais pas pourquoi). Elle sait bien qu'il n'en est rien de mon mariage; mais elle voudrait faire croire qu'il y a autre chose. Une vieille et infâme catin comme elle ne croit pas aux femmes honnêtes ; heureusement elle est bien connue et crue comme elle le mérite. »

La passion de d'Alembert pour M"'' de Lespinasse datait de 1760 et devait durer jusqu'à la mort de cette dernière qui ne lui donna jamais en retour que de l'amitié, et qui s'éprit d'un amour violent, d'abord successif puis simultané, pour le marquis de Mora et le comte de Guibert.

Le premier était fils de l'ambassadeur de la Cour de Madrid, le comte de Fuentès, et gendre du comte d'Aranda, célèbre, comme ministre, par l'expulsion des jésuites d'Espagne. A peine marié et déjà veuf, très jeune encore, doué d'une figure agréable, il était d'un caractère alternativement doux et impétueux et d'une intelligence remarquable. C'était un charmeur qui pouvait devenir un homme d'Etat. « J'ai vu peu d'étrangers de son âge qui aient l'esprit plus juste, plus net, plus cultivé et plus éclairé, » écrivait d'Alembert à Voltaire, le 5 avril 1768, en lui annonçant la visite du marquis de Mora à Ferney. Et de son côté, Voltaire écrivit le 1"" mai suivant au marquis de Villevieille : « C'est un jeune homme d'un mérite rare. »

Guibert était un colonel de vingt-neuf ans, qui avait la fatuité d'un succès retentissant, obtenu par son Essai de tactique, un livre de philosophie politique, très goûté du public le plus varié, dévoré même dans les boudoirs. Et sa soif de gloire était loin d'être assouvie : il ambitionnait encore d'autres triomphes, à l'Académie et au théâtre, avec des tragédies et des éloges de grands hommes en portefeuille. Il ne prétendait à rien moins, selon La Harpe, « qu'à remplacer Turenne, Corneille et Bossuet ». Voltaire qu'il visita aussi, écrivait à M"*" Du Deffand, le 28 octobre 1773 : « Ce docteur en l'art d'assassiner les gens m'a paru le plus poli et le plus doux des hommes. » Et voici ce que le roi de Prusse mandait à Voltaire le 27 juillet 1775 : « Le Kain doit

partir dans peu pour jouer à Versailles une tragédie de M. de Guibert le tacticien. Je n'ai point vu ce drame. Le Kain prétend que la reine de France protège la pièce... Ce M. de Guibert veut aller à la gloire par tous les chemins : recueillir les applaudissements des armées, des théâtres et des femmes, c'est un moyen d'aller à l'immortalité. »

M"° de Lespinasse rencontra le comte de Guibert dans la villa de Wattelet, sur les bords de la Seine, entre Montmorency et Argenteuil. C'était le 22 mai 1772. Elle lui écrivit le 21 juin de l'année suivante : « C'est un malheur pour moi que cette journée que j'ai passée, il y a un an, au Moulin-joli... * Elle avait le remords de cette nouvelle liaison, de son infidélité envers un homme qu'elle aimait toujours et qui, parti de Paris le 7 août 1 77 1 pour aller demander au climat de l'Espagne le rétablissement d'une santé épuisée, n'aspirait qu'à son retour. Le marquis de Mora reprit le chemin de France le 3 mai 1774 et s'arrêta le 23 à Bordeaux, exténué des fatigues d'un long voyage qui l'achevèrent. « j'allais vous revoir, écrivit-il à M"" de Lespinasse, il faut mourir; quelle affreuse destinée! Mais vous m'avez aimé et vous me faites encore éprouver un sentiment doux, je meurs pour vous... » 11 s'éteignit le 27 mai, en lui adressant son dernier soupir.

Le souvenir du mort ne cessa de la poursuivre : elle y pensait et l'invoquait au milieu des entraînements de sa passion pour Guibert. Ivre du bruit qui se faisait autour de son nom, n'aimant que lui-même, celui-ci ne songeait qu'à satisfaire son ambition. Elle s'y dévouait elle-même, mais il allait de l'avant en lui brisant le cœur, en la froissant jusque dans son amour-propre, au point de lui arracher ce cri déchirant : « Et c'est vous qui m'avez rendue coupable envers cet homme ! Cette pensée soulève mon âme, je m'en détourne. » Elle lui écrivait qu'elle le détestait, mais en ajoutant : « Vous savez bien que quand je vous hais, c'est queje vous aime à un degré de passion qui égare ma raison. » C'était la justification du mot de La Rochefoucauld : « L'esprit de la plupart des femmes sert plus à fortifier leur folie que leur raison. » La folie de l'amour l'abaisse jusqu'à cet aveu de complet

effondrement moral : « Vous me mépriseriez, vous me haïriez que je trouverais encore en moi de quoi vous aimer avec passion. » Et lorsque, lui faisant part d'un projet de mariage, il lui demande ce qu'elle appelle sa soumission: « Oh! mon ami, s'écrie-t-elle, je me sens capable de tout, excepté de plier; j'aurais la force d'un martyr pour satisfaire ma passion ou celle de la personne qui m'aimerait : mais je ne trouve rien en moi qui me réponde de pouvoir jamais faire le sacrifice de mon sentiment... J'ai tant joui, j"ai si bien senti le prix de la vie que, s'il fallait recommencer, je voudrais que ce fût aux mêmes conditions. Aimer et souffrir, le ciel, l'enfer, voilà à quoi je me dévouerais, voilà ce que je voudrais sentir, voilà le climat que je voudrais habiter, et non cet état tempéré dans lequel vivent les sots et tous les automates dont nous sommes environnés... » Pourtant elle finit par se résigner à l'idée du mariage. Bien plus elle cherche la femme qui, par sa fortune, assurera l'avenir du comte et elle ne réclame plus de ce cruel égoïste que le droit de l'aimer toujours. Ce n'est pas tout encore : rencontrant M™** de Guibert (i) dans un salon, la pauvre créature s'impose le devoir de lui adresser un compliment. Malgré le trouble de ses deux passions enfiévrées dont s'était aggravée la névrose gagnée au service de M™° Du Deffand, M"" de Lespinasse recevait des amis avec la bonne grâce si louée par Marmontel. Seulement quelquefois après leur départ, elle était prise d'une crise de nerfs qui éclatait avec d'autant plus de force qu'elle l'avait contenue pendant leur présence, et elle repoussait avec horreur les soins que lui prodiguait d'Alembert. « C'était, dit Sainte-Beuve, l'horreur qu'elle avait de sa propre dissimulation avec un tel ami, » dévoué jusqu'à l'aveuglement, qui courait à la poste chercher les lettres du marquis de Mora, impatiemment attendues, et plus tard ne montrait pas moins d'empressement à aller prendre des nouvelles d une indisposition du comte de Guibert, pour calmer une inquiétude aussi grande.

I . Alexandrine Boutinon des Hays de Courcelles, dont le portrait, peint par Greuze, est la propriété du comte Duchâtel.

Les soirées se passaient en conversations ou en lectures. Le plus souvent c'était du Voltaire qu'on lisait, V Eloge historique de la raison, par exemple. La Harpe y lut sa tragédie de Barneveltti Bernardin de Saint-Pierre, son Voyage à r Ile-de-France, ce dernier non sans appréhension d'un pareil aréopage. On lui fit d'abord raconter la très violente querelle qu'il venait d'avoir avec son éditeur, et qui aurait dégénéré en voies de fait sans sa modération. Avec un sérieux mal dissimulé, un évêque le félicita d'avoir l'âme aussi chrétienne, à quoi applaudit Condorcet. « Voilà une vertu de Romain, » dit de son côté M"« de Lespinasse, moitié souriante, moitié railleuse. Et ouvrant une des boites de bonbons qui étaient toujours sur sa cheminée : « Tenez, vous êtes doux et bon, » dit-elle à celui qu'elle appelait « le malheureux chevalier de Saint-Pierre », dans ses lettres à Turgot, à qui elle ne cessait de le recommander, pour une mission qu'il sollicitait et qui eût consisté à aller reconnaître le golfe Persique, la mer Rouge et les bords du Gange. On le plaisanta aussi sur une aventure qui lui était arrivée à Dresde, au retour d'une expédition à laquelle il avait pris part, en qualité d'ingénieur, car il était sorti de l'École des Ponts et Chaussées et avait une grande aptitude pour les travaux du Génie. Un soir du mois de juin, fatigué d'une longue promenade dans la ville, il se reposait sur un banc de gazon, lorsqu'un page lui remit un billet qui contenait un cartel d amour : un équipage était à ses ordres, il y monta et descendit à la porte d'un palais. Le page, après l'avoir conduit à travers des appartements splendides, s'éclipsa tout à coup, et, une porte s'ouvrant au milieu d'un nuage de parfums qui brûlaient dans des cassolettes d'or, apparut couchée sur un lit de fleurs une femme d'une beauté idéale. Elle alla au-devant du chevalier, le couronna de roses et l'enlaça de ses bras... Ensuite, un souper exquis fut servi par un choeur de jeunes f.Ues court-vêtues, et des harpes firent entendre une musique enivrante. Cela dura huit jours, au bout desquels Bernardin fut ramené chez lui, se demandant s'il ne sortait pas d'un rêve.

11 logeait rue des Maçons-Sorbonne, où il vivait de leçons de

mathématiques et des restes de la somme de six cents livres d'indemnité qu'il avait reçue pour des travaux exécutés à Malte. Il attendait toujours la mission tant désirée qui ne vint jamais.

A une courte distance de là, dans la petite rue du Paon, en face de l'hôtel de Tours oij demeurait le marquis de Vauvenargues, cohabitaient, chez une fruitière, Marmontel et Beauvin. Parunede ces affinités qui rapprochent les caractères les plus opposés, une étroite liaison s'était formée entre ce dernier, un épicurien pratiquant, et l'austère Vauvenargues, qui venait de publier (sans nom d'auteur) son Introduction à la connaissance de V esprit humain et ses Maximes^ dans lesquelles,comme Boursault,il prouva qu'on pouvait être un écrivain de valeur sans avoir appris ni le grec ni le latin. Peut-être cet accord était-il né de leurs communs griefs envers le sort. D'une complexion chétive, Vauvenargues, après avoir eu les pieds gelés dans la retraite de Prague où il avait gagnélegrade de capitaine, avait failli mourir de la petite vérole, qui non seulement l'avait défiguré, mais lui avait enlevé ce qui lui restait de forces. Quant au futur auteur de la tragédie des Cbérusques , il était laid et bancal de naissance. Mais malgré cette double disgrâce, Beauvin avait conquis le cœur d'une jolie fille de l'Artois, une compatriote dont il déplorait l'absence. Marmontel fit, chez M"* de Lespinasse, le récit d'une charmante anecdote, qui les concerne tous trois et qui est comme un avant-goût de la Vie de Bohème. Les deux amis vivaient sur une petite somme, une centaine d'écus que Beauvin avait mise dans la communauté. Marmontel comptait, pour son apport, sur le débit d'un poème (un éloge du roi), couronné par l'Académie et que Voltaire s'était chargé de placer à Fontainebleau oià était la Cour. Mais Voltaire ne revenait pas, et un soir Beauvin dit en soupirant à son compagnon : « Mon ami, toutes nos ressources sont épuisées et nous en sommes réduits au point de n'avoir pas de quoi payer le porteur d'eau. » — « Le boulanger et la fruitière, demanda Marmontel, nous refusent-ils le crédit ?» — « Non, pas encore. » — « Rien n^est donc perdu, et il est bien aisé de se passer de por-

teur d'eau. » — « Comment cela? » — « Eh parbleu! en allant nous-mêmes prendre de l'eau à la fontaine. » — « Vous auriez ce courage! » — « Sans doute, je l'aurai. Le beau courage que celui-là! Il est nuit close, et, quand il serait jour, où est donc le déshonneur de se servir soi-même? » Et Marmontel, la cruche en main, d'aller la remplir à la fontaine. En revenant, il voit Beauvin, accourant au-devant de lui, la figure épanouie et s'écriant : < Mon ami, la voilà! c'est elle! elle arrive! elle a tout quitté, son pays, sa famille pour venir me trouver! Est-ce là de l'amour? » Marmontel, toujours la cruche à la main, s'arrête stupéfait, à la vue d'une grande et belle fille, quoique un peu camuse, qui lui fait une gentille révérence. Puis, en songeant à la coïncidence de ce bonheur inattendu avec leur désastre, il part d'un éclat de rire qui interdit les amoureux. Mais il reprend vite son sérieux et rendant son salut à l'Artésienne : « Soyez la bienvenue, Mademoiselle, lui dit-il, vous ne pouviez mieux choisir le moment, ni arriver plus à propos. » Après ce compliment, il entre chez la fruitière : « Madame, lui dit-il, avec une gravité solennelle, voici un jour extraordinaire, un jour de fête. 11 faut, s'il vous plaît, nous aider à faire les honneurs de la maison et élargir un peu l'angle aigu du fromage que vous nous donnez à souper. » — « Et que vient faire ici cette femme? » demandet-elle. « Ah! madame, répond Marmontel, c'est un prodige de l'amour, et il ne faut jamais demander l'explication des prodiges. Tout ce que vous et moi en devons savoir, c'est qu'il nous faut ce soir un tiers de plus de ce bon fromage de Brie, que nous vous paierons bientôt, s'il plaît à Dieu. » — « Oui, dit-elle, s'il plaît à Dieu, mais quand on n'a ni sou ni maille, ce n'est guère le temps de songer à l'amour. » L'apophtegme de la bonne fruitière dut taire sourire M"" de Lespinasse dont l'avis était qu'il fallait être raisonnable et modéré sur tous les points, sauf sur celui-là.

Suard se trouvait dans une position sinon aussi précaire, du moins voisine de la gêne. Marié à l'aimable et jolie sœur de l'imprimeur Panckoucke, si recherchée partout, chez M"° de Lespinasse comme chez M»*' de Marchais et Necker, il avait encore associé à

son existence l'abbé Arnauld qui partageait leur logis. L'abbé était un ancien forcené : il n'admirait qu'Homère et lorsque, avec son accent phocéen, il en psalmodiait les vers, son port de tête et son regard inspiré lui donnaient un air de hiérophante, Suard était loin de professer la même idolâtrie pour l'auteur de VIliade, qu'il ne supportait qu'à travers la traduction de Pope. Pourtant ils vivaient dans un accord parfait et unissaient leurs profondes connaissances des institutions de la Grèce et de l'Angleterre, pour l'instruction de Gerbier qui habitait sur le même palier, avocat d'une éloquence hors de pair et dune ignorance qui était comparée à celle de M'"" Geoffrin.

Dans le salon de la rue Bellechasse, l'abbé de Condillac était l'antithèse de Tabbé Arnaud. Autant l'un débordait, autant l'autre se concentrait. Lié dans sa jeunesse avec Jean-Jacques Rousseau, Diderot et Duclos, Condillac s'en était détaché tout doucement pour se réfugier tout entier dans la philosophie qu'il fonda et qui eut pour adhérents Garât. Destutt de Tracy et Cabanis. M"'- de Lespinasse le prisait fort. Il n'en était pas de même de Condorcet, qui, attaqué à cet égard par Liarat, écrivit à Turgot : « Je ne répondrai point à M. Garât pour deux raisons : la première, parce que, n'ayant aucune aversion pour l'abbé de Condillac et ses ouvrages pouvant être fort utiles, je ne veux point engager une querelle qui les réduirait à leur juste valeur. »

Condorcei et Turgot causaient peu dans le monde, celui-ci par prudence, celui-là par timidité : du reste, le trait leur manquait. La timidité de Condorcet provenait sans doute de son éducation première : il avait perdu son père à l'âge de quatre ans et avait été élevé par une mère dévote qui l'avait voué à la vierge et au blanc et qui, jusqu'à l'âge de huit ans, l'avait habillé en fillette. Déjà tépublicain, comme I urgot était déjà monarchiste pur, ils étaient liés non-seulement d'amitié, mais de pensée, marchant de concert dans la granule voie de l'émancipation humaine. M"^ de Lespinasse, à qui ils portaient un vif intérêt, en profitait pour ses « clients ». C'est ainsi qu'elle fit donner une pension de 2.500 francs à Suard par Condorcet, lequel avait demandé encore au ministre de

Joger près de lui à la Monnaie (1) Thomme qui devait fermer au proscrit la porte de sa maison de Fontenay-aux-Roses. Elle connaissait le ministre depuis plus de temps que le géomètre, mais elle traitait ce dernier avec plus de familiarité. Ils péchaient l'un et l'autre parle maintien : ils se tenaient courbés, mais elle ne reprochait ce défaut qu'au bon Condorcet, comme elle l'appelait toujours. Elle le grondait aussi de « manger ses ongles, ce qui €St indigeste, disent les médecins ». Elle lui recommandait de ne pas faire couper ses cheveux trop courts parce qu'il aurait « la tête trop près du bonnet ». Elle s'efforçait enfin de le détacher d'une personne dont il ne pouvait espérer « ni plaisir ni consolation » et à qui il ne demandait « que de l'amitié et point d'amour pour un autre ». Cette personne était M"* de Meulan la jeune, belle-sœur de la femme du receveur-général de la généralité de Paris, mère de M"'= Guizot.

L'amie intime de Turgot, celle du moins avec laquelle il était en parfaite communion d'idées, c'était la duchesse d'Envillenée LaRochefoucauld(2l,mère du duc de La Rochefoucauld très liée autrefois avec M™" Du Deffand et qui, dès 1768, s'était déjà montrée encline au mouvement des esprits que réprouvait la marquise en s'y mêlant à son insu. « Cette femme ne vous déplairait peut-être pas, écrivait alors la marquise à Walpole, elle n'a pas les grands airs de nos grandes dames, elle a le ton assez animé, elle est un peu entichée de la philosophie moderne, mais elle la pratique plus qu'elle ne la prêche. » Une caricature du temps de la guerre des farines (1777) la représente avec Turgot dans un cabriolet auquel sont attelés les abbés Baudeau et Roubaud, Dupont (de Nemours), de Vaines et autres écono-

1. «■ On m'a assuré, écrivait Condorcet (août 1775), que je vous devrai bientôt des remercîments pour un bel appartement à la Monnaie. 11 y aura de quoi loger M. Suard et moi. » Ce n'est jias tout: « Mais, ajoute-t-il, il y a quatorze ans que l'abbé Arnaud loge avec M. Suard, et ils seraient très affligés tous les deux de se séparer. »

2. Louise-Elisabeth de la Rochefoucauld, mariée, en 1732, à jean- Baptiste-Louis-Krédéric de Roie de La Rochefoucauld, créé duc d'Enville •à la suite de son mariage.

lyS RUELLES

mistes. La voiture, après avoir roulé sur des tas de blé, finit par verser et jeter à terre le contrôleur général, et la duchesse qui arbore cette légende : Liberté, liberté, liberté tout entière.

Une autre duchesse, M"»" de Châtillon, fille de la duchesse de La Valière, avait, comme TA^'^ d'Enville, abandonné M"^" Du Deffand, dont elle était la voisine au couvent de Saint-Joseph, et qui, parlant au même Walpole, d'une indisposition de M™'' de La Valière, ajoute presque sur le ton du regret : « Pour sa fille, elle se porte comme le Pont-Neuf; elle s'est faite encyclopédiste; elle est la plus intime de la Muse de l'Encyclopédie (i). » M"<^ de Lespinasse disait d'elle . « j'aurais bien mauvaise opinion de moi si je ne l'aimais pas : elle exige si peu et elle donne tant (2). » Qiielqu'un lui avait dit, raconte-t-elle à quelques mois de là : « Je vais souper avec elle : je n'en ai jamais tant de désirs que lorsque j'ai dîné avec elle (3). » Mais s'il est souvent question de son amabilité, on se tait sur le reste, ce qui fait supposer qu'elle ne ressemblait pas à sa mère dont la beauté a inspiré à M'"^ d'Houdetot ce quatrain si flatteur :

La nature, prudente et sage, Force le temps à respecter Les charmes lie ce beau visage Qu'elle n'aurait pu répéter.

La comtesse de Boufflers avait un faible pour Guibert : faible est ici le mot juste. M"° de Lespinasse rend ainsi compte à ce dernier d'une conversation qu'elle a eue avec V Idole du Temple : « Elle ne m'a pas seulement dit votre nom ; je n'en suis pas fâchée,maiscomment ne saisit-on pas toutes les occasions de parler de ce qui plaît ? 11 y a un certain degré d'affection qui gène : c'est celui-là qui m'a empêchée de lui parler de vous ; mais elle n'a jamais senti cet embarras, j'en suis sûre ; elle n'a que faire d'aimer,

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