LES VENDREDIS DE M»'= NECKER
Au commencement de l'année 1770, l'appariteur épistolaire des Cours de Saxe-Gotha et de Russie publiait ce ban de l'Église philosophique :
« Sœur Necker fait savoir qu'elle donnera toujours à dîner les vendredis : l'Eglise s'y rendra parce qu'elle fait cas de sa personne et de son époux ; elle voudrait pouvoir en dire autant de son cuisinier (i). »
Le même trait fut décoché contre M°« Geoffrin qui venait de mourir, par la marquise Du Deffand, rééditant une exclamation célèbre pour les besoins d'une rancune invétérée et injustifiable, à Toccasion des éloges qu'avaient décernés à la défunte Thomas et Morellet : « Tout cela est bien du bruit pour une omelette au lard. » C'était d'un seul coup réduire à néant tout le mérite de M™"^ Geoffrin qui, selon quelques médisants, n'avait consisté que dans son excellente table. Mais si Grimm regrettait l'absence de la bonne chère chez M"^ Necker, il ne déniait pas à celle qui fit souche de doctrinaires la qualité que Sainte-Beuve refusait à ses dei.cendants. « Les gens d'esprit, a dit ce gourmet de tous points,