‹ Ruines cléricales [microforme]Chapitre 25 sur 53 · DE LABRUYÈRE · texte numérisé non relu

DE LABRUYÈRE

Rien n’est instructif comme de rechercher l'origine première des maladies qui lentement, mais sûrement, usent, dégradent et ruinent peu à peu l'organisme. Le terme de mort subite, en ettet, ne veut rien dire. et l'on ignore trop les élaborations énormes qu'il faut pour faire ce qu'on appelle une catastrophe soudaine. La désagrégation s'opère progressivement, mais sans hâte, et dans la société, confédération d'hommes comme l’homme est une confédération de tissus, les débuts du mal sont toujours lointains, ignorés et obscurs. On tombe par où l’on penche, voilà la loi; ce n’est rien d’abord, une perturbation presque insensible, un grain de sable dans l’engrenage, puis le désordre partiel, puis les ressorts brisés et l'arrêt définitif .

Le cadavre social est naturellement plus récalcitrant et moins aisé à enterrer que le cadavre humain. Le cadavre humain va pourrir au ventre du cercueil, image régressive de la gestation ; le cadavre social continue à marcher ‘sans qu'on s'aperçoive qu'il est cadavre, jusqu’au jour où le plus léger heurt brise cette survivance factice et montre la cendre au lieu du sang. L'union des hommes crée le mensonge et l'entretient : une société peut cacher longtemps ses lésions mortelles, masquer son agonie, faire croire qu'elle est vivante encore alors qu'elle est morte déjà et qu'il ne reste plus qu’à l'inhumer

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Les sociétés, d'ailleurs, ne meurent point toutes de la même façon.

“ Quelquefois, dit Lacordaire, les peuples s'éteignent dans une augonie insensible, qu'ils aiment comme un repos doux et agréable; quelquefois ils périssent au milieu des fêtes, en chantant des hymnes de victoire et en s’appelant immortels.”

Le cléricalisme actuel est en train de mourir au milieu de l'argent dont il a fait son seul culte réel, auquel il a tout sacrifié.

Rien que l'argent et tout par l'argent, telle est su maxime,

L'exemple le plus effrayant des erreurs que peut lui faire commettre cette soif de l'or, œuwri sacra fames, nous la trouvons dans l'entrevue publiée par le Canadien à propos de l'affaire Davignon, un refus du baptême.

Une entrevue qui s'explique d'elle-même met en présence un journaliste et un des prêtres de l'Archevêché de Montréal :

— Est:il à votre connaissance, M. Cousineau, demande le journaliste, que le 26 juillet dernier, le curé Lesage, de Chambly Bassin, ait refusé de baptiser l’enfant de Solime Davignon, domicilié en cette paroisse !

— Oui, nous avons appris que le Rév. M. Lesage avait pris cette décision ; je crois même, sans en être sûr, que M. Davignon est venu ici demander des explications à propos du refus du curé en question ; mais nous n’avons recu aucun avis officiel, en ce sens qu'il n’a rien été présenté devant l’Officialité du diocèse.

— Savez-vous la raison de ce refus du curé de Chambly Bassin ? <

—- La raison qu'invoque le curé Lesage est que Solime Davignon n’a pas payé la taxe complémentaire qui est imposée dans les paroisses nombreuses et peu productives.

.— Cette taxe est-elle légale ?

— Elle n’est pas exigible en loi, mais étant décrétée par

l’Ordin: ire, les catholiques sont tenus de s’y soumettre.

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-— Pensez-vous qu'un prêtre à le droit de refuser à un enfant le baptême pour une omission ou une faute du père ?

— À vrai dire, non ; mais enfin, si M. Davignon avait soumis la chose au tribunal ecclésiastique, nous aurions arrangé tout cela. Aussi, il nous est imnossible de lui donner raison, nous aurions l'air de céder devant la force.

—- Savez-vous que le même enfant a été baptisé sans difficulté par le curé de la paroisse Richelieu ?

— Nous le savons.

—Ne pensez-vous pas que l'enfant aurait pu succomber dans l'intervalle ?

— Oh ! l'enfant était bien solide,

— Considérez-vous que l'autorité ecclésiastique puisse prévaloir pour le sort d’un enfant sur l'autorité paternelle ?

— Ceci serait me mener trop loin et me faire dire en ce cas ;ivticulier qu’un prêtre peut empêcher un catholique de faire de son enfant un catholique.

Je ne répondrai pas à cette question.

Si elle eût écé soumise à l'autorité ecclésiastique nous eussions vu, mais maintenant, que les tfibunaux civils décident !

— Un prêtre peut-il refuser de baptiser un enfant qui naît par hasard dans sa paroisse, lorsque la famille est de passage ?

— Sûrement non.

— En somme, pensez-vous que le curé Lesage a bien agi ?

— Sa conduite n'a pas été très digne, mais enfin, il a cru avoir une chance de se faire payer la taxe. Les gens paient si mal et il a bien fait d’essayer.

— L'archevêque va-t-il prendre quelque mesure en la matière !

— Non, puisqu'on s’est adressé aux tribunaux civils.

— Mais vous allez être condamnés : les cas de dommages par exclusion ecclésiastique abondent ?

— Oh ! pas comme celui-là ; la cause a été jugée pour un paroïissien auquel on refuse la communion, mais jamais on n'avait encore réclamé pour le baptême d’un enfant. Que les tribunaux civils s’arrangent.

Les voilà bien, n'est-ce pas : tout pour l'argent ; sacrements, religion, tout passe après l'argent.

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Le procès des marguilliers de Montréal ne montret-il pas encore sous un autre jour cette rapacité qui est le fonds du caractère religieux de notre époque.

Que de bassesses le curé Santenne n’a-t-il pas faites pour conserver en sa possession les quêtes et n'en pas rendre compte aux marguilliers !

Lisez sa déposition, que voici :

Q. — Il me semble que, par la réponse que vous venez de donner, vous donnez au paragraphe troisième se rapportant aux quêtes, une portée autre qu'on doit lui donner. Veuillez donc relire de nouveau ce paragraphe et dire s’il n’est pas vrai qu'il n’y a aucune allégation que vous ayez jamais nié à la fabrique, le droit d’avoir compte des quêtes ; mais ce qu’on y allègue c’est que le marguiller en charge seul réclamait le compte de ses quêtes, et que vous lui avez refusé ce compte!

R. — Ceci est vrai, c'est-à-dire qu’on ne me reprochait pas, dans la letête de démission, d’avoir nié à la fabrique le droit de réclamer ; mais dans cette requête, on me reproche d'avoir refusé à monsieur Auger de lui rendre compte des quêtes ; c’est le contraire qui est vrai car je lui ai dit que j'en tiendrais compte.

Q, — N'est-il pas vrai que d’abord vous ne lui avez pas rendu compte ; lorsqu'il vous l’a demandé ? ot que vous avez préparé un mémoire à être lu à une séance, où vous allèguiez vos raisons ?

R- — Jamais monsieur Auger ne m'a demandé de lui en rendre compte ; monsieur m’a demandé de tenir compte de ces quêtes pour le livrer à la Fabrique, je lui ai dit que je le ferais.

Q. — Pourquoi avez vous préparé ce mémoire explicatif, que vous avez lu à l’assemblée ?

R. — Parce qu'il était question d’ôter au curé même ces quêtes-là. Quelques-uns voulaient que tout le revenu des quêtes vint à la Fabrique. J'ai fait un mémoire en vue de la discussio:1 de cette affaire, afin de démontrer combien il était avantageux à la Fabrique de laisser ces quêtes entre les mains du curé.

Q. — Vous n'avez pas encore versé les fonds provenant des quêtes ?

R. — Il me reprochait que les quêtes ne venaient pas à la Fabrique ; mais jamais il me les a demandées. Lorsqu'il m'a demandé d’en rendre compte, je lui ai dit que je le ferais.

Q. — Alors vous dites que vous n'avez pas refusé d’en rendre compte. Vous n’aviez pas, à l’époque de cette lettre, rendu compte de ce que vous perceviez des quêtes ?

R. — Non.

Q. — Avez-vous affirmé que jamais monsieur Auger ne vous à demandé compte de ces quêtes, avant la lettre en question ?

R. — Il m'a demandé d’en tenir compte.

Q. — L'avez vous fait depuis ?

R. — Oui.

Q. — Vous a-til dit pourquoi il vons demandait d’en tenir compte ? N’était-ce pas parce qu’il voulait que ce compte-la fût rendu ?

R. — Il voulait que le compte fut rendu à la Fabrique.

Q. — Tout ce que Monsieur Auger vous à demandé c’est de tenir compte des quêtes ?

R. — Oui. J'ai dit à monsieur Auger : j’en rends compte

par des faits, et le bureau de la Fabrique sait bien le compte du produit des quêtes et j'en tiens un livre, voici le produit de vos quêtes ; par exemple si vous avez un orgue comme vous en voulez un, c’est parce que j'ai eu soin de vos quêtes, le compte-rendu n'est pas de piastre par piastre, mais le compte-rendu est là, dans l’Église.

(Q. — La question abstrait: que je vous demande est celle de savoir si les paroissiens ont le droit de savoir combien ont produit ces qnêtes. :

R. — Je ne refuse pas ce droit-là.

Q. — Monsieur Auger et les autres marguillers ont-ils demandé de leur dire combien produisaient ces quêtes ?

R. — Il ne me l’a jamais demandé.

Q. -—- Je reviens à une partie de votre réponse ci-dessus donnée où vous qualifiez de mensongère une affirmation, qui à mon point de vue, est simplement une affaire d'opinion. Je vous prierais de lire le paragraphe premier de cette lettre et

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nous dire si vous persistez à accuser de mensongères toutes personnes qui, de bonne foi, aflirmeraient ce qui est allégué dans le paragraphe premier ?

R. — Il ne me l’a jamais demandé.

R. — Comine je lisaiïs la lettre et que j'en faisais lecture, rendu au paragraphe premier que je venais de lire, j'ai dit que ce paragraphe était erroné et je ne me suis pas servi du mot mensonge. Si je me suis servi de l’expression mensonge, ce n’est pas l’idée que je voulais exprimer parce que le premier paragraphe est une matière d'opinion, maïs je crois qu’il est erroné.

La haine de cette sainte âme contre ceux qui veulent lui arracher son trésor, son or, est telle qu'il les traite de menteurs pour vouloir même jeter un simple coupd'œil sur sa caisse.

Vous avez vu jouer les Oloches de Corneville, vous avez-vu le pére Gaspard étalant son trésor, rebrassant ses piastres luisantes ?

C’est le spectacle qu'offre notre clergé, c'est l’enseignement qu'il donne à notre peuple.

L'or est catholique d’abord : c'est là la maxime fondamentale.

Nous retrouvions l’autre jour une curieuse circulaire qui est absolument typique et exprime bien cette maxime fondamentale, la base du trésor ecclésiastique :

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