OBSERVATION XXXIV
(Socquet, én thèse Martin, Paris, 1905, Obs. I.)
Rupture rapide et progressive de l'aorte ascendante. — Hémorragie dans le péricarde. — Enquête médico-légale.
X..., 45 ans. Antécédents spécifiques ; aucune autre maladie grave antérieure. Étant au théâtre il fut pris subitement après l’absorplion
d'un bonbon d'une violente douleur rétro-sternale. Il tombe en syncope. Après quelques minutes, il revient à lui ; la douleur persiste ; on le conduit chez un pharmacien qui, croyant à un empoisonnement, lui donne un vomilif. Mais bientôt la douleur augmente, se généralise dans tous le thorax. La dyspnée survient, les bruits du cœur s’assourdissent, le pouls faiblit, le malade devient très pâle ; quelques accès de suffocation l’agitent encore, et neuf heures après le premier accès 1l meurt.
Cette mort inattendue émeut l'entourage. Les commentaires l'aidant, des doutes naissent ; l'autorité judiciaire demande l’au- Lopsie que M. le docteur Vibert pratique 48 heures après la mort.
Le cadavre est celui d'une homme de taille moyenne, bien conslitué, paraissant vigoureux.
On ne constate aucune trace de violence actuellement appréciable sur les différentes parties du corps. Au niveau du nombril se trouvent les traces de deux ou trois petites érosions superficielles, n’intéressant que l’'épiderme. Sur la face palmaire des mains, traces d’une éruption peuapparente, paraissant être de l’eczéma. [n'ya pas d’épanchement sanguin sous le cuir chevelu. |
Les os du crâne ne sont pas fracturés; les méninges ne sont pas congestionnées ; le cerveau, le bulbe, le cervelet, sont sains; ils ne présentent aucune lésion ni tumeur. Pas d’érosion sur la langue, ni sur les muqueuses de la bouche. L'œsophage et la trachée sont sains.
A l'ouverture de la poitrine, on constate que le péricarde est très distendu el renferme 675 cent. cubes de sang, en partie coagulé.
Le cœur est un peu gros, el ne présente pas d’ecchymoses souspéricardiques à sa surface. Les cavités du cœur sont à peu près vides, les valvules sont saines.
L'artère aorte est un peu dilatée, au niveau de sa crosse, et présente plusieurs petites plaques athéromateuses. Au niveau d’une de ces petites plaqués, à 2 cent. environ au-dessus de la valvule droite, se trouve une petite perforation en forme de V, dont chaque branche mesure de 7 à 8 millim. de longueur. Cette perforation n’intéresse que les tuniques interne et moyenne. Entre les tuniques moyenne et interne, se trouve un épanchement de sang coagulé, formant un anévrisme disséquant, du volume d’une mandarine. A ce niveau, la tunique externe, qui forme la poche de cet anévrisme, présente une petite perforation par laquelle s’est écoulé le sang, qui s’est répandu dans le péricarde.
= 111 — A l'orifice de l'artère coronaire postérieure, se trouve üne pelilé plaque d’athérome Il n'y a pas d'épanchementdansles cavités pleurales, pas d’'ecchymoses sous-pleurales, pas d’adhérences ; les poumons sont un peu
congeslionnés, ils ne contiennent pas de tubercules, et paraissent sains.
L'estomac est complèlement vide ; la muqueuse est saine et ne présente aucune altéralion appréciable.
Le foie est sain, la vésicule biliaire ne contient pas de calculs. La rale n’esl pas diffluente. Les reins sont sains et se décortiquent facilement ; la substance corticale n’est pas atrophiée.
Il n'y a pas d'épanchement dans la cavilé abdominale. Les intesins ne sont pas congestionnés el paraissent sains ; l’appendice est sain. La vessie renferme 150 cent. cubes d'urine. Sa muqueuse est saine. En vue d’une analyse chimique, les organes ont élé placés dans des bocaux, scellés et cachelés.
ConcLusions. — La mort du sieur X... est naturelle; elle est le résultat d'une hémorragie intrapéricardique, consécutive à une rupture de l'aorte survenue au niveau d'une petite plaque d’athérome.
Ce sera done au médecin légiste à montrer l'innocence ®) 3 de l’accusé, en prouvant l’origine naturelle de cette mort qui avait paru suspecte.
De là «ressort la nécessité absolue de faire lautopsie de bien des cas de morts subites qui paraissent inexpliquées » (Martin-Sisteron).
Responsabilité civile. — Une question de responsabilité civile peut se poser lorsque la rupture spontanée de l'aorte survient, à l’occasion d’un traumatisme, au cours du travail. La question est discutée par Bergé, par Martin- Sisteron, qui concluent à l’atténuation de la responsabilité dé la Compagnie d'assurances ou du patron, quand Pautopsie démontrera les lésions athéromateuses de Paorte,
car elles ont, plus que le traumatisme, occasionné la rupture. Mais on sait que les tribunaux ont peu l'habitude de tenir compte de l'état antérieur du sujet pour l'évaluation de l’indemnité.