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Etudier sur les bancs, qu'est-ce autre chose, sinon s'efforcer de comprendre, de saisir un auteur ou l’enseignement du Maître. C’est travailler pour soi ; lorsqu'on a compris, on est content, cela suffit. Voilà les études de l’Ecolier ou de l'Etudiant. Telles ne sont pas les études professorales. D'abord ces études sont
.délimitées, spécialisées, conditions essentielles pour qu'elles soient approfondies. Ensuite on étudie non seulement pour comprendre mais pour fuire eomprendre et se faire comprendre. La distinction n’est pas spécieuse. Qui d’entre nous n’a rencontré des hommes d’une intelligence supérieure incapables de faire comprendre aux autres ce qu'ils comprennent parfaitement ?
Ce que l’on conçoit bien s’énonce clairement.
Et les mots pour le dire arrivent aisément, dit-on avec Boileau. C’est vrai, mais ces mots qui arrivent aisément pour dire ce que vous concevez clairement, seront-ils à la portée des intelligences ? On a beau être tout yeux et tout oreilles au pied d’une chaire; celui qui disserte peut y mettre tout son cœur et le résultat être nul. L'ouverture des esprits n'est point là. Si l'angle visuel varie, l'angle intellectuel varie aussi. À chacun, le maître doit envoyer le rayon de lumière proportionnel. Pour cela, il devra rechercher les difficultés, les mots qui rendront le mieux sa pensée, les comparaisons qui rapprocheront le connu de l'inconnu et le feront connaître. De plus l'élève, je parle de la généralité, se contente de son livre, car dans tout enseignement il faut un livre, c’est le jalon de l’arpenteur, le point de repère ; le professeur au contraire est obligé de consulter les auteurs, oh ! non pas ceux qui disent : Amen, à toutes les questions, mais ceux qui sont personnels, ceux dont les opinions s'entre-choquent afin que de ce choc parte l’étincelle de vérité qu'il captera au passage, pour la communi-
uer brillante aux intelligences. Nous avons donc raison
‘établir la différence entre les études écolières et les études professorales,
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Au reste ces études existent: elles sont la raison d'être des Universités.
Dans les maisons scolaires, lycées, collèges, écoles normales laïques on ne passe pas professeur au sortir de la rhétorique. Force est de suivre des cours spéciaux où l’on forme des professeurs de lettres et de sciences. La préparation à la licence et au doctorat c'est une préparation au professorat; et ce n’est que muni de ces diplômes qu’on sera honoré d’une chaire.
Loin de nous la pensée que le diplôme donne la science et que les diplômés seuls soient savants! Le diplôme n’est qu'une garantie, rien de plus, le certificat de compétence, d'aptitude. Tout examen sérieux suppose, requiert une préparation sérieuse.
À notre avis les prêtres qui auraient subi ces examens seraient incontestablement capables au point de vue scientifique d’être des professeurs. De leur absence conclure à l’inaptitude des autres, serait tirer une conclusion plus large que nos prémisses, ce que nous ne ferons pas. La seule permise est une conclusion dubitative, laquelle n’est jamais avantageuse, car la science d’un professeur doit toujours être hors de doute. Si elle ne l’est pas, qu'on se retire.
Dût-on tout moderniser et soulever les hauts cris, ne serait-il pas temps de secouer la vieille poussière des séminaires et demander enfin de lire une philosophie autre que toutes les vieilleries et radoteries de San Severino, celle de Rabier par exemple, étudier une histoire différant des plagiats de Rivaud ou des contes du P. Loriquet, celle de Guizot, de Duruy ou de Rœtlinger, admirer les poésies de Musset, d'Hugo ou de Coppée, écrire dans un style correct, fleuri, enlevant, un dépit des PP. Lejeune, Guillot, Lenfant et Bourdaloue, fredonner du Rossini, du Wagner, du Saint-Suëns ou de l’Ambroise Thomas.
Nous ne voudrions pas dire qu’un séminariste qui se livrerait, avec passion, à ces études à l'exclusion des siennes propres, serait bien à sa place. Il est évident,
à notre avis, qu'on ne saurait tolérer qu'un élève étudie les mathémathiques pendant ur: cours de théologie, l’allemand en classe d'histoire, la musique au lieu de l’Ecriture Sainte; ce serait donner dans un excès aussi blâämable. Mais un séminariste, quoique séminariste, ne peut-il pas, ne doit-il pas même, se tenir au courant des progrès de la science, des nouveaux travaux littéraires et historiques, des opinions contraires. Pourquoi vouloir contraindre son esprit à vivre dans une atmosphère viciée et vicieuse, lui couper tous les courants capables de la purifier, en repoussant les nuages, les vapeurs obscurantes, qui nous dérobent, nous cachent la belle vision de la vérité ?
En tout cas, peut-être est-ce exagération de notre part, mais il nous semble qu'un esprit dénué de toute originalité, incapable de produire une idée personnelle, n'est qu'un esprit parasite, sans mission, sans raison d'être. Ces esprits-là sont très nombreux dans le clergé : le moyen de diminuer ce nombre c'est de laisser une très grande liberté, au point de vue de l'instruction et de l'érudition, élargir ses vues, pour ne pas jeter à la rue un séminariste parce qu'il aura dans sa chambre les Orientales où Jocelyn. Les mesures extrêmes ne donnent jamais des convictions contraires, elles produisent bien des fois des effets désastreux. Du rigorisme sur ce point de la part du maitre engendrera du laicisine dans l'esprit des élèves avec le désir ardent de manger du fruit défendu. Qu'on ne se méprenne pas sur nôtre pensée : nous ne voulons pas dire par là qu'on laisse entre les mains des séminaristes des traités de scatolog'ie, tels que l’œuvre infâme de Léo Taxil : Corruption fin de siècle ou la Terre de Zola. Non, mais lorsqu'un auteur a une certaine notoriété, pourquoi ne pas donner aux élèves un aperçu de ses ouvrages, ayant soin de faire avec impartialité la part du talent et la part du grotesque. Dans Zola, comme dans Daudet, Montégut, Bourget, Guy de Maupassant et Loti, tout n’est pas à dédaigner. Ces auteurs ont écrit
des pages admirables, dont la littérature française a le droit d’être fière et qui méritent d’être connues.
Jules Simon, qui, à notre avis encore, est une des plus belles intelligences et un des meilleurs philosophes de notre siècle, Heine, Frank, Bouillé, Paul Janet, Rabier ont d'autres envolées que ces gringalets de prove San Severino, Grand-Claude, Bonat, Brin,
eynault, Dagorne, etc.... Eh bien ! quelle comparaison cependant n'ose-t-on pas faire: les premiers ne sont rien, les seconds sont des génies. N'y a-t-il pas de quoi hausser les épaules et faire sourire ?
Il est vrai que sur cent professeurs de Grands Séminaires, à peine si on en trouverait vingt capables de les comprendre, vingt qui aient lu un volume seulement de ces auteurs de premier ordre, mais ce serait un phénomène !
On sait où nous en arrivons avec ce système.
Les Séminaires produisent des élèves laïques pitoyables ; quant aux prêtres qui en sortent la, faiblesse de leur éducation est désespérante.
Ils ne parlent ni français ni latin ; dans une seule phrase d’une lettre rendue publique un professeur fameux a réussi à faire neuf fautes qui lui ont été signalées publiquement.
Notre peuple est ignorant et la faute en est au clergé, faute d'autant plus grave qu’elle est intentionnelle.
Ces braves gens ont fait de l'ignorance un mode de domination,
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