‹ Rupture Spontanée de l'AorteChapitre 22 sur 43 · ER RS · texte numérisé non relu

ER RS

se faire soutenir par un passant. Actuellement, il éprouve de temps à autre des accès d’oppression, nocturnes ordinairement, et qui le forcent à se lever. Il accuse, en outre, une sensation de gêne à la région précordiale, « comme si on le serrait entre deux planches. »

Les artères sont dures, scléreuses. Le bruit diastolique est parcheminé, métallique. Pas de bruit de galop. Les urines sont albumineuses. Le malade sort le 6 mai dans le même état. Il rentre le 18 juin, très affaibli. Quelques jours auparavant, il y avail eu recrudescence dans ses douleurs précordiales, ses accès d'oppression, ses vertiges.

Le 23 juin. — Dans l'après-midi, le malade est très calme. Dans la nuit, agitation très vive. Il essaie de se relever et retombe.

Le 24. — Perte de connaissance complète : yeux fermés, respiralion irrégulière, stertoreuse, pâleur de la face.

Matin : Température 36°8. Le malade porte souvent la main à la région précordiale. Mort vers 6 heures du matin, le 25 juin.

AUTOPSIE. — La cavité péricardique est pleine de sang liquide. Un caillot noir, gelée de groseille, est étalé à la surface du cœur et l'enveloppe. Ce caillot pèse 300 gram. environ.

Les deux troncs aortique et pulmonaire sont entièrement masqués par une infiltration de sang dans leur gaïne externe énormément distendue et présentant à droite une éraillure, par où, sans doute, le sang a fait irruption dans la cavité du péricarde.

En ouvrant le ventricule gauche, puis l'aorte, on constate que l'infiltration sanguine qui l’engaîne présente une épaisseur de 2? centimètres el s’est faite dans l'épaisseur des lames de sa tunique moyenne. Le sang est noir, coagulé. Il n’y a pas de stratification fibrineuse.

La cavité de la crosse est dilatée. On y trouve quelques plaques d'athérome. Les parois sont friables, mais il n'y a pas de dilatation anévrismable véritable. À 6 cenlim. des valvules, c'est-à-dire à l'union des portions ascendante el horizontale de la crosse, existe une fissure linéaire, transversale, de 3 centim. d'étendue.

Au niveau de cette fissure, la paroi aorlique est amincie el pres-

que transparente, et un examen attentif permet de reconnaître qu'en

ce point la Lunique moyenne est rupturée ; qu'au-dessus de la fissure ainsi produite et se trahissant par une légère dépression

FRS RE transversale, la tunique interne persiste, mais présente 3 ou 4 solu-

tions de continuité, étroites, tendues d’une lèvre à l’autre de la solution de continuité de la tunique moyenne.

3 Aortile syphilitique. — La syphilis peut déterminer sur l'aorte des lésions spécifiques suffisamment caractéristiques : au point de vue macroscopique, épaississement, . rénitence, résistance des parois ; aspect blanchâtre, irrégulier, mamelonné, verruqueux, raboteux de la surface interne de l'aorte, qui est parsemée de plaques saillantes et de dépressions cicatricielles ; au point de vue histologique, prédominance du processus prolifératif sur le processus régressif, tendance à la formation de nodules ayant quelque ressemblance avec les gommes, abondance

‘ des plasmazellen, lésions vasculaires et périvasculaires. Mais la syphilis peut, à l'encontre de l’opinion de Heubner, donner naissance à des lésions athéromateuses (Morgagni, Testa, Astruc, Baer et Hedenius, Dickinson, Darier, Boinet). Ce sont surtout sur les anamnestiques ou sur les lésions concomitantes que se basent Lévi, Nitot, pour admettre la syphilis comme cause de la rupture.

Voici l'observation de Nitot :

OBSERVATION XVI (Emile Nitot. — Bull. Soc. Anal., 1877.) Rupture intrapéricardique de l'aorte chez un ancien syphilitique.

M... Joseph, 56 ans, confiseur, entre à l'hôpital Necker, le 14 mai 1877, service de M. Depech, salle St-Ferdinand, n° 18. Ce malade est un ancien syphilitique qui présente sur tout le corps des signes

variés de syphilis tertiaire : cicatrices nombreuses, exostoses, etc. Il se plaint de fortes palpitations qui gènent sa respiration pas d'œdème des jambes. Etat relativement calme quand il est au repos. Pouls radial identique des deux côtés; il est bondissant, se déprime rapidement sous le doigt et présente tous les caractères du pouls de Corrigan.

A l'examen du cœur, on constate au palper et à la percussion une augmentation de volume de cet organe. Sa pointe bat en dehors et au-dessous du mamelon. A l’auscultation un souffle net au ?° bruit, à la base et présentant son maximum au niveau de l'orifice aortique. Le premier bruit est tout à fait normal.

Aucun soulèvement de la poitrine avec frémissement. On porte le diagnostic d'insuffisance aortique. Quant à la cause elle échappe. Aucune attaque rhumatismale antérieure.

28 mai. — Le malade sort de l'hôpital dans de bonnes onde tions. Le 4 juin il rentre à la salle St-Ferdinand, très essoufflé, anxieux. Ses Jambes ont enflé, son cœur est violemment agité. Le souffle de la base au 2° bruit est très fort et se propage dans toute la poitrine.

Le malade souffre, mais ses douleurs sont mal définies. Néanmoins, après quelques temps de repos, l'anxiété semble avoir diminué. Mais les symptômes précédents reprennent bientôt el s'accentuent. Le malade ne peut plus rester au lit, et le 25 juin au matin il meurt subitement d’un accès de suffocation.

Auropsie. — La plèvre droite renferme un peu de liquide séreux.

Le péricarde est rempli de sang liquide sans caïllots. Il contient un cœur volumineux.

L'aorte est à peine un peu plus volumineuse qu'à l’état normal, juste assez pour rendre insuffisantes les valvules sigmoïdes et donner lieu aux signes que nous avons constatés pendant la vie. Après avoir fendu la crosse aortique dans toute son élendue en suivant la petite courbure, on constate quelques plaques athéromateuses qui sont loin d'avoir la dureté qu'elles présentent ordinairement. On ne remarque aucune ulcération. Les valvules sigmoïdes sont saines. En examinant l'aorte on aperçoit sur sa partie antérieure une fente demi-cireulaire de 1 centim. et demi, siluée à 5 mm. au-dessus des valvules sigmoïdes.

Cette éraillure en coup d’ongle n'intéresse que les Luniques interne

et moyenne. Les bords sont déchiquetés et taillés en biseau de façon à représenter assez bien une sorte de valvule permettant facilement le passage du sang de dedans en dehors, mais s'opposant plus ou moins complèlement au retour du liquide dans l’intérieur du vaisseau. À ce niveau il est important de remarquer que les parois de l'aorte ne présentent aucune lésion apparente, aucune plaque athéromateuse avec perte de substance.

Cette ouverture fait communiquer l'intérieur de l'aorte avec une poche du volume du poing formée par le décollement de la tunique celluleuse dans une grande étendue. Mais dans l’intérieur on ne rencontre que du sang liquide. Aucune trace de caillots. Tout à fait à la partie inférieure, au niveau de l'oreillette droite, cette poche offre une large perforation du volume d'une pièce de 1 franc, par où le sang a fait brusquement issue dans le péricarde.

C’est sur les lésions syphilitiques concomitantes que se base Letulle dans son observation (Obs. VIT) : thromboartérite et infarctus de la rate, endaortite chronique au niveau de l’origine de l'artère rénale, traces de gomme sur le foie, exostoses anciennes au niveau du corps des Get 7° vertèbres cervicales, lésions athéromateuses disséminées des artères cérébrales, telles que Letulle ajoute : « La syphilis artérielle est seule capable de pareils désordres irréguliers, multiples, sclérosants, reliquat de lésions «térébrantes » spécifiques, ici fort anciennes. »

Nous n'avons pas beaucoup de renseignements sur les lésions svphilitiques du cas de Turner.

RM VON

Page 1