OBSERVATION XXIII
(Pilliet, — Sociélé Anatomique, 1889.)
Rupture rapide et progressive de l'origine de l'aorte. — Epanchement dans le péricarde. — Anévrisme disséquant.
Homme grand, vigoureux, 67 ans, entre à l'hospice pour étoutfement et douleur dans la poitrine datant de deux jours.
À son entrée, collapsus complet, lèvres cyanosées, marbrures violacées sur tout le corps. Bruits du cœur sourds, éloignés, faibles, plus faibles à la base, où le second bruit est à peine perceptible. Pouls très faible, dépressible, régulier à 72.
‘ À gauche et en avant de la poitrine, il existe une voussure assez marquée formant un triangle à base supérieure et correspondant au. cœur. À celte voussure correspond une matité précordiale dont le diamètre transversal atteint 10 centim. à la base. La sonorité pulmonaire est diminuée à la percussion du côté droit en avant. Le murmure vésiculaire est affaibli dans ce point. En arrière, matité assez forte à la base du poumon gauche. Vibrations conservées, respiralion diminuée, pas de souffle. Rien à la ponction exploratrice.
Foie très gros descendant à l'ombilic, débordant à gauche.
La pression des incisions diaphragmatiques au niveau de l’épigastre et dans les deux hypocondres est perçue douloureusement par le malade. Temp. 38° reclale.
Le malade meurt dans la nuit par augmenlalion progressive du collapsus.
AurTopsie.— Péricarde distendu par du sang noir, à demi-liquide, 400 gr.; cœur volumineux, en diastole, surchargé de graisse. Myocarde jaune pâle, parsemé de pelils points blancs correspondant
à des artérioles épaissies. Valvules mtrales saines. Les sigmoïdes aoriques présentent deux ou trois petits noyaux calcifiés anciens.
Immédiatement au-dessus de la valvule postérieure commence une déchirure à bords écartés : l'intervalle qui sépare les parois aortiques rompues élant comblé par une surface bourgeonnante irrégulière et qui est formée par un caillot. Dimensions de la déchirure : 6 cent. de haut snr 3 de large. Pas d'athérome à ce niveau, de même au niveau de la crosse.
Le caillot qui bouche la déchirure offre une épaisseur de près de
1 centim. Il se continue avec une infillration sanguine de la même épaisseur, siluée immédiatement au-dessous de la tunique moyenne de l'aorte. Cet infiltrat est compais entre la Lunique moyenne d'une part, la tunique celluleuse et le péricarde d'autre part. Il se continue en décollant la gaîne des vaisseaux tout autour de l'artère pulmonaire qu'il enveloppe comme l'aorte.
Les coupes de l'aorte au niveau de la ruplure montrent la cessa-.
Uion brusque des tuniques interne et moyenne. Dans celte dernière
existent de nombreuses taches de dégénérescence graisseuse des. cel- . lules. Le caillot est parsemé à ce niveau d’un nombre considérable .
d'amas de cellules lymphatiques : il est donc en voie d’erganisation el date déjà de quelque temps.