DURETE IMPLACABLE
Le pardon sied mieux au mo- | narque que sa couronne.
SHAKESPEARE d
(Marchand de Venise)
FE pat
Les journaux de Montréal ont publié récemment deux notes profondément tristes, lugubres, qui font | puissamment ressortir encore les ruines créées par l’égoïsme, la hauteur et la sécheresse de cœur de certains membres de notre clergé.
L'une est l’histoire d’une pauvre femme dont le mari est en prison et qui, restée avec ses trois enfants sur | les bras, frappe à la porte de toutes les carre pour trouver du secours et ne trouve rien.
L'autre, celle d'un malheureux sorti du bagne e qui ne | trouve ni un appui ni une consolation ; qui n’ose | retourner au village de crainte d’être montré an doigt par celui-là même qui dans la paroisse, a, la mission de pardonner et de bénir.
Le cas de ce dernier est navrant : *
Abandonné dès son jeune âge aux duretés de la lutte pour la vie; orphelin, sans défense, 1l avait suivi la voie ordinaire: mauvaises compagnies, débauche, jeu, boisson et vol.
Puni du pénitencier, 1l passa là trois ans replié sur lui-même, à se retracer son existence qui lui avait paru horrible, atroce.
Le seul souvenir de.ses anciens acolytes lui faisait monter le rouge au visage, et il se jura une fois rendu à la société de se rendre utile.
Il tint parole : une fois sorti de prison, il se init à
ji
travailler d'ardeur et se créa une place enviable dans une maison de commerce dont il devint placier.
Le has: rd le conduisit un jour à son village natal qu'il n'avait pas 1evu depuis son envolée du jeune âge, il y avait dix ans de cela, et où il était maintenant inconnu.
C'était un dimanche, le saint office allait commencer ; les braves cultivateurs étaient massés devant l'Eglise attendant le signal, et le pauvre garçon, remué jusqu'à l'âme par ce spectacle paisible qui lui rappelait les
Jours encore purs de son enfance, pénétra dans le tem-
ple et s'agenouilla au pied du bénitier, perdu dans l'ombre,
Personne ne le remarqua : après la messe, il se glissa dans le presbytère pour revoir le prêtre qui l'avait fait communier.
À vrai dire, il ne l'aimait guère : c'était un homme violent, autoritaire qui avait p.us qu'aucun autre contribué à lui faire prendre la vie et la société en haine, à surexciter son tempérament bouillant et à le faire rebeller.
Mais il voulait accomplir sa bonne action jusqu’au bout,
Il se présenta devant le prêtre, modestement, humblement : il fut reçu avec hauteur, les insultes à la
bouche, et lorsqu'il resortit, son parti était pris, il fit.
son paquet et abandonna le village.
Le lendemain, une lettre du curé inforimait le patron lu jeune homme des antécédents de son commis et deux jours après 1l était congédié.
Maintenant, il est retourné an pénitencier.
Voici un exemple, on peut en citer dix autres.
Habitués à se voir obéir en tout, certains membres du clersé prennent un soin jaloux à éviter tout ce qui peut, dans leur troupeau, troubler la béatitude dont ils jouissent ou l'autorité dont ils abusent.
Tout nouvel arrivé leur est suspect ; à plus forte raison, s'ils ont lieu de mettre en doute ses idées ou ses
habitudes.
F2" TT 0 de A à se
jan
tn