‹ Russie & Japon. Les finances des belligérantsChapitre 9 sur 14 · BUDGET EXTRAORDINAIRE · texte numérisé non relu

BUDGET EXTRAORDINAIRE

A. — Becettes.

Millions de yens

Emprunts 7,4

Fonds formé par la contribution chinoise 3,6

Subventions des administrations locales pour travaux publics 1,1

Recettes provenant de la vente des domaines .... 0,9

Fonds spécial de l'administration forestière 2,1

Recettes diverses 4,8

Total 19,9

B. — Dépenses:

Millions de yens

Ministère des Affaires étrangères 0,1

— de l'Intérieur 16,7

— des Finances 5,1

— de la Guerre 3,7

— de la Marine 7,1

— de la Justice 0,5

— de l'Instruction Publique 1,7

— de l'Agriculture et du Commerce 7,6

— des Voies de communication 23,9

Total 66,3

Différemment avec le budget russie, dans le budget extraordinaire japonais on fait entrer toute une série de dépenses qui ont d'autres destinations que des objets productifs. D'autre part, d'après» le projet de bud-

get pour 1903-1904, l'ensemble des dépenses ordinaires et extraordinaires serait couvert par les recettes sans opération de crédit et sans mise à contribution de disponibilités quelconques ; les 7.4 millions d'emprunt, inscrit parmi les recettes du budget extraordinaire, dépassent seulement de 500.000 yens l'excédent du budget total.

Les différents chapitres des recettes ordinaires réclament quelques explications pour donner une idée claire des; charges imposées à la population et à l'économie nationale du Japon, c'est notamment le cas pour les impôts qui représentent environ le tiers des recettes totales.

Les impôts directs sont :

P L'impôt foncier qui frappe la propriété rurale avec 3.3 0/0 de la valeur, la propriété urbaine avec 5 0/0 de la valeur ; il est estimé devoir produire 47 millions de yens en 1903-1904 ;

2® Un impôt sur le commerce et l'industrie (patentes) qui est gradué suivant la diversité des industries, l'importance du capital ou des transactions, la valeur locative des ateliers, magasins, le nombre des ouvriers ; il figure pour 6.8 millions de yens en 1903-1904 ;

3** Un impôt sur le revenu qui frappe les revenus supérieurs à 300 yens de 1 0/0, et monte à 5 1/2 0/0 pour les revenus au-dessus de 100.000 yens et qui frappe les revenus des personnes non physiques (compagnies, etc.) de 2 1/2 0/0 ; il rapporte 7.4 millions (1).

(1) Sous le titre de (( Curieuse Comparaison », le Journal des Débats a fait l'observation que voici : l'impôt sur le revenu au Japon, fixé au taux moyen de 4 0/0, raf>porte 15 millions de francs. En Angleterre, l'incomô tax,

Le produit total des impôts directs est estimé pour 1903-1904 à 61 .2 millions; de yens.

Parmi les impôts indirects, le droit de consommation sur Teau-de-vie de riz (saké) occupe la première place. Il est évalué à 66.5 millions, soit un quart des recettes totales. Cet impôt sur l'alcool joue au Japon un rôle analogue à celui du monopole en Russie. Le droit de consommation sur le sucre donne 7.2 millions, sur le Chôyu (sauce japonaise faite avec du sel marin et desi légumes) 3.4 millions, les impôts sur les billets de banque, sur les affaires de bourse, les mines, le tonnage, ensemble 3.6 millions. Les droits de douane fourniseent 16.6 millions. Ensemble le produit des impôts indirects monte à 97.3 millions de yens. Parmi les recettes d'ordre industriel, les postes et télégraphesi donnent 25.9 millions, le monopole du tabac 12.6 millions, les chemins de fer 8.8 millions. Il faut ajouter le produit des forêts, d'une série de fabriques gouvernementales.

Parmi les dépenses, la plus forte est pour le service de la dette publique, elle prend un sixième du budget global, un quart du budget ordinaire. Les dépenses pour la guerre et la marine (budget ordinaire et extraordinaire 71.5 millions de yens) semblent minimes en comparaison de cel que dépensent les grandes puissances européennes, le Russe consacre sept fois plus à l'armée et à la marine ; mais' dans le cadre du budget japonais, ces dépenses qui absorbent un tiers

au même taux, rapporte environ 600 millions. La richesse du Japon peut donc être exactement évaluée au quarantième de la richesse de l'Angleterre. Par suite, la dette du Japon qui, il y a quelques mois, dépassait 2 milliards, équivaut à ce que serait pour PAngleterre une dette de 80. milliards de francs. {Le Traducteur.)

du budget semblent exorbitantes. D'ailleurs sur ce point les deux dernières années semblent encore relativement favorables : de 1896-1897 à 1901-1902, les dépenses de la guerre et de la marine ont oscillé entre les deux cinquièmes et la moitié du budget total.

La dette du Japon, au début de 1903-1904, s'élevait à 559.6 millions de yens (1.170 millions de marks«, 1.460 millions de francs). Il faut y ajouter une avance variable de la Banque du Japon à l'Etat. Des divers emprunts émis jusqu'à la guerre, un seul était libellé en monnaie étrangère, notamment le 4 0/0 (montant à 10 millions» £ ou environ 100 millions de yens) émis à Londres en 1899. En outre il a été placé à Londres quelques emprunts 5 0/0 en yens, dont le montant est indiqué entre 95 et 150 mill. de yens. Ainsi de toute la dette japonaise au moment de la guerre, environ 200 ou 250 mill. étaient dans les mains étrangères, tandis que le reste, 300 millions de yens, se trouvait au Japon (1).

Plus encore que pour la Russie, il faut compléter le tableau actuel des finances du Japon par une comparaison portant sur les dix dernières années (2).

Lorsqu'après la suppression du régime du shogu-

(1) Ij Economiste européen du 14 mai 1904 parle de 250 millions, VEconomist du 7 mai 1904 de 19,6 millions £, soit 195 millions de yens. — Les dettes des communes, etc., sont de 61 millions.

(2) Voir à côté de VAnnuaire financier et économique du Japon j publié par le ministère des Finances : Bathgen: Japans Volkswirthschaft, und Staat^anshalt 1891, — die Entstehung des modernen Japan 1895, — puis Edmond Thery, La situation économique et financière du Japon (articles parus dans V Economiste européen du 16 janvier au 26 février 1904). Le traducteur recommande encore une brochure de Nipphold, Wolkswirtschaftliche Entwicklung Japans (1904).

nat et de la féodalité, après l'admission des étrangers, le Japon procéda à la réorganisation de FEtat et de la vie économique, il lui fallut se créer des finances. Le déblaiement du passé exigea d'énormes dépenses; les dettes des anciens seigneurs (daimy os), durent être assumées en même temps que l'administration, par le nouveau gouvernement ; l'abolition du servage des paysans, la cession en toute propriété des terres cultivées par eux, rendirent indispensable le rachat des redevances en nature qu'ils fournissaient à leurs seigneurs ; de même, il fallut racheter les rentes héréditaires des membres de la caste militaire (les samurais). La création des fonctionnaires à l'européemie, d'une armée fondée sur le service obligatoire universel, la première dotation fie l'armée et de l'économie nationale avec l'outillage coûteux de la technique européenne exigeaient une mise de fonds considérables. La révolte du clan Satsuma en 1877, augmenta encore les besoins d'argent du nouvel Empire.

Afin de faire face à ces besoins immenses, on remplaça les redevances en nature payées aux seigneurs féodaux, par l'impôt foncier au profit de l'Etat, qui fut d'abord de 3 0/0 pour cinq ans sur la propriété rurale, à 5 0/0 sur la propriété urbaine (1). Un sembiable impôt pouvait suffire aux besoins courants, non pas à des grands besoins extraordinaires. Afin de faire face à ceux-ci, on eut recours soit, à des emprunts, soit à l'émission de papier-monnaie. Le rachat des rentes féodales fut opéré à l'aide d'emprunt. Le total des dettes contractées dans ce but par le gouvernement japonais (1870 à 1879), s'est élevé à 225

(1) La valeur de la terre a augmenté depuis que l'estimation première a été faite, si bien que la charge fiscale est moindre en réalité.

millions de yens ; le taux d'intérêt a varié entre 4 et 10 0/0. Il faut y ajouter de plus petits emprunts pour des travaux publics et pour la répression de la révolte de Satsuma. En 1879, la dette s'élevait à 250 millions (1).

Le gouvernement s'était vu obligé de se charger du papier-monnaie émis par les daimyos. Pendant l'insurrection de Satsuma, sous la pression des circonstances, l'émission en fut considérablement augmentée. En outre, les banques nationales dotées du privilège d'émission (le nouveau Japon avait, en 1872, copié le système des banques nationales des. Etats-Unis) avaient exagéré leur circulation fiduciaire. Voici les chiffres maxima qui ont été atteints en janvier 1880 (2) :

Millions de yens

Papier-monnaiô de l'Etat 113,8

Emission temporaire de la réserve de papiermonnaie 22,2

Billets des banques nationales 34,1

Cette émission énorme pour le Japon, eut pour conséquence une forte dépréciation de la valuta japonaise. Le point le plus bas fut atteint en avril 1881, lorsque le yen d'argent valut 1,815 en papier.

Somme toute, vers 1880, la situation financière du

(1) Le premier emprunt du Japon moderne a été de 4.800.000 yens 7 0/0, émis à Londres, et dont le produit a servi à construire le premier chemin de fer japonais Yokohama-Tokio.

(2) Voir Beport on the Adoption of tke Gold Standard in Japan, 1899.

Japon — toute proportion gardée quant aux chiffres, présentait quelque analogie avec celle de la Russie au sortir de la guerre contre les Turcs : dans les deux cas, un accroissement démesuré de la dette, de l'émission du papier-monnaie, un ébranlement du crédit public et de la valuta.

Tout comme en Russie, commença alors pour le Japon, une période de reconstitution financière ; les recettes de l'Etat furent augmentées par le doublement de l'impôt sur l'alcool ; les dépenses de l'Etat furent allégées par le transfert d'attributions aux autorités locales dont lepouvoir fiscal fut augmenté ; le gouvernement vendit une partie des entreprises industrielles, fondées en vugdu développement de l'industrie, et restreignit les avances à des entreprises privées ; l'esprit d'économie fut imposé à toutes les branches! de l'administration. Les excédents du budget, ainsi obtenus, furent employés par moitié, à retirer du papier-monnaie, par moitié à renforcer le fonds d'échange gouvernemental. Vers la fin de 1885, ces mesures avaient déjà suffisamment amélioré la situation pour que l'agio du yen d'argent eût disparu et que le gouvernement pût reprendre les paiements en argent le P' janvier 1886. En même temps qu'on réglait la circulation du papier-monnaie, on ordonnait à nouveau l'émission des billets de banque. On imposa aux banques nationales le retrait graduel de leurs billets, on créa sur le modèle européen, une banque centrale, la Banque du Japon (Nippon Ginko), qui devait seule posséder le droit d'émettre des billets, et qui avait pour mission de régler la circulation monétaire. La dette proprement dite, malgré la progression desi dépenses pour les voies de communication, pour l'armée et la flotte, avait plutôt diminué ;

en 1879, elle était de 250 millions, en 1889 de 241 millions. Comme la circulation du papier-monnaie était descendue de 130,3 à 40,9 millions de yens, les dettes de TËtat japonais ont alors diminué de 100 millions de yens.

La consolidation des finances japonaises, à la fin de Tannée 1880, était suffisante pour que le Japon pût songer à alléger ses charges budgétaires par la conversion de ses anciens emprunts. A partir de 1888, les emprunts intérieurs au taux de 6 0/0 et davantage, 175 millions sur 244 millions furent remplacés par une rente 5 0/0 consolidée ; l'opération fut terminée en 1893. En partie par ces conversions, qui augmentèrent un peu le capital nominal de la dette publique, en partie par un emprunt pour la marine, en partie par un prêt sans intérêt que le Banque du Japon consentit à l'Etat pour retirer du papier-monnaie, le montant de la dette proprement dite, s'est élevé jusqu'en 1891 à 275,2 millions de yens ; le jeu de l'amortissement la diminua un peu dans les années suivantes.

Cette période d'ordre dan& les finances, de développement progressif général, est close par la guerre avec la Chine. Les recettes, dépenses et dettes avaient suivi la marche que voici :

1881-1882 1893-1894 millions de yens

Recettes ordinaires 64,3 86,9 + 21,6

Dépenses 60,4 64,6 + 4,1

Excédent -H 3,9 + 21,4 -f 17,6

Recettes extraordinaires 7,2 27,9 + 20,7

Dépenses — 11,0 20,0 + 9,0

Excédent — 3,8 +~7^9 + 11,7

Excédent du budget total. + 0,1 -+■ 29,3 + 29,2

Dette publique 244,3 266,8 +22,6

Papier-monnaie 118,9 16,4 —102.6

Dette totale 363,2 283,2 —80,0

58 LES FINANCES DES BELLIGÉRAxNTS

Ces chiffres montrent une progression dans les recettes et les dépenses ; l'augmentation dans les recettes s'explique par la plusi-value de l'impôt sur le saké (alcool), et des douanes, tandis qu'il y a eu recul pour l'impôt foncier. La guerre et la marine ont contribué surtout à accroître les dépenses ; les dépenses ordinaires et extraordinaires pour l'année ont progressé de 8,6 à 14,7 millions de yens, pour la marine de 3,3 à 8,1 millions de yens ; les dépenses pour la défense nationale ont doublé, alors que les dépenses totales ont progressé de 17 0/0 seulement.

La période qui conamence avec la guerre du Japon contre la Chine, présente un tout autre caractère. L'influence de l'issue heureuse de cette guerre et de la contribution de guerre imposée à la Chine sur l'énergie économique des Japonais présentent une analogie intéressante avec l'influence de la guerre franco-allemande sur l'économie nationale allemande. Il se produisit une expansion puissante de toutes les entreprises ; avec une rapidité inouïe les Japonais s'approprièrent les avantages de la technique européenne, leur industrie, leur navigation, leur commerce se développèrent avec une intensité inconnue dans l'histoire. La baissie de l'argent-métal amena une dépréciation considérable de la valuta-argent du Japon, une hausse rapide de tous- les prix, phénomène qui surexcita la spéculation. Bien que l'essor démesuré ait été interrompu en 1897 et 1898 par une crise violente, le résultat final du nouveau développement constitue cependant) Une extension formidable de l'économie nationale du Japon.

Les finances publiques ne pouvaient manquer de ressentir l'influence de cette évolution. Les conditions de la paix de Simonoseki, par lesquelles, sous le coup de l'intervention de la Russie, de la France,

de l'Allemagne, le Japon dut renoncer à une partie des fruits de sa victoire, ces conditions ont laissé dans l'âme des Japonais la ferme résolution de porter leur armée et leur flotte à un niveau correspondant à celui des grandes puissances européennes. L'exécution de ce dessein exigea la tension de toute la force financière du pays.

, En 1896 et en 1897, le gouvernement japonais fit approuver par la représentation populaire un programme pour l'organisation de l'armée et de la flotte, pour des travaux publics extraordinaires, et pour des objets économiques spéciaux. Ce programme prévoyait une dépense extraordinaire de 516 millions de yens, son exécution devait être répartie sur 10 années de 1897 à 1906, cependant, il était presque exé cuté à la fin de 1903.

La somme de 516 millions de yens comprenait :

Millions de yens

Acquisition de navires de guerre 213,1

Etablissement de chantiers de construction au Japon .• 13,4

Total pour la marine 226,6

Armement et équipement de nouveaux régiments. 82,0

Construction de forteresses et divers 16,5

Total pour l'armée 98,6

Total pour l'armée et la flotte 325,0

Ck)nstruction de chemins de fer, de ports et autres

travaux publics » 106,0

Dépenses économiques extraordinaires 85,0

Total 616 » •

Cette somme gigantesque de 516 raillions de yens (1.078,5 millions M.), gigantesque pour les dimen sions du budget japonais, fut couverte en partie par l'indemnité de guerre japonaise, en partie par les excédents de budgets antérieurs, en partie avec des emprunts. Le coût de la guerre sino-japonaise, estimé à 235 millions de yens, fut couvert en partie par l'emprunt de guerre de 125 millions, en partie par les recettes courantes ; un solde de 80 millions fut couvert par l'indemnité de guerre chinoise, dont les recettes, y compris l'indemnité pour la restitution de la presqu'île de Liaotung, ont été de 365,5 millions. Après déduction de la somme prise pour les dépenses de la guerre, il restait 285 millions de yens pour l'exécution du programme. La somme de 230 millions nécessaire pour parfaire les 516 millions,fut couverte en faible partie par des excédents de budgets antérieurs, en majeure partie par des emprunts dont le total autorisé était de 208 millions, sur lesquels jusqu'à la fin de 1902-1903, il avait été émis 193 millions de yens.

En dehors de l'accroissement des charges pour la dette, la réorganisation militaire et économique du Japon a rendu nécessaire un relèvement considérable des dépenses courantes, qu'il fallut couvrir par un relèvement correspondant des recettes ordinaires. Dans ce but, à partir de 1896, le Japon a fortement serré la vis fiscale. Nous avons indiqué l'augmentation pour cinq ans de l'impôt foncier en 1899 ; en 1896 l'impôt des patentes a été introduit, en 1899 l'impôt sur le revenu a augmenté, en 1896, 1898, 1901 l'impôt sur le saké a été presque quadruplé, en 1898 à la place de l'impôt sur le tabac on a créé un monopole, en 1899 on a doublé la ta^e sur le choyu (sauce), introduit un droit de tonnage, révisé le tarif

douanier, relevé Timpôt sur le timbre, en 1901 on a introduit un droit sur la bière et le sucre.

Ces modifications ressortent du tableau que voici :

Recettes ordinaires

Dépenses —

Excédent

Recettes extraordinaires. . Dépenses —

Excédent du budget extr.

Excédent du budget total.

Emprunts

Papier-monnaie de l'Etat..

Dette totale

La mesure dans laquelle les principaux chapitres des recettes ordinaires ont participé à la plus-value ressort du tableau ci-dessous :

millions de yens

Impôt foncier 39,3 47,0

Patentes — 6,8

millions yens

Impôts sur le revenu 1,4 7,4

— le saké 16,1 66,6

— le sucre — 7,2

— le tabac 2,7 12,6

Autres impôts de consommation. 5,3 7,0

Douanes 5,8 16,6

Droits de timbre 0,8 13,5

Postes et télégraphes 8,4 25,9

Chemins de fer 3,2 8,8

Augmentation

Uno simple, comparaison des dépenses ordinaires pour les années 1894-1895 et 1903-1904, ne donne pas un tableau exact du développement des dépenses pour les différentes branches de l'administration, car le centre de gravité des dépenses, dans la période la plus récente des finances japonaises, se trouve dans les dépenses extraordinaires et dans leur répartition sur une série d'années. Il est donc utile de juxtaposer les dépenses totales des années 1884 1893 et 1894-1903.

Total des dépenses (ordinaires et extraordinaires) en millions d'yens (1) :

1884-5—1893-4 1894-5—1903-4 Augmentât

Mon- 0/0 Mon- 0/0 Mon

tant dépenses tant dépenses tant 0/U

Liste civile 26,8 3 30,7 1,5 3,9 15

Aff. étrangères.. 7,2 1 19,4 1 12,2 170 A^imstei'es *

De rinté'rieur. 127,0 16 236,3 11 109,3 86

Dos Finances.. 309,7 39 533,8 25 224,1 72

De la Guerre. . 131,3 17 462,4 22 331,1 252

De la Marine. 86,3 11 374,3 18 288,0 333

De la Justice. . 30,1 4 65,7 3 35,6 118

De l'Instruction 10,4 1 39,4 2 29,0 280

Agric. et Corn. 13,1 2 57,6 2,5 44,5 340

Transport .... 46,9 6 296,6 14 249,7 532

Total 788,8 100 2.116,2 100 1.327,4 168

D'après ces chiffres, les dépenses ont augmenté pour Tarmée et la flotte de 217.6 millions à 836.7 millions ; ce qui équivaut à 1.750 millions de marks ou

(1) Dans ces comparaisons, il faut faire remarquer que par suite de la dépréciation de l'argent métal, le yen a baissé de valeur.

2.287 millions de francs. Il faut prendre en considération que, pour les trois années de 1901-02 à 1903-04, on a fait figurer les prévisions budgétaires, non pas les règlements d'exercices qui auraient été très supérieurs aux prévisions, notamment pour la guerre et la marine. Mais déjà, d'après lesi données ci-dessus, le Japon, de 1894 à 1903, a consacré 40 0/0 de ses dépenses à sa flotte et à sa marine ; il y a de plus les dépenses du ministère des Finances, dans lesquelles les exigences du service de la dette prennent une large place ainsi que les dépenses pour des objets économiques et des entreprises de transport, qui ont été faites pour une bonne part directement ou indirectement dans un intérêt militaire.

Si considérables que puissent être les dépenses» militaires et navales du Japon en proportion du chiffre total du budget japonais, elles sont modesites cependant en comparaison des dépenses analogues des puissances- européennes. Notamment ces dépenses paraissent peu considérables en vue de ce que le Japon a créé avec cet argent : il a. augmenté l'effectif de son armée deux fois et demie, il l'a équipée des fusils et des canons les plus modernes, enfin surtout il a pour ainsi dire créé de rien, une flotte de combat de première classe. Seule l'économie la plus stricte de l'administration dans l'emploi des ressources misies à sa disposition, seule l'absence de besoins de l'ouvrier et du. soldat japonais expliquent la disproportion entre le résultat obtenu et les sommes dépensées.

Jusqu'ici, nous avons montré dans quelle mesure le Japon, dans les dix dernières années, a mis ses finances à la disposition de sa force militaire. S'il a dû avoir recours dans des proportions considérables à l'emprunt, cependant la solide gestion de ses finances

de 1880 à 1895 lui a fourni la possibilité de se procurer par cette voie les ressources nécessaires sans trop de difficultés^ à des conditions relativement bon marché et sans nouvel ébranlement de son crédit. Le tableau de la situation financière du Japon au moment de la rupture, exige cependant quelques explications sur la manière dont le Japon a réglé sa constitution monétaire, dont nous avons indiqué plus haut l'importance pour le cas d'une guerre.

Nous avons mentionné que le Japon a diminué graduellement l'excès de papier-monnaie émis dans les années 1870 et suivantes», en même temps qu'il consolidait sesi finances au début de la période 1880, et qu'il a préparé la suppression définitive du papier monnaie ; la création d'un fonds d'échange à l'aide des excédents budgétaires lui a donné la possibilité de rembourser à partir du 1®' janvier 1886 le papiermonnaie en argent-métal ; la Banque du Japon, fondée en 1882, reçut le privilège exclusif de l'émission des billets. Avec la reprise des paiements en espèces le P' janvier 1886, le Japon a été en possession d'une rnoonaie de métal, mais non pas de la monnaie des puissances économiques de l'Europe et de l'Amérique, que le Japon cherchait à imiter en toutes choses, il a été en possession de l'étalon d'argent. Par saiite des fluctuations violentes du cours de l'argent qui se sont produites de 1885 à 1895, le change japonais a oscillé par rapport à la monnaie du marché mondial. Les inconvénients de cette situation pour le commerce avec les pays à étalon d'or, dont le Japon attendait une collaboration pour son développement rapide, et les difficultés de l'afflux de capitaux étrangers étaient presque aussi considérables avec l'étalon d'argent qu'avec le papier-monnaie. Pour l'Etat,

lorsque celui-ci voulait faire appel au crédit, les entraves étaient aussd grandes dans un cas que dans l'autre. Enfin l'existence d'un stock d'argent monnayé, qui ne peut être vendu que difficilement et à perte sur le marché, n'a pas, en cas de guerre la même importance comme réserve suprême, qu'un stock d'or qu'on peut immédiatement utiliser.

Si néanmoins/ le gouvernement japonais s'est contenté d'abord de revenir à l'étalon d'argent, c'est que le passage à l'étalon d'or aurait exigé des sacrifices trop lourds pour les finances du pays à ce moment (1).

L'issue de la guerre chinoise et la contribution imposée à l'Empire du Milieu, tout comme jadis l'indemnité de guerre payée par la France à l'Allemagne, fournirent l'occasion désirée pour obtenir sans sacrifice trop sensible l'or nécessaire à l'adoption de l'étalon d'or. Il est vrai que la contribution fut fixée en argent (en laëls), mais il y eut un accord fait avec la Chine par lequel celle-ci s'engagea ultérieurement à payer en monnaie d'or. Après que l'acquisition de l'or eût été ainsi garantie, la loi du 29 janvier 1897 introduisit l'étalon d'or. Le nouveau yen or fut établi au titre de 0.75 gr. d'or et correspond en monnaie française à 2 fr. 58, les monnaies d'argent ont force libératoire jusqu'à 10 yens. Jusqu'au 31 juillet 1898, il fut retiré 75 millions yens d'anciennes pièces d'argent contre de nouvelles pièces d'or, une partie

(1) Dans son rapport déjà cité, le comte Matsukata dit : <c Si le gouvernement a poursuivi une politique qui a conduit inévitablemnt au résultat de faire du Japon de facto une contrée à monnaie d'argent, c'est surtout à cause de la grande difficulté d'accumuler immédiatement la grande réserve d'or nécessaire pour l'établissement du monométallisme or. Il parut sage de laisser cela comme un second but à atteindre dans un moment plus favorable. »

fut refondue en monnaie divisionnaire de la nouvelle frappe, une partie fondue et vendue. Le bénéfice à la frappe des monnaies divisionnaires dépassa légèrement la perte subie à la vente, si bien que la réforme s'accomplit sans surcharge pour TEtat.

Dans le même temps on avait terminé le retrait du papier-monnaie et des billets de banques nationales. Depuis le 31 décembre 1899 la circulation du papiermonnaie, depuis le 9 décembre 1899 celle des billets des banques nationales a été interdite. Les montants peu considérables qui n'ont pas jusqu'ici été présentés au remboursement ont vraisemblablement été détruits dans le cours du temps.

Les billets de la Banque du Japon sont ainsi les seuls signes de paiement en papier qui circulent au Japon à côté de la monnaie de métal ; la circulation de ces billets est beaucoup plus considérable que celle de la monnaie métallique. Au 31 décembre 1902, la circulation de la monnaie d'or est indiquée comme étant de 89.2 millions, celle des monnaies d'argent, de nickel, de cuivre, de 77.1 millions, celle des billets de la Banque du Japon de 221 millions de yens. En présence d'une circulatio^n fiduciaire deux fois et demie plus considérable que la circulation de l'or, la destinée de la valuta japonaise dépend, dans une mesure toute spéciale, de la capacité de la Banque du Japon de maintenir intact le remboursement de ses billet& en or.

La Banque du Japon est organisée comme les banques d'émission européennes. Le capital est de 30 millions de yens, en outre elle dispose d'une réserve de 16.6 millions. Ses attributions sont délimitées d'une façon analogue à celles de la Reichsbank, dont la constitution a été prise comme modèle, notamment

dans les dispositions qui concernent l'émission des billets. La Banque du Japon, comme la Reichsbank, a reçu la faculté d'émettre un maximum déterminé, dépassant l'encaisse métallique, mais tout billet émis au-delà du maximum est frappé d'un impôt de 5 0/0 Tan. La quantité de billets qui peut être émise sans impôt et qui est de 470 millions de marks pour la Reichsèank, a été au début de 70 millions de yens, puis de 85 millions en 1890, de 120 millions de yens en 1899. Tandis qu'il a été exigé que les billets émis au-delà de l'encaisse métallique par la Reichsbank eussent comme contre-partie des effets de commerce portant au moins deux signatures solvables et n'ayant pas plus de 3 mois à courir jusqu'à l'échéance — ► disposition qui assure un reflux constant et rapide de ressources à la Banque — , on a admis aussi pour couverture à la Banque du Japon, à côté de l'encaisse métallique et des effets de commerce, des titres de la dette publique.

Avant la guerre, la base de la circulation fiduciaire de la Banque du Japon, s'établissait comme suit d'après les chiffres moyens de l'année 1903 (1) :

La circulation fiduciaire a été de 198.1 millions de yens, contre lesquels il y avait une encaisse-or de 112.5 millions, et un montant insignifiant d'argent. La couverture en or des billets est ainsi seulement de 56.8 millions. Le contraste avec la Banque russe, où la couverture-or pour \m montant plus considérable de billets est de 150 0/0, éclate aux yeux. La circulation non couverte par le métal est de 77.9 millions de yena; il y avait 21.9 millions de yens d'effets de commerce escomptés (sur l'intérieur et l'étranger),

(1) Les calculs ont été communiqués à l'auteur par le. bureau de statistique de la Keichsbank.

le reste était représenté par des avances sur nantissèment et par les titres appartenant à la Banque. Les comptes courants des particuliers s'élevaient à 10.6 millions, ceux du gouvernement à 19.9 millions, soit ensemble 30.5 millions. La Banque avait en outre accordé à l'Etat une avance de 36.9 millions en moyenne.

Comme pour d'autres objets, lorsqu'on considère la circulation monétaire du Japon, on est frappé de l'exiguité des chiffres. Toute la circulation du Japon, y comprisi les billets non couverts par du métal, est à la fin de 1902 seulement de 326.6 millions de yens = 682.5 millions de marks, ce qui donne environ 15.2 marks par tête de population. L'or en circulation et à la Banque, s'élevait seulement à 197.3 millions de yens = 412 millions de marks ou 9.2 marks par tête. Ces sommes sont exiguës en comparaison des chiffres des pays d'Occident. La circulation monétaire de l'Allemagne avec une population supérieure d'un tiers est entre 4 1/2 et 5 milliards de marks (ce qui donne 80 marks par tête), son stock d'or est au moins de 3.2 milliards de marks, c'est-à-dire huit fois celui du Japon. Mais avant tout en Russie la circulation et l'encaisse d'or sont infiniment plusi grandes, malgré la date récent© de la réforme. A la fin de 1903, l'encaisse or de la Banque et du Trésor ainsi que l'or en circulation étaient estimés à 1.845 millions de roubles = 3.985 millions de marks, c'est-àdire à dix fois la quantité d'or du Japon ; par tête do population, on calcule 30 marks d'or (37 fr. 50) en Russie, contre 9 M. 2 (11 fr. 50) au Japon. On est frappé en outre de la façon peu favorable dont la circulation du billet est fondée au Japon, ce qui semblo indiquer que le maintien de l'étalon d'or au Japon

rencontre quelques difficultés. Cette impression est renforcée par le développement de la proportion de de la couverture des billets.

Banque du Japon

Or en Circulation Encaisse Encaisse 31 décembre circulation desbillels or totale

millions yens

Couverture des billets

En or

par l'encaisse totale

Bien qu'en 1899 le Japon ait conclu à Londres un emprunt de 10 millions de liv. st. (environ 100 millions de yens) principalement pour maintenir un stock d'or suffisant, le stock d'or,aussi bien en circulation qu'à la Banque du Japon, était en 1900 et 1901 notablement au-dessous de ce qu'il avait été en 1897 et en 1898. La couverture or de la Banque du Japon, le 31 décembre 1900 et 1901, a été inférieure au tiers de la circulation. Les deux années qui ont suivi ont vu une importante amélioration due en partie à de nouveaux emprunts à Londres en 1902, en partie à une tournure meilleure des affaires économiques au Japon.

Pour le Japon aussi, on ne peut juger des finances publiques qu'ensemble avec le développement complet de l'économie nationale. En prés>ence des modifications profondes qui ont eu lieu depuis une quinzaine d'années dans l'Empire du Soleil Levant, ce

rapport entre les finances et réconomie nationale a eu une importance toute spéciale.

Les éléments pour le passage rapide à Tusage d& la monnaie et pour le développement de Findustrie se trouvent réunis au Japo«i. Celui-ci dispose d'une po pulation dense, laborieuse, sobre et souple. En moyenne par kilomètre carré, on trouve 117 habitants au Japon contre 110 en Allemagne, 113 en Italie, 132 en Grande-Bretagne, 22 en France, 21 dans la Russie d'Europe. Une grande» partie du territoire au Japon est inhabitable et non cultivé. L'île la plus septentrionale, Yeaso, qui embrasse environ le quart de la superficie de l'Empire du Japon, n'a que 9 habitants par kilomètre carré, tandis que dans les autres provinces, la densité va jusqu'à 180 habitants. La conséquence- de cette forte densité de la population est non seulement de fournir un nombre d'hommes suffisant pour l'industrie à l'européenne, mais encore de mettre le Japon hors d'état de nourrir sa population qui croît rapidement avec la production agricole indigène. A côté du coton brut, les articles qui figurent en tête du tableau des importations au Japon sont le riz et le sucre. Le Japon se voit donc poussé, tout comme les grands pays industriels de l'Europe, à exporter des produits industriels pour payer ses importations de produits alimentaires et de matières premières.

Si l'on considère la richesse du Japon en minerais, sa position géographique favorable, le développement méthodique de l'industrie et du transport par l'Etat, on comprend que l'adoption de la technique européenne a amené des succès considérables et rapides. Cependant les progrès économiques du JapoTi dans les dernières dix années sont tellement surpre-

nanis, qu'on ne peut se les expliquer que par Tévcil soudain d'un besoin formidable d'expansion dans le peuple japonais. Afin de caractériser la marche du développement, les indications qui suivent suffiront.

Le peu de progrès de la production agricole ressort de ce que de 1893 à 1903 la surface des champs de riz n'a progressé que 2.734.000 tan à 2.800.000 tan (1), la terre cultivée en céréales de 2.279.000 tan à 2.334.000. La reçoit« du riz, qui varie d'années en années,a progressé de 37.2 millions de koku (2) en 1886 à 41.4 et 46.9 millions de koku en 1892 et 1901. Il a été récolté dans les trois dernières années, 16 millions de koku d'orge, 15.9 millions et 20.6 millions. La récolte du coton a fléchi de 22.4 millions de kwan (3) à 12.6 millions de kwan en 1892 et 4.5 millions de kwan en 1901 . La production du thé est restée à peu près stable de 1886 à 1901 avec 7 millions de kwan, de même celle du sucre qui a été de 1.450.000 kwan en 1886,de 1.377.000 en 1901. Le bétail n'a pas subi d'augmentation notable; de 1888 à 1901, le nombre des têtes de bétail reste à peu près invariable avec 1 million 1/2.

Les progrès de l'industrie et des mines contrastent avec cette stabilité de l'agriculture.

Production 1886 1892 1901

Or 7". Kil. 466 700 2.475

Cuivre Tonnes. 9.774 20.727 27.392

Fer 12.987 18.868 70.060

Charbon 1.374.209 3.176.670 8.945.939

Pétrole .... 1.000 litres. 7.236 12.150 177.477 i

Le développement de la production semble énorme.

(1) Le tan vaut 9.917 ares.

(2) Le koku est égal à 180,4 litres.

(8) Le kwan pèse S,76 kg.

Cependant il ne faudrait pasi se laisser amener à des conclusions exagérées, en tenant compte du pourcentage de la progression. Il faut considérer la valeur positive des chiffres atteints. Même en 1901, la production sidérurgique du Japon ne représentait que la centième partie de celle de l'Allemagne, celle de la houille n'équivalait qu'à la 17* partie. Afin de juger de l'allure du développement au Japon, il convient de rappeler que la production du fer en Allemagne était de 798.000 tonnes en 1861-1865 (moyenne) et qu'en 1903, elle a dépassé 10 millions de tonnes.

Parmi les industries propres du Japon, on remarquera l'augmentation de la fabrication des allumettes, dont la valeur a progressé de 1.8 million de yens en 1889 à 9.3 millions de yens en 1901, celle du papier qui a progressé de 5 millions en 1887 à 20 millions en 1901. Mais le développement le plus brillant se rencontre dans l'industrie textile, avant tout dans la filature du coton. En 1888, il existait au Japon 24 filatures avec 113.856 broches et une consommation annuelle de 7.780 tonnes de coton ; en 1901, 81 filatures avec 1.181.762 broches et une consommation de 145.000 tonnes. La valeur des tissus fabriqués au Japon est indiquée comme ayant été de 17.8 millions de yens en 1886, de 153.6 millions en 1901. Ce développement extraordinaire trouve son expression dans le commerce extérieur du Japon comme suit :

mille yens

Importation de coton brut 1.652 78.780

— . filés de coton 13.612 1.748

Exportation de filés de coton — 19.902

L'augmentation du nombre des exploitations avec

force motrice mécanique de 1.967 en 1896 à 3.381 en 1902 montre dans quelle proportion l'ensemble de rindustrie japonaise a su utiliser l'outillage européen ; simultanément le nombre) des exploitations sans force motrice reculait de 4.403 à 3.790.

Stupéfiants sont les progrès de l'organisation capitaliste dans les dix dernières années : le nombre des sociétés (par actions, esi commandite, associations) était de 2.844 en 1894 avec un capital de 245 millions de yens, de 8.594 avec un capital nominal de 1.201 millions (dont 829 milliong versés) en 1901 . La principale augmentation incombe aux années qui ont suivi la guerre contre la Chine. En 1896 le capital engagé dans les sociétés existantes a été plus que doublé par de nouvelles fondations et des augmentations de capital. Il est difficile de ne pas penser à la période de fondations qui a suivi en Allemagne la guerre contre la France. Au Japon d'ailleurs comme en Allemagne, la crise a été inévitable après les excès de la spéculation. Beaucoup de nouvelles compagnies se sont effondrées et lesi autres ont dû lutter pour survivre. Les chiffres de la production industrielle montrent cependant que la crise n'a pas empêché l'expansion formidable du Japon.

Tout comme la production industrielle, le commerce, la navigation, les transports intérieurs se sont accrus. La longueur des chemins de fer a augmenté de 2.333 km. en 1890 à 6.817 km. en 1902, le nombre des voyageurs de 23 à 111 millions, le tonnage des marchandises de 1.760.000 T. à 14.410.000 T. Le développement de la marine éclate dans les statistiques que voici :

Voäicnde

Navires à vapeur co ob tractixm européenne Jonques

Nxjmfaro Tonnée Nombre Tonnes Nombre Tonnes

Le gouvernement japonais, par des primes à la construction et à la navigation, a favorisé surtout la construction de grands navires à vapeur qui, en cas de guerre, pouvaient trouver emploi comme croiseurs auxiliaires et transports.

Quant au commerce extérieur, si Ton rapproche les chiffres de 1882 et de 1902, on constate à l'importation une progression de 29 à 319 millions, à l'exportation de 38 à 291 millions. Elle est surtout forte à partir de 1894.

Excédent Exportation Importation d'export. d'împort.

Lorsqu'on considère le développement du commerce extérieur du Japon, il faut toujours se rappeler que le yen japonais a subi une très forte déprécia-

lion relativement à la monnaie des pays à étalon d'or. Conformément à cette dépréciation, les prix au Japon pour les principales marchandises ont beaucoup haussé. C'est ainsi que le prix du riz a monté de 4.71 yens par koku en 1887 à 11.47 yens en 1901, celui du coton importé de 16.64 yens, par 100 kin. (1 kip.= 0.6 kg.) à 25.74 yens, celui du filé de coton importé de 31.04 à 54.48 yens, alors que sur le marché mondial le prix du coton et du filé de coton a baissé. Les salaires des ouvriers agricoles et dans l'industrie ont au moins doublé dans Tintervalle. Une bonne partie de l'accroissement apparent du commerce extérieur du Japon provient de la dépréciation du signe monétaire du Japon, qui a eu pour conséquence une hausse des prix et des salaires. Mais même après cette déduction, la progression n'en reste pas moins étonnante.

La modification dans la balance du commerce, survenue depuis la guerre sino-japonaise, est encore plus intéressante. La période du progrès calme, économique et financier de 1881 à 1893, avait amené des excédents d'exportation, qui en 1892 s'étaient élevés à près de 20 millions de yens. A dater de 1896, l'importation dépasse l'exportation, parfois môme pour des sommes énormes en proportion des ressources du Japon. On peut trouver là l'expression du phénomène suivant : c'est que les forces mêmes du Japon n'étaient pas» à la hauteur des exigences économiques et financières de ces années.

Tout comme l'Etat a dû recourir au marché de Londres afin de se procurer les moyens nécessaires à ses armements formidables,de même l'économie nationale du Japon était incapable de payer avec des marchandises d'exportation les objets nécessaires à la réorganisation de l'armée, de la flotte, de l'indus-

trie, objets qu'elle ne pouvait fabriquer dans le pays même. Dans la mesure où le produit desi emprunts contractés à Télrangcr n'a pu couvrir l'excédent des importations qui, de 1896 à 1903,a été de 355 millions, il a fallu ou qu'il sortît de l'or ou que le crédit étranger fût mis à contribution également par les particuliers. Cela explique les difficultés contre lesquelles.il a fallu lutter pour conserver une base solide à la nouvelle monnaie d'or, cela explique aussi que, pendant ces dernières années, les Japonais ont rompu quelque peu avec leur réserve à l'égard des capitaux étrangers. Ce n'est qu'au début du nouveau système et dans la période de contact intense avec la civilisation européenne que le Japon a conclu des emprunts sur le marché anglais ; plus tard, on a cherché à se rendre indépendant du capital étranger jusqu'à interdire aux étrangers l'acquisition d'actions de chemins de fer, de banques, d'entreprises industrielles. La rareté des capitaux, l'affaiblissement de la constitution monétaire dans les dernières années du xix® siècle, ont amené l'Etat japonais non seulement à conclure des emprunts en livres sterling à Londres en 1899 et 1902, mais encore à abroger en partie l'interdiction de transférer à des étrangers les actions d'entreprises japonaises.

La comparaison de ce développement du Japon, dans les années qui ont précédé la guerre, avec le développement de la Russie est extraordinairement intéressante.

Tandis que la Russie, jusqu'au moment même de la rupture, a travaillé sans se déranger à la consolidation progressive de ses finances, tandis; que l'économie nationale russe même dans les années de crise industrielle et de mauvaises récoltes a eu des excédents

d'exportation, qui ont été plus que suffisants pour compenser les paiements â l'étranger, tandis que notamment, pour assurer son système monétaire et pour constituer éventuellement une réserve de guerre, la Russie a réussi à réunir et à conserver un stock d'or immense, — le Japon a tendu presque jusqu'à leur limite extrême ses forces financières et économiques pour exécuter son programme militaire et pour équiper son industrie ; il s'est vu obligé d'augmenter son endettement, principalement à l'étranger, dans, des proportions considérables, et de soumettre les bases de son crédit, sa monnaie, à une redoutable épreuve de surcharge. Bref, pour le Japon, au point de vue financier, la guerre n'a pas commencé seulement en février 1904, mais déjà quelques années plus tôt.

La guerre et les meisures financières des Etats.

Les voies et moyens, à l'aide desquels un Etat moderne peut préparer les ressources nécessaires à une guerre, sont principalement les suivants :

Tout d'abord, il se comprend de soi-même que les sommes libres des caisses de l'Etat et les fonds disponibles sont mis à contribution pour les dépenses de guerre.

Ensuite, il y a lieu do considérer une modification dans le plan budgétaire, soit que par des surtaxes d'impôt ou par l'introduction de nouveaux impôts on ouvre de nouvelles sources de recettes en vue de la guerre, soit que par l'ajournement de dépenses moins

urgentes, on libère une partie des ressources budgétaires pour la guerre.

Mais comme le coût énorme d'une guerre moderne ne peut pas être couvert à Taide des ressources di&ponibles, ni des recettes courantes, il est indispensable d'avoir recours au crédit. Dans toutes les guerres récentes, les Etats engagés se sont vus obligés de venir sur le marché financier avec l'émission de titres à intérêts, et pour la plupart non pas seulement sur le marché indigène, mais sur le marché international, Même l'Angleterre, si riche en capitaux, qui passe pour le cœur du marché international, durant la guerre du Transvaal et les troubles de Chine en 1900, a cru avantageux de satisfaire une partie de ses besoins de crédit aux Etats-Unis.

A côté de l'émission d'emprunts dans le sens propre du mot, un rôle important incombe à la mise à contribution du crédit des grandes banques centrales, qui, dans leurs fonds d'échange, disposent régulièrement de grandes accumulations de métal jaune, et qui, d'autre part, en vertu de leur privilège d'émettre des billets, placent sous forme de billets immédiatement des sommes considérables au service de l'Etat. Proche parente de cette procédure est l'émission de papier-monnaie par l'Etat lui-même. La main-mise sur l'encaisse métallique d'une grande banque et sur son émission de billets, ainsi que la création de papier-monnaie, sont tellement commodes que ces moyens, depuis l'introduction d'instruments de paiement en papier et la naissance des grandes banques, ont été employés sur une vaste échelle et ordinairement encore, tout d'abord. Cette procédure a remplacé la détérioration de la monnaie, à laquelle jadis les Etats embarrassés ne manquaient pas d'avoir rc-

cours ; mais cette procédure nouvelle, si elle n'est pas appliquée avec infiniment de précaution, est tout aussi bien une détérioration de la monnaie que la frappe de pièces contenant une moindre quantité de métal fin. La diminution de la couverture métallique accompagnant une extension de la circulation fiduciaire met en question la faculté de rembourser les billets en circulation et compromet la préservation du système monétaire, celte base du crédit public. Voilà où se trouve le grand danger de ce moyen le plus commode de se procurer de l'argent.

La Russie et le Japon ont éprouvé tous deux dans le passé les inconvénients terribles du papier-monnaie ; au prix de grands sacrifices, ils se sont débarrassés du papier-monnaie émis directement par l'Etat ou par l'intermédiaire des banques.

Malgré cela, il n'est pas possible d'éviter de mettre à contribution dans une grande guerre l'encaisse métallique et la planche aux billets. D'abord l'emploi de ce moyen est possible dans certaines limites, et cela sans provoquer les dangers que nous venons de rappeler ; à l'intérieur de ces» limites, pour la détermination desquelles il n'existe pas de critérium préalable certain, aucun Etat ne renoncera aux grands avantages du recours à la Banque d'émission ou à la création de papier-monnaie, à la facilité, à la promptitude, au bon marché apparent, et il le fera d'autant moins, que les conditions d'emprunt sur le marché des capitaux seront plus défavorables. De plus, dans ce cas, Not bricht Eisen, la nécessité brise le fer ; lorsque les autres moyens de se procurer des capitaux font défaut, il faut bien sacrifier la monnaie de métal au salut de l'Etat.

C'est dans une combinaison opportune des divers

moyens de se procurer de l'argent, dans l'emploi de chacun au moment juste et dans une proportion appropriée, que réside l'art de la conduite financière de la guerre.

C'est d'après ces points de vue que nous allons exposer les mesures financières de guerre, prises jusqu'ici par la Russie et le Japon.

Les mesures iinancières de guerre en Russie

La situation financière de la Russie, au début de la guerre, était la suivante: les disponibilités du Trésor, d'après les calculs du ministre des Finances,au 1" janvier 1904, s'élevaient à 312 millions de roubles. Le budget de 1904 prévoyait en dépenses ordinaires 1.966,5 millions, en dépenses extraordinaires, presque exclusivement pour les chemins de fer, 212,2 millions, ensemble 2.178,7 millions. De ces dépenses 1.982,9 millions étaient couverts par les recettes ordinaires et le montant des dépôts perpétuels à la Banque ; pour les 195,8 millions restants, on avait recours aux disponibilités du Trésor, qui étaient réduites à 116 millions.

La dette publique s'élevait, au début de 1904, à 6.636 millions R., elle avait progressé lentement dans le cours des dernières années, et infiniment moins vite que Taccroissement correspondant de la fortune productive de l'Etat.

Le stock d'or de la Banque Impériale et du Trésor était de 1.058 millions à la fin de 1903. La Banque de

Russie seule disposait au 1/14 janvier d'une- encaisse-or de 732,9 millions R. et de 169,1 millions de roubles en traites sur l'étranger et en crédit, chez ses correspondants à l'étranger (1), ensemble plus de 902 millions R. en or et en créances toujours réalisables en or. Sa circulation fiduciaire le même jour s'élevait seulement à 578,7 millions R. ; elle était donc couverte avec 156 0/0 en or, et la Banque aurait pu augmenter jusqu'à 1.200 millions son émission de billets en vertu des dispositions légales qui autorisent l'émission de billets jusqu'à concurrence de 300 millions R. au-delà de son encaisse métallique, c'était donc une réserve d'émission de 625 millions de roubles. Les comptes courants de l'Etat à la Banque s'élevaient à 635 millions R.

En présence de l'encaisse-or considérable de la Banque, qui permettait, d'après les dispositions des statuts, d'augmenter du double la circulation fiduciaire, on aurait pu se laisser aller à se procurer les moyens nécessaires à la guerre par un prélèvement d'or ou de billets à la Banque. Le Trésor russe n'avait pas même besoin de mettre directement le crédit de la Banque à contribution, il pouvait se contenter de retirer de grosses sommes de son compte courant à la Banque.

L'administration financière russe a cependant donné à plusieurs reprises l'occasion de reconnaître qu'elle

(1) Dans 1« calcul de ce montant au crédit de la Banque, on déduit les traites sur l'étranger émises par la Banque et qui sont à payer pour son compte par ses correspondants. Ainsi, au 1/14 janvier 1904, les sommes or à l'étranger, 166,6 millions, les effets sur l'étranger en portefeuille, 8,2 million, ensemble 174,8 millions, dont il faut déduire 6,7 millions traites sur l'étranger (au passif), il restait 169,1 millions.

82 LES FI\JiJiC£$ I>ES BiCLLIGÉRANTS

n'âst paß disposée, sans motif absolument urgent, à faire un usage étendu de ce moyen. Dans une commur nication officielle que le Messager o|/iciei a publiée

le 13 mai 1904, il est dit à cesüjet : « Si séduisant

qull, puisse paraître au premier abords de faire face à iouies les dépenses de la guerre avec les seuies res^ sources que donnerait Véta^ticité normale de lacireu/lation liduciaire., le ministère des Finances, ne croä pasu devoir user de ce pri)cédé. La prudence conv mande, en temps de guerre surtout, de ne pas épui ser ses disponibilités * Elle fait un devoir de ne pas compromettre Vexistenc$ d'un régime monétaire conâ^ titué aî;ec tant de peine et dont dépend la prospérité économique et financière du pays, La prudence nous prescrit encore de ne rien négliger pour que la fin de la guerre trouve nos finances dans une situatzon de ^Trésorerie aussi solide qu'au moment où nous avons été arrachés aux travaux de la paix. »

Nous verrons dans le coura de cette étude jusqu'à quel point le gouvernement, russe a observé le prijncipe de né pas mettre la Banque à contribution.

La première mesure à laquelle Tadministration financière a eu recours pour couvrir les dépenses dÄ la guerre a consisté à mettre à la dispositioa du gouvernement les sommes disponibles du Trésor et d'augmenter celles-ci par une modification du budget de prévision pour 1904 (1).

. (1) l4es budgets russes, écrit M. Paul Apostol^ B,yant fourni depuis dix ans de très ^ands excédents d& recettes o];dinâixe^ sur les d^p^ases of dinaires, oat permis au paye^ de procéder s^ux uue grande échelle à l'amréliorâtioQi et au. développemegoLt d^ l'outillage uatiozial. L«& budget» d»^ cette - innportazrcew donnant régulièrement * dßa ^udédeats et dont, un» partie des dépenssB est consacrée auac bearâB qui peuvent être ajournés dans une certaine mesure, p«é»

RUâSIE ET JAPON S3

€^*ë mesuTé fut expliquée de la façon suivante dans» le Mes8aç[er OUiciel :

ïl -a- été ' trotwé opportun de consacrer proTisoii*ë!n'è!ûU aux iiédessités d» la guerre l'encaisse disponible de iVir '$vé^ soroi^d^ sans -a'V'ôir recours à d'autres sources^ n^isV é*ak^ tref p&ttj d'a^ugiaenter les ressources d'Etat au üiöyeA d^ rad&atibns opérées dans le budget de 1904*; ptinéi^wllëmeti* daMiiléa^ départements civils. L'ne tàafêtëadÀ^p'écialej pitêsidSié ïiar lo comte Solski, a élabdt«é dëâ^ pTOï»\6sitîoBfs qMt, -aprèfl avoir- été approuvées par les ministres, ont été* e±8^ minées par le Conseil de l'empire et sanctionnées le 6 mars par l'Empereur. Le principe directeur dés ijuppreksions de crédits, a été d^ left appliqtter i^uUment aU3i nbuvelléé mesures .projetées pour T amélioration des conditions déjà existantes, sans troubler le cours ordinaire de, la vie publique et sans léser les droits de quiconque par rapport aux obligations de la caisse d^Etat. La àomme totale deà suppressions de crédit* effectuée» s'iéfèv© à 134.377 ,"107 i<oU* bies. , . . :

i)e cette somme ; ' i

60.030.649 R. affectent le budget ordinaire. de: 1904 i 55.467.687 — extraordinaire —

115.498.336 18.828.770 R. des crédits de btKÎgets antérieurs.

Voici en milliers de- roubles, le total par ministère des. prévisions établies au 1®' janvier, et les radiation» au 23 février :

sentent iitcontestablement des avantages ina^préici^l«^ au moment d'une guerre. Le budget de 1904, dont- les prétir sions ont été élaborées en temps de paix, a pu par conséquent être facilement réduit au moment où les événements d'Bxtr^e-Orient ont nécessité TaUgmentiition des ressources pour les besoins de l'armée et de la marine.

PrévisioDs AonulatioDft

Saint-Synode et culte orthodoxe 29.332 264

Affaires étrangères 6.418 465

Marine 113.622 1.153

Finances 372.122 16.240

Agriculture 49.829 3.125

Intérieur 114.727 9.848

Instruction publique 43.677 1.108

Voies de communication 473.275 24.604

Marine et ports de commerce 16.547 3.903

Justice 51.083 250

Ces réductions ramènent les dépenses ordinaires de 1.966 millions R. à 1.906 millions, soit une diminution de 3 0/0 sur le projet de budget. Toutes réductions faites, les dépenses ordinaires dépassent de 26 millions les crédits ouverts dans le budget de 1903» Les d^ensesl extradirdinaires ont jéllél réduites de 212,1 millions à 156,7 millions R., soit de 55,5 millions ou de 26 0/0. Notamment, les indemnités allouées aux particuliers lésés par l'établissement du monopole sont écartées pour 1904 ; lesJ prêts aux compagnies de chemins de fer sont en diminution de 3,7 millions, les dépenses pour la construction de voies ferrées sont ramenées de 125,6 à 76,7 millions, par la réduction de 48,9 millions, etc.

L'annulation de crédits primitivement ouverts« pour subvenir à certains besoins qui se présentent en temps normal de paix, n'est pas un fait exceptionnel. Les mêmes changements ont été apportés au budget pendant la guerre de 1812, pendant la guerre de Crimée (1854-1855), et même pendant les troubles récents de Chine (1900).

Voici le tableau des réductions envisagées au point de vue des besoins auxquels les crédits étaient destinés : I

HiliionB de roubles

Constructions de chemins de fer 54,9

Renforcement et amélioration des chemins de fer

et augmentation de leurs capitaux 18,2

Acquisition de wagons de voyageurs et d'accessoires de chemins de fer 1/9

Construction et entretien des routes et des voies navigables et avances consenties dans le même

but 18;8

Aménagement et développement des ports de commerce 3,9

Certains travaux à Vladivostock et Port- Arthur. . 4,3

Avances et i^bsides 9

Dépenses pour le monopole de la vente des spiritueux 14,4

Construction et acquisition d'immeubles 3,6

Autres dépenses 5 »

A côté de raugmenlation des disponibilités du Trésor au moyen des annulations de crédits et de la réduction des dépenses, un autre accroissement a été amené par le fait que le règlement provisoire de l'exercice 1903 a laissé un plus grand excédent du budget ordinaire qu'il n'avait été prévu dans le projet de budget de 1904 (1).

Sur la base de ces données provisoires au 1®' janvier 1904, après avoir tenu compte des dépenses à couvrir en 1904, le solde des disponibilités du Trésor s'élevait à plus de 132 millions R. En tenant compte des modifications faites au budget de 1904, et que nous avons indiquées plus haut, le solde des dispo-

(1) D'après les prévisions, le budget ordinaire devait donner 16,6 millions R. d'excédents de recettes sur les dépenses. L'exécution du budget ordinaire a donné un excédent de 149,7 millions.

^ LES FIN^C^p ^S:, Pfi^^MGÉRANTS

njJbUjtés était de 266 millions (1). En outre, la publiofttiofi' officielle faite dans le Messager du Gouvernement du 13 mai, meutignne que, ^ur la base de décrets, spépig^yo^ j^y qr^ésj ,?;pjpfl;4^i |4%s^f»Wi^ l/i »iillipijis de roubles doiv^ia^Jtr^.a^piAté^imiiXifi^fiQPiles^ et que, durant ^ pitemMfB^ioois d®>4'idis^ek0'«n €Olars^ lefe recettes effectuée^ ont dépassé *les''i)i:'ëVïsiotïs; "Par conséqu^'ùt^ 'ôû j^q\i,Tiç^iXjy^Wx\^^^^ lüisfiP^^i-

b^d pour la guerre à plus de 300 millions R. Si- 0©nsidérablie que soit^p« monlwnt-de f)lu6 de 806 asâliâonë de francs, il était évident, dès le début, qu'une' gûèire uft jpeu prolongée né "peut pas ëtrç, ppriduil^ ây^ç.ças seuls nio>:ens,, Qn„;çstipi^. t^èe diAér^^inywQnt JL^ .ç^tX dç la guerre (2). Le fait que le transport des troupes et du matériel de'gttêfrt-e a 'lieu à d^éribrtaes' distancés, est de nature à augmenter sensiKleméfit le coût des opérations ; d'autre part, on a fait valoir que la guérite se fait sur le territoire russe, et que, ppur une' portion notable dés dépenses, à savoir pour le transport par chemin de fer, l'Etat luî-mêmp, encaisse les recettes. On a m.is en avant toute sorte de chifïrés : 1 million par jour pour l'armée, 1/2 million pour la flotte, à quoi il faudrait ajouter les dépenses pour le remplacement du matériel et des munitions, ce qui donnerait un total minimum de 60 millions R.

(1) La Gazette de Francfort a calculé le 17 avril que les disponibilités du Trésor s'élevaient à une somme comprise entre 273 et 300 millions R.

. (2) Il faut avoir en vue que la guerre est menée par la Russie dans ses territoires, que les dépenses qu'elle provoque sont faites pour la majeure partie dans le pays même ' et que les gains qtu» d<tonero)iit à la population la mobili- :satîoii et le mouvement des troupes oompenseront ^et aiiidelà' les' pertes causées par la dimînutiou des of édita eu budget ordinaire. "' '

RUSSIE %X JS4P0N 87

par îiiois (1). La Gazette de Franclort a mis. en avant le chiffre de 80 à 100 milUonô par^mois. Une^^commiLr aicaJtign ofücieuae de Saintr^Pétèrsbourg a évalué les dépenses faites au début des. hostilités, au 5 avril,, à 92 £gi4Uion^ 1/2 R., et celles qui seraient n^essaines iusqu'eö juin, à 200 juillions R. ,

Une communication du Messager Ojlliciel du 5/18 août, indiquait que les crédits ouverts à tous les départements de l'État pour la ' guerre jusqi£au 16 août, s'élevaient à 257 1/2 millions TR., (pour plus de six mois et demi) (2).

, La prudence conseillait à la Russie de se créer des ressources nouvelles avant que s'épuisassent celles dont on disposait. Les ressources complémentaires, le Trésor pouvait, sans doute, se les procurer en les

(1) Raphaël-Georges hévj, dans la Eevue des Deux-- Mondes,

(2) Le traducteur de l'étude de M. Helfferich estime qu'il est très difficile de connaître exactement lés dépenses de la guerre, à moins d'être initié aux détails de l'administration. On ne se trompera pas beaucoup, .en admettant pour les Russes de 40 à 60 millions B. par mois et de 30 à 40 pour les JaponaisXes dépenses extraordinaire^ de la guerre contre la Turquie en 1877-1878 ont été pour la Russie* de 1.076 millions R. La plus grande dépense, 248 millions, a été pour l'approvisionnement des troupes en vivres et l'entretien des malades, 131 millions pour les fourrages, 123 pour l'équipement des troupes, les fournitures des hôpitaux et ambulances, soit ensemble 49 0/0 des dépenses. La solde des troupes a absorbé 110 millions, le transport ées "effets et des vivres, 101 millions^ le transport des troupes en chemin de fer, 68,5 millions, l'établissement de communications, 66 millions) l'achat d'armes. et de muni^tions, 74 millions, les dépenses pour la flotte, 19,6 mil- Uons, la mise en • état des lortsr et des : frontières, .16 millions, les dépenses, extraordinaires du haut eommandement, 41 millions R.

empruntant à la Banque de Russie, qui, à cet effet, émettrait des billets garantis par de For. Cette combinaison aurait pu fournir un demi-milliard de roubles et éviter le recours à l'emprunt. Mais on a vu les motifs qui ont fait écarter le recours à la Banque. Il restait donc le choix entre une opération de crédit à l'intérieur ou à l'étranger. On se décida pour un emprunt à l'étranger.

Pendant la guerre contre la Turquie, le gouvernement russe avait suivi une autre tactique financière. Afin de faire face aux dépenses extraordinaires, à côté de quelques réductions de crédits budgétaires, on avait eu recours surtout à la planche aux billets. L'administration financière se fit faire des avances sans intérêt par la Banque de Russie, qui émit , à cet effet, des billets de crédit appelés temporaires, jusqu'à concurrence d'un demi-milliard de roubles. En outre, on contracta des emprunts publics à l'intérieur (emprunts dits d'Orient), libellés en roubles-crédit et au taux nominal de 5 0/0. Il en fut créé 200 millions au printemps de 1877, 300 millions en automne 1878, 300 millions au printemps 1879 (1).

Si le gouvernement russe se décida pour un emprunt étranger afin d'accroître les ressources du Trésor, ce fut, sans doute, par égard pour le marché intérieur russe qui avait encore à supporter les conséquences de la crise de 1900-1902, et qui était aussi éprouvé par les répercussions naturelles de la guerre; il fallait tenir compte notamment, de ce que, dans les

(1) Il faut y ajouter l'emprunt 5 0/0 1877, contracté en or, par l'intermédiaire de la maison Mendelssohn, émis à Paris, à Londres et à Berlin, au cours d'environ 80 et converti en 4 0/0 une quinzaine d'années plus tard. (Note du traducteur.)

premiers moments, après les hostilités, il y avait eu un reflux de valeurs russes, placées à l'étranger et qui avaient dû être reprises par le marché russe. En outre,, un motif pour une opération à l'étranger, •c'est qu'une partie considérable desi dépenses doit •être faite à rétranger,par exemple, les paiements pour l'achat de navires, d'approvisionnement, de matériel •de guerre de toute espèce. Il faut y ajouter l'accroissement des« engagemc^nts de l'économie nationale russe (dettes) à l'étranger, qui résultent de la guerre. Le besoin extraordinaire de vivres et de chevaux pour l'armée, est de nature à limiter l'exportation de ces produits cl des chevaux, tandis que le besoin de matériel de guerre d'une autre espèce augmente l'importation (1). Afin d'éviter que la modification dans le solde des exportations, (diminution du solde actif) n'amenât une sortie d'or et une menace pour l'étalon d'or, le Trésor russe ou la Banque de Russie devaient mettre des effets sur l'étranger à la disposition du marché. C'est ce qui a été fait dans de vastes proportions dans les premiers mois après le commencement de la guerre (2). Ces tirages ont dû naturellement diminuer le solde au crédit chez les correspondants à l'étranger. Et, en effet, le portefeuille de la Banque de Russie en effets sur l'étranger, et en avoir à l'étranger, est descendu de 169,1 millions R. le 1/14 janvier 1904, à 39,9 millions le 16/29 mai. La diminution dans l'avoir de la Banque de Russie pour

(1) L'administration russe s'est attachée à restreindre le plus possible les achats à l'étranger ; elle a acheté en Russie les conserves alimentaires. Les commandes pour les chemins de fer n'ont pas dépassé le chiffre habituel de 1 1/2 million à l'étranger (Note du traducteur).

(2) Voir Gazette de Francfort, du 10 février.

90 LES finajngb;s pss b^ugérants

la premièra iBDUié de ranaée 1904 a été indiquée comme ayant été de &7,& millioBs (1).

Voici, au 1^ de chaque joßßiSy les. chiffres du bilan en millions de roubles :

Orà

rétranger

£ffeU sut

l'étrange

Binets de «redit Oi: à tt ému, Ban4ue en circuUUou

Janvier Févxioir Maxs . .

Avril . .

Mai . .

Juin . .

Juillet .

Août . .

Parmi les marchés étrangers, le marché fran<çais s'offrait le premier à l'attention pour le placement d'Un emprunt russe, et. cela pour diverses raisons. A côté des relations politiques et de la bonne volonté avec laquelle le capital français avait absorbé des montants très considérables de valeurs russes, il entrait en ligne de compte qu'au moment où l'on envisageait de plus près en Russie un emprunt à l'étranger, le marché des capitaux était à Paris dans une situation d'abondance beaucoup plus grande qu'en Allemagne. Le marché anglais et le marché américain paraissent fermés à la Russie pour des» raisons politiques. La France, depuis des mois, avait reçu de très grandes quantités d'or : 1° parce que les prêteurs français avaient peu à peu retiré les capitaux prêtés à court terme à l'Angleterre, et qu'on a évalués à 40 millions de <£, ensuite, 2"* à cause du rachat du canal de Panama par les Etats-Unis, (environ 200 millions de fr.). Malgré l'abondance d'argent, la guerre et le début peu

4^eureux, pour la Rwesie OAt rmdix plus dures les coor Citions auxquelles le laarçbé français s'est trouvé disposö- à. pretw la conoours dô.sea capitaux à une opé- ^gtipn de. crédit, Taadis que ie cours de la rente Fusse A Q/0, -était demeuré, ^n 1903, auK environs du pair •et que d^auas le courant de juillet 1903, on -^vait pu émettre à Paris encore 173 müliojjs de fr, d'obliga- 'lîons de .chemins de fer au- pair, le cours de la rente .ru8«re 4 0/0 était to«abé immédiatement avant la guerre *à 96 et jusqu'à la un d'avril à 92. I^ fait que la Hussie avait^ recours au marché pour une- grosse opération de crédit devait, disait^on, peser davantage encore «fiup. le cours des titres russes, La Russie avait, à tenir compte de ces ciroon^tances.

' L'administration financière russe ne $e refusa pas à coÄSentir au syndicat de banques et banquiers français, aveclequel elle entama en avril des pourparlers en vue d'un emprunt, les conditions de taux d'intérêt que la situation imposait ainsi qu<e les avantages que justifiait lo risque de prise ferme et d'émission. Cette .-^ccoQimod^linn ^.u^ conditions du marché et une cer- . laine facilité à l'égard des institutions de crédit dopt • leiconcours est indispensable pour le placement d'un ^emprunt, font partie dés traditiohsi de la politique financière de.la Russie, qui a su, au prix de sacrifices «ftOAûentanés, s'assurer des avantages durables. L'appréciation d'U chef d'une de& plus grandes maisons ^die Londres,' reproduite par la Nouvelle Presse Libre %e^,Vicnriß (15 mai, 1904)^ est que le gouvernement jfusse est le seul qui co^mprenne l'art de travailler sur ttn grand style avec les banques, icette appréciation n'est p^as iëolée.

P'hutre part, radministration russe, n^^elait pas disposée à se lier pour longtemps à un taux d'intérêt

élevé imposé par les circonstances (1). En outre, de cette raison qui militait en faveur d'un emprunt à courte échéance, il fallait autant que possible empêcher que le nouvel emprunt servît uniquement à un échange des anciens contre les nouveaux titres (c'est ce gu'on appelle le danger d'un déclassement par arbitrage). Un pareil échange n'aurait pu se faire sans exercer une pression sur le cours des fonds russes ni sans nuire d'une façon durable au crédit russe. Dans une certaine mesure ce danger pouvait être écarté par l'émission d'un emprunt à courte échéance, remboursable au pair après quelques années ; ces bons du Trésor, à cause du moment rapproché de l'échéance au pair, même avec une amélioration considérable des conditions de crédit de l'Etat débiteur, ne peuvent pas beaucoup dépasser le pair. Les porteurs de ces bons du Trésor ne peuvent pas compter sur une hausse des cours comme celle que peuvent attendre à peu près sûrement les porteurs d'emprunts

(1) Voici ce que disait un communiqué du ministère des Finances : (( Parmi les moyens à employer pour pourvoir aux dépenses de la guerre, le ministre des Finances croit devoir faire choix d'une émission d'obligations à court terme, destinée à accroître les ressources du Trésor et à augmenter nos disponibilités métalliques. C'est à cet effet que sont créés, en vertu de l'Oukase impérial du 29 avril 1904, les Bons 5 0/0 à 5 ans de 1904. Le taux relativement élevé, sans être, cependant excessif, auquel est réalisée cette émission, tient à l'état de guerre, où nous nous trouvons, et le terme rapproché de cinq ans fixé pour son remboursement, au désir du gouvernement de ne pas se lier les mains par un engagement de longue durée pris dans une période de complications politiques. On se propose de rembourser cet emprunt sur le produit d'une émission à réaliser dans des conditions moins onéreuses, lorsque la Russie, avec l'aide de Dieu, aura recouvré les bienfaits de la Paix. »

à longue échéance, après le rétablissement de la paix. Les porteurs des anciens emprunts russes qui auraient vendu ceux-ci pour acheter les nouveaux bons du Trésor se seraient privés de l'espérance de regagner, par une hausse ultérieure des Bons du Trésor, la perte subie sur la vente des anciens emprunts.

Ces considérations ont déterminé l'administration russe à renoncer d'émettre un emprunt à longue échéance et à se procurer les ressources nécessaires par la création de Bons du Trésor à cinq ans, dont le remplacement se ferait ultérieurement par un emprunt consolidé (oukase du 30 avril-13 mai 1904).

Le nouveaux Bons du Trésor, dont le montant a été fixé à 300 millions R.=800 millions de francs, sont en appoints de 187 R. 50=500 francs, et de 1875 R. =5.000 francs. Les intérêts de 5 0/0 l'an sont payables par semestre, contre détachement de coupons le 1/14 mai et le 1/14 novembre de chaque année. Le premicir coupon est à l'échéance du 1/14 novembre 1904. Les bonst sont remboursables au pair le 1/14 mai 1909. Le gouvernement s'est interdit de rembourser ces bons avant cette date.

Ces bons, qui sont exempts à tout jamaisf de tout impôt russe, sont dotés de certains privilèges : ils sont acceptés en cautionnement pour les fournitures à la couronne, pour les garanties de paiements de droits d'accise et de douane. Un droit do préférence est réservé, aux conditions de l'émission publique, à la souscription de l'emprunt de consolidation qui pourrait être émis par le gouvernement russe dans les six mois qui précéderont le 1/14 mai 1909, date de l'échéance des bons ; ceux-ci pourront être donnés en paiement des souscriptions pour leur montant nominal, augmenté de la portion du coupon

94 LES FINANCES- DES BEtLîfeÉRANTS

couru. En outre, si le gbuvetiitAieï^ rtpssë déeid!àil avant le 1/14 mai 1909 l'émiasioh en France à'eàt* prunts à long terme, les porteurs de Bons» du Trésor auront un droit de préférence pour la souscription en espèces et arux conditions de rémission publique de ces empuûts. • '

Le syndicat des banques et baïïquiers sous la conduite de la Banque de Paris et des Pays-Bas, du Cré^ dit Lyonnais et de la maison HottingufFr et Cie, a pria ferme 400 millions de francs de Bons du Trésor, H pour les 400 autres millions, il s'était réservé un droit d'option, dont il a fait usage. Le prix auquel lés Boftà du Trésor russe devaient être offerts» ail public fut fixé' à' 99 0/0 r Femprunt a été décompté aux banquet et banquiers du syndicat à- 9Y 1/2. Toutefois, le gouvernement russe prit à sa charge l'es' frais d'éniiissioïi avec 2 0/0, si bien que le produit net pour lé goùverîlement russe ne ressortirait guère qu'à 95 1/2; cela mettrait donc le taux d'intérêt aux environs de 6 0/0, étant donné l'obligation' de rembourser au pair aprèà cinq années. ' - '

Les capitalistes français oiït absorbé les 800 mil^ lions avec une étonnante facilité. Les banques et banquiers du syndicat n'ont pas eu besoin de procéder à l'émission publique des Bons du Trésor sur le mar-» che, ilsi ont pu les placer directement dans leur clientèle. Tout s^ plus, la huitième partie, 100 millions, aurait été achetée pour compte de capitalistes ttOïl français. On n'a pu éviter une dépression temporaire des fonds russes, et cela d'autant plus, que l'êmiseion des Bons du Trésor a coïncidé, avec la nouvelle d'importants succès remportés Siur terre par l'armée japonaise. ' '

Le nouvel emprunt représente pour la Russie une

RUSSIE BT Mxym m

augmentation de 4 1/2 0/0 de la dette publique et one augmentation de la charge annuelle de la dette de 15 millions R., soit 3/4 0/0 deS' dépenses du budget rectifié de 1904.

L'emprunt a porté de 300 à 600 millions R. environ kss ressources disponibles pour la guerre. Une par* tie du produit de l'emprunt semble avoir été iacprporée dans les sommes en or de la Banque de Russie à l'étranger, qui, du 16-29 mai au 8-21 juin, ont progressé de 39,9 à 108,7 millions de roubles.

Comme cela- a été déclaré à plusieurs reprises durant les négociations, il n'entrait pas dans les vues de l'administration russe de faire rentrer une parti« importante du produit de l'emprunt en Russie j mais plutôt de laisser celui-ci à l'étranger pour y fair* face aux dépenses {1). . >.

(1) Au prix d'ëmissîon, le placement pour le public est ressorti à 6 1/4. Les versemeiits de libération ont été dte 100 £r3zl€s le 16 mai, 195 fr. le lù mai, 200 f r. le d s&|)rtemh bre. Ayant mêmie. qœ le prix d'émission ou plutôt de Y€Si,te ne fût connu, les demandes affluèrent dans de telles pro^ portions, que Topération fut couverte d^avance par lè public! lue Journal des Débats consftata le 15 mai, que l'émission des bons du Trésor, sans souscription, à eu k plus grand succès. Les banquiers arrêtèrent un moment la rente j ce qui fit affluer des ordres de îa' part des hésitante et des retardataires. Lè succès fut d'autant plus rema:^jqttable^^ que l'opératioti s'e?ffectua dans un moment peu fat^orable. La spéculation n'y prit aucune pArt, et léstitr^ se- trouvèrent classée d'eïnbïée dans les 'portefeuilles gui les conservent '«oinme placement. Oèr résultat est facile à éxpfiquer r personne, thème panhi les pltis pessimistes, né songea à mettre* sérieusemeiîtt en ^ute Ta! solvabilité dé là Rusàie, q'tt'ôft sait être en mesure' de faire face à ses enga^ gëtnents i' on considéra Fempruot actuel j surtout comm'é un ênlpruAt dié j^récautions, destiné à rekforcèr Ifes résöi*vefr'd'br.» La« facilité avec laquelle Pem^runt f ut pTac'é proui»© la'ööhfiaöee dans lé brédit rtssé et T abondance deâ

Si les estimations fixant le coût de la guerre à 80* ou 100 millio>ns R. par mois sont exactes, l'emprunt contracté par la Russie en France ne couvrira que les besoins d'un trimestre. Dans cette hypothèse, on a considéré l'emprunt français comme un premier pas, que d'autres devraient suivre. Déjà pendant les négociations sur la cession des Bons du Trésor, on a conclu de ce que des» maisons allemandes ne faisaient pas partie du syndicat, que le gouvernement russe voulait se réserver le marché allemand pour un autre emprunt, et aussitôt après la conclusion des négociations avec le groupe français, des journaux ont annoncé que dès le milieu de mai, la Russie était entrée en contact avec un syndicat allemand en vue de l'émission de 300 millions de francs de nouveaux Bons du Trésor. Des bruits semblables ont circulé notamment en juillet, au moment où M. de Witte a rendu visite au chancelier de l'Empire d'Allemagne à Norderney ; la conclusion du traité de commerce russo-allemand fut mise en relation immédiate et directe avec un emprunt russe en Allemagne, Cette fois encore on citait des chiffres tout à fait précis, tantôt 400 millions, tantôt 250 millions M. Ces bruits

disponibilités. Il n'y eut pas de déclassement. L'encaisse or de la Banque de France augmenta vers ce moment de 316 millions en six semaines, pour arriver à 2.735 millions de francs. On sait que les Etats-Unis ont reçu du Japon 27.790.000 dollars en or du l««- décembre 1903 au 7 mai 1904. Ils s'en sont servi pour payer la participation qu'ils avaient prise à l'emprunt japonais, émis à Londres. Conmie le marché de Londres avait des remises à faire à Paris, ainsi que l'indiquait les cours des change8,la compensation a été faite. L'or américain, au lieu d'aller à Londres, est venu à Paris. En définitive, dans l'or mis par la France à la disposition de la Russie, il y a eu de l'or japonais qui avait transité par les Etats-Unis. (Note du traducteur,)

ont toujours été promptement démentis,du côté russe, avec l'indication que l'administration avait encore pour longtemps des. moyens suffisants à sa disposition pour la couverture des frais de la guerre. Même abstraction faite de cela, selon toute vraisemblance, la Russie attendra le plus longtemps qu'elle pourra avant de recourir de nouveau au crédit à l'étranger (1).

Par contre, au mois d'août, la Russie pour augmenter les ressources du Trésor impérial, a procédé à l'émission d'un emprunt intérieur. En vertu de l'oukase du 30 juillet-12 août 1904, il fut ordonné d'émettre des Bons du Trésor, en six séries» de 25 millions R. chacune, soit ensemble 150 millions R. Ces Bons du Trésor russe, qui ressemblent aux Bons du Trésor allemands, et qui ont aussi le caractère d'instruments de paiement, de billets de caisse, sont une spécialité de la Russie. Ils ont une durée de plusieurs années, avec un intérêt médiocre ; les caisses publiques et la Banque de l'Etat les reçoivent en paiement au pair ; les bons sont acceptés au pair comme cautionnement dans tous les contrats de fournitures et de travaux et dans tous les engagements pris envers le Trésor. Il y avait en circulation depuis 1902, 100,5 millions de roubles de ces séries de Bons du Trésor, qui rapportaient 3 0/0. Les nouveaux Bons du Trésor se distinguent de ceux des séries en circulation par deux avantages pour les porteurs : les arrérages sont payables par semestre au lieu de l'être une fois par an, et le taux d'intérêt est de 3,60 0/0 au lieu de 3 (2).

(1) Diaprés le Bullefin russe de statistique financière •(1904, I, page 10), le total des dépenses jusqu'au 31 décembre sera de 500 millions R. au moins, de 600 millions R. AU plus.

(2) De 1860 à 1880, le solde en circulation des bons du

Les arrérages de ces bons sont affranchis de la taxe sur le revenu des valeurs mobilières. Les coupures sont de 50 roubles, au lieu d'être de 100 roubles. Toutes ceS) modifications sont faites pour rendre plus facile la circulation de ces billets. Les bons ont été émis pour une durée de quatre années ; le remboursement de ces bons s'effectuera à l'expiration ou dans le co«rantde quatre années, stelon qu'il conviendra au gouvernement. Cela indique l'intention ou de les rembourser ou de les remplacer par un emprunt à long terme.

Le placement de ces titres avait lieu par la vente aux guichets de la Banque de Russie et des Trésoreries locales. Comme il& sont reçus comme espèces au pair, aux caisses publiques, ils servent aussi à des paiements entre particuliers, qui les; apprécient, d'ailleurs, parce que le cours n'en est soumis à aucune fluctuation. La nouvelle émission a été jusqu'à concurrence de 100 millions de roubles, prise ferme par un syndicat de banques pétersbourgeoises,50 millions ont été placés par la vente directe au public.

Avec l'émission de ces 150 millions de roubles de Bons du Trésor, les ressources à la disposition du gouvernement russe pour la guerre ont été portées à 750 millions R. Si les frais de la guerre s-'élevaient, comme on l'a dit, à 80 millions R. par mois, ce montant ne durerait pas au-delà d'octobre, mais cela n'est pas le cas d'après les indications du gouvernement

Trésor, a approché plus d'une fois de 200 millions ; pendant la période 1884-1889, il a atteint 240 millions, pour retomber en 1900 à un peu plus de 100 millions. En Russie les bons émis à Paris en mai 1904. sont désignés noa comme bons, mais comme obligations à court terme.

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