Yaraztad , Persan , nommé aussi par Chosroès
564. Souren-Djihrvcschuasbouhen, Persan , gouverneur placé par le même roi. Il fut tue par Yartan, prince des Mamigonéans qui s'était révolté.
AEMÉNIE.
Les Perses exerçaient une propasande active pour arrêter les progrès du christianinne , et pour étendre les principes du magisme. En Tan 442, Mihir Nerseb, général persan, fut envoyé avec beaucoup de prêtres et de soldats pour remplir une mission religieuse. Menaces, présents et promesses, tout fut employé pour gagner ou épouvanter les princes. Il leur adressa une proclamation qui contient un exposé curieux de la doctrine de Zoroastre, et de la manière dont on concevait à cette époque le christianisme. En voici le contenu :
« Mihir Nerseh aux Arméniens, salut.
« Sachez que tout homme habitant sous le ciel, qui ne suit pas les préceptes de la religion de nos pères, est sourd, aveugle et séduit par les génies d'Ahriman. En effet, avant Texistence des cieux et de la terre, le grand dieu Zervan , ou le temps sans bornes ^ offrit un sacriGce pendant mille années, en disant : « Peut-être aurai-je un fils nommé Ormuzd , qui fera le ciel et la terre. » Or il conçut dans son ventre deux fils, Tun parce qu*il offrait des sacrifices, et l'autre en proférant 1« mot peut-être. Lorsqu'il connut qu'ils étalent dans son ventre, il dit: « Celui qui viendra le premier, je lui donnerai la royauté. » Mais celui qui avait été conçu dans le doute, lui fendit le ventre et sortit par cette ouverture. Zervan lui dit : « Qui es^tu? — Je suis, ré* pondit^il , ton fils Ormuzd. » Zervan
571. TarUn, surnommé P'hoklir (le Petit ) prince de Daron , de la race des Mamigonéans, fils de Tasag, fils de Yart, prince indépendant , soutenu par les Grecs : mais à la fin il fut chassé par les Persans.
578. M ihran-Djihrvegbon, Persan, nommé par Chosroès le Grand.
5o3. Sempad, surnommé Pazmaîaghth (le Yictorieux), de la race des Pagratides , marzban d'Arménie et du pays de Tergan , nommé par Chosroès II , ou Khosrou-Perwiz.
601. David , prince de la race des Saharhouniens, nommé par le même roi.
6a5. Varazdirots , de la race des Pagra* lîdes , fils de Sempad , nommé aussi par lUiosrou Perwig, gouverne pendant sept ans.
lui dit: « Mon fils est lumineux et exhale une agréable odeur; toi tu es ténébreux et ami du mal. » Comme il pleura amèrement, il lui donna la royauté pour mille ans.
« Ayant engendré un second fils, il le nomma Ormuzd , et enleva la royauté à Abriman pour la lui donner, en disant : « Puisque j'ai offert des sacrifices pour toi, c'est à toi maintenant d'en offrir pour moi.
« £C Ormuzd fit le ciel et la terre , et Abriman créa contre lui le mal , divisant ainsi en deux les créatures : les anges, qui viennent d'Ormuzd , et les dews\^.
Cest ainsi que tous les biens existants aux cieux etici-bas viennent d'Ormuzd ; tandis que Abriman est l'auteur .de tout le mal qui arrive dans les deux mondes. De même Ormuzd a fait tout ce qui est bon sur la terre , et ce qui n'est pas bon, c'est Abriman q«i )*a fait. Ainsi Ormuzd a créé rbcHome, et Abriman les maux , les maladies et la mort. Toutes les inimitiés et les événements fâcbeux , les guerres pleinei d'amertumes sont les œuvres du mauvais principe; et les choses heureuset« la puissance, la gloire, les honneurtf les avantages du corps, la beauté du visage, l'éloquence, la longévité, tout cela est le produit du bon principe.
A tout ee qui est différent, il s^j trouve mêlé un élément mauvais.
« Tous ceux qui disent que Dieu a -créé la mort , et que le mal et le bien procèdent de lui , sont dana l'erreur.
Surtout les chrétiens, qui soutiennent que Dieu est susceptible de colère , qu'il a créé la mort , et soumis l'homme k cette punition , parce qu'il avait mangé une figue. Cependant si l'homme ne porte pas d'ordinaire cette haine à un autre homme, encore moins Dieu auz autres hommes ; celui qui dit cela est aveugle et sourd ; il a été séduit par les dews d' Abriman.
« Il est encore une autre erreur que oommettent ceux qui disent que Dieu, le créateur des cieux et de la terre, ert
(*) Nom des mauvais génies, dont oa croit relro»)ver le radical dans les mots WSraho/uj, tirrrf , ttr.
ULJMIVERS.
descendu et est né d'une femme nomm^ Marie, dont le mari s'appelle Joseph. Beaucoup se sont égarés à la suite de cet homme. Si le pays des Romains est enseveli dans la plus profonde ignorance, et s'il sVst séparé de notre religion parfaite, c'est qu*il ne s'in-
?uiete pas du mal qui peut en résulter. *ourquoi, vous autres, vous livrez-vous aux mêmes égarements ? La religion que suit votre maître est aussi la votre , et nous cherchons à vous convertir , étant obligés de rendre compte un jour a Dieu de vous.
« Ne vous fiez pas à vos chefs que vous nommez Nazaréens, car ils sont très-fourbes ; et ce qu*îls vous enseignent par leurs paroles , ils ne peuvent le réaliser par leurs œuvres. Manger de la viande, disent-ils, n'est pas un péchés et eux-mêmes refusent d'en manger. Il est permis de prendre une femme, disent-ils encore, et cependant ils refusent de regarder les lemmes. C'est un grand péché, selon eux, d'amasser des richesses; et ils estiment plus la pauvreté que l'opulence. Ils respectent la misère et ils condamnent 'les riches. Ils se rient de la fortune, et méprisent la gloire. Ils aiment les vêtements grossiers, et Ils préfèrent ee qui est vit aux choses honorables ; ils louent la mort et méprisent la vie ; ils dédaignent d'avoir une postérité, et ils honorent le célibat. Si vous les écoutiez, et si vous vous éloigniez de vos femmes, la fin du monde viendrait promfytenient.
« Mais je n'ai pas l'intention de vous mettre par écrit toutes leurs erreurs , ear il j a encore beaucoup de choses qu'ils disent. Le pire de tout ce que nous vous avons écrit, c'est de prêcher aux hommes que Dieu a été mis en croix, qu'il est mort, qu'il a été enseveli , qu'ensuite il est ressuscité , et qu'il est monté aux cieux. N'était-il pas digne de vous de juger ici des dooiriaes aussi détestables ? Les dews ne sont pas méchants; ils ne peuvent être ni pris, ni tourmentés par les hommes; bien moins encore le Dieu créateur de tous les êtres ; choses absurdes , que Dons rougissons de répéter. «
Les évêques , assemblés par le patriarche Joseph I**, protestèrent contre cet édit, et demeurèrent , avec la masse de la nation, inébranlablement attachés à la foi chrétienne. Quelques princes apostasièrent. Cet exemple produisit d'heureux résultats, chose assez extraordinaire , car le peuple , indigné de cette lâcheté , courtaux armes ; le patriotisme est exalté par le zèle religieux, et les étrangers idolâtres sont repoussés. Les nombreuses forteresses dont les Persans avaient couvert le
gays , sont détruites ; et tout ce qui }mbe sous la main des Arméniens est emmené en captivité , hommes , femmes et enfants. Les temples des mages sont renversés, et les ornements qui les décorent servent à embellir les églises du vrai Dieu. De cette manière, dit l'historien Elisée, à la place des idoles on vit briller la croix du Christ rédempteur, et tous les cœurs s'ouvrirent à respérance.
Comme la puissance des Perses était trop formidable pour que les Arméniens espérassent pouvoir résister seuls à de nouvelles attaques , et comme , d'un autre côté, ils savaient que l'humiliation des dernières défaites avait allumé chez leurs ennemis la soif de la vengeance, ils songèrent à chereher un appui et des défenseurs parmi les Grecs. Ils envoyèrent donc une ambassade à Constantinople. L'empereur Théodose expirait, et Mareien, son successeur, partisan trop zélé du concile de Chalcédoine, refusa de prêter son assistance à des schismatiques.
D'après les conseils de quelques patriciens mal intentionnés, il envoya un ambassadeur à la cour de Perse, en lui recommandant de traiter secrètement avec le roi. Il promettait en outre de s'opposer à toutes tentatives d'insurrection des Arméniens. Ceux-ci ne furent point découragés par cette défection; réunis sous le commandement deVartan, ils allèrent présenter bataille à l'ennemi sur les frontières de la Géorgie, et remportèrent une victoire complète. Le roi de Perse accourt venger la défaite de l'apostat Vasag, son général , et trouve Vartan dans les
ARMÉNIE
plaines d'Artaxate. Vartaa avait environ soixante -six mille hommes sous ses ordres, tous disposés à verser la dernière goutte de leur sai» pour la conservation de leur foi et de leur patrie. Les évéques, les prêtres et les docteurs de la nation étaient venus se mêler aux troupes, non pour prendre une part active au combat, mais pour relever le courage des soldato par leurs exhortations.
Le 3 juin de Tannée 451, les deux armées en vinrent aux mains. « La bataille, dit le même historien Elisée, se livra à la fin du printemps; et les prairies verdoyantes furent dévastées par la foule. Le cœur saignait à la vue des monceaux de cadavres ; ajoutez à ce spectacle , les lamentations des blessés , le râle des mouranta , la fuita précipitée des lâches, des femmes j les gonissementa des enfanta , les {daintes des parenta et des amis , et vous aurei encore une faible idée de cetta scène déchirante. » Le brave général Vartan cueillit, dans cette journée, la palme du martyre ; il périt au fort de la mê* lée , et sa mort ne fit gu'exciter les adorateurs du feu, qui firent main basse sur tous ceux qui résistaient.
Les débris de Tarmée arménienne se réfugièrent dans une forteresse, que le manque de vivres et les assaute réitérés des Persans les forcèrent bientôt d^abaodonner. Sept centa hommes se frayèrent un passage au travers de l'ar^ mée ennemie, et opérèrent leur retraite; le reste fut massacré.
L'apostat Yasag fut investi du gouvernement du pays ; mais ses compacriotes rougirent de se soumettre à son autorité. Aussi les voyait -on déserter en foule les villes et les bourf;ades ; Tépouse quittait sa couche, et e nouveau marié la chambre nuotiale; les vieillards étaient arrachés a leur demeure , et les petite enftnta au sein de leurs mères. Les jeunes hommes et les jeunes filles fuyaient dans les retraites inaccessibles des montagnes.
Vivre à la manière des bêtes sauvages au fond des antres, leur paraissait préférable à une vie tranquille dans leurs demeures , achetée au prix de Papos-
tasie. Ils se nourrissaient , sans murmurer, d*berbes et de racines, oubliant leurs meta accoutumés : et les voûtes de leurs souterrains leur semblaient aussi douces à habiter que de riches appartementa lambrissés. Les chanta qu'ils ftisaient entendre étaient les psaumes, et l'Ecriture sainte était leur lecture. Chacun se tenait lieu à soi-même de temple et de pontife; leur corps était le saint autel , et l'âme ta victime de l'holocauste. Ils supportaient avec calme la perte de leurs biens; et jamais il ne revenait à leur mémoire qu'autrefois ils les avaient possédés. Toutes leurs espérances étaient en Dieu ; et la seule oemande qu'ils lui faisaient, c'était qu'il ne les exposât pas à devenir les témoins de la ruine de sa sainte Église.
Telle est la peinture touchante que les historiens contemporains nous font des malheurs de l'Arménie; et cependant ils n'étaient enqudoue sorte que le prélude de plus eflfroyaoles d^stres qui ne cessèrent de l'accabler.
La famille des Yahan fournit de nombreux chefs distingués par leur valeur, et qui organisèrent contre la Perse une suerre sanglante de partisans. Ils réussirent k conférer là di-» gnité de marzban à Sahag , de ta famille des Pagratides; mais l'Arménie resta toujours soumise à U Perse ; et le schisme religieux , alors croissant , favorisa les vues des Chosroès, en jetant de nouvelles semences de division entre les Grecs et les Arméniens.
« En ces jours, dit Jean l'historien , parut Mahomet, audacieux novateur, qui prétendait être envoyé de Dieu pour prêcher les vérités de la foi d'Apraham et de la loi de Moïse. Injuste dans sa justice , déshonoré dans ses honneurs, parjure dans ses sermenta, ses offrandes ne pouvaient être agréées de Dieu , et sa pitié était cruelle. Cela devait être; jamais le fils de l'esctave n'a pu être rhéritier de l'enfant libre ; et le fidèle n'a jamais pu céder ses droits à l'incroyant. »
Les forces de l'Ismaélite étalent grandes , et il dASt toutes les troupes de l'empereur Héraclius. Bientôt la
ftS
L'UNIVERS
blaiiie de l*Ararat fut envahie ; Tovîn nit emportée d'assaut. Un nombre considérable d'habitants perdit' la vie.
Trente-cinq mille furent vendus et emmenés dans la Svrie.
La force de fa nation était totalement éteinte , quand le voile sombre du Sud fut déchiré, et qu'il s'éleva contre nous un vent mortel et brûlant , qui , desséchant toutes les jeunes plantes du jardin de notre Église , les flétrit de son souffle : alors , au bout de peu d'années, la race des Ismaélites, après avoir mis la confusion et le désordre dans le Nord , s'empara de tout le pays. A cette vue, Théodore et d'autres grands, saisis d'épouvante, se soumirent à ces brigands , faisant un pacte avec la mort et une alliance avec l'enfer. Ils avaient abandonné le parti de l'empereur , qui , après avoir rassemblé une armée nombreuse , vint en diligence en Arménie pour les soumettre.
Il ne trouva d'obéissants que les Géorf^iens, ce qui redoubla la colère de Constantin , en sorte qu'il pensait à exterminer notre pays. Heureusement les su|)plications du patriarche Nersès changèrent la résolution du roi, qui vint avec des sentiments pacifiques dans la ville de Tovin , et prit son logement dans le palais patriarcal (*).
Après un ou deux engagements , les Araoes restèrent maîtres de l'Arménie, et prirent pour otages les femmes, les fils et les filles de tous les princes du pays. Théodore accompagna les Arabes en Syrie avec toute sa maison , etil V mourut. Son corps fut rapporté et déposé dans le tombeau de ses ancêtres. Lorsque le patriarche Nersès eut appris sa mort, et qu'il ne vit plus le pays inquiété par les Arabes, il retourna à son siège, et , de concert avec les grands, il nomma prince de TArménie Hamazasb,Mamigonéan,hnmme qui , outre son amour pour les lettres , et son instruction variée, s'efforçait encore de compléter la gloire de la valeur de ses ancêtres.
Affranchis du joug onéreux et dur des Arabes, les Arméniens se sou-
(*) Jean, pair, pag. 147, 162,
mirent à l'empereur , à oui Nersès demanda qu'Hamazasfo fût créé cinopalate et gouverneur de l'Arménie.
Informé de cela, l'émir fit massacrer tous les otages des Arméniens, au nombre de plusieurs mille. A partir de ce jour, l'esprit de discorde fut suscité par Dieu , et jeté au milieu du camp des Arabes, qui se levèrent les uns contre les autres; et, tirant leur glaive, firent entre eux un horrible carnage. L'émir lui-même fut tué , et on lui en substitua un autre (*).
/ Les troupes arabes d'Egypte , en faî- /sant leur paix avec fempereur, em- I brassèrent la foi chrétienne ; et seize f mille environ recurent le baptême.
' Mava, élu généraf, après le meurtre ' de Tautre émir, eut la domination universelle des Aral)es, et il fit régner la paix dans tout son empire.
Hamazasb, après avoir été revêtu trois années de la dignité de cur^pa late , arriva au terme de sa carrière , mourut, et fut réuni à ses pères.
Sempad le Pagratide prit en roaîo le commandement. Alors Merwan ftit envoyé dans l'Arménie comme osak-
fan (**), et il livra defréquents combats la nation. Tous ceux qu'il prenait, il les tuait et les mettait en pièces surle-champ. L'île de Sevan , située dans le lac de Khegham , ne fut pas emportée dès la première attaque , mais un ou deux ans plus tard. Elle leur fut livrée, et tous ceux qui se trouvaient dans la forteresse furent emmenés captifs; et, après avoir pris tout le butin, ils la détruisirent de fond en comble.
L'an 85 de l'ère des Arabes, Abd-el- Melek était calife. Ses troupes gui étaient en Arménie mirent tout à feu et à sang, comme si le démon avait soufflé en eux sa rage. Au moyen de promesses trompeuses , de fausses espérances et d'autres séductions, on parvint à réunir dans un même lieu les corps formés de la noblesse à cheval , et ils inscrivirent leurs noms dans le
(*) Jean, pair., pag. r63, 17.4.
(**) L'osdigan était un préfet ou pruconsiil, chargé de i^ir le [\^ys dont il recevait k gouvernement au nom du c«tKfe.
ARMÉMK.
tribunal, comme 6i Ton devait leur distribuer la solde annuelle. Ensuite, lorsqu'ils furent désarmés, on les renferma dans Féglise de la ville de Nakhdchivan; puis, ayant muré les portes avec des briques , on leur boucha ainsi toutes les issues. Ces infortunés , se voyant surpris , chantèrent le cantique des enfants de la fournaise^ tandis que leurs impitoyables bourreaux , après avoir enlevé le toit de Féglise, la remplirent de feu , dont les flammes s'élevèrent avec plus de furie que celles de Babylone , au moyen des matières infianuiiables, dutoit en bois de réglise, et des briques ardentes que Ton versait sur eux ; et cependant leur cantique d'actions de grâces ne cessa qu'avec le dernier soupir. Ces barbares, pour se délivrer de la crainte i|ue leur inspirait des soldats aussi braves, firent prisonniers ceux que le feu avait épargnés, et lés conduisirent à Tovin , a'où ils les envoyèrent sous bonne escorte à Damas (*).
Abd-el-Melek eut pour successeur au califat son fils Velid, qui, étant mort au bout de peu de temps, fut remplacé par son frère. Puis vint Omar, qui fit tourmenter cruellement Vahan, lequel , après avoir fait les plus belles actions pour le nom du Christ , reçut à Houroudjaph , ville de Syrie , la couronne du martyre.
Les funestes effets de l'esprit de parti, qui, dans les matières religieuses, dégénère toujours en fanatisme, sont oien sensibles dans ce fait rapporté par le même historien , avec un air d'approbation tacite , bien qu'on voie des chrétiens recourir à l'intervention des musulmans pour sévir contre d'autres chrétiens. « Pendant qu'Élie était patriarche, dit Jean , un certain Nerses, archevêque d'Albanie , égaré par un orgueil impie , se déclara le partisan de la secte de Cbalcédoine; et, ayant gagné la princesse qui était alors charge du gouvernement de cette province , ils travaillaient de concert à précipiter le pays dans la scandaleuse hérésie de Léon , qui fait
(*) Jean, paUr., pag. i63 , i 74.
de Jésus -Chlrist un homme. Ce fait étantvenuà la connaissance des grands, ils en avertirent le grand patriarche Nersès , qui , malgré le zèle qu'il déploya , et les uomoreuses lettres qu'il leur envoya à deux reprises diverses, pour leur expliquer la vraie foi, ne put les ramener de leur funeste erreur. Alors le patriarche, mettant à exécution les conseils de sa sagesse et de sa longanimité , écrit une lettre au calife Omar, dont voici la teneur : « !Nous avons dans notre pays un prélat et une princesse qui, sortis des voies de la soumission qu'ils doivent à Votre Majesté, refusent aussi de nous obéir, à nous qui mentionnons toujours votre nom dans nos prières , tandis qu'eux cherchent à soumettre notre pays au roi de la ville de Rome; et, si vous ne vous empressez de les enlever d'ici , ils s'entendront avec les Romains pour ce qui regarde les tributs et les autres règlements. » En recevant cette lettre, le calife traita avec la plus haute distinction l'envoyé du patriarche; et lui-même lui dépécha le chef de ses eunuques, avec l'ordre de lui amener sur-le-champ les deux coupables. Lorsqu'il fut venu en Arménie, il s'empara de leurs personnes , les chargea de fers , et , les faisant monter sur des chameaux , il revint vers le calife. Ainsi la pru^' dence du patriarche éloigna de son troupeau la mort spirituelle, en faisant punir Nersès et la princesse. Ensuite il consacra un autre archevêque, et le mit à la place de Thérétique. »
Vers ce temps, le calife envoya comme osdigan de l'Arménie un certain Échid, qui, arrivé dans la ville de Nakhdchivan, nomma dans chaque province des commandants et des gouverneurs. Lorsqu'il eut soumis la province de Pakrevan, il y établît pour préfet un de ses favoris, lequel étant venu dans le couvent de Saint-Grégoire^ situé en ce canton, y fixa sa résidence. Il avait été frappé de la beauté et de la magnificence cle tous les objets d'or et d'argent servant au culte des autels, des couleurs vives et variées du rideau du sanctuaire et des vêtements sacer-
L'UNIVERS
dotaox. Stimulé par sa détestable avarice, il chercha dans son âme artiil* cieuse les moyens de s'approprier ce dép6t sacré. Sa scélératesse le porta à faire étrangler secrètement un de ses derniers esclaves , et à le jeter pendant la nuit dans une fosse profonde dont on referma l'entrée. Dès le lendemain matin, comme s'il avait ignoré le fait^ il alla lui-même à la recherche de ce misérable; il fit mettre en prison et charger de chaînes tous les religieux ^ comme s'ils connaissaient la cause de la disparition de son esclave. Après avoir visité le monastère, il fit découvrir la fosse où gisait la victime. Alors ce tigre sanguinaire, poussant des ru-
g'ssements, condamne tous ces saints >mme8 à la mort qu'il méritait; ensuite il instruit de la chose l'osdigan , qui ne put, à cause de la distance, s'assurer de l'exactitude du ait. C'est ainsi que l'innocence ayant été déclarée coupable, l'osdigan donna l'ordre de tuer tous ces religieux sans examen ni procès, et ce bourreau impitoyable fit passer au fil de l'épée plus de quarante personnes. S'emparant après cela de la totalité des richesses du couvent, il combla la mesure de sa méprisable avarice. Quelques religieux , qui avaient cherché un asile dans les cavernes des montagnes, trouvèrent à leur retour les cadavres de ces saints immolés par le glaive, et l'église de Dieu dépouillée de ses ornements. Au lieu de cantiques d'allégresse, ils firent entendre de lugubres lamentations, surtout parce Îiu'ils n'avaient pas été jugés dignes de eur fermer les yeux. A peine reçurentils les honneurs de la sépulture, ces hommes dont Tinnocence, punie comme <x)upable, leur valut du moins la consolation d'être inscrits sur le livre de vie des martyrs (*).
Cependant les Arabes furent repoussés à plusieurs reprises, et le courage de quelques chefs vengeait le pays de tous les maux dont ils l^ccablaient. Mais ces succès étaient incomplets; lorsqu'une tribu était détruite, d'autres tribus plvs formidables accouraient
n JtiD, pair., pag. ai;.
du désert, aussi nombreuses que les nuées de sauterelles qui ravagent annuellement les rives de l'Euphiate.
Plusieurs siècles se passèrent dans cette lutte incertaine et sanglante, jusqu'à ce que les Arabes lussent chaasà à leur tour par les Mongols et les Turcs. Les Arméniens se trouvaient dans un état semblable à celui qui siniala la durée de la domination des Perses :
les Arabes les avaient remplacés. Contraints de se jeter dans les bras dai Grecs, ils trouvaient en eux des oppresseurs plutôt que des auxiliaires. Si quelque émir leur offrait des oroposîtions de paix, et si par lassitude on découragement ils les acceptaient, les représaiTies des Grecs étaient terribles; comme aussi les musulmans tiraient une affreuse vengeance de la moindre défection qui ralliait les Arméniens à l'empûre d'Orient
Au milieu de ces désastres, la fiamiile des Pagratides s'élevait sur les ruines de l'aristocratie, et jetait les fcmdements d'une puissance qui servit à défendre les derniers restes de la nationalité.
Si nous consultons les historiens de l'époque, et surtout Jean VI, nous verrons avec consolation que la foi religieuse ne cessait d'enfanter des actes héroïques de sacrifice et de dévouement. Boukaî, dit-il , opprime de nouveau la province, où se répandent ses coureurs qui passent au ni de l'épée tous les hommes armés, et traînent attachés par des cordes le petit nombre de ceux qu'ils mènent au tyran.
Ils sont réunis à ceux qu'on avait amenés de Daron et du Yasbouragan.
Les plus beaux d'entre eux sont mis a part et enfermés, dans l'espoir qu'ils se soumettraient à la loi de Mahomet Le reste périt par le fer.
Boukaî les interrogea, en les priant de renier le Christ et de se convertir à sa foi. Par une folie belle et toute chrétienne, ils persistent dans leur croyance, aimant mieux aller se réunir au Cfajrist que de jouir ici-bas dans le péché. Us montrèrent dairemeot oue les misères du temps ne peuvent être mises en parallèle avec lea gloires
ARMÉNIE
(teiavieluturç. Le tyran a recours aux supplices ; il les charge de fers et les presse par ses discours, par les coups et par la faim , espérant que la frayeur des tortures les ferait consentir a ses désirs. Mais ils supportent avec courage les tourments , la question et les coups. Tout leur corps est mis en lambeaux, et cependant, comme s'ils ne comptaient pour rien ces épreuves , ils inarcbent fermement à la mort, car ils étaient fortifiés par l'eau vivifiante oui jaillit des flancs du Christ, et qui les arrosait. Quand le tyran vit leur constante résolution de mourir pour le Christ , il fit peser sur eux tout le poids de sa colère , comme une béte féroce.
Il ordonne de les livrer au feu , non pas soudainement, mais il les tourmente avec lenteur comme une brebis que Ton traîne à Tabattoir. Contre son attente, remplis d'une espérance divine , ils ne piassent point du bien au mal , mais du mal au bien ; et , après avoir souffert patiemment leurs tortures , ils deviennent participants des biens des confesseurs au Christ qui les couronne dans leur mort.
Il y avait parmi eux six compagnons dont le chef portait le nom (TAdam , du district d'Alpag, du bourg d'Orsiran. Comme ils étaient d'une belle figure , habiles à manier les armes , on ne les tua point avec les autres, dans l'espoir de les faire tomber dans quelque déception. On leur offrit de riches présents , et des trésors d'or et d'ar- £ent , avec la promesse de leur donner oes viilases et d'autres propriétés, puis des aignités à la cour de Témiiabied. Mais ils se montrèrent insensibles à ces offres ; et , comme de généreux martyrs , ils raniment leur foi dans le Christ , préférant la mort à la vie.
La rase du tyran redouble, et il eommanae de leur infliger les plus cruelles tortures , et d'épuiser sur eux les plus affreuses atrocités, que la langue ne peut raconter, ni la {rfuine décrire. Leur espérance surnaturelle, leur amour du christ, et la joie des honneurs du martyre adoucissent l'amertume de leurs toqrments. Il les
fait suspendre à un poteau , où ils demeurent attachés comme h une croix.
Adam , par ses vives exhortations, relevait le courage de ses frères : Ne redoutez point, disait -il, la mort temporelle : si nous sommes tourmentés à cause du Christ, nous participerons aussi à sa vie. Puis, élevant au ciel ses pensées , au lieu de ses yeux , car sa position douloureuse inclinait sa tête vers la terre : Nous espérons dans le Christ , disait-il ; aujourd'hui , fête annuelle de saint Georges , j'avais coutume d'offrir pour sacrifice un bélier , eh bien , à cette heure je m'offre moimême pour la gloire de son nom , à la place de cette victime. O Christ, accepte l'offrande de ma^personne; reçois mon sacrifice , et réunis-moi au nombre de tes saints martyrs, qui ont aimé le jour éclatant de ta venues Cest ainsi que , résistant avec patience à ce long combat, ils en sortent vainqueurs, et reçoivent du Christ la couronne d'immortalité. La foute des chrétiens , témoin de leur supplice , se répandit en actions de grâces.
Le nombre des martyrs, qui précède et qui suit la trois cent deuxième année de l'ère arménienne , s'élève à plus de cent cinquante , sans y comprendre tous ceux qui périrent dans les autres
{)rovinces ou dans les villes, et dont es noms sont inscrits sur le livre de vie. Le patriarche Jean institua , eo l'honneur de ces saints martyrs , une fête annuelle que l'on célébrait le vingt- • cin^ du mois de Meheg , à la grande gloire de Dieu.
Quelques-uns d'entre eux ne purent résister à cette lutte , ni en supporter les assauts. Us se soumirent a l'abominable loi des musulmans , et renièrent la foi du Christ pour ce culte diabolique. On eut dit qu'ils s'étaient couverts de la cendre de la pénitence , tant ils étaient tristes , abattus , flétris. Sans même acquérir les biens terrestres, ils perdirent la gloire du martyre et la vie céleste, plus belle, plus précieuse que tous les honneurs, ne recevant en partage que les flammes de la géheiuie éternelle.
Ésaîe , prince des Albaniens , tombe
L'UNIVERS
en son pouvoir, avec toute sa famille, par reffet d'une ruse. Les autres seigneurs du pays subissent le même sort , ce qui ne put se faire sans effusion de sang. Captifis et enchaînés, ils sont conduits à la cour de l'émirabied par Sempad, qui espérait qu*on lui donnerait à régir une grande partie de TArménie, ou qu'on le congédierait avec beaucoup d'honneurs et de présents.
Mais , lorsqu'il fut en présence de Témirabied, on lui fait partager les mêmes chaînes , et il est jeté en prison , sans égard pour les bons procédés de son ancienne alliance. Après quelaue temps , les princes arméniens et albaniens, (]ui étaient prisonniers, sont soumis à l'épreuve d embrasser le mu- .sulmanisme, en reniant la foi du Christ, de recevoir des présents et des honneurs, et de retourner dans leur patrie , au sein de leur famille, ou^bien de terminer leur vie dans les supplices et des tortures inouïes. Comme on les cffra3'ait chaque jour par des menaces, et qu'on prolongeait leur détention , quelaues-uns , sur la foi des promesses ae l'emirabied, abjurent, et d*autres, sans se soumettre à la circoncision, faisaient cependant espérer que , dans un temps opportun, ils condescendraient aussi a ses désirs.
Le sbarabied Sempad oppose courageusement au mensonge un amour de la vérité digne de ses cheveux blancs.
D'une foi parfaite , et conOant dans les promesses de la vie éternelle , il ne prête l'oreille à aucune de leurs propositions, aimant mieux mourir pour le Christ, oue de jouir de la vie dans le péché. Il se contenta de cette réponse : Je ne puis abandonner la religion chrétienne, don que la grâce du baptême m'a accordé, pour me soumettre à votre culte impie. Lorsqu'on connut sa volonté inébranlable, on songea à le faire périr dans les tourments. La grâce céleste lui permit de se racheter, par la mort du corps , de la mort éternelle de Tâme; et, en évitant de tomber dans Tapostasie, il s'assura l'honneur du martyre. Tous les ordres des chrétiens enlevèrent son corps en récitant drs psaumes , au mi-
lieu des bénédictions et des chants rituels ; et ils le transférèrent dans'la chapelle de Saint-Daniel le prophète, à l'endroit même où il avait été précipité dans la fossé aux lions.
En 859 , Achod le Pagratide recerait le titre de prince des princes ^ et, par son habileté, il sut si bien se ooocilier les bonnes grâces de rempereur grec et du calife arabe , qu'il fut reoonma plus tard rai par l'un et par Fautes. La ville qu'il avait pour capitale était Gars, Kars ou Garouts , située sur le fleove Akhouréan, dans le pays de Vanant(*).
Sempad, fils d'Achod, fut moins heureux; pris dans Tovin, où il s*était enfermé avec ses trésors, il resta à fa merci du général arabe Afschîn. La fortune lui devint ensuite plus favorable, et sans la jalousie des grands, qui craignaient toujours l'élévation de qoe(qu'ùn d'entre eux, il aurait pu délivrer son pays du jou' des étrangers. Mais l'esprit d'individrualisme et de rivalité qui a toujours perdu la nation arménienne, se réveilla plus fortement dans les esprits; les sei^^neurs prêtèrent leur assistance au général Youssouf, et Sempad fut vaincu. Après un an de captivité, il mourut misérablement à Tovin. Son fils Achod , Bras de fir^ essaya de le venger. A la tête de braves déterminés, il courait le pays, surprenant les bandes arabes, qu'il taillait toujours en pièces. Les secours qu'il reçut de Constantinople |ui permirent de livrer une bataille rangée dans faquelle Youssouf eut le dessous , et Achod se vit paisible souverain du royaume; il reçut même le titre fastueux de roi des rois y ce qui, dans la réalité, désignait simplement sa prééminence ou sa suzeraineté sur les autres petits princes ses vassaux.
Sous le règne d'Apas, son frère, les émirs arabes et kurdes du Diarbekre se révoltèrent pour conquérir une indépendance que quelques-uns n'ont pas perdue depuis cette époque. Achod ill, fils d'Apas , commit la faute impardoo- . nable de diviser son pouvoir, en nom- ' mant son frère roi de Kars. Cette
(*) Voy. Us figures a 4 et ag.
ARMENIE
noavelle dynastie, ainsi que celle des Gorigéans dans l'Albanie arménienne, et la maison des Ardzrouniens dans le Vasbouragan , ne Grent que détruire le lien d'unité formé par ù restauration de la monarchie. Les princes musulmans profitaient habilement des rivalités produites par la diversité des intérêts de tous ces rois. Toutefois Sempad II, Hls d'Achod II, eut un règne l)riilant, et ajant fixé sa résidence, il y bâtit, suivant la tradition, mille et une églises, par lesquelles le peuple arménien jurait proverbialement dans ses serments (*).
Au commencement du onzième siècle, les Turcs seidjoukides se montrent sur les frontières d'Arménie, s'enhardissent à passer l'Araxe, et ne se retirent que devant le sbarabied Vasag, qui les défait heureusement. La terreur causée par l'irruption de ces barbares
DTVASTIB DBS PACRATIDES.
Dep. J. C. 748. Achod , fils de Yasag, créé ptrice et gouverneur de rAnnénie par Merwan II , dernier calife de la race des Omniades.
758. Sempad , fils d* Achod , tué en combaltant contre les Arabes.