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CHAPITRE V

LA COUPv DE RUSSIE ET LA DIPLOMATIE EUROPÉENNE

La tsarine Élisabetli Pétrovna, lille de Pierre le Grand, avait été longtemps écartée du trône, d'abord par sa cousine Anna Ivanovna, veuve d'un duc de Gourlande, puis par Anna Léopoldovna, de Mecklembourg, duchesse de Briuiswick-Bevern, régente au nom d'un enfant au berceau, qui fut Tinfortuné Ivan VI. Le gouvernement des deux Anna avait livré la Russie aux Allemands. On avait vu Biren, fils d'un palefrenier de Gourlande, amant de Tlvanovna, réguer sous le nom de sa maîtresse. Puis, c'était im empereur allemand qni, dans ses langes, recueillait la succession, sous la tutelle de sa mère, une Mecklembourg, et de son père, un Brunswick.

Sous Anna Ivanovna le Westphalien Ostermann dirigeait les afTaires étrangères ; TOldenbourgeois Munich était le grand général ; un Korff, un Lœwenwold, un Keyserling, un Brevern, occupaient les grandes ambassades ; les armées étaient commandées par un Bismarck et trois généraux Biren; les grands emjjlois de cour étaient tenus par d'autres Lœwenwold, des Lieven, des Brevern, des Eicliler. Tout était allemand dans

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cette cour, la langue, les mœurs, la cuisine, la politique, le théâtre, les modes, le goiit, qui était celui des petites villes de Westphalie ou de Saxe. Les chefs de Taristocratie russe, les membres les plus émiuents du clergé, étaient dans la disgrâce, dans Texil, en prison. La fille du tsar réformateur, celle que le peuple, les soldats et les prêtres vénéraient comme « l'étincelle de Pierre le Grand », était tenue loin des affaires, soumise à la plus rigoureuse surveillance, toujours à la veille d'être jetée dans un couvent.

Le coup d'État de décembre 1741, dont Elisabeth prit l'initiative avec le concours de l'ambassadeur français La Chétardie, avait brusquement tout changé, mis l'empereur brunswickois et ses jjarents en prison, placé sur le trône la fille de Pierre le Grand, dispersé les gouvernants allemands, enlevé les commandements et quelques-unes des ambassades à leurs créatures ^

Ce coup de main, soutenu par les régiments de la garde russe, acclamé par le clergé et le peujjle, salué par Tarchevêque de Novgorod comme un triomjjhe sur « Belzébuth et ses anges », chanté par le poète Lomonossof comme l'acte libérateur qui sauva la Russie du « déluge étranger » et Farrachait à « la nuit de la servitude égyptienne », fut la réaction du parti national contre la « domination des Allemands », contre leurs mœurs, leur langue et leur politique.

Elisabeth régna, elle aussi, en souveraine absolue, avec tout le desi^otisme tsarien. D'une vive intelligence naturelle, mais absolument dénuée d'éducation, elle eut plutôt la volonté de gouverner qu'elle n'en eut les facultés. L'ambassadeur de France, La Chétardie, dans sa correspondance secrète, qui fut interceptée, déchifirée, perlustrée, fait de la tsarine un portrait qui n'est point flatteur. Il nous la montre unissant à la dévotion la plus outrée et même la plus intolérante les plus grossières superstitions \ d'une pjaresse d'esprit et d'une légèreté qui la mettaient à la discrétion de ses entours ; effrayée et effarouchée de la moindre affaire et du plus petit

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