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Ce costume est bien celui qui convient aux dominicains : il est immaculé avec quelque chose d’un peu théâtral. L'ordre de ces frères-prêcheurs est, à l'heure qu'il est, le plus brillant des ordres religieux, le plus généreux, le plus aventureux aussi. Ils ont hérité de la tlimme de Lacordaire, de son libéralisme, de sa hardiesse ingénue. On ne trouve plus que chez eux l'esprit des Montalembert et des Cochin, l’heureux malentendu du catholicisme libéral, et cela en dépit des persécutions subies. Ils persistent à rêver la réconciliation de la science et de la foi, de la religion et de la société moderne. Illusions si l’on veut; mais sur quoi peuvent se fonder l'harmonie sociale, la paix des âmes, le bonheur relatif dont l’homme est capable, sinon sur des illusions ? Ils ont la charité et se piquent de tolérance. Ne leur dites pas que c’est saint Dominique qui a inventé l’inquisition ; ils ne vous croiront pas. Leur règle n’a rien d’oppressif ni d’absorbant, elle respecte leur personnalité, laisse à chacun une très large initiative. Aussi exercent-ils une grande séduction sur les âmes, en particulier sur les femmes et les jeunes gens. Leur esprit forme un remarquable contraste avec celui de la compagnie de Jésus. La, les individus sont plus effacés, évitent de se mettre en évidence : ils agissent sur les âmes par la direction privée plus que parla prédication publique; ils trouvent leur plaisir dans le sentiment de l'immense force collective dont ils participent, à laquelle ils contribuent par leur obéissance même, plutôt que dans le libre gouvernement de leurs facultés en vue de l'intérêt divin. Enfin, comme c'est par l'accroissement de leur propre puissance qu’ils cherchent le bien spirituel des âmes, il leur arrive, à leur insu, de s'attacher au moyen plus qu'à la fin, et de ne pas paraître entièrement désintéressés. Au reste, ils sont doux. polis, aimables, fins, mesurés ; aussi étroits que possible dans leur doctrine, mais indulgents pour les personnes et accommodants dans la pratique. Leur influeace est plus étendue,
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plus secrète et plus sûre.: Mais les dominicains, ces romantiques, on pourrait presque dire ces aventuriers de l’orthodoxie, ont plus de charine et d'éclat. Ils ont aussi quelque chose de plus cordial et de plus humain. Presque tous sont hommes d'imagination.
Depuis quelques années, ils avaient accaparé la faveur des dévotes lorsqu'un incident récent est venu jeter sur leur ordre un sérieux discrédit,
Un des hommes les plus en vue de l’ordre a voulu tenir tête à la marée montante de. l'opinion publique et à la fréquence des scandales reiigieux qui se multipliaient dans notre ville.
Protitant de certains bruits qu’il prétendit avoir entendu circuler sur son compte et qui de fait avaient couru par suite d’assiduités inconvenantes auprès de certaines personnes, il s'est rendu dans un endroit public et s’est livré à une démonstration pugilistique d’un effet désastreux pour le respect du costume qu’il porte.
Mais ce qu'il y eut de remarquable dans cette sortie c'est qu'elle avait pour objet, non pas de frapper le public de stupeur, mais bien de rabaisser un ordre adverse, les Sulpiciens.
Le but du dominicain en agissant ainsi était d’amoindrir le sulpicien et de se faire un piédestal de la différence de ligne de conduite qu'ils suivaient respectivement.
La flèche du Parthe fut ces mots :
— Je ne me laisse pas insulter, je ne suis pas un sulpicien, moi !
Voilà les relations qui existent entre ces hommes, et il faut sûrement que notre peuple soit descendu bien bas, que les volontés soient bien émoussées, pour qu'il ne serve pas à quelque chose de les exposer.
Nous avons énoncé en commençant les seize propo-
sitions auxquelles nous sommes pratiquement, sinon effectivement soumis.
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