Lettre du 30 octobre
rable, mais encore par une constante belle humeur. M™" Du Deffand, parce qu'il l'avait quittée, l'a traité d'^rpagon, à propos de son testament, qui n'est que singulier et dans lequel il laisse un Moreri, nouvelle édition, à M"* de Lespinasse, une jatte de porcelaine, son violon et quelques cahiers de musique, à la petite sainte (la comtesse de Choiseul), son pupitre à M. d'Aumont... II avait une sœur qui ne songeait qu'à son propre salut. Elle était presque toujours à Lisieux, chez Tévêque, son directeur, l'oncle de Condorcet. Quand le marquis fut près de mourir, elle écrivit qu'elle ne pouvait venir l'assister « parce qu'elle avait une fluxion sur les dents ». M™^ Du Deffand relève cette belle excuse en se contentant d'ajouter : « Il n'y a pas grand mal, son absence lui évitera l'annonce des sacrements. » 11 les refusa du reste, résolument, malgré les objurgations de sa femme et les glapissements d'un chœur de dévotes possédées de l'Esprit saint. Cela fit scandale, mais non au détriment du mort.
Le vicomte de Castellane, qui présenta Malouet à M'^^de Lespinasse et qui était, dit ce dernier, dans ses mémoires (i), « un homme simple, excellent, ce qu'on appelle un philosophe, et un peu frondeur », avait aussi une femme confite en dévotion, mais qui, dans le monde, oubliait ses patenôtres. Elle était d'ailleurs bonne et spirituelle. Elle ne faisait même pas grise mine au comte de Schomberg, qui faisait profession d'athéisme, au demeurant un homme d'esprits très lié avec d'Alembert et un brave à tous crins qui avait peur des revenants.
Malouet rencontra au cercle de la rue Bellechasse le frère de son beau-frère Chabanon de Maugris. Chabanon (tout court), d'abord mystique jusqu'à l'ascétisme, avait été converti au scepticisme par les Jésuites, et, amoureux plusieurs fois déçu, ne croyait pas plus à l'amour qu'à la religion. Il avait des prétentions au titre de poète, mais il était surtout un musicien. II faisait avec succès sa partie au concert qu'il avait fondé à l'Hôtel de Soubise, et dont le chevalier de Saint-Georges était un des di-