FitÉDKitic n, Histoire de la guerre de Sept ans
prisonnier à Zorndorf, avait pendant son internement à Pétersbourg gagné les bonnes grâces de Tliéritier du trône, et que le tsar manifestait le désir de revoir. De son côté Pierre III remettait en liberté les prisonniers prussiens, exprimant le vœu de pouvoir garder les généraux Werner et Harte.
A la cour de Russie on avait vu rentrer en masse tous les Allemands qui avaient été proscrits ou jaunis sous le règne précédent. On s'y serait cru revenu aux beaux jours d'Anna Ivanovna et d'Anna Léopoldovna 5 on n'y voyait plus que les Mengden, les Lilienfeld, et de véritables revenants, comme le vieux feld-maréchal Munich, âgé de 80 ans, le vieux chirurgien Lestacq, qui en avait 78, lé vieux duc Biren, qui en avait 80, entouré de tous les autres Biren. Tous ces Allemands partageaient la faveur impériale avec le prince Georges de Holsteiri, le feld-maréchal Holstein-Betski. Les ambassadeurs de France, d'Autriche, de Suède, de Saxe-Pologne étaient comme en disgrâce, tandis que Keith , ministre d'Angleterre, les envoyés prussiens, et surtout Goltz, un jeune homme de 28 ans, recevaient des invitations à toutes les parades et surtout aux orgies où Pierre III, parmi les brocs de bière et d'alcool , dans la fumée des pipes , ressuscitait les traditions du Tabacks-CoUeghim du roi-sergent Frédéric- Guillaume.
Les instructions que Frédéric II avait données à Goltz peuvent se résumer ainsi : si le tsar désirait garder la Prusse- Orientale jusqu'à la paix, y consentir ; s'il entendait la garder déiinitivement, stipuler quelque dédommagement ; s'il demandait une garantie pour son duché de Holstein, lui en demander une pour la Silésie 5 s'il se proposait de faire, comme duc de Holslein, la guerre au roi de Danemark, réserver la neutralité de la Prusse, et tout au plus offrir les bons offices et la médiation de celle-ci.
Jamais négociateur n'eut la tâche plus facile. Pierre III abandonnait tout, même ce qu'on s'était résigné à ne pas lui demander, ne demandait rien, même de ce qu'on était disposé à lui accorder. Bien mieux que la iDaix, c'était son alliance qu'il ofTrait. Il ne s'agissait plus seulement de retirer des ter-
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ritoires prussiens les armées russes, mais de meltre celles-ci à la disxDOsition du roi de Prusse.
Celui-ci a fait de ces générosités un éloge qui ne va pas sans quelque ironie :
Il se trouva que Pierre III avait le cœur excellent, et des sentiments plus nobles et plus relevés cpi'on ne les trouve d'ordinaire chez les souverains. Se prêtant à tous les désirs du roi, il alla même au delà de ce qu'on pouvait attendre... Il hâta la négociation de la paix, et ne demanda pour tout retour que l'amitié et Talliance du roi. Un procédé aussi noble, aussi généreux, aussi peu commun, non seulement doit être transmis à la postérité, mais dc v^rait être gravé en lettres d'or dans les cabinets de tous les rois*.
Goltz avait eu tout d'abord du tsar Taudience la plus curieuse : Pierre III lui montra le portrait de Frédéric II qu'il portait au doigt dans un anneau -, il rappela ce qu'il avait souffert pour le roi lorsqu'on l'avait exclu, lui, grand-duc héritier, de la Conférence ? le roi n'avait qu'à lui faire dire un mot à l'oreille pour qu'il marchât à son secours avec toute son armée. Goltz était plus qu'un favori : il était comme le premier ministre du tsar; il faisait disgracier ou remettre en crédit qui bon lui semblait. Pierre III s'entourait de portraits de Frédéric, et par respect pour lui, refusait de laisser graver sur les monnaies russes son effigie couronnée de lauriers, disant modestement qu'il n'avait pas le droit de ressembler ainsi à Frédéric II. Sur lé fond du traité, il déclara que le roi n'avait qu'à le rédiger lui-même. Celui-ci envoya un projet qui fut adopté sans modification. Comme Vorontsof, chargé de le négocier, avait essayé de faire quelques difficultés, Goltz, par-dessus la tête du négociateur, s'adressa tout droit à l'empereur. Le lendemain il retournait à Vorontsof le traité avec ce billet : « J'ai l'honneur de transmettre ci-après à Votre Excellence le projet du traité de paix que j'ai eu hier matin le bonheur de lire à Sa Majesté Impériale et qui fut approuvé par elle dans toutes ses parties. » C'est le traité du 5 mai