PRÉVOST-PARADOL
(Quelles pensées profondément tristes et humiliantes assaillent le chrétien en face de ce prétentieux temple inachevé qui s'élève au Sein de notre cité, à deux pas de nos plus opulents monuments, nouvelle Tour de
3abel destinée à commémorer l’'aveuglement impuissant de tout une génération.
Un architecte parisien, descendu au Windsor, ouvrit sa fenetre de orand matin et apercevant la dernière idée du règne de Mgr Bourget, S'écria avec désespoir, en levant les yeux au ciel:
— Quel est le maladroit qui ma ainsi suligoté mon Saint-Pierre de Rome :
Ce cri du cœur de Flartiste en face d’une aussi piteuse copie d’une merveille de l'univers, de ce postiche en zinc du dôme qui surplombe le sanctuaire du monde entier, de cette contrefaçon étriquée du portique devant lequel se sont inclinés tous les grands de la terre est le juste châtiment de l’orgueilleux vieillard qui avait rêvé de copier pour son usage personnel l'œuvre de milliers de générations.
Plus audacieuse entreprise et plus folle équipée futelle jamais conçue et encouragée ?
Ce n’est pas tant au pauvre prélat qui s’est vu imposer cette idée par la clique ultramontaine toute puissante, qu'il faut reprocher cet éternel monument de
notre faiblesse ; les vrais coupables sont ceux qui ont aveuglé notre population au point de ui ‘aire croire qu'elle n'obtiendrait son salut qu'au prix de ce sacrifice.
Et eux savent bien ce qu'ils faisaient, leur dessein était bien déterininé, leur calcul était précis.
Ce qu'il fallait à ces hommes pour assujettir leur domination, c'était une nouvelle source de revenus où l'on pût puiser librement pour entretenir la lutte contre la volonté populaire, soudoyer la presse reptilienne et couvrir encore le territoire de nouvelles chapelles et de nouveaux couvents où s’assouplirait entre leurs mains la jeunesse canadienne.
Le trésor de la Cathédrale s'est fondé et fondu
entre leurs mains.
Ce qu'il à englouti de millions et de millions, ce fonds-là, personne ne le saura !
Nouveau tonneau des Danaïdes, 1l a reçu tout : depuis la cent du mendiant jusqu'au chèque du banquier ; des années entières on v à puisé et voilà le résultat : regardez !
Prenez la rue Dorchester, un beau jour de Juin, lorsque l'air est léger et le soleil bienfaisant : les arbres revêtus de leur frondaison forment un arceau coquet et ombragent de délicieuses villas aux parterres embaumés. Vous arrivez au Carré Dominion, tout émaillé de fleurs brillantes, écayé de Joyeux groupes enfantins : à votre droite vous admirez la splendide bâtisse de la Young Men's Christian Association, en face le Windsor et la masse grisâtre du Pacifique ; à gauche une ruine :
La Cathédrale, le gouffre du trésor catholique de MontréAl, le pourvoyeur inépuisable des fonds secrets de la lutte cléricale.
Henri Rochefort n'était pas doux évidemment lorsqu'il s'écriait : “La bourse ou l'enfer, tel est aujourd’hui le programme du clergé catholique ” mais le Canada serait presque en mesure de le faire mentir, ayant trouvé le moyen de faire marcher de pair la bourse et l'enfer.
Lorsque tous les moyens humainement possibles pour trouver des fonds pour la Cathédrale eurent été épuisés on eut recours aux grands moyens, et c'est d'alors que datent ces immenses bazars, ces foires interminables qui ont profondément démoralisé à maintes reprises notre population et défloré bien d'innocentes jeunesses.
Sans être taxé de censevr sévère, rien n'est plus profondément immoral que ces immenses caravansérails dans lesquels sont jetées de jour et de nuit tout une nuée de mignonnes jeunes filles, dépêchées par des matrones aussi avides que pieuses, pour détrousser le visiteur et racoler le client.
Il y à des choses que la religion n'excuse pas, et les bazars sont du nombre.
Ceux qui ont l'habitude de fréquenter ces sortes de distractions savent parfaitement à quoi s'en tenir à ce sujet; les autres devraient apprendre de la bouche même «des organisateurs ce qui s’y passe et les déplorables incidents que signale chacune de ces fêtes.
Demandez aux secrétaires et trésoriers des bazars de la Cathédrale ce qu'ils ont vu de comptes falsifiés, incorrects, ce qu'ils ont constaté de détournements de fonds, de sonnnes employées à même les recettes pour des dépenses particulières.
C’est la fable de taute la société.
Quede Jeunesfilles ont été marquées du doigt àla suite de ces réunions où elles ont été ruinées pour le plus orand bien de la for.
= Le pire est que l'exemple venu d'en haut à autorisé, favorisé l'expansion de ces funestes méthodes.
Jei encore le clergé est impuissant à arrêter le torrent qu'il a déchaîné ; il est débordé.
Léon XIII, au commencement de son pontificat, ivait eu des projets de réorganisation très élevés et souhaitait de donner une impulsion commune aux diverses missions de l'Eglise et de supprimer les œuvres de charité purement théâtrales sur lesquelles certaine
classe de la société à mis la main pour s'en faire à la fois une raison et le moyen d’être.
Il s'effrayait des dangers que présentaient la promiscuité de ces réunions et les tentations qu’elles imposent : dangers que nous avons signalés et promiscuité que lon constate facilement lorsque le caractère, la position ‘4 sociale, la vie et les mœurs se perdent trop souvent de ‘4 vue sous le couvert du manteau bleu percé à jour de la
ils charité. 1] ' Mais, le moyen de gagner un tel procès? "
Michelet raconte que quand Grégoire VIT intervint dans la question des prêtres mariés et qu il rappela, À. de la plus énergique façon, les lois de l'Eglise sur le 30 célibat, il y eut dans cer tains pays une explosion de fureur. L'archevêque de Mayence lut la bulle en tremblant et quand il eut fini, tous les seigneurs ecclésiastiques des bords du Rhin, comtes et princes en
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he même temps qu'évêques, grands chasseurs, Imtrépides 14 "1 videurs des larges hanaps où fumait le Rœmer, s'élancèrent sur le malencontreux lecteur, à den fous de le colère et de luxure, et faillirent le tuer. rs Soutenu par le peuple, Grégoire VIT tint bon et sauva | de l'Eglise que deshonorait, dit Drumont, “ le concubinat : dv | des prêtres devenu, en quelques sorte, un mariage à « reconnu. Tout le monde obéit et ce n'est que trois cents ans après que cette question amena la Réforme. is ke 4 Les mondaines-qui s'occupent ou vivent des œuvres à de charité seraient plus difficiles à soumettre que Îles | Burgraves épiscopaux du moyen-âge.
"+ D'ailleurs, le clergé qui a créé ce mouvement n'a pas | le droit de se plaindre, et en Canada il ne s’en plaint à t pas.
La société s'est moulée sur l’image qu'il lui x plu de L constituer de toutes pièces. Lessentiments religieux sont + | réels, dans tous ces groupes, maïs ils sont d’un ordre
tout particulier.
Carlyle qui a étudié à fond son peuple, qui connait son aristocratie anglaise, dit en parlant de l'Eglise
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Anglicane qu'elle est pour les protestants d'Angleterre : “ Un luminaire ecclésiastique qui surplombe, suspendu à ses vieilles attaches vacillantes, prétendant être une lune ou un soleil quoique visiblement ce ne soit plus qu'une lanterne chinoise composée surtout de papier, avec un bout de chandelle qui meurt malproprement dans son trou.”
Nous r'irons pas si loin pour apprécier l'influence de la religion sur notre classe supérieure, la clarté catholique éclaire encore un peu ces intelligences mais sans les réchauffer beaucoup.
Les gens du mond- sont plutôt pratiquants que véritablement pieux. Le côté cultuel, l’observance, le respect des rites tiennent la place principale dans leur religion. Des gens qui vivent ostensiblement en dehors de toutes les lois de l'Eglise continuent à en observer toutes les prescriptions.
Au fond, ils sont dans le vrai jusqu’à un certain point.
C'est le raisonnement de l'Italien qui vous dira “ J'ai tort d'être adultère et je gémis de ma faiblesse, mais je ne vois nulle nécessité, parce que je commets un péché en prenant la femme de mon prochain, d'en commettre un second en mangeant gras le vendredi.”
Et par suite, une assistance, une réunion canadienne mérite en tout point l'apostrophe que Léon Gozlan lançait si sèchement mais si droit à ses compatriotes :
“ Le public français, fût-il composé de six fois plus d'hypocrites qu'ii ne s’en trouve d'ordinaire au parterre un jour de première représentation ; de six fois plus de banqueroutiers frauduleux et de femmes perdues qu'il ne s’en étale en espaliers aux avant-scènes et au balcon ; de six fois plus de bourgeois goîtreux, crétins, idiots, malfaisants, venimeux qu'il ne s’en déploie aux deuxièmes et troisièmes galeries, toujours aux premières représentations d'un ouvrage dramatique, vous n'en aurez pas moins, ne doutez nullement, une assemblée ferrée à glace sur les plus purs principes littéraires, sur les plus purs principes religieux, sur les plus purs
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principes soc'aux et sur les plus purs principes imaginables. ”
C’est là l'éducation mondaine dans toute sa force, le résultat de tous les compromis de la part des uns, des flagorneries de la part des autres, compromis et flagor-neries intéressés de part et d'autre, puisqu'au clergé, comme à l'élégant, ils assurent la matérielle.
Le temps n'est plus aux grandes envolées, aux grandes convictions comme celle que Shakespeare met au IV° acte d'Henri V dans la bouche de Lancastre usurpateur, au matia d'Azincourt :
“O Seigneur ! nete souviens pas aujourd'hui — oh ! pas aujourd'hui — de la faute que fit mon père en usur-pant la couronne. J'ai fait enterrer de nouveau le corps de Richard, et j'ai versé sur lui plus de larmes de contrition que la violence n’en fit sortir de gouttes de sang. J’entretiens toute l'année 500 pauvres qui, deux fois par jour, lèvent vers le ciel leurs vieilles mains pour implorer le pardon du sang versé et j'ai bâti deux chapelles où des prêtres solennels et graves chantent perpétuellement pour l'âme de Richard. Je ferai davantage, quoique tout ce que je puisse faire ne soit d'aucune valeur, puisque ma pénitence vient encore
s'ajouter à tout cela pour implorer le pardon. ”
Voilà qui ne sent guère les bazars et les kermesses, les fêtes et les oriflamumes, voilà qui parle le langage de la virilité, mais il n'y à plus de caractères ainsi trempés pour relever la cathédrale üe ses ruines.
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