Les Confessions, partie II. Hv. VII
hommes les plus aimables qui aient existé (i^, » Fils d'un horloger de Genève, il avait été horloger lui-même, mais il était ■doué d'un esprit délié, d'un enjouement irrésistible et d'un charme de physionomie qui le destinaient à une autre sphère. L'amitié du résident français, M. de La Closelle, l'avait aidé à •s'y élever, en lui ménageant des relations qui lui avaient fait obtenir la fourniture des sels du Valais, dont le rendement annuel n'était pas moindre de vingt mille livres. Gauffecourt exerçait une séduction aussi bien sur les femmes que sur les hommes. « 11 eut à choisir et fit ce qu'il voulut (2), » dit encore Rousseau. Mais il avait vieilli et pris du ventre. On ne l'appelait plus <|ue le bonhomme Gauffecourt et le basset sexagénaire. C'était M™" d'Houdetot qui l'avait présenté à M™« d'Epinay.
Sophie de Bellegarde venait d'épouser le comte d'Houdetot, « joueur de profession, laid comme le diable et peu avancé dans le service (3) ». Il n'était que sous-lieutenant des gendarmes dauphins. La fille aînée de M. de Bellegarde avait épousé, en 1743, le baron Pineau de Lucé, intendant à Paris, d'une grande maison d'Auvergne, et son second fils La Live de )ully se maria six ans plus tard avec M"'' Chambon, fille d'un fermier général. Il importait de fixer la situation de personnages secondaires s'a- ;gitant autour du personnage principal.
Entraînée par ses nouveaux amis, M™" d'Arty, Francueil et Gauffecourt, M™" d'Epinay s'étourdissait pour oublier les éternelles équipées d'un mari qu'elle ne faisait qu'entrevoir, quand il n'était pas absent pour ses tournées de province. Elle retourna avec eux au bal de l'Opéra, et accompagna M.^" d'Arty, invitée à souper chez Francœur, surintendant de la musique du roi (4). Son mari le sut et lui défendit de revoir cette dame. En revanche, il introduisit dans son intimité M"'' d'Ette, qu'il avait connue dans