‹ Russes et Prussiens, guerre de Sept ansChapitre 74 sur 122 · SoLOviEF, t. XXIV, p · texte numérisé non relu

SoLOviEF, t. XXIV, p

mailles perdues en « projets vains », ce fut le relèvement de la fortune de Frédéric II et son mouvement offensif en Silésie contre les Russes.

Du 14 au 17 août, nous trouvons Frédéric II à Lebus, sur la rive gauche, collé en quelque sorte à TOder, n'osant faire un mouvement, s'attendant sans cesse à voir les Russes Ijasser le fleuve à Francfort, accourir du sud contre lui, le rejeter dans les plaines du Brandebourg, le chasser jusqu'en Poniéranie.

Chez lui, cependant, le moral remonte, car il recommence à dire des mensonges : il avait, assurait-il, détruit 24 000 hommes aux Russes et 9 000 aux Autrichiens. Le sentiment d'un devoir suprême le remet sur pied, et sa correspondance s'émaille de mots cornéliens qui, au fond, expriment sincèrement son état d'âme exalté et héroïque : « Si les Russes en veulent réellement à Berlin, écrit-il le 16 août à Fiiickenstein, nous les combattrons, plutôt pour nous faire tuer sous les murs de notre patrie que dans Fespérance de les vaincre. » — « Nos aflaires sont affreuses, mandait-il à Ferdinand de Brunswick, mais l'ennemi me laisse du temps. Peut-être par ses fautes pourrai -je me sauver — Compter sur nos exploits, c'est compter sur unroseau. Si môme on veut négocier

la paix, je crains que ce ne soit trop tard Pour moi je me

ferai tuer pour vous défendre. »

Le 18, soit qu'il se trouve assez fort pour se maintenir en plaine, soit qu'il ait reculé devant le mouvement de Soltykof sur Lossow, nous le trouvons à Fûrstenwalde. Le 19, il écrit à Ferdinand de Brunswick : « Je me suis mis sur le chemin des ennemis. Je crains que demain ou après-demain au plus tard nous aurons une bataille. Les officiers et moi nous sommes résolus de mourir ou de vaincre. Veuille le ciel que le commun soldat pense de même !... Mes compliments à Seydlitz, à tous les honnêtes gens qui ont bien combattu et ma malédiction à tous les cotons qui se trouvent chez vous sans blessures. » A Finckenstein, il annonce, le 20, qu'il aura bientôt 33 000 hommes dans son camp : « C'en serait assez si mes meilleurs officiers v étaient et si les b voulaient

LE LENDEMAIN DE KUNERSDORP

faire leur devoir. Pour ne rien déguiser, je vous dirai que je crains plus mes troupes que rennemi. »

Peu à peu, avec une merveilleuse activité, il rassemble des forces, tire de ses forteresses une nouvelle artillerie, se refait un parc de 60 canons, rallie les fuyards et les hommes légèrement blessés, appelle 4 bataillons de Poméranie, emprunte à Ferdinand de Brunswick, malgré les protestations du prince, « rétif comme le diable^ », un corps d'infanterie et de cavalerie. Il anime toute cette hétérogène armée de la flamme de son génie et de son patriotisme, fait renaître en elle l'appétit du combat et l'espérance de la victoire, quoique « nos braves soient péris dans la guerre et que je n'aie plus que des cdions à commander^ » ; quoiqu'il « n'y ait plus

d'hommes parmi les troupes que le j f les a possédées

jjresque toutes ^ » .

Tl tient la campagne, toujours redoutable. Il peste contre la fortune, qui « est comme les jeunes fllles et qui ne prennent pour amants que ceux qui, etc.^ ». Il se dépite d'avoir à combattre une « hydre renaissante d'envieux^ ». Il se demande où il trouvera des troupes pour les opposer à tant d'adversaires. Il s'étonne que « la tête ne lui ait i)as tourné cent fois ^ » .

Elle ne se tourne pas, cette tête merveilleuse. La camjjagne de 1759 fournit une nouvelle preuve que le grand cajjitaine n'est pas celui qui ne perd jamais de bataille, mais celui qui, dans les pires revers, ne désespère point et sait dérober à l'ennemi victorieux les fruits de la victoire.

Les treize jours passés au camp de Fùrstenwalde n'ont pas été perdus : à mesure que l'on s'éloigne de la fatale journée du 12, les alliés laissent de plus en plus s'écouler et se perdre les résultats de leur triomphe, tandis que les ressoiu'ces pour réparer la défaite s'accumulent aux mains de

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