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anidaient om pron|ite réforme; le tttr s'en occupa avec sollfcitude; mais la même bienveillaDce, qui le jk»'tait à entreprendre cette tâcbe difficile « l'empêchait d^attaquer avec une fermeté efficace des abus dont tant de fonctionnaires profitaient. « Il commença, dit Raboe, {Kir abolir la chaneellerie secrète, véritable inquisition d'État, que Catherine avait conservée depuis Tannée 1763, sous le nom ambigu de département secret. Il établit un conseil permanent pour l'examen prMable de toutes les ordonnances on*il y aurait à rendre sur les affaires 4e fempire ; il investit d'une nouvelle «XMisidération le sénat dirigeant , et Tinlerposa comme médiateur entre le peuple et le souverain;» mais il ne put arrêter la marche vicieuse que la vénalité avait introduite dans ce corps ■ombreux , où la capacité administratifve et la probité éprouvée se trouvent rarement réunies. Le pouvoir efifecttf du sénat resta par le fait fort peu de cbose, comme rexigeaient les conditions d'un gouvernement despotique; mais on se servit soavent de sa prétendue influence comme d'un {vétexte spécieux pour âoder des demandes auxquelles on était peu disposé à obtempérer. « Alexandre rétablit les relations de commeree , rappela deSibérie un grand nombre d'exilés, permit la libre intpoiiation des livres, modifia la sévérité de la censure, exempta le cleilgé des peines corporelles, rotîtua à la noblesse ses anciens droits, accorda aux fermiers la permission de Goupor du bois dans les forêts de la couronne . «noouragea le commerce et les manufactures, et s'eiforça d'améliorer la ooodition des ser&. »
Tandis que M. de KaNtdief , envoyé russe à Paris, prescrivait à la France, comme condition de la paix euroféeme, la réintégration des États de Najiles et de Sardaigne sous leurs prmces légitimes, Alexandre consommait (1609) la réunion de la Géor^ â IVmpire russe. Du reste, cet empiétement, dont les guerres ultérieures contre la Turquie et la Perse ont démontré l'importance , était justifié par
des promesses spécieuses. « Nous avons consenti , déclara le tsar, dans un manifeste, à l'union de la Géorgie jivec la Russie, non pour augmenter notre puissance, ni dans des vues intéressées, mais ofli||uement pour l'établissement de la justice, et pour la sécurité des personnes et des propriétés ; toutes les taxes payées par votre pays seront employées à votre propre usage, et pour le rétablissemeot des villes et des villages détruits : votre bonheur et votre prospérité seront oour nous la seule et la plus agréable des récompenses. » En effet, pour que la Géorgie devînt une acquisition utile, il fallait la soustraira à l'influence des gouverneurs voisins, et la préparer par degrés à une réorganisation complète.
Les intérêts de l'Angleterre étaient évidemment contraires au dévdoppement de la puissance russe dans 10rient, mais il lui importait surtout de s'assurer une alliance immédiate dans le Nord pour neutraliser le progrès de l'influence française. Une partis de l'année 1802 fut consacrée a des né-
Sociations avec Paris , au sujet des inemnités en Allemagne; Alexandre, malgré le caractère pacifique de ses vues, penchait évidemment pour le cabinet de Berlin , et l'entrevue qui eut lieu au mois de juin de cette année, entre le jeune tsar et le roi de Prusse , imprima aux négociations une marclie plus rapide et plus efficace.
A l'intérieur, la sollicitude d'Alexandre se porta sur les abus qui entravaient toutes les branches de r«administratioUé L'oiganisation judiciaire réclamait surtout une prompte réforme; mais cette grande tâche excédait le pouvoir de l'autocrate; les principaux obstacles contre lesquels vinrent échouer les oukases étaient la vénalité des fonctionnaires, cette maladie dbromque de l'empire, l'étoignoment des juridictions secondaires, et l'incapacité des magistrats^ obligés d'abandonner à des subalternes l'interprétation d'une multitude 4e lois diverses et souvent contradictoires. Là où régnent l'arbitraire et le bon plaisir, il n'y a point de code possible; il sufiQt
L'UNIVERS
d'un oukase f>our détruire toute l'économie des lois préexistantes. Cependant on essaya de faire revivre le comité de législation institué par Catherine, et il fut enroint aux gouverneurs de s'abstenir ae toute intervention dans les affaires judiciaires de leurs ressorts administratifis. Ces réformes furent rendues plus faciles par la création du département de la justice. Un autre département fut établi simultanément, celui de Tinstruction publique. A la même époque eut lieu la fondation de l'uni^^ersité de Dorpat, dont l'empereur Paul avait projeté rétablissement. La direction supérieure des écoles s'occupa activement d'une organisation systématique pour les différents degrésd'mstruction, depuis les écoles paroissiales et celles de districts jusqu'aux gymnases et aux universit&.
L'empereur, pour remédier, autant que possible, aux abus qu'avait introduits le luxe sous les deux règnes précédents, donna lui-même rexemple d'une sage économie; il réforma dans sa maison un grand nombre d'emplois ; on le voyait souvent à pied et sans es^corte dans les lieux publics, et cette conjBance dans l'amour de ses sujets ajoutait encore à leur affection. Le commerce prit une nouvelle activité, et les relations avec l'Angleterre donnèrent une nouvelle valeur aux objets d'exportation; la censure, confiée au gouvernement civil, concurremment avec la direction supérieure des écoles , devint moins méticuleuse; les universités échappèrent à ce contrôle, mais en assumant la responsabilité des ouvrages qu'elles publieraient. Il en résulta quelques avantages que contre-balançafent des inconvénients essentiels, entre autres celui de ne point donner aux élèves une instruction en harmonie avec les formes du gouvernement autocratique.
Il fit revivre les ordres de Saint- George pour le service militaire, et de Saint-Vladimir pour la carrière civile, fondés tous deux par son aïeule , et que Paul avait affecté de nésliger. L'importance du sénat fut relevée, et ses ronctions rappelées à l'esprit de son
institution : malheureusement le personnel ne pouvait être réformé par un oukase.
Cependant les événements qui avaient ébranlé l'Europe avaient déplacé trop d'intérêts pour qu'on pût compter sur une paix durable. Les écoles militaires furent réorganisées sur une échelle plus vaste, et une levée de deux hommes sur cinq cents porta l'effectif de l'armée à cinq cent mille hommes. Les frontières de l'empire, du côté de la Perse, furent mises à l'abri d'un coup de main; car les troupes du schah avaient contraint les Russes à se replier en Géorgie : enfin, on débarqua à Corfou quelques troupes destinées à appuyer ultérieurement les vues de l'Angleterre.
Au printemps suivant, 1803, la guerre se ralluma entre la France et la Grande-Bretagne. Le Hanovre fut occupé par les armées de la république, et, de leur côté, les Anglais fermèrent l'embouchure de TElbe et du Véser.
L'ii^tervention pacifique de la Russie entre les deux nations rivales n'avait servi qu'à fournir à Tune et à l'autre une occasion d'exposer leurs griefs à la face de l'Europe. Depuis le traité d'A« miens, l'opposition parlementaire n'avait cesse d'attaquer le principe de cette transaction , que réclamait cependant l'intérêt britannique; on reprochait à la France de n'avoir aocorqé à la Lombardie que le titre illusoire de république, d'exercer une influence toute-puissante sur la Toscane et sur le Piémont , et de traiter la Hollande et l'ancienne fédération allemande moins comme des États indépendants que comme des annexes de la république.
« Ce qui était bien plus inquiétant pour l'Angleterre, ajoute Raboe, c'est que la France s'assimilait, par la voie des relations commerciales et industrielles, tous les pays sur lesquels elle avait, dans les dernières campagnes, planté ses drapeaux victorieux. Elle transportait partout ses mœurs, ses habitudes. Le çénie de ses habitants, si souple et si pénétrant , servait à merveille a cette sorte de colonisation morale de l'Europe; d*ailleurs tout favorisait cette extension de son activité.
Les «odeiuies barrières tonibaient; les ancieniies limites s*eflfacaient sur les frontières naturelles, (fest ainsi que les routes militaires du SimploBt du mont Cenis, du mont Genèvre, enlaçaient ritalie, et réunissaient, |Nir des trajets ooiurts et faciles, les bassins du Rhône et de FEridan. » De leur côté, 1rs Anglais, au m^ris des traités, conservaient MaKe, le cap de Bonne- Espérance et Alexandrie. I.eur politiffoe pouvait être prévoyante, mais certes ils n^avaient aucun droit de crier à la mauvaise foi. A ces manifestations hostiles , le cabinet de Londres joignait encore une conduite qui témoignait de sa haine contre les conditions politiques du gouvernement français. H appuyait, par tous les moyens possi* mes , les intrigues sourdes de Témif ration , dont les espérances s'adressaient tour à tour ou simultanément à l'étranger, aux complots et à la guerre civile.
Malgré les efforts de Fox , le parti de Pitt remporta, et la guerre fut déclarée (16 mai 1803). Le premier consul n*était pas homme à se laisser prendre au dépourvu; il était en mesure de repousser et même de prévenir une agression ; cependant, bien qu'il oomp* tat faiblement sur le succès de cette démarche, il envoya en Prusse et en Russie Duroc et Colbert, pour se méoager Talliance ou du moins la neutralité de ces deux puissances. Les envoyés français échouèrent dans le double but dé leur mission , et les opérations militaires recommencèrent dans le Hanovre.
La Russie ne s'était pas montrée
(»lus scrupuleuse que l'Angleterre sur a rigide observaôon des traités. La république des Sept-Iles était oocui)ée militairement, et lui offrait un point.
favorable, soit pour contenir la Turquie, soit pour agir, concurremment avec r Angleterre, dans la péninsule
La sollicitude de Tempereur ne se
bornait pas à faire respecter au dehors
te nom russe; ce prince s'attachait en
•même temps à rendre ses sujets plus
dignes du rang politique que leur assi-
27» Ijrvraison, (Russie.) T. II.
gnaient la force numérique et le territoire. Il encouragea Tagriculture tt plusieurs établissements de eolonistes dans le gouvernement de Péterabomrg et sur les côtes de rSuzin.
A la même époque eut lien une innovation dont les résultats seront féconds dans l'avenir. Le comte Serge Reumianzof fit passer un oertain nombre de ses paysans de l'état de serfs à celui de francs tenanciers; et le tsar, par un oukase (4 mars), permit à tout seigneur de concéder à titre de redevance, ou de telle autre condition sti* pulée, des terres qae leurs paysans feraient valoir désormais à utre de cultivateurs libres. La perspective d'un impôt plus considérable, la crainte d'être privés de toutes ressources, en cas de non succès dans leun exploitations, et la valeur précaire dirae II* berté dont les avantages leur étaient si nouveaux , firent demander à plusieiini, comme une grâce, la facutté de ne point chanijer d'état; mais quelques essais réussirent, et la liberté plaida mieux sa cause par elle-même que n*avaient pu le faire des ordonnances.
L'industrie manufacturièra fit des progrès proportionnés au développement du commerce d'importation; les produits fabriqués à l'étranger, ne s'aaressant qu'aux besoins des classes aisées, servirent en même temps de points de comparaison et de concurrence à la fabrication indigène.. Les nomades tributaires, chassant devant eux leurs troupeaux innombrables, affluaient dans les marchés d'O^bourg; les Buiffiires, les Boukhms envoyaient à la nontière de riches caravanes, et les Chinois se roMlaient à Kiakhta pour y échanger le thé et hi soie contre les fourrures moscovites.
C'est en 1804 que le (^uvemement russe, après avoir inutilement tenté d'établir des relations oommcraales avec le Japon, essaya, sans plm de succès, d'obtenir l'entrée des Etate chinois. Nous laisserons parier l'orientaliste Klaproth, qui faisait partie de l'ambassade russe.
« Le projet en fut conçu à Saint- Pétersbourg, en 1804, et, à ne fu^ii
L'UNIVERS
MraU, d'apm le désir manifesté par la eour de Pefcing de reoe? oir un anfbsMadeiir du Mhim ùUme. Le gou? ernement rosse ne négKgea rien pour rendre cette ambassade tarfllaiite , ctigne du nMenique-qui renvoyait, utile au Gonmieiee et profitable pour les scieiiees • Elle était coaiposée de personnes apparlenaat aox iainilles les pins di»tinfçuéesde l'empire; son chef, homme de talent , était appelé , par son rang et sa aaisaanoe, à remplir les plus hautes 4lignités : die emportait des présents ma^Mfiqoes pour l'emperevr de la Chine; une société de savants, sous la direction de fieu M. le comte Jean Po- Mski ^ fot adijoinU à la légation. Cette «xpédition nombreuse quitta Saint" i^tersbourg en pkmeiirs dirtsions qui 4eTaient se réunir à Irkotttsh vers la :fin de septembre 1805.
« Arrivé dans cette ville, Tambassa- •deiar envoya M. Saikof, son premier «ecrélanrev à rOurga« pour prendre, avec les autorités dwnoisefl et mon« goles, les arrangements nécessaires, tant sur la maflMPO de transporter sa suite à Péking cfue sur d'autres points relatifs à ce voyage. Ces premières néffodatisns présentèrent d*abord des difiionltés : les Chinois refusaient de recevoir une ambassade beaucoup plus nombreose que les précédentes, aliéguant qsf ils n'avaient compté que sur cent pôsonncs , et qu^i la avaient établi ^n conséquence les étapes dans les êé^ serts de Gob«« Après de longs pour'^ parlent Peiwové se vit obligé oe dinmiuer le nombre de sa sorte, et de le bumev à cent trente personnes*
« M. le comte Gofot&in (ambassadeur) arriva le 17 octobre au fort de Kiakhia, nommé Troîtshosavsk, et éloigné de trois ventes de Tentrenét do eomncpo» qai est à la frontière même. De nosmies négociations Ty retinrent pendant deui mois et demi :
les diftcmtés me fttreal entièrement aplanies que vers la Un de Tannée, de -sort» que f ambassade ne passa ht frontière qtté le f jâmrler 1666. le ftoiû était excessif; les membres de Texpé- •ditlon en* soolfiraient d'autant plus qu'HiB ftn^nt obKgéi d'employer qua-
torze jours à parcourir les trois cent sept verstes (soixante et miatorze lieues) qui séparent Riakhta et POurga.
Pendant tout ce voyage, ils ne trou-* vèrent d'autre abri que àeêjùurtes ou tentes de feutre (*)-
« A J'Ourga, ies discussions sur le cérémonial chinois se renouvelèrent; l'ambassadeur refusa de s'y soumettre, on s'ai^uyant sur l'exemoie de lord JMscartnev, qui n'avait tait d'autre satut à rempereur Rhian-loung que Ueluf qui est usité en Europe dans des circonstances semblables. Des courriers furent expédiés à Péking; on concevait res|)érance d'obtenir une ré-
Sonse iiavorable du tribunal des rites u Li-fan-yuan , ou collège des affaires étrangères , et peut-être de rempereur lui-»meme.
« Sur ces entrefaites , le vang , ou vioe-roi de la Mongolie septentrionale, reçut l'ordre de donner au comte Golovkin une fête , au nom de l'empereur, devant le trône impérial. La réception , pour ce festin, eut lieu le 15 janvier, en plein air, et par un froid de vingttrms ou vingt-ouatre degrés. Le vang exigea que l'amnassadeur fft préalablement le kheou-theoo, ou les neuf prosternations, devant un écran on une petite table couverte d'un damas jaune , représentant la personne de rempereur. Cette prétention parut trop humiliante pour que l'envové d'un grand monarque pdt s*y conformer. M. le comte Golovkin refusa donc de se soumettre à ce cérémonial, et te festin n^eut pas fieo.
« Depuis ce moment, les négociations prirent une tournure fâcheuse, et les esprits s'aigrirent. Malgré quelques hieurs d'espérance de voir terminer ces différends à l'amiable, l'am-
(*) PndMt le aéiour ée ftambmÊà&ar eu MMJgolM, le firoid eieh toajoon enlre i S et 3o degrés de EéeuaMr; le nepom gela deiu fois. Les jourtes ne pouvaient se ehaHffar <|u'avec da cbarboa qs'oii allumak au milieu, les voyageurs, Goucbiiés à terre devant ee feu , biglaient d'un ooté et gelaient de l'autre. L'ambassadeur était dans une posi-. tion fort désagréable, et chacun désirait vivement de voir fiûir de p*eitles souflninees.
liÙSS^E.
bassade fut congédiée, le 10 fëvHer, par ane lettre Tenue de Péking. Elle rerint à ÎLiakhta dans les premier^ jours de mars. * If est à regretter que des formalités puériles, et dont le ridicoie retomberait phitdt sur celui qui les impose que sur l'enroyé qui s'jr oonformeraft , ait privé Fempire russe de grands avantages commerciaux , et TEurope d^une relation neuve et intéressante.
Un des soins les plus assidus d*Alexandre lut la propagation des lumières dans ses vastes États: c'est h dater de son rèene que les écoles et les miiversités pnrent une importance réelle, et préparèrent au tsar actuel la'voie de nouvelles améliorations : H était seulement à craindre qu'en se réglant sur les universités de rAllemagne, auxquelles on empruntait des pofesseurs distingués, on n*incalquât a la jeunesse russe des idées peu en narmonie avec les formes et les exi-
fences du gouvernement, et il était ifficile d^écnapper à cet inconvénient dans un pays despotique où le peuple est resté esclave , tandis que les classes privilégiées ont atteint en moins d'un siècle le même degré de civilisation que b vieille Europe. L'académie des sciences , fondée par Pierre le Grand , et oui n'a guère brillé depuis que du reflet de quef^es illostrations étrangères, reprît sous Alexandre une nouvelle activHé, et àes revenus furent portés à cent vingt mille roubles; elle fbt chargée d'évoquer h elle toutes les hautes questions scientifiques et lltté»
ratrcs, non pas, comme oh fa prétendu , pour s^étiger en arbitre absolu , mats pour raviver les iMâta par ses himfèrèt, et leur imprhner un mouvement phA fécond et phis rationnel.
Tandis que Temperenr cherchait à moraliser sbn peuple pai^ les bienfaits de rmstruction, Timjpéi'africe-mèi^e encourageait les ^blttseméuta de bienfiisance , et , dans son zèle inépuisable, efle faisait de ses revenus autant et
S arts qa'&n peut éomnter de classes ans la granné famille des misères humaines. Les veuves, les malades, les orpheffina, les enfants trouvée trouvé*
rent un astle et des ressources sotis sa généreuse protection. Toutes ces aménorations Jetèrent un vif édat sur lé rèsne dujeune autocrate , et ajoutèrent à ridée favorable que les cours d'Eu* rope, intéressées à capter sa bienveillance, avaient répandue sur ses qualités aimables, sa modération et sa justice.
Cejpendant, toutes les fois qu la dignité et les Intérêts essentiels et la Russie se trouvèrent compromis, Alexandre montra de la fermeté: c'est ainsi que la Suède ayant empiété sur les frontières russes en Finlande, et les représentations du cabinet de Saint- Pétersbourg étant demeurées sans effet, la flotte des l^èrts fut armée, et des troupes sitmsantes reçurent l'ordre de marcher en Finlande : Gustave céda , et cette démonstration n'ait Iias d'autres suites. Les Le^his âeVé^ akan et de Tehari vfhrent faire Ôes incursions îosque dans le voisidage de Tiflis; le général Goulakof les resoul* dans leurs repaires. La Russie allait bientôt entrer en lice contre un ennemi plus dangereux. (18<M.) Pitt> toujourt acharné oontié la France, couvrait sa haine du prétexte spécieux du Ûeri public et du rétablissement de l'ordre, jouant ainsi le sort de l'EurOpe, et forcatit son rival à développer tout sou géme et toutes ses ressourcés, en né lui laissant que l'aKernative d'une gloire immense ou d'une ruiné définitive. Ce ministre ne n^Kgeait rien pour parvenir à son but. La restauration des Bourbons donnait une apparence de justice à ses vues secrètes; peu lui importait au fond qu'une révolution eàt changé en Fram% la forme du gouvernement; mais il savait que ieê princes de la famifle déchue ne pourraient remonter sur le trône qu'en abandonnant toutes le^ conquêtes dé la république. 0ans ce b6t, il Ué^^âfl habilement auprès detf cabinets jalout, de l'agrandissement de la France, et favoriSaUt les Intrigues et les conspirations de quelques émigrés exaltés. La fortune de Bonaparte le préto^va dé ce danger. GfSorgè Cadoudal et pkrsieurs de ses complices périrent sof
L'fJMlVUlS.
|0I fr^pti^es <|f i*ou«$it, dans les firavincés démembra 4® TandeAii^ Pologfif (l^abbcû.
\e$ soins nniHipliés d'une guerre nrochainç et sérieuse, les incuFsions frëj|ue^tes de» X^ffiigbis n'eav^tchiiient pomt Alesaocke do ^'oGCupêr d'utiles réformés à rin|épieur . Lé sort des serfs fut un peu mpius i^ujinis à Tarbitcaife des sei^neiU'^i les é^^ publiaues se inul(i|i!lièreat; les divisions administratives bu fjourernemento, que Paul avs|it réduits à ^uar^nte et un « furent portés à cinquante et un, en y oompi^ nant 1^ Géorgie; enfin (e eode, cette fBuyre toiyoqrs refaite et toinours k refaire, dut subir une révision dont on chargea le prince liapoukbin et M. de Kovassiltzof. Nous ne oarlerons des mesures prises pour adoucir le sort des paysans que pour faire ressortir rt^unianité du monarque; retendue des possessions russ^, la solidarité ^es in^réts dans la classe des seigjoeuRs (Mit presque toi^purs paralysé reffat des oukases ; et s^ii ^ s\ eu véritabler ment une amélioration à cet égara « on )a doit plutôt à la diffusion des
Ïmièf^ et à TinQuence bienfaisante une éducation morale qu'aux prescriptions dv^ souverain. Pour éteindre graduellement Tesclavage» le godverpement russe a usé d'un mciyen transjtoire dont on peut apprécier Tefficaçité. Il çi été crée une banque qui prête a terme sur les bips seigneuriaux; au délai fixé, et à défaut q^ remboursement, lés biens engagés retournent à la couronne, et les paysans n'appartiennent plus au*à 1 Ëtat, condition 3ui le^ urépare a un affranchissement . éfinitit.
^empereur Alexandre , persuadé aue moins les droits sont onéreux, plus le commerce fleurit, réduisit de vingtcinq pour cent les droits dans les port^ russes de la mer Noire et de la mer d*Azof, et bientôt la prospérité d'Odessa prit un développement extraordinaire. Il résulte d'un compte rendu par le ministre du commerce, pour Tannée 1802, que, dans les ports de (a Baltique ^blement, la balance comliierciale était , eu fz^vcur iç \i\ hussic.
d'enviroB dix-huit millions de roubles.
Cependant, malgré ielibévalîsmeéolnré d'Alex^rc, la nature mena de son pouvoir le loiEçait à des mesunes dont l'esprit était opposé à ses vues personnelles; c'est ainsi qu'il sandiomia un édit de censure qu'on aurait cm ànané du cerveau ombrageux de son p^e; peut-être avait-on surpris son adhésion, car, p^ de temps après, il en tempéra la rigneur par quelques dispositions atténuantes. L'angiqentationde U( population, l'embellissement des viUos, des écoles fondées dans toutes les parties de l'empiie, tout annon^t les bienfaits de la paix et la sagesse du aouvernement. Odessa comptait déjà plus de deux mille maisons et einauaate mille habitants; la nouvelle Tonerkask s'élevait à oôté de l'ancienne, et de tous cdtés les étran-
E s et les colons apportaient, en ange d'une vie aisée , leur industrie , rs lumières et leur travail. Les écoles militaires re<^rent une nouvelle oiganisation; l'université de Kharkof s'ouvrit, et il lui fut assigné un revenu de cent trente mille rouoles.
f La lenteur de l^ procédore, dit Rabbe, avait, depuis loo^mps, été le sujet de beaucoup de plamtes en Russie. Eu conséquence , l'empereur Paul avait, en 1796, commissionné trois brandies du sénat , dont l'unique affaire devait être de juger le nombre immense de causes pendantes. Cependant, dans le cours de huit années, à peine avait-on abordé la difficulté principale. Il fut en conséquence déter* mmé, sur la proposition du prince l^apoukhin , d'abolir les trois départements temporaires , et d'augmenter le sénat de deux nouv^ux départements, de maniire qu'il se trouvait alors composé de neuf départepients , dont six siégeaient à Pétersbourg et trois à Moscou. Le corps entier du sénat se trouva porté à neuf cents personnes ; et afin qu'il trouvât assez de temps pour l'exécution de tout ce qui lui était attribué^ le nombre des jours fériés (yt rédmt de soixante -deux à trente et un. »
iJians uue guerre contre la Francs
EU66iE.
MipéfMe^ qui exerçait éé^ù unegrandt Muenee «or le oorpe germanioiie , le eôté le plus vulnérable de ia Rassie était la Pologne, tdte que Tarait or«
Snisée le dernier partage; aussi Alesan> e ne négligea-tril rien pour conaenrer oe riche néritaffe de la politique de son aieule; d*abora il rendit quelques ou* kases en faveur des paysans ; les jsré* très gpees eurent soin , dana les lieux ou les catholiques étaient en minorité , de rattacher les idées de nationalité aux idées religieuses; les juifs, qui, par leur industrie et leurs eorrespondanees , peuvent fiiire tant de bien ou Caat de nuJ , obtinrent quelques privii> iégSB , et furent mis au nombre des su* jeti russes ; et cette fois, du moins, la sa^ne politique se trouva d'accord avec nnmianité. Plusieuis causes empêchèrent la Polope russe d'échapper au idvg moooovite; d'abord rhabileté de Caraerine ^i avait su intéresser à eetle spoKation l'Autriche et la Prusse ; et ensuite les vues particulières de Napoléon oui , ayant besoin de la Russie pcHir abaisBer l'Angleterre, s'atta* dw plutôt à s'assurur un jour son aN Kance, qu'à élever une forte barrière entre cette puissance et l'Europe.
(1806) Déjà , depuis un an , la Francs émt en guerre contre l'Angleterre; nais ces deux États rivaux ne pou*vaiest s'étreindre eorps à corps, la force de Tune résidant surtout dans ses années, et la prépondérance de Tautre dans ses flottes : aussi , bien que poursuivant le même but , chacune rattachait, par des vues différentes, à f^pper son adversaire dans ce qui constituait sa puissance ; l'Angleterre soudovait l'Europe continentale contre le soldat*empereur , et celui-ci s'effoi^ cait de tarir tes sources de ia prospérité de la Grande-Bretagne , en fermant les portsde TEuropeau pavillon anglais. La Russie, par sa position géomphi^e, n'arait pas un intérêt direct à Tabaïasemcnt de la FranceteUe qu'elle étaitavant H9 conquêtes de la republique; mais Teitension du nouvelempim et le moiv eeUeraent de la vieille Europe devaient inquiéter même les princes dont l'élotgnement n*était pas ua obstar le pou):
le génie le plus actif des teaps medénies. Une autre considération pou* vait porter Alexandre à des mesures hostiles ; il lui fallait opter entre les deux alliances, et les avantages matériels de son empire le rapprochaient impérieusement de la nation la plus commerçante. D'un autre côté, le reste de l'Europe s'affaiblissait dans ees luttes continuelles ; et la Russie , qui n'exposait qu'une partie de ses for ees , conservait , quelles que fussent les ehancesde ia guerre, une influencedont elle se réservait de tirer tout le parti possible. Nous verrons que ses revers ne l'ont presque pas affaiblie , tandis
Jne ses voisins se sont vus tout près e leur ruine définitive^ Quand la politique est intéressée à une rupture , elle est rarement ar« rêtée par le choix d'uti motif ou d'un prétexte : et d'ailleurs Napoléon donnait assez de prise à la jalousie des mo? narques pour ne leur laisser que l'eiiibarras du choix. Le général Hédouville venait de signifier à la cour taariennc l'avènement du premier consul à la dignité impériale. Alexandre refusa de reconnaître le nouveau souverain , et le roi de Suède suivit cet exemple. L'ambassadeur français quitta immédiatement Saint-Pétersbourg.
Les flottes de la Baltique avalent déjà franebi le Sund pour rallier l'eseadre anglaise dans la Méditerranée , et opérer simultanément sur les eêtes de I Italie. A la même époque. Napoléon méditait une descente en Angleterre; il isolait ainsi son ennemi de rEurope, et menaçait les descendants de Guillaume le Conquérant de tout le poids de son épée victorieuse. L'Angleterre alarmée se hâta de détourner Forage qui la meiia^it. Il s'agissait de déterminer la Russie à la guerre ; le traité qui liait cette puissance n'était que conditionBel ; aon alliance avec rAnffleterre n'était offensive qu'autant
Ïiie l'Autriche se déclarerait contre la rance;or, l'Autriche, craignant d'être attaquée et vaincue avant jpi'on eût le temps de la secourir, avait préalablement reconnu l'empereur, bien décidée d'ailleurs à trouver d'autres moUfs>
L'UNIVEES.
de rupliire dèt qu'une oœasion favorable se présenterait II fallait donc démontrer à rAutricfae qu'elle n*ob« tiendrait rien par la paii y et entamer des négociations oui donnassent le temps d'organiser les éléments d*une hitte puissante.
« Pour décider rAutricfae, on fei-
Enit , dit Rabbe , d'entrer dans ses dé* lis pacifiques; la Russie alla même jusqu'à proposer, ^r l'intermédiaire de Berlin , sa médiation entre la France et l'Angleterre. Cette médiation ayant été agréée à Paris, M.deNofossiitzof fut envoyé à Berlin avec de pleins pou* voirs. La il devait obtenir des passe* ports du gouvernement français pour se rendre à Paris. Mais il avait ordre de n'accepter les passeports qu'à la condition, qu'il traiterait immédiate* meht avec le chef du gouvernement français , sans reeonnattre le nouveau titre qu'il s'était donné, et que Bonaparte aasureraitpositivement qu'il était animé du même désir de paix générale qu'il avait paru manifester dans sa lettre au roi d'Angleterre. Les passeports de M. de Novossiitzof furent expédiés sans difficulté ; mais cet agent rej^ut en même temps la défense d'en faire usage. »
A rin^nt même où la Russie et la Suède contestaient a Napoléon le titre d'empereur, l'Iiéritier de la révolution frad^ise, comme pour justifier cette ambitieuse dénommation, ajoutait à sa couronne celle d'Italie , et réunissait à ses États la république ligurienne. Ce n'était pas le moyen de faire taire les scrupules diplomatiques de Pétersbourç et de Stocknolm ; aussi M. de Novossiitzof, en quittant Berlin., remit, le 10 juillet, au ministre d'Etat, baron de Hardenberg, une note dans laquelle la réunion de l'État de Gênes était pr^ntée comme une cause définitive de rupture. « Il était impossible, disait l'agent russe, de croire que Bonaparte, en expédiant les passe-ports qui étaient accompagnés d<*8 assurances les plus pacifiques , eût sérieusement songé à s'y conformer, puisque , dans le temps qni devait s'ébouler entre Texpédition des |»asse>
ports et l'arrivée du négociateur à Paris, il hâtait des mesures qui, loin de fiiciliter le rétablissement de la paix , étaient de nature à en détruire le principe. »
Il est assez curieux de remarquer, à l'occasion des répugnances de la Russie et de la Suède, que de ces d^x puissances la première ne datait son existence politique en Europe que d'environ un siècle , tandis que la seconde allait se donner pour souverain un lieutenant de Napoléon.
Le cabinet des Tuileries combattait
Bar des articles (rfficiels les préteoons de la Russie à régler les affaires du continent. « Qu'ont de commun la France et la Russie indépendantes l'une de l'autre; elles sont respectivement nulles pour se nuire, et toutes- Iiuissantes pour se faire du bien. Si 'empereur des Français exerce une grande influence en Italie , l'empereur e Russie exerce une influence pk»
grande encore sur la Porte Ottomane et sur la Perse. L'une a une influence circonscrite qui ne s'étend pas au delà des discussions relatives à ses limites, et n'augmente pas sa force d'une ma* nière majeure ; l'autre , au contraire , exerce son influence sur deux puissances de premier ordre qui furent longtemps au même rang politique que la France et la Russie , et qui dominent sur les Arabies , la mer Caspienne et la mer Noire. Si le cabinet de Russie prétend avoir le droit de fixer les limites où la France doit s'arrêter, il est sans doute aussi disposé à pennettre que l'empereur des Français lui prescrive les limites dans lesquelles il doit se renfermer... On a partagé la Pologne : il a fallu que la France eût la Belgique et la rive du Rhin ; on s'est emparé de la Crimée , du Caucase , de l'embouchure du Phase , etc. : il faut que la France ait un équivalent en Europe ; l'intérêt de sa propre conservation l'exige. Veut -on un congrès général de l'Europe.' Eh bien! que chaque puissance mette à la disposition de ce congrès ce qu'on a envahi depuis cinquante ans; qu'on rétablisse la Pologne, qu'on rende Venise m
Séoal^ la Trinité à l'Emagne^ Ceylan à laHoIbnde, la Crimée a la Porte; qu'on renonce an Phase et aa Bosphore ; qu*on restitue le Gauease et la Géorgie; qu'on laisse la Perse respirer après tant de malheurs; que Temptre des Marattes et de Mysore soit reta* bK, ou ne aoit plus Pexclusive propriété de TAngleterre. La France alors pourra rentrer dans ses anciennes limites... Il est à la mode d'accuser rambitîon de la France. Si cependant elle arait voulu conserver ses conquêtes, la moitié de l'Autriche, les Etats de Venise , le royaume de IVa<ples^ la Suisse, la Hollande, seraient encore en son pouvoir. Les limites de la France sont en réalité l'Adige et le Rhin: a-t-elle passé l'Adige? a-t-elle passé le Rhin ? Si elle ne prit pas pour limites la Save et la Drave , y fut-elle eontrainte par la force des armes , ou fîit-elte détermmée par june noMe modération... La politique des puissances du Nord fut toujours d'exciter des guerres dont elles n'avaient rien à redouter. Cest ainsi que Catherine fit battre pendant plusieurs années la Prusse et l'Autriche, en annonçant des secours qui n'empêchèrent pas les années françaises d'arriver aux portes de Vienne. C'est ainsi que le dernier empereur de Russie perpétua les calamités de la guerre, en promettant des secours qui n'arrivèrent qu'au moment où r Autriche avait obtenu des soœès sans eux , qui se retirèrent au premier revers , et laissèrent , au milieu d'une campa^e , leurs alliés supporter seuls le ârdeau qu'ils avaient promis de partager. » {Monileur),
Cependant l'Autriche levait à^ troupes , fortifiait les passages susceptibles de défense , et nortait des forces imposantes du coté de la Bavière. Le gouvernement demanda des explications; et, a^rès quelques tenriporisations , le cabinet de Vienne feignit de vouloir intervenir comme médiateur entre la Russie et la France. La Prusse , quoique moins intéressée que l'Aufricbe à la répression immédiate des empiétements successifs de Napoléon, n*en désirait pas moins la guerre;
mais , craignant de s'avancer trop têt , elle venait de refuser à Alexandre le passage de ses troupes à travers son territoire. L'archiduc Jean, le général Mack et l'archiduc Ferdinand entrèrent en campagne avec quatre -vinct- dix mille hommes , et occupèrent àla fois la Bavière, les gorges du Tyrol et les rives de l'Adige (Rabbe). Napoléon fut bientôt en état de faire face à cette nouvelle coalition. « Il avait reçu la nouvelle de l'arrivée de Villeneuve dans un port d'Espagne; dès lors il avait vu rexpédition de l'Angleterre avortée , les immenses dépenses de la flotte et de la flottille perdues pour longtemps, pour toujours peut-être...
Dans Femportement d'une fureur qui ne permet pas même aux autres hommes de conserver leur jugement, il avait pris une résolution des plus hardies , et tracé un des plans de campagne les plus admirables qu'aucun conquérant ait pu concevoir à loisir et de sanç froid ; sans hésiter, sans s'arrêter, il dicta en entier le plan de la campagne d'Austerlitz , le départ de tout le corps d'armée , depuis le Hanovre et la Hollande jusqu^aux confins de l'ouest et du sud de la France; l'ordre des marches , leur durée , les lieux de convergence et de réunion des colonnes ; les surprises et les attoques de vive force , les mouvements divers de l'ennemi , tout fut prévu , la victoire assurée dans toutes les hypothèses. Telles étaient la justesse et la vaste prévoyance de ce pian , que , sur une ligne de départ de deux cents lieues , des lignes d'opération de trois cents lieues de longueur furent suivies d'après les indications primitives , jour |)ar jour, et lieue par lieue, jusqu'à Munich. Au delà de cette capitale, les| époques seules subirent quelque alté^ ration ; mais les lieux furent atteints, et l'ensemble du plan fut couronné d'un succès complet (Daru). Après vingt jours de campagne , Vienne ouvrit ses portes au vainqueur, dont le génie, puissamment secondé par des
Î;énéraux habiles , fut encore servi par es fautes de l'ennemi ; la marche lente des Russes, riiidécision de Koutou*
L*ui«ivf;iis.
sof, rhésitaCion intenipesUvo de U Prusse y et la conduite de Mack à Ulin , contribuèrent au suoeès de cette mé* inorable journée.
Alexandre «'était rendu à Berlin le 85 octobre (Rabbe). U fut reçu avec enthousiasme pr la cour et (>ar le peuple. L'unanimité de ces dispositions lui rendit plus facile Taecomplissement du de$sein qui ramenait dans la capitale de Frédéric<'Guillaume III, U venait , invoquant le pacte juré entr^ eux en 1802 , le rallier a relui qui unis* sait de nouveau T-Rurope contre la France. Sa présence et ses instances ne furent point vaines : il quitta Potsdam , après avoir visité , à Tbeure de minuit , le tombeau de Frédéric avee le roi de Prusse et sa femme. On dit que les deux souverains se jurèrent une inviolable amitié sur la tombe de ce grand homme. De là Alexandre se rendit à Weimar, puis à Dresde où il arriva le 11 novembre. Trois jours après il joignit Tempereur François à Olmiitz, au moment même où la deuxième armée russe , aux ordres du général Buxbovden, après avoir traversé la Gallicie et la Moravie, donnait la main à la première année russe que commandait Routousof. Réunis au nombre de soixante et dix mille hommes sous le commandement de ce vieux général , ces deux corps d'armée combattirent à Austerlitz ; TAutriche consternée était cependant parvenue à rassembler encore près de trente mille hommes.
Malgré les fautes de Koutousof , la victoire fut sanglante et longtemps disputée. Les pertes de l'armée combinée furent immenses ; « elle était de quatre-vingt-deux raille hommes, et le nombre de ceux qui furent rois hors de combat s'éleva a plus de quarante mille hommes; en effet, on compta près de dix mille morts sur le champ de bataille ; dix-neuf mille Russes et six cents Autrichiens furent faits prisonniers; et dix mille autres, sdon toutes les apparences, furent dispersés ou engloutis sous la glace des lacs. Trois lieutenants généraux, six généraux-majors, vingt ofUciers supé-
rieurs, et plus de huit cents autr^ officiers se trouvèrent parmi les prisonniers; les ^tes en matériel ne furent pas moindres; quarante -cinq drapeaux , cent quatre-vin^t-sÎK pièce$ de canon « quatre cents voitures d'artillerie , tous les gros équipages et une quantité de chevaux furent les trophées et le butin des vainqueurs d'Auster-
Iit«.
«Immédiatement après l'issue de cette désastreuse journée (9 décembre 1805), un envoyé des alliés, le prince Jean de Lichtenstein , arriva au camp français : il venait en toute hâte , au nom du souverain qui commandait l'armée combinée* demander un armistice et proposer une entrevue, afin d'en régler plus promptement les conditions , en attendant qu'on pût négocier une paix séparée. Cette démarclie fit connattre la confusion et le désordre extrême des alliés. On se hâta d'en profiter; et . dès l!i pointe du jour, toute l'armée française fut mise en mouvement pour achever d'écraser l'armée vaincue. » (Précis des événements militaires.)
François II vint hii - même au bivac de Napoléon solliciter la générosité du vainqueur. Napoléon s'avança à sa rencontre, et lui dit, en l'invitant à entrer dans la masure où était allumé le feu du bivac : Je vous reçois dans le seul palais que f habite depuis deitx mois. Un armistice fut accordé ; et , pour première condition « 'les Russes durent évacuer le territoire autrichien et se retirer à travers les monts Krapaks.
L'empereur Alexandre, observe Rab> be , ne cuvait refuser le bienfait de l'armistice, dont i\ avait besoin pour opérer sa retraite et sauver les débris de son armée: mais il manifesta sou éloignement absolu pour toute participation au traité que l'Autridie pourrait ultérieurement conclure avec la France.
L'aide de camp de l'empereur, le général Savary, avait accompagné l'en»pereur d'Autriche, après rentrevue, pour savoir si Tempereur de Russie adhérait à la capitulation. Il trouva les
ft'USSIE.
de Fmfnée ruM* Mut artillerie ai tecage, et deiie un épwvanU^ désoffwè; fl était minoit; le général MjBBvfeld avait été repoussé de Geddtng par le marédial Doroust ; Tannée russe était cernée; pas an hoirnne ne pouvait échapper. Is prince Csartonski inlnH doisit le générai Savury près d' Aleiandi« : « Dites à votre niattre , lui cria es prime, que je m'en vais; qu'il a fait nier dn miraeies , que eette journée a aecru mon adaiiratuMi pour lui ; oue <fe0t ua prédestiné du eiel; qu'il faut à naott année cent ans pour égaler la sienne. Hais puis*je me retirer en su* reté?... — Oui ,sire , lui dit le général Savary , si Votre Majesté ratifie ee que les dcnx empereurs qe Franee et d'AN lemagee ont arrêté dans leur entre?
vue. — Et qu'est -ee? — Que Farmée de Votre Majesté se retirera chez elle 9 par les journées d'étape qui seront réglées par l'empereur, et qu'elle éva* coera T Allemagne et la Pologne autriobienne. A cette eondition , j'ai l'ordre de Pempereur de me rendre à nos avant-peeles qui vous ont déjà tournés , et d'y donner les ordres pour protéger votre retraite, Tempereur voulant remcter l'ami du premier consul.
— Qoelle garantie faut • il peur cela ?
— Site , votre parole. — Je vous la donne. « Cet aide de camp partit surle-dianap au grand galop, se rendit «près nu maréebal Davoust, auquel il donna Tordre de cesser tout mouvement et toute attaque. Poisse cette générasitédel'empereurdesFrançaistte pas être oiibliéeen Russieaussi promp^ tement qnelefot le beau prooédédu premier consul , qui renvoya à l'empereur Paol sîi mille hommes , avec tant de grftoe H de marques d'estime pour loi.
Le général Savary avait causé une heure avec l'empereur de Russie, et l'avait trouvé tel que doit être un hoHHne de oœur et de sens, quelques revers d'ailleurs qu'il ait éprouvés» Ce namarque lui demanda des détails sur la journée. «Vous étiçz inférieurs à moi , lui dit-il , et cependant vous étiez supérieurs sur tous lespoints d'attaque. ..
— Sire , répondit legenéralSavary^c'est Tart de la guerre , et le fruit de quinze
ans de gloire ; c*est la quarantième bataille que donne l'empereur. ^ Cela est vrais c'est un grand homme de
Î[uerre. Pour moi, c'est la première ois que je vois le feu. Jç n'ai jamais eu la prétention de me mesqrer avec lui. — Sire, quand vous aurez de l'eiipérience, vous le surpasserez peutêtre. — Je m'en vais donc dans mq ca- Îûtale. J'étais venu au secours de 'empereur d'Allemagne; il m*a fait direqu'il est content. Je le auis aussi. » ( Entrait d'un bulletin daté d'Auster* litz, 17 décembre ISOfi.)
Le roi de Prusse en était réduit à se féliciter d'avoir laissé battre les deiH empereurs Alexandre et Fran-
Sis. Le ministre Haugwitz, parti de iriin pour se rendre au quartier général des alliés , en apprenant le sort de leurs armes, se rend à celui de Napoléon , et le félicite sur sa victoire : « Voilà , dit le vainqueur d'Austerlite, «un compliment dont la fortune a « changé l'adresse. »
Tenais que l'armée russe se dirigeait sur la Silésie, le grand-duc Constantin se rendit à Berlin , déclarant , au nom d'Alexandre , que les troupes étaient à la disposition du roi ; cette demande > conforme aux traités , pouvait parattrf une satire de la conduite de Frédérior. Guillaume; ee prince, qui avait craint d'agir quand les chances de la guerre pouvaient lui être favorables, n'eut
Sarde de profiter de cette offre dans es circonstances si désastreuses. Toutes les opérations militaires qui se rat*> tachaient au plan des alliés manquèrent par une conséquence naturelle de la journée d'Austerlitz : un ccHrps d'An* glo^Russes, rassemblé dans le nord de l'Allemagne , ainsi qu'un autre enviée dans le royaume de Naples , fournirent à Napoléon des prétextes plau* sibles pour formuler nettement ses vues d'agranfBssement. « La dynastie «( des Bourbons a cessé de régner, i« s'écria -t- il dans une proclamation adressée au corjw d'armée de Joseph ; et la fortune ratifia cet arrêt.
D'après la eonveation provisoire conclue à Vienne le 16 décembre , la Prusse cédait à la France les terri*
L'UNIVERS
toires d'Anspach et de Bareuth , Glèves , Neufdiâtel , et obtenait en dédommagement la &culté d'occuper la Flandre, après en avoir déposséaé le roi d'Angleterre.
Le traité de Presbours ( 26 décembre) statua sur les sacrinœs imposés à l'Autriche. Les anciens États de Venise, en y comprenant la Dalmatie et l'Albanie , furent réunis à l'Italie. La
Kincipauté d'Eichstadt , une partie de x-évécbéde Nassau , la yille d'Augsbourg , le Tyrol , toutes les possessions autrichiennes en Souabe , aans le Bris- ^u et rOrtenau , furent transportées a rélecteur de Bavière, au duc de Wurtemberg et au duc de Bade. Les deux premiers furent créés rois par le vainqueur. C'est ainsi que l'Autriche, dépouillée de sa suprématie , se vit réduite à un r^le secondaire et pour lon^mps InofTensif. Mais, non moins patiente dans ses revers qu'habile à profiter de ses avantages , cette puissance tournait ses espérances vers la Russie, et attendait de la fortune des chances moins défavorables. A bien considérer les éléments de la prépondérance française, on ne pouvait se dissimuler cpi elle ne pouvait subsister que par la victoire; au moindre échec , les nationalités absorbées par la con-
auéte devaient se détacher d'un ordre e choses improvisé par des traités sans être dans les moeurs ; et même en regardant la France comme représentée par son ancien territoire et ses acquisitions récentes , il était aisé de voir que les forces combinées des nations rivales pouvaient longtemps oontre-balancer l'effort de ses armes , et mettre sans cesse en question son existence politique.
Après réchange des ratifications.
Napoléon eut une entrevue avec l'archiduc Charles au château de Stammerdorf; il y fut question, dit -on, du démembrement de laTurciuie, qu'il s'agissait de soustraire à 1 inOuence ambitieuse des Russes. Le moment n'était pas bien choisi pour éveiller les craintes de l'Autriche sur les empiétements successifs de la Russie vers rOrient ; aussi le prince Charles évita-
t^ll de se prononcer sur ane oaestion qui ne touchait point aux intérêts du moment. Cependant la sollicitude de l'empereur n'était pas sans fondement : en 1804 , la Russie, qui se pféparait à ûÂre la guerre à la Livonle , avait été sur le point d'obtenir du divan un traité d'alUanoe défensive et offensive; mais une clause insérée dans les stipulations ouvrit les yeux de SéKm. Elle portait que tous les musulmans professant là religion grecque seraient placsés sous la pn>« tection immédiate des a^yents russes.
Sélim et son conseil se récrièrent contre de telles prétentions. La Turquie n'était pas en état d'appuyer ses eriefe Sar des forces imposantes ; la révolte u pacha deTrébizonde, et les incursions des Wéchabites tenaient en échec les troupes disponibles ; et , en peu de jours, I armée d'Odessa pouvait menacer Ifs côtes du Bosphore, tandis Îue les Iles Ioniennes i la Marét^^ la hessalie, l'Épire, et même la Moldavie et la Valachie deviendraient simultanément autant de centres d'insurrection. La Russie, dans d'autn»
circonstances, eût pu tout exiger; mais, absorbée par les préparatifs d'une lutte sérieuse , elle se contenta de renouveler , pour huit ans, le traité de 1798. A peine ce traité était-il conclu que la nouvelle de la bataille d'Austerlitz parvint à Constantinople. Les diapositions de l'empereur des Francis a l'égard de la Turquie étaient moins favorables à cette puissance gu'hostiles à la Russie ; cepeiidant le divan apprit avec joie la défaite des Russes , dans l'espoir que la lutte, en prenant l'AU lemagne pour théâtre, détournerait pour longtemps les armes de l'empire moscovite occupé de sa propre conservation. Malgré les efforts de M.
d'Italinski, et ceux du ministre anglais, la Porte reconnut Napoléon comme empereur, et envoya un ambassadeur a Paris , avec des féiicitations et de riches présents.
Cependant la Russie songeait à réparer l'échec nue venaient de recevoir ses armes : il fui importait de ne point laisser à Napoléon le temps de con-
solider sapuîMance. (1806.) Aleiaodie M crut même assez fort pour résister leiil au génie de son redoutable advenaire; il signifia à Frédéric- Guiikuime ID qu*ille dégageait de sa promesse d'agir simultanément contre la France « mais en lui offrant, s'il était encore disposé à combattre, de mettre à sa disposition l'armée du Hanovre , sons les ordres de Tolstoï , et In trtHipes que Beningseit conduisait en Siltee. Dans la situation présente, il y avait plus de danger pour la Prusse à accueillir ces dernières ofires ou'à les décliner ; cependant le roi , céaant à rentratnement belliqueux du parti de b cour, envoya le duc de Brunswick à Pétersbourg , pour ][ arrêter les bases d*nne Douvelle coalition.
On 8*éCait flatté à Paris que la victoire d'Austerlitz amènerait une paix générale; la Russie, ne voyant dans les ménagements de Napoléon qu'un sacrifice intéressé pour l'enlacer dans son alliance, resta quelque temps indécise ; enfin , au mois de juillet , M. d'Oubril arriva à Paris, et la paix fiit signée le 1*'' août suivant.
Cependant, quoique Tagent russe eût les pouvoirs nécessaires, cette paix ne fttt point ratifiée, sous le prétexte que le diplomate s'était écarte de ses instructions; les conditions stipulaient:
la cessation immédiate des hostilités , la remise aux troupes françaises des bouches du Cattaro, le rétablissement de la ré|M]blique de Raguse dans son ancienne mdépeodance , la retraite et l'amnistie des Monténégrins , la sarantie mutuelle de Tindépendance des Sept-llcs , celle des possessions de la Porte... L'article 7 , le seul d'une importance générale, et oui sans doute avait déterminé le plénipotentiaire eusse, ^it ainsi conçu : Aussitôt «l'en vertu de la présente convention de paix , l'ordre aura été donné pour l'évacuation des bouches du Cattaro , les troupes françaises ^ en faisant cesser toute occasion d'hostilités , se retiraront de TAllemagne. S. M. Tempereur Napoléon déclare que toutes ses troupes retourneront en France au |4us tard dans trois mois , et à dater
de la signaUiredu traité. Par l'article 8, les deux empereurs se promettaient d'employer leurs bons offices pour terminer la guerre entre la Prusse et la Suède. Enfin , par Tarticle 9 , Temperenr des Français acceptait les bons o£Sces offerts par l'empereur de Russie pour le rétablissement de la paix maritime.
M. d'Oubril avait |>ressenti , d'après un changement de ministère qui avait eu lieu a Saint-Pétersbourg pendant son absence , que cet arrangement ne serait pas complètement approuvé, puisqu'en partant de Paris, il dit à rambassadeur anglais : « Je vais mettre aux pieds de V empereur mon ouvrage et ma tête, » (Rabbe.) Le parti anglais,
Î[ui proaait un ascendant marqué dans e cabinet russe , aima mieux faire désavouer le négociateur que de subir les conséquences du traité; et la question de personnes, qui se cache si souvent sous les motifs politiques, ne fut pas, dit-on , étrangère à cette mesure ultradiplomatique. D'autres ont prétendu Î|ue la surprise de M. d'Oubril , après e désaveu de sa conduite, était peu sincère , et qu'il poussa le aèle el le dévouement jusau a se prêter à une combinaison préparée d avance dans le but de gagner du temps. Comme les cabinets se piquent peu de loyauté, il n'est pas étonnant que , dans Tinterprétation de leurs vues secrètes, on aille quelquefois au delà de leurs propres inspirations.
Le mauvais vouloir de la Prusse à l'égard de la France n'était plus un mystère pour Napoléon. Il u'i^i^rait
Êas qu'à 1 instant méijie où le ministre [augwitz acceptait les clauses du traité de Vienne, le cabinet de Berlin se liait plus étroitement avec les cours de Pétersbourg et de Saint-James. L'occupation du Hanovre était présentée comme une mesure provisoire imposée par la nécessité, et dont le résultat immédiat était d'éloignier les Français du nord de l'Allemagne. Mais Napoléon , qui ne voulait pas à demi , dit au roi de Prusse : « Je vous ai donné, « il faut maintenant que vous preniez.
o. Il faut surtout que vous fermiez aux.
vvmvttis.
« Ttrisseaux de l' Angkitoi'fe les Bftfts et «rembouehure des fleuves o» fou»
« voilà mattre désormaîtf. » Eb attendant que la Pi^uase se décidât, il fit occuper militairement le» territoire»
d*Anspach , de Ifenfehâtel et de Berg, et la torteresae de Wesel reçut garnison française.
Cependant le génie de Napolé<m mé* ditait , pour s'assurer de rAllemaene , un nouvel ordre de choses qui , en équilibrant les pouvoirii du corps germanique, neutraliserait, au profft de sa politique , Finfluence de l'Autriche et de la Prusse. En se déclarant protecteur de cette confédération , il se trouvait en droit d'exiger en retour une coopération active à ses vues ultérieures ; les États confédérés devenaient , dans cette combinaison , autant de barrières contre une attaque , ou dt postes avancés, s'il jugeait nécessaire de déconcerter par des marches rapides quelque nouvelle coalition.
Le roi de Prusse , pour eontre-balancer les effets de la nouvelle confédération , résolut d'établir une contre-fédération dans le ïïord; c'est alors qu'il se rapprocha de la Russie et de la Suède , tandis qu'il jetait des troupes snr le territoire saxon.
Les prétentions de Napoléon repoussaient cette mesure de réciprocité : se croyant en droit de tracer avec son glaive la part du vafncu, il déclara que les villes anséatiques resteraient indépendantes, et que les autres Etats du Nord seraient libres de n*agir que conformément à leur politique particulière. Préalablement, il ordonna à la Prusse <f évacuer Ja Saxe.
De son côté, Frédéric - Guillaume demandait : 1» que toutes les troapes Arançaises replaçassent le Rhin; S* qu'il ne fût plus mis de fa part de la France aucun obstacle à la Itgue du Nord , laqnelfe embrasserait , sans nuHe exception , tous les États non désignés dans l'acte fondamentaf de la confédération du Rhin , qu'il avaît reconnue; 3« qif on ouvrît sans délaf une négociation pour la discussion des points contestés.
Napoléon reçut cet ultimatum au quartier général deRamberg ; il répon-
dit par une ^doiamifton datée du • octobre , dans laquelle il ré^ta d'àvaiiM la victoire , oomiiie si la fortune tftt^ vait en aoeanà seerets potfr ce géivie extraordinaire.
Les premières hostilités eurent lien le 9 octobre. L'ai^mée pruasieDoe comptait environ deux cent trente inHIe hommes bien disciplinés et d'une tenue magnifique. La cavalerie prussienne passait, à cette époque, pour la meilleure de l'Europe. Les chamiKS d'Iéna ténnoignèrent de la supériorité française : les Prussiens essuyèrent une perle de quarante mille hommes en tiiés , blessés et prisonniers ; deux cent soixante canons furent les trophées du vainqueur.
yfngt»six généraux forent faits prisonniers ; le due de Brunswiek fût grièvement blessé , ainsi que le maréchal Moliendorf et le lieutenant général Schmettau ; enfin le prince Louis de Prusse tomba sur le champ de bataille.
« Il est [prouvé, dit Rabbe, qu'une terreur panique avait saisi cette armée si fière de sa discipline ; et lés suites de cette épouvante furent horribles et honteuses. Les envhrons d'Iéna présentaient le spectacle d^un champ de bataille abandonné; des soldats de toutes les armes, maintenant isolés, sortaient des bois et des haies où iis s'étaient cachés ; les chemins et la campagne étaient semés de fîisfls, de baïonnettes, de cuirasses, de sacs vides et de cartouches répandues ; les Prussiens avaient pillé les bagages des Saxons, et les Saxons pillaient les Prussiens ; les charretiers et les valets avaient quitté la route , coupé les traits des chevaux et versé les voitures ; des caissons et des canons démontés furent abandonnés par les conducteurs. On trouva même quelques pièces enclouées. « On attribue généralement à llndécision du duc de Ërunswick les résultats ftmestes de cette journée.
Toutes les places fortes se rendfrent successivement: le maréchal Blôcher essaya seul de résister dans Lubeck , mais il fut battu dans les mufrs mêmes de cette ville. La reddition de Magihs bourg oouromia cette rapMe et décisive campagne.
4it
1^ Heaâéy k pays de Bniiiswick, le HaiMVfe , tes dudiés d'Oldenbourg «t de McckléiilNniq; , eo ofi mot , toifte rAlitnnne Mptentrionak , en y cempraumtXee fiortâ aaséatiqoes^ sabi^- BaicHt le jotig oû lUfifluenee de k Frenoe impériale , à Texception de Rôniglbei^ et û» forteresses de Strakund et de Golberg. La Sîlésie était sur k point «réchapper à la Pmsse : k serment fait car k tombeau du gnaà Frédéric senoK niait CToir porté malheur à ses couqaétes; il eât CsUu, pour les conserver OQ les repreudre^ tout le génk qan Ivt avait rattachées à une couronne récente.
Uélectear de Saxe signa, à Posen, un traité d'allianoe avec Napoléon , et accéda à la confédération du Rlûn ; il reoit ea retour le titre de roi.
La Pruase était rainée sans rea* senroe que ks Russes n'avaient pas eacore eo k temps de ks joindre ; à la ooave^te des d^iastf es dléna et d* Aostaedt^ ik replièrent précipitammeitt learv lignes dierriève là Yistule ; Ten^ aenoî les joignit bkntct , et ik furent aaceeMivenBent défaits à Czaraowo , à IMiaungen, à PaUusk, à Golymin.
La bataHk d'fiyko (7 et » févrkr) fat phia diapvtée; ks deux partis s'attri'* bnèreiit k sucois de cette sanglants yeumée; mais il est constant que k efcaiBp de bataiik resta am Français^
Les opérations rtniitaires recom^ mencèrent au printemps (1607). Les Russes furent encore vaincus à Friedknd ; mais ik déployèrent un grand eonra^e, et celte victoire fut âièire- ■lest acMée. La ptise de Këmigsbepg) de fkin, dk €tf ftt^ et de Kosel , dédon»' «ia§ea aBq>lement Hipoléen des sacvlt fina éost ià ]|vatt payé cet avantage:
ks dëtek do TanAnée russe prirent po*sîtioo dèrfièee k NiésMii*
Vm MOàtUm fut convenu entre let ésiÉt étopeseni» qm , kknt6t après s mamà. «r entrttuo éoat le ^ésoMat éntit ehonttr pour «ueknet années kfawdeFÈîîibpeL^
AÏilaitt^et'âu nulieu du Niémen^ OÉ éfte«a*m»initilkB oè leé deu mmwp fdidîfent , suivie do lenrs ofiisiors. Apiès me
asses longue et qui eut Keu sans té^ moins, ils se séparèrent avec toutes les apparences d'une satisfaction nuhtueik. « Ce ftit 4 dit Rabbe , un intéressant speetack pour les deux arme» oui couvraient les deux bords du fleuve , pleines de Theureuse espérance d'une paix également souhaitée des deux nations.
* Pendant k cours des conférences à Tilsitt , qui commencèrent le lendemain 1 chacun des deux souverains se montra également empressé de donner des témoignages d'estime aux personnages distingués qui accompagnaient son futur ami. Napoléon fut aossi bienveiflant avec ks Russes qu'Alexandre avec les Français. Dans cet échange scrupokusement attentif de politesses souveraines, il eût été difficile de distinguer le vainqueur de celui dont la fortune avait traÛ k cause. La scène ne chaiMca de caractère et Napoléon ne reprit spn attitude dominatrice que lorsque le roi et k reine de PruSse arrivèrent au quartier général de Tikitt : non que l'empereua tvaoçaie, abusant de sa victoire ^ ait en la moindre pensée d'aggraver par on accueil insultant la position d un tviaee que |o malhewr accablait ; au* joaré'hoi que tant de fables caloas* nkuses sont dissipées , on sait qu'il ne oBSsa pas un moment, dans ces emifénHQes^ de se montrer magnat ntme, et que sa ^péilérosité ne pmit ûm ds son prin a travers ks paroles et les manière» par lesc^elles elle se BBsaMfestait v >»râ H eut a se défendre des sollicitation», et l'exaditude ôb l'histoire pourrait même dire des sédMcticms d'une reine bélk, spiritueik et mameureuse. EMe s'effetrca de réf parer , à force d'art et d'esprit , le dé* sastre qu'elle avait principalement provoque eu soufflant le feu de k
Eirue; cependMit ton succès re^a de ueeup au-dessous de ses vues , el prebabkment é» ses espéraneea. Na^ poléon a lut-méme avoué qu'elk eût été plus heureuse si elle fût arrivée au commeneement des négeciatÎDne , et sustout si son mari ne l'eût pas aceempagnée. Mais Frédérie-Guiflauinet
4ia
L'UI^IVERS.
fiiAiant iiiiprudemment' les réeriminations aux prières, et le rôle de roi de la vieille roebe à celui de suppliant et de vaincu ; parlant de la violation du territoire d'Anspach, et réclamant Magdebourg , hâta la conclusion définitive du traité qui le dépouillait.
Grâce, cependant, àVempereur Alexandre, dont Tentremise fut plus heureuse que celle de la reine de Prusse elle-même, Frédéric -Guillaume conserva la moitié de ses États avec le titre de roi, à des conditions, il est vrai, qui rapprochaient sa condition de celle d*un prince tributaire. »
Le sort des armes offrait à Napoléon une occasion unique : celle du rétablissement de la Pologne. L^ trois puissances qui avaient consommé le partage se trouvaient Justement sous le coup des sacrifices, et rien n*était plus aisé que de tailler un royaume dans la part des réparations; si la justice seule Teût guidé , il eût sans doute pris ce parti; mais il n'entrait pas dans ses vues de rétablir Tancien équi- 4ibre européen, qui Teût forcé luimême à d'immenses restitutions ; d'ailleurs , en relevant la Pologne , il devait renoncer à l'alliance de la Russie , sans laquelle le système continental restait incomplet : il se borna donc à quelques remaniementa insignifiante, comme pour avertir les puissances intéressées de ne pas le pousser à une mesure définitive. Le grand-ducbé de Varsovie, qu'il donna au roi de Saxe , fut agrandi aux dépens de la Prusse , et Dantzick recouvra son indépendance, quoique dans un rayon restreint.
La Russie reconnaissait la confédération du Rhin , et cédait aii^i de Hollande la seigneurie de Jéver dans rOst-Frise. La France rétablissait dans leurs possessions respectives les ducs de Saxe-Cobourg, d'Oldenbourg et de Mecklenbourg-Schwérin. La Russie reconnaissait les rois de Napies, de Hollande et de Westnhalie. Enfin, par une clause formelle, les troupes russes devaient évacuer la Valachle et la Moldavie. On avait ajouté, à la vérité, que les troupes de Sa Hautesse ne pour^ nient occuper ces provinces avant
rédiange du traite de la paix définilive entre la Russie et la Porte Ottoaiaoe , traite pour lequel la médiation de Tempareur Napoléon était acceptée , oe oui n'empêcha pas les Russes de ganter garnison dans les principautés ju8qu*eo
Par un article secret, la Russie promettait de s'unir avec la France contre l'Angleterre, si sa médiation conciliatrice restait sans effet. Elle s'engageait, en attendant, à fermer ses ports aux navires andais , à remettre en vigueur toutes les tois en faveur des neutres , et à user de son influence sur les cours de Suède , de Danemark et de Portugal, pour déterminer ces puissances à conformer leur politique aux mêmes principes.
Le traKé de Tilsitt semblait avoir sincèrement attaché Alexandre à Napoléon , et leur amitié paraissait même mdépendante de oe ranprocfaemei^ politique. On a recueilli quelques anecdotes à ce sujet, qui prouvent de la part du tsar ou une grande faussete ou une véritable sympathie; et le caractère d'Alexandre, quelque capable qu'il fût d'ailleurs de sacriner son inclination aux interêta de son empire , ne permet pas de douter que son empressement ne fût sincère. A Erfiirt, les deux eropereurs assistaient à la représentation d'une tragédie : Alexandre, saisissant une alhision, dit, en se penchant à l'oreille de Napoléon :
L'amitié d'un graoïlboniiiie ett on préMotdct dieux.
Un jour, les deux monarques s'entretenaient avec une entière confiance de rorgamsation et de l'administratioB de leurs Étato : Alexandre expliquait à Napoléon la nature du gouvernement russe; il -lui parlait de son sénat et de la résistance qu'il éprouvait à ftdre le bien. Napoléon , hii serrant la main , répondit avec vivacité : « Quelque « grand ^e puisse être un empire, il « est toujours trop étroit pour deux « maîtres. » Si l'aneodote n'a pas été controuvée, certes Napoléea n'avait pas saisi la jpensée d'Alexandre. Le tiar ne pouvait se pUindre ^e sa puis» sauce nit entravée; ratis, éâané
4St
oonime il Tétait , il regrettait gue les améliorations qu*il méditait fussent retardées par les préjugés ou Tincapadté de quelques-uns de ses fonction-
ipotenoe du poufoir ne potirait rien contre de tels obs-
IVapoiéon s'est plaint depuis de la dii{rficité d'Alexandre; on peut dire ooe le tsar n'a pas poussé I héroïsme oe ramitié jusqu'au martyre ; cependant Il est juste de reconnaître que, pendant quatre années, il est resté fidèle à une alliance qui minait le commerce de ses Ëtats , et dont l'issue , en admettant qu'elle fût fovorable au pian de l'empereur français, ne pouvait ultérieurement que subordonner la Russie à un allié qui durait bien su parler en maître quand les autres barrières seraient tombées. Vous citerons M. de Boutourlin dans les prolégomènes de son Histoire de la campagne de 1812.
«Le traité deTilsittplon{;ea l'Eu*rope dans la stupeur et l'âfroi ^ et il est aisé de voir que cette paix ne présentait aucune des garanties que Ton de- Trait retxouTer dans les transactions de ce çenre. L'érection du duché de Varsovie était une mesure évidemment hostile contre la Russie, et l'alTeetatjon que Napoléon mit à en conférer la souveraineté au roi de Saxe , qui descendait des anciens rois 'de Pologne , dénotait encore plus le projet d'inspirer aux Polonais des espéninces dont la rtelisation ne pouvait qu'être préjudiciable à la Russie , qu'elle menaciait de la pertede provinces réunies depuis plus de quatorze ans à son empire. L'empereur Alexandre ne pouvait naéconnaAre l'esprit de ces dispositions; mais les cîroDnstances malheureuses où se trouvait l'Europe lui prescrivaient d'éloi-»
gner la guerre à tout prix. Il s'agissait surtout de gagner le temps nécessaire pour se pr^rer à soutenir convenablonent |^ lutte que l'on savait bien être dans le cas de se renouveler un jour.»
Les récriminations de ce genre sont fréquentes dans l'histoire, et les peuples dont les intérêts sont en lutte
Î8* lÀvraUon. (Russie.) t. ir.
se les renvoient de l'un à l'autre. Si la force était le droit, toutes les infractions aux traités seraient immo* raies; d'une part comme de l'autre, elles s'expliguent parlanécessijbé, mais elles ne se l&itiment que par le succès. Le man^e de foi ne pouvait venir de celui qui imposait les conditions, et qui nécessairement ne les formulait qu'à son avantage , et le rôle de celui
au! les éludait s'anoblissait , pour ainsi ire, par le péril qu'il y avait à le faire. Nous ne partageons pas à cet égard le sentiment de Rabbe , qui prétend établir que l'empereur Alexanure , dans les premières entrevues aVec Napoléon, fut complètement sous le charme ; nous croyons que son admiration fut sincère, mais qu'elle ne pouvait aller jusqu'à l'abnégation des Intérêts russes, qu'il avait juré de maintenir avant d'être Tallié du vainqueur d'Austerlitz etdeFriedIand. On pourra objecter qu'après une campaene malheureuse, Allsxandre quitta Tusitt sans avoir rien perdu de son influenee et de son territoire; certes Napoléon l'avait plutôt traité en allié nécessaire qu'en vaincu; mais, avec tous ces ménaeemehts , la Russie n'en était pas moins ouverte à une invasion française ; et l'Allemagne , le milieu stratégique où s'étaient vidées les querelles précédentes , avait cessé d'être une barrière pour le Nord et pour l'Orient.
Cependant les conséquences de la paix de Tilsitt furent loin de rencontrer en Russie une approbation générale ; les partisans de r Angleterre , les négociants menacés dansleur prospérité par l'interruption du commerce , et les
Eroprîétaires dont les exploitations allient se trouver sans débouchés , murmurèrent contre les conditions onéreuses de Talliance française. On prévit que la guerre allait momentanément changer de nature et de théâtre , et lea côtes de la Baltique furent mises en état de défense.
De leur côté , les Anglais , voyant que l'alliance russe leur échappait, sans renoncer à l'espoir de la renouer prochainement, cherchèrent d'autres points d'appui dans le Nord ; ils par*
ru NI VER S.
Ttarent à cntratner le jniDe et chevaleresque roi de Suède , qui rompait un armistice condu avec Bnine, a Tinslant où les négociations deTiisitt venaient de s'ouvrir. Ce prince osacommenoer seul la guerre ; mais il futécrasé avant d*étre secouru ; ii perdit successivement Strakund , Ftle de Rugen et tonte la Poméranie suédoise.
Tandis que les Suédois s'immolaient aux intérêts de la Grande-Bretagne, une escadre anglaise parut tout à coup devant Copenhague, pour sommer te roi de Danemark de souscrire un nouveau et so»et traité d'alliance avec F Angleterre , et de mettre à la disposition de cette puissance toute la flotte danoise jusqu'à la conclusion de la paix générale, sur le seul motif que le Danemark serait prochainement forcé par Napoléon à déclarer la guerre.
C'était justifier Tabus de la force par la phis sauvage violence.
Malgré les protestations du comte de Bemsdorn, ministre danois, les menaces succédèrent aux injonctions :
après ces inutiles démonstrations, la ville fut bombardée et incendiée , et k| flotte danoise tomba au pouvoir des agresseurs.
Le roi de Danemark s'empressa de séquestrer dans ses États toutes les propriétés anglaises, et de conclure avec Napc^n un traité d'alliance.
Cette conduite de l'Angleterre était de la plus hdute inconséquence, et fournissait à la Russie un motif lé^time pour observer à la lettre les stipulations de TUsitt. En effet, Alexandre vendit, le 16 octobre 1808, la déclaration suivante :
« Plus TempereuT attachait de prix à l'amitié de »i Majesté britannique, plus il a dû voir avec regret oue ce monarque s'en éloignât tout à fait.
« Deux fois l'empereur a pris les armes dans une cause où l'intérêt le plus direct était celui de l'Angleterre ; il a sollicité en vain qu'elle coopérât au gré de son propre intérêt ; il ne lui demandait pas de joindre ses troupes dux siennes , il désirait qu'elle fU une diversion; il sVtomait de ce que, dans sa propre cause, elle n'agissait
pas de son côté; mais, froide spectatrice du salifiant théâtre de la Èuerre qui s'était Mlumée à son gré , <»le oivoyait des troupes attaquer Boénos- Ayres. Une partie de ses armées , qui paraissait destinée à faire une diversion en Italie , quitta finalement la Sicile où elle s'était assemblée. On avait lieu de croire que c'était pour se porter sur les côtes de Naples ; l'on apprit qu'elle était occupée à essayer de s approprier l'Egypte.
« Mais ce qui toucha sensiblement le cœur de Sa Majesté Impériale, c'étaitde voir que , contre la parole expresse et précise des traités , l'Angleterre tourmentait sur mer le commerce de ses sujets; et à quelle époque? lorsque le sang des Russes se versait dans des eombats glorieux, qui retenaient et fixaient contre les armées de Sa Majesté Impériale toutes les forces militaires de Sa Majesté l'empereur des Français, avec qui l'Angleterre était et est* encore en guerre.
« Lorsque ces deux empereurs firent la paix , Sa Majesté , malgré ses justes grte& contre r Angleterre, ne renonça pas encore à lui rendre service : die sa* pula dans le traité même qu'elle se constituerait médiatrice entre elle et la France; ensuite elle fit l'ofire de sa médiation au roi de la Grande-Bretagne ; elle le pévint que c'était afin de lui obtenir oes conditions honorables. Mais kl ministère britannique^ apparemment iklèle à ce plan qui devait relâcher et rompre les liens de ki Russie et de l'Angleterre, rqeta la médiation.
« La paix de la Russie-avec la Fkance devait préparer la paix générale ; alors n^ngleterre quitta subitement cette léthargie apparente à laquelle elle s'était livrée ; mais ce fut pour jeter dans le nord de l'Europe de nouveaux bran* dons qui devaient rallumer et alimenter les feux de la guerre qu'elle ne désirait pas voir s'éteindre.
« Ses flottes , ses troupes parurent sur les côtes du Danemark pour y exécuter un acte de violence dont' l'histoire, si fertile en exemples, n'en olXre pas un seul de pareil.
« Une puissance tranquilki et modérée, ^i , pur une longue et inaltérable sagesse, avait obtenu dans le cercle des monarcbies une dignité morale , se voit saisie, traitée comme si elle tramait sourdement des complota, oomme si elle méditait la ruine de l'Angleterre ; le tout pour justifier sa totale et prom|rte spoiiatioB.
• L'empereur, blessé en sa dignité, dans l'intérêt de ses peuples , dans ses sngagements avec les cours du Nord , BU cet acte de violence commis d^MB la mer Baltique, qui est une mer fermée, dont la tranquillité avait été depuis longtemps , et au su du cabinet de Saint' James , garantie par les puis* sanœs riveraines, ne dissimula pas son ressentiment à l'Angleterre, et la it avertir qu'il n'y resterait pas insensible.
« Sa Majesté ne prévit pas que lorsque r Angleterre, ayant usé de ses mroes avec succès, touchait au moment d'enlever sa proie, elle ferait un nouvel outrage au Danemark, et qw Sa Majesté devait le partager.
« De nouvelles propositions furent faites, les unes plus insidieuses que tes autares, qui devaient rattacher à la puissance britannique le Danemark soumis, dégradé, et comme applaudissant à ce qui venait de lui arriver.
« L'emjtmur prévit encore moins qu'on lui ferait i'offire de garantir oMe soumission, et de répondre que cette violence n'aurait aucune suite £icbeuae pour l'Angleterre. Son ambassadeur crut qu'il était possible de proposer au ministère de l'empereur que Sa Majesté Impériale se chargeât de se faire l'apologiste et le soutien de ce qu'elle avait si hautement blâmé.
« L'emnereur ne donna à cette démarche au cabinet de Saint-James d'autre attention que celle qu'elle méritait, et jugea qu'il était temps de mettre des bornes à sa modération.
«Le prince |»yal de Danemark, doué d'un caracâre plein d*énergie et de noblesse, et ayant reçu de la Providence une dignité d'âme analogue à la di^ité de son rang, avait fait avertu- l'empereur que, justement ou-
tré contre ce ^i venait de se pssser à Copenhague, il n'en avait ooint ratifié la convention, et la r^ardait comme non avenue.
«Maintenant, il vient de faire instruire Sa Majesté Impériale des nouvelles |>ropositions qu'on lui a faites, et qui irritaient sa résistance au lieu de fa calmer, parce qu'elles tendaient à imprimer sur ses actions le cachet de l'avilissement, dont elles ne jx>rteront jamais l'empreinte.
« L'empereur, touché de la confiance que le prince royal plaçait en lui , ayant considéré ses propres griefs contre l'Angleterre , ayant mûrement examiné les engagements qu'il avait avec les puissances du Mord, engagements pris par l'impératrice Catherine, et par feu Sa Mflyesté l'emjpereur, tous deux de glorieuse mémoure, s'est décidé h les remplir.
« Sa Majesté Impériale rompt toute communication avec TAngleterre; elle rappelle toute la légation qu'elle y avait, et ne veut pas conserver près d'elle celle de Sa Majesté britannique.
II n'y aura dorénavant, entre les deux pays, aucun rapport.
«L'empereur déclare qu'il annule, et pour toujours, tout acte conclu précédemment entre la Grande-Bretagne et la Russie, et nommément la convention Csiite en 1801 , le ^ du mois de juin.
«Il proclame de nouveau le principe de la neutralité armée, ce monument de la sagesse de l'impératrice Catherine, et s'engage à ne jamais déroger à ce système.
« Il demande à TAngleterre de satisfaire complètement ses sujets sur toutes leurs justes réclamations de vaisseaux et de marchandises, saisis ou retenus contre la teneur expresse des traités conclus sous son propre règne.
« L'emp^eur prévient qae rien ne sera rétabli entre la Russie et l'Angleterre, que celle-ci n'ait satisfait le Danemark.
« L'empereur s'attend h ce que Sa Majesté britanni(]ue , au lieu de permettre à ses ministres, comme ell0
L'UNIVERS
Tient de le faire, de répandre de nouveau les germes de la -guerre , n'écoutant que sa propre sensibilité, se j»rétera à conclure la paix avec Sa Majesté rempereur des Français; ce qui étendrait, pour ainsi dire, à touteia terre les bienfaits inappréciables de la paix.
< Lorsque l'empereur sera satisfait sur tons les points qui précèdent, et nommément sur celui de la paix entre la France et l'Angleterre, sans laquelle aucune partie de l'Europe ne peut se promettre une véritable tranquillité, Sa Majesté Impériale reprendra alors volontiers avec la Grande-Bretagne des relations d'amitié que, dans l'état de juste mécontentement où l'empereur devait être, il a peut-être conservées trop longtemps. »
Nous avons cité cette pièce textuellement parce qu'elle représente d'une manière fidèle, et la nature des rapports que supposait Texécution des traités entre la Russie et la Grande- Bretagne, et les griefe d'Alexandre contre une nartion qui croyait s'ac-
Suitter envers les coalitions en pavant e son or une partie de leurs sacriuces. En conséquence de cette déclaration, rembargo fot mis sur les vaisseaux anglais dans les ports russes, et la Prusse suivit cet exemple.
Au milieu de circonstances si irritantes, la médiation de la Russie ne pouvait guère être acceptée , les Aurais ne la considérant point comme une démarcbe spontanée, mais comme une conséquence du traité de Tilsitt. Les négociations durèrent encore quelque temps; le ministre anglais, avant de rien conclure, demandait la communication des articles secrets de la paix de Tilsitt, prétention qu'avait déjà écartée le baron de Budberg , et qui fut formellement repoussée par le prince Soltykof , qui lui avait succédé au ministère. A la denuinde que la paix entre TAngleterre et le Danemark fût l'ouvrage de l'empereur, ce prince avait répondu par le manifeste que nous avons rapporté plus haut.
Il est probable que Napoléon s'attendait bien à ce que la médiation de la Russie resterait sans effet: mais il
regardait ce refus probable comme devant unir plus etroiteoieiit encore Alexandre à ses intérêts.
Quant aux articles séants du traité de Tilsitt, ils n'ont jamais été bieihoonnus : « cependant, ditRabbe, il paraît queTunion des deux empereurs y fut basée sur une multitude de condition»
subversives de toute équité et de tout équilibre en Europe, conditions dont plusieurs puissances du second ordre devaient supporter les consà]uences spoliatrices. Ainsi la prise de possession de la Finlande aurait été consentie par Napoléon , en retour de la eessîon d'autres pays dont la Russie disposait avec tout autant de droit que la France pouvait en avoir sur les provinces de la Suède. Ce qu'il y a de bien remar-
âuable à cet é^rd , c'est que le résultat e ces transactions ait subsisté apr^ le renversement de celui avec qui elles avaient été faites. En 1812, TAngleterre, par son traité avec la Russie et la Suède, en sanctionnant la conquête de la Finlande, s'est constituée rexécutrice du traité de Tilsitt dirigé contre elle... Ces spoliations maintenues ont dû en amener d'autres. Il a fallu dédommager la Suède par la Norw(^e; à ce prix d'ailleurs, à ce prix seul , elle est entrée dans la dernière coalition; puis il a été nécessaire de foire cesser, dans un ordre de choses tout légitime » les cris du Danemark, et on l'a indemnisé par l'abandon de la Poméranie suédoise, que Gustave avait jadis ac-
Î|ni$e comme prix de son assistance en aveur des protestants d'AHemagne dans la guerre de trente ans. »
Malgré les formes spécieuses de la politique, il est difficile de considérer les traités autrement que comme Tex-
Sression des intérêts du moment, et ont une nouvelle combinaison d'intérêts bouleverse tôt ou tard toute l'éco^ nomie. Si un prince se piquait d'une probité à toute épreuve en fait de transactions politiques, il lutterait à armes inégales contre des adversaires moins scrupuleux , et serait dans certains cas victime de sa bonne foi. Seulement il est de hautes convenances que la diplomatie tient à observer dans l'intérêt
éù'Bes œuvres éphémères. Si Ton tt* monte à la source de cette immoralité , on la trooYe dans la conquête eUe« même; la diplomatie n'est autre chose que Fart de régulariser la violence « et de favoriser la intérêts d'un peuple ao pr^udke des intértoi rivaux. Ces intérêts sont relatifs; pour les vainqueurs et les États puissants, ils ex* ^ment les termes les plus avancés de leurs |Mrétentions actuelles ; pour les ▼ancus et les £ftibles, ils consistent à vestreindre* autant que possible la limite da sacrifices, et à leur ménager des dédommagements éventuels. Or, dans les grands diasgeraents politiqoes, le déplacement des influences alt^ant la nature des rapports , toutes les conventions sont à refaire, parce que la cause qui les a déterminée est détruite.
L'abondance et renchaînement des événements militaires, que couronna b paix de Tilsitt, nous a forcé de bisser en arrière^ les affaires de l'Bnent: nous aHons remplir en peu de mots cette lacune.
La guerre avec les tribus continuait sur les frontières de la Perse. Le prince Tzttzianof , commandant en chef, annonça-, dans son rapport du 8 janvier 1806, ^e le Scfairvan était Incorporé à rempire russe. « L'armée-, disait-il , avait pris ses guartiers d%iver dans le voisinage d'Éndan , et marcherait bientôt sur Bakou, pour donner la main au major général Savalikhin contre Husseili-Kouli-khan (Rabbe). » Mais Tzitzianof trouva la mort dans cet endroit par l'effet de la plus noire trahison. Kottli-kfaan demanda que le général russe vînt en personne jus* qu'aux portes de Bakou ooor en recevoir les deft. Tzitzianof y consentit, et , accompagné seulemen^d'un officier et d^un Cosaque, il se hâta de se rendre à Pendroit convenu. L'assassin était à cheval devant la oorte de la ville, et ri en remit effecuvement les clefs; mais, au même instant, un Persan, qui se tenait derrière le khan, tira un œup de fîiiBil au général russe. Les autres Persans tombèrent sur lui avec leurs sabres, le massacrèrent, et
tratkièrent son cadasrre dans la ville»
Ali-khan de Derbend avait participé à cet acte honteux. Un corps de trou* pes russes, sous les ordres du lieute* nant général Glasenop, ayant passé le Térek et marché contre Derbend , Ali« khan se prépara à la défense; mais les habitants de Derbend chassèrent leur tjjrrao , et apopilèreat les clefs de la ville au général russe, qui y fit son entrée le 3 juillet^ an milieu des plus vives démonstrations de joie des habit tants. Cependant cette pnse de posses* sion ne termina pas la campagne.
Plusieurs che» de tribus du Caucase se réunirent de nouveau pour diriger une attaque décisive eontne les troupes russes sur divers points. AUias Mirza avait dans ce dessein passé l'A* raxe à la tête de vingt mllle»bommes; mais il fiit attaqué par le major général Néboitzin , et rm>ussé vers l'Arase avec une pertode plusieurs noilliers de tués et.de blessés. Les autres princes lurent également défaits , et les Russes se trouvèrent les maîtres de tout le pays; mais leur prise de possession ne |M>uvait être considérée comme définitive tant que les tribus des montagnes n'auraient pas été subjuguées ou détruites.
Pour donner une idée de l'esprit à la fois délié et belliqueux de ces montai gnards, nous allons rapporter succinctement comment la dernière reine de Géorgie, qui n'avait plus d'ailleurs qu'une autorité nominale, se vit obli-
gée de renoncer à ses espérances, non outefois sans avoir donné une preuve mémorable de son courage et de son énergie.
Comme nous l'avons vu dans le cours de cette histoire , les premiers rapports entre la Russie et la Géorgie nirent déterminés par des motifis de religion.
Tant que ^'empire eut à lutter pour son existence contre ses voisins du Nord et de l'Occident, Fintervention des tsars moscovites dans k« affaires politiques des régions caucasiennes fut nulle ou peu efficace, mais elle servit à fomenter les divisions des prinsas indépendants, dont les uns recouraient à la protection de la Porte, tandis que les
L'UNI VERS
autres implorafent cêlk 4eê Russes.
Plus tard, Pierre le Graad, qui avait compris que la Russie ne pourrait assurer sa prépondéranee que par un raste déraoppement de ses ressources commerciales, s'était fait céder par les armes (1734) le Daghestan et le Ghirtan; mais II ne tarda pas à se convaincre que ses projets étaient prématurés.
Héraclius, rétal>lf sur le trône de OécNrgie par Tbamas4Louli-khan , voulut secouer le joug de la Perse, après la mort de ce conquérant. En 1709 , des troupes russes appuyèrent ses prétentions, mais ce secours Insuffisant ne Kt le soustraire à la domination maroétane. Dès lors Catherine étendit sur la Géoiigiê un protectorat qui devait amener prochainement l'incorporation définitive de ce royaume à l'em- 8 ire russe. Par le traité de 1788, [éraclius cessa d'être vaU de la Porte , mais, conmie dirétien et allié de la Russie, H prit le titre de tsar de la Géorgie, titre et pouvoir qu'il déclara tenir de la Russie pour lui et ses descendants. Toutes les anciennes dépendances de la Géotgie furent déclarées anneiies de cette province, pour être reprises à l'occasion. Le cathoUeoMj ou patriarche de la Géorgie , fut revêtu du titre d'archevêque de T<)bolsk.
Malgré ces stipulations, la Géoi^ie retomba sous le joug persan en 1795.
A la mort d^Hérach'us, son fils, Georges XI , ne déploya que de la faiblesse. Paul V Jugea qu'il était temps de posséder, au lieu de se borner à un protectorat ruineux. Par le traité de Tiflis (1799), l'empereur de toutes les Russies |)rit pour lui et ses descendants IC' titre de tsar de la Géorgie; le fils afné de Geoiges, David, prit le titre de r^ent , transmissible à sa postérité. Il lut stipulé que les mines d'or et de cuivre seraient exploitées par les Russes, et qu'un corps de six mille hommes occuperait lejMys.
Cependant les différents princes avaient été conservés dans leurs provinces particulières, et leurs rivalités, sans cesse renaissantes, s'opposaient au rétablissement de l'ordre et de (a
paix, et compromettaient à tout moment les intérêts généraux; on lea at< tira dans l'intérieur de l'empire par l'appAt des distinctions et des récompenses. David, fils atné de Georges, et qui, après la mort de son père, avait exercé la régence, fut envoyé à Péter»bourg en 1808. A partir de œtte époque, le pays, à l'exception des peuplades insoumises, tut administré comme une province russe.
Le général prince Tzitzianof , allié à la famille royale de Géorgie, mais attaehé depuis longtemps au service russe , fut nommé au gouvernement de ces contrées, en même temps qu'il conservait le commandement en chef de l'armée qui avait été envoyée sods le sénéral Knorrin^.
Marie, fille du prmce Georges Tzitzianof, femme en secondes noces du roiGerâgesXI, mérten 1800, restait encore à Tiflis avec ses sept enfants, deux filles et cinq garçons. Soit que le
gouvernement russe s'inquiétât peu 'une femme et d'enfants aussi jeunes , soit qu'il eût é^rd au vif désir que cette reine témoignait de pouvoir finir ses jours dans son pays natal , on avait toléré jusqu'alors sa résidence en Géoigie. Gependant Marie, peu contente de cette indulgence du gouvernement, ou craignant qu'on ne lui.
continuât pas toiiiionrs cette faveur, cherchait à se soustraire au pouvoir de ses protecteurs; elle prétendait as<surer son s^ur dans sa patrie par ud projet d'évasion qu'elle tramait en silence. Mais Tzitzianof surveillait de Srès sa conduite; il épiait les moindres émarches de Marie, et, connaissant son caractère décidé, remuant, il n'avait pas manqué de conseiller à son rvernement d'enlever la princesse lieu de sa naissance. En attendant que cet ordre lui fût parvenu, Tzitzianof ne négligea aucuns moyens de s'assurer de la personne de Marie. Il avait mis dans ses intérêts un nommé Kalatousof, noble géorgien, qui était de la suite de la reine et dans ses confidences les plus secrètes. Cet homme, gajgné par le général, ne fit aucune (liluculté de découvrir tout ce qui
m (Bssdîl dans la maison île Marie.
Lee Pïïckavi et les TYmickinij deax peuplades dn Caucase qui habitent ▼ers les somroes de la lora (Canbyse), sont d'antant plus formidables, que toutes les Tertos guerrières sont consacrées par lenA mis et leurs coutumes même : il leur est défendu, sous peine de raoït, de rentrer dans leur pays blessés par derrière , ou de se raser tant qa'ils ont à venger la mort de quelque psieot. Ces montaignards avaient d*andenoe date, et jusqu'à la ruine du trône, composé la çirde des rois de la Géorgie, et ils avaient toujours conservé beaucoup d'attachement pour la finnîlle royale. Sollicités par Marie qui méditait sa faite, ou ayant conçu d'eux-mêmes le projet de la recueillir avee ses enfants au milieo de leurs montagnes, ces intrépdes serviteurs s'oocupaîent des préparatifs nécessaires pour mettre ce projet à exécution; Marie, d'accord avec eux, secondait leurs démarches, et oaraissait n'attendre que le jour fixé pour son éva* slon. Le dessein avait transpiré par les révélations de Kalatouscn; aussi édiooa*t-il au moment même où tout étttt préparé pour la fiiite de la prin^
Gadilla , de la peuplade des Pschaves , homme courageux et d*une taille gi* santesque, avait été chargé de con* nuire cette affaire ; déjà , plusieurs fois , i était venu à Tifiis pour se concerter avec la reine, et Gadilia lui avait annoncé que ses compatriotes Tatten* daîent avec empressement. Tzitzianof savait tout ; mais voulant se convaincre par lui-même, et curieux de connaître Gadilla, il le fit arrêter et amener devant lui. Le général n'avait gardé près de lui que son interprète; car, quoiqu'il sdt le géorgien, il traitait ainsi toutes les affaires. Il avait eu soin de faire cadier Kalatonsof sous une draperie. Gadilla , en se présentant devant le général, le sahia à la manière du pa^s.' « Qu'es-tu venu faire à Tiflis?
m demanda Tzitzianof. — Acheter du sel , répondit le Pscbave. — Ne me cache point la vérité. NV a-t-il poirtt d'autres raisons qui raient conduit
dans cette ville? — Hwx, -* Fschave^ ta vie dépend de la vérité : saehe que si tu ne la déeouvres pas, je puis à llostant même fiare tomber ta tête.
— Me ftdre eooper la tétei et par qui donc? seratt-ee par cet Intenifèle arménien2» Puis, |x>rtant la main à soa poignard : t N'ai-je donc pas mon poi-^
gard? » Tkitziaôof « voyant bien que ! menaees ne pouvaient rien sur le montagnard, se leva aussitêt, et s'appfochant , afin de le gagner par la doih oeor, il lui met la main sur l'épaulet comme pour le caresser, disant : « Moft brave ami, ne te fftche pas, il ne te sera feit aucun mal; dis seidement la vérité. 1» Mais toutes les instnaoes fn* rent vaines , et , tandis qiie Gadilla |iensistait à tout nier au général, eelin»oi fit paraître Kalatonsof, qui s'a^ dressa bmmniement au Psdiave, et hii dit : « Gadilla, eesse enfin de refuser fateu des motift de ton arrivée à Tiflis; me void pour te confondre. Ne te souvient-il plus de m'avonr vu près de la reine, loraque tu es venu lui anaon* ear hier que tout était prêt pour sa fttîte? que des malcts l'atttiMiaient à Kouki pour ia transporter dans les montagnes? » Le montagnard étomé jeto sur Kalatousof nn regard de mé^ pris et de colère, puis il repondit que tout cela était faux. Aussitôt six grenadiers entrèrent dans la salle, et le désarmèrent malgré sa résistanoe.
Gomme on allait le conduire à la ibrteresse, Kalatousof s'étant hasardé à le frapper au visage, Gadifia se retourna fièrement, et protesta que, s'il avait encore son poignard, seul, il se sentait assez de force pour les immoler tous à sa vengeance.
Tzitzianof ne diereha pas à confirmer par d'autres preuves la réalHé du eompiot; il comprit plus que jamais eomnien rékHgnement de la reine Marie était indispensable à la tranquillité du pays, et, sans délai ultérieur, son départ Ait fixé au lendemain (19 avril 1808). Il fut ordonné, afin de donner une certaine solennité à ce départ, que le général major Lazaref , nccoinpa«né d'un interprète noniiiié Sorokin, Arménien de naissance» s* rendrait de
L'UNIVERS
S and matin, avec la musique miliire, et à la t£te de deux compagnies dinfimterie, à rUabitation qu'oocopait la reine, pour lui signifier Tordre de jNurtir. Le lendemain de bonne heure, fe général, s^étant donc présenté en cérémonie devant la demeure de la reine, entra brusquement dans son appartement : la reme était déjà éyell» lée et assise à la manière du pays, les jambes croisées à la turque, sur Testrade où Ton étend chaque soir les matelas sur les^els on repose pendant la nuit. Depuis deux jours , Marie avait appris secrètement qu'un ordre était venu de Russie pour lui faire quitter la Géorde, et, jusqu'au dernier moment, elle s'était livrée à l'espoir d'échapper à la surveillance qui I environnait. Ses sept enfants, dont le plus âgé avait à peine neuf ans, étaient paisiblement endormis autour d'elle.
Lazaref lui fit dire jpar son interprète de se lever, et qu'il fallait partir. La reine répondit avec calme : « Pourquoi donc me lèveraispje à présent? ne voyez-vous pas que mes eimints reposent? si je les réveillais brusquement, ^leur sang pourrait se tourner (préjugé géorgien). Qui vous a donné un ordre si pressant? » Lazaref ayant répliqué que l'ordre venait du général Tzitzianof , la reine s'écria : « TxUziano tsofh fiatii (Tzitzianof, écume de notre race) ! • Cependant la reine avait placé sur ses genoux le coussin qui avait soutenu sa tête pendant la nuit, et die avait cacbé sous ce coussin le poignard de son mari. Lazaref, voyant que la reine persistait dans le dessein de lui ùAre attendre que ses enfants s'éveillassent naturellement, s'approcha de l'estrade où elle était assise; il aperçut un des pieds de Marie qui sortait de dessous le coussin , et se pencha comme pour le saisir et la faire lever de force. La reine, par un mouvement rapide, tire son poienard, et l'enfonce dans le flanc du général avec tant de force, que la pointe sortit de l'autre côté du corps. Alors, retirant le fer de la blessure : « Ainsi périsse, s'écria-t-elle, oui ose ajouter Popprobre à mon infortune. » Lazaret poussa un cri , et
expira presque sur-le-diamp. L'interprète Sorokin avait tiré son sabre, et te lâche en avait assené plusieurs coups sur le bras de la reine, dont l'un porta assez profondément vers l'épaule. Hé* lène, fa mère de la reine, qui donnait dans la même salle, s'était réveillée au bruit; à la vue du sang, elle s'était précipitée vers sa fille et la tenait étroitement embrassée. Toute l'habitation fut bientôt remplie de soldats. Marie, arrachée des bras de sa mère, fut jetée avec ses enfants dans la voiture qui avait été destinée pour son départ.
La reine sortit avec ses enmnts de la ville de Tiflis , escortée jusqu'au delà du Caucase par une force armée con* sidérable. L'attachement des Géorgiens pour cette reine infortunée rendait cette précaution nécessaire. Cest ce même Tzitzianof qui fut assassiné devant Bakou en 1806 (*).
Après nous être occupé de la Perse , nous allons jeter un coup d'œil rapide sur les affaures de la Turquie, en tant qu'elles se lient à l'histoire des Russes.
La Porte, éclairée par ses désastres, refusa, en 1806, d'entrer dans la quatrième coalition contre la France. Napoléon était encore à Beriin lorsqu'il reçut un ambassadeur ottoman, et l'ancienne alliance entre Paris et le divan parut étroitement renouée. La Porte commença par destituer les princes Ypsilanti et Morousi, hospodars des deux principautés, et' tous deux dévoués à la Russie. L'ambassadeur russe réclama contre cette violation flagrante du traité d' Yassi , et il fut appuyé par les représentations et les menaces du résident britannique. Le divan était sur le point de fléchir, lorsque le général russe Michelson. entra en Moldavie à la tête de trente-cinq mille hommes : dès lors on se prépara à une résistance vigoureuse.
L'amiral Duckworth parut tout à coup dans les Dardanelles, franchit le détroit sous le feu des premiers châ-
(*) Voyez pour pliu de déudis rhisloire de la domination russe en Géorgie dont nous avons cité presque textuellcincnt quelqucsi passages.
teattx, et brâla presque toos les vaîsseaiu de la flotte turque qui station- .oait à Gallipoli. Il ne sera pas sans intérfit pour Piotelligence des éyéneinentB qui nous oocujpent, et les lier d*une manière plus utime aux faits subséquents « de montrer sous quel jour les organes du gouvernement mnçais présentaient la question tmrque en 1807.
Ija Porte désirait la paix : œ fut par ce sentiment, peut^re lexagéré, qu'après avoir destitué deux liospodars rebelles, elle consentit à les rétablir. Elle n'avait pas cédé aux menaces de la Russie qu'elle savait être son implacable ennemie, maisTella céda aux menaces de r Angleterre.
L'Angleterre parut satisfaite , et tout Élisait présager h la Porte la durée d'un repos qu'elle avait si cbèrement adieté, lorsque Michdson entra inopinément en Moldavie, investit Khoozim , qu'il enleva par surprise , et après avoir tiré quelques coups de canon (ce général, en entrant»dans les principautés, avait publié une déclaration portant qu'il ne se conduirait en ennemi que dans le cas où la Porte s'obstinerait à agir sous l'influence française). Cependant les armées russes ne s étaient pas contentées d'envahir la Moldavie, d'enlever Kboczim, de cerner Bender et de marcher sur le Danube; mais ce qui dévoilait davantage les projets de la cour de Saint- Pétersbourg, c'est une, dans les pays qu'elle envahissait, les Turcs, simples citoyens , recevaient l'ordre de vendre leurs biens et de quitter le territoire occupé par l'armée. L'armée de Midielson, renforcée par Essen, allait rétre encore par de nouveaux corps dirigés sur le Danube. C'en était fait de l'empire ottoman; mais l'armée française parut sur la Vistule; elle occupa Varsovie; et la Russie, menacée sur ses frontières, rappela en toute h&te Essen et les troupes du Don.
Midielson entra à Bouknarest, mais il ne put passer outre : les armées turques se formèrent, et leur avant-garde mt suffisante pour arrêter les Russes à peu de distance de cette ville.
Le ministre d'Angleterre interposa d'abord ses bons offices. Il ne put rien répondre à la force des raisons qui furent données par le divan. La Porte prenait d'être attaquée sur son territoire sans déclaration de guerre; ces démarches hostiles n'avaient pas même été précédées d'une seule note diplomatique; aucune voie d'accommodement n'avait été ouverte. Le ministre d' Angleterre s'en tint donc à la démarcoe qu'il avait faite; il vit partir le ministre de Russie et resta tranquille.
Mais, peu de semaines après, il se
I présenta a une conférence qui eut lieu e 26 janvier; il y fit une nouvelle pro* testation; il s'embarqua ensuite sur une frégate, coupa les câbles et disparut.
Étant à bord de la frégate YEndy^ niion, il adressa à la Porte une dernière note.
U était évident que dans cette crise on voulait par un coup d'édat en impofter à la Porte; car l'ambassadeur était à peine arrivé à Ténédos. qu'il y rencontra l'escadre de l'amiral Duckworth.
Bientôt après , Tamiral anglais parut devant les Dardanelles avec deux vaisseaux à trois ponts, trois vaisseaux de quatre-vingts canons, deux de soixante* quatorze et quelques bombardes, favorisée par un vent du sud , 1 escadre arriva le 19 février (1807), à huit heures du'matin , devant les batteries des deux premiers d^teaux : ceux-ci commencèrent un feu vif et opiniâtre auquel les Anglais ne répondirent pas. Parvenus a la hauteur des deux autres forts, ]es vaisseaux ouvrirent le feu de leurs batteries; le vent les poussait, et les batteries du fort étaient mal armées. A la hauteur de Gallipoli ^ l'escadre anglaise rencontra un vaisseau turc de soixante-quatorze et cinq frégates; les équipages étaient à la mosquée; que pouvait d'ailleurs cette division con^e des forces si supérieures?
Les Anglais l'attaquèrent, et, commettant un de ces crimes dont cette nation seule est capable, et dont elle s^était déjà souillée par Tincendie de quatre
L'UNIVERS
frégates espagnoles, ramiral anglais brSa les six bâtiments turcs ; et Dépendant la guerre n'était pas dédarée; des pourparlers devaient avoir lieu ; les ministres de la Porte étaient encore à Londres!
Cet incendie fut aperça de Gonstan* tinople; au Keu d'y porter le découragement, il excita une nouvelle énergie.
Le 20, à cinq heures du soir, Pescadre anglaise parut devant le sérail. Rien n'était prévu; aucun point n'était en défense, mais on courut aux armes.
Le Grand Seigneur se porta leprepiier sur les positions reconnues les |)lus favorables pour établir des batteries.
Hommes, femmes, enfiints, Turcs ^ Arméniens, Grecs, ulémas, chéiks^ derviches , tout le monde prit la pioche et la bretelle. Des officiers du génie et d'artillerie français arrivèrent dans la nuit de Dalmatie.
En cinq jours, cinq cents pièces de canon et cent mortiers furent placés en batterie, et l'empire turc fut mis à l'abri , non de la destruction de quelques maisons, de quelques édinces, mais de la perte de son honneur, de sa considération , seuls biens que les nations ne recouvrent plus lorsqu'elles les ont perdus.
Cependant le ministre anglais s'embarqua sur un esquif, et aemanda à parlementer ; on consentit à l'entendre , et le kiaya-bey se rendit à bord de l'amiral , qui fit les propositions suivantes : 1* les châteaux des Dardanelles seront remis au pouvoir des Anglais; 2* quinze vaisseaux de guerre chargés des munitions navales seront conduits à Malte; 3^ la Porte déclarera la guerre à la France , et renverra son amnassadeur; 4* la Moldavie et la Valachie resteront h la Russie; la place d'Ismaïï et les autres villes fortes du Danube seront livrées à cette puissance... Accepter ces conditions ou des bombes, tel était le langage de l'amiral anglais. Le peuple redoubla d'activité. Le 35, l'ambassadeur d'Angleterre demanda ou'il lui fût assigné un lieu où il pût débarquer pour conférer avec les ministres de la Porte; le divan répondit qu'il notait pas désormais un lieu , pas
un seul pouce de terre dans tout Tentpire ottoman où un Anglais pM descendre sans être exposé a la fureur du peuple; qu'au sein du sérail mékne le^ sultan ne serait pas assez puissant pour défendre un Aillais contre l'indigiuitien des musulmans.
On s'aperçut alors à bord de Tescadre anglaise qu'on ne parviendrait point à £aiire peur à la Porte , et que Je coup était manqué. On se rdâcmi dès conditions qu'on avait imposées ; mais le Grand Seigneur fit râ)ondre qu^if:
ne traiterait pas tant que l'escadre anglaise serait en deçà aes Dardanelles.
Les Anglais eurent alors recours à rintri^e, mais le sultan fut immuable.
Il était nuit et jour avec les troupes dans les batteries.
Le a mars, il envoya cherdier lo général Sébastiani qui se trouvait à cheval au milieu de ses soldats; il lui dit : A Les Anglais veulent que Je chasse l'ambassadeur de France, et que je fasse la guerre à mon meilleur ami.
Écris à l^mperenr qu'hier encore j'ai reçu une lettre de lui; que je persévérerai dans mes desseins; qu^il peut compter sur moi comme je compte sur lui.»
Le sérail et les c6tes d'Europe et d'Asie étant couverts de batteries, tous les efforts se portèrent sur les Dardanelles , que l'on hérissa de canons et de camps.
Dans ces circonstances, l'escadre anglaise jugea prudent de battre en retraite; elle repassa les Dardanelles.
Dès les premiers moments de la dé* claration deffuerre, l'empereur iïapoléon avait onert au Grand Seigneur le secours d'une armée pour défendre les Dardanelles et le Danube; mais la Porte n'avait d'abord accepte que quelques officiers d'artillerie et du génie.
Le sultan demanda enfin d'autres secours qui partirent en toute diligence.
La flotte turque osa franchir les parages où elle était à l'abri; mais, rencontrée à la hauteur dcTénétlos par l'escadre de l'amiral russe Siniavin, elle fut détruite dans deux combats successifs. C'est ainsi que le gouvernement russe, au milieu de toutes h*8
(MéottopaMiui que M dMMdait Tétai de rcurope, marebait avee ferwM* raaee v«rs80ii bBt|irîiici|ial , teMnaiii* toenwBt et b raine de I» Turquie.
lie hasard maornie rarement d'être
fiivorahle k qm sait attendre. L'énergie
de Sélim aorait ptt devenir amseiire;
d^ des fereee imiMiantefr allaient se
réonir sur les rives du Danube, eà les
paéhas de Nisse et de Widdin avaient
feattn les Serviens, et forcé les Russes
de lever le bloeus de Giurgévo , lorsque
la révointion de Gonstantinople ren*
rersa Sélim du trône, et dès lors l'en*
semble manqua à la fésistanoe. Le
-gfnénà If Iclieieon profita de cette oir*
oonetattoe pour rentrer en Valacbie.
Les victoires de Napoléon pouvaient
cbanger la fine des anïiires en Orient;
mais ee conquérant, toujours soigneui
de se nnénager ralliance russe, ne ra*
farda plus la question turque que
comoae un point secondaire; il est
«êaie probable que, pour mettre fin à
rœovre de son vaste système cooti*
«entai, Tempereur des Francis eût
tsal bon marché de Texistence du vieil
empire ottoman. La paix de Tilsitt
laissait peu d'espoir aux Ttircs de oon-
tmoer la guerre avec avantage; il fut
donc oondu entre eux et les Russes un
armistice qu'on peut considérer comme
ane conséquence des arrangements
-conclus par les. trois souverams; on
peut même con|eeturer que la protee*-
don de Napoléon, si magnifiquement
mmise au divan , lui fit defiMit dès que
«danger de la coalition se (ut évanoui :
en eflet, les troupes russes ratèrent
dans les principautés, malgré la danse
qui stipulait pour ce pays une sorte
d'indépi^Mlance, et le prince Ypsilanti
aHa rej^nendre le gouvernement de ta
Valadiie au moment où la Porte nonoh
malt le princeSootzojxmr le remplacer
en qualïté de homodar. La Porte ré-
dama; Ypsilanti nit rappelé, et céda à
la Russie ses prétendus droits sur le
f^ouvemement de cette province, dont
l'administration ftit alors confiée à un
divan composé de Russes et de boyars
du pays.
Tous œs subterfuges tinrent assez longtemps la Russie et la Turquie dans
on état mixte qui n*était ni la paix ni la guene; la versatilité de la politique fmeaise opéra un rapprochement entré hi Porte et l'Angleterre, et la mission du général Sébastiani se trouva entravée par Finfluence britannique, quand le divan eut acquis la preuve que le gouvernement français sacrifiait le protectorat de TOrient à de nouvelles combinaisons.
(1808.) Lss résultats de la paix de Tilsitt venaient de changer la fooe de l'Europe. Le vainqueur avait traoé sa part avec son glaive; il régnait désor* mais jusqu'au Niémen; l'Autriche était domptée; la Prusse morcelée n'existait plus que grâce à une longanimité non moins humiliante pour elle que ses défaites; le corps germanique attendait qu*un courrier de Paris vtnt lui apprendre s'il était en çaix ou en guerre ; seule, la Russie avait tiré de sa position ^^phique l'avantage de garder won territoire intact, et, quoique vain* cue^ die balançait encore Tinfluenoe de Napoléon ; ce n'est pas qu'die fût à crainore par ses seules ressources, mais on peut dire que sans die il n'y avait |du8 à cette ^^ue de audition possible. Cependant ceux qui ne se laissaient pas éblouir par Féclat prestigieux des conquêtes, ne pouvaient se dissimuler quel édifice de la gloire française, reposait sur des bases fragiiles.
llhordredediosesqui déplaçait viâemmcnt les intérêts , en blessant FiNraudl national des vaincus , ne pouvait se soutenir que par des moyens ooerdtifs peu compatibles avec une époque de paix. Quand la crainte garantit seule Tobéissance, quand la révolte est dans les coeurs, le retour vers un passé qu'on regrette n'est plus qu'une question de temps et d*opportanité. Maîtresse des mers, l'Angleterre comprenait qne l'application du système qui profaikit son commerce sur le continent fatiguerait les peuples longtemps avant que de consommer sa ruine.
Si l'interruption du commerce anglais porta un coup sensible à la prospérité industrielle et manufacturière des peuples soumis aux volontés de Tempereur des Français , elle fut sur-
UUNIVERS.
tout préjudiciable à la Russie, encore inhabile à mettre en oeuvre ses produits , et qui se voyait obligée de renon» Gcr, faute de débouchés , aux avantages solides de son commerce d'exporta* tion.
Il y eut donc dans la détermination d'Alexandre t lors(|u*il dut opter entre l'alliance britannique et cale de la France, plus d'entraînement et de bonne foi, que de justesse et de tact dans l'appréciation des véritables intérêts de son empire. La Russie avait sans doute besoin d'une paix réparatrice; mais, par suite du blocus continental, les résultats de cette paix devenaient stériles, puisque l'excéoant des produits se trouvait entassé dans les magasins, au préjudice des producteurs et des propriétaires. La conduite peu loyale des Anglais dans la dernière lutte, le bombardement de Copenhague» et les ménagements de Napoléon pour Alexandre peuvent sans doute justifier moralement ce prince; mais, selon les règles égoïstes de la politique, celui qui i>erd est toi^yours censé avoir tort. Ainsi , non-seulement la Russie n'avait point obtenu une paix avantegeuse, mais sa tranquillité était précaire et subordonnée aux empédiements que pouvait rencontrer le système français dans ses exigeantes applications. L'attitude que pnt courageusement la Suède, tandis que les autres cours s'humiliaient devant le génie d'un conquérant non moins persévérant dans ses vues qu'il était supérieur à ses rivaux dans l'art de la guerre, entraîna Alexandre à se déclarer ennemi de cette puissance. La marine russe consisteit alors en trentedeux vaisseaux de ligne, dix-huit frégates et soixante bâtiments légers , sans compter plus de deux cente galères; ces forces navales réunies présentaient un effectif de cin^ mille six cents canons, de trente mille marins, et d'environ huit mille soldats de marine.
Dès la fin de l'année 1807, l'empereur de Russie avait exigé que la Suèae , en vertu des traités de 1780 et 1800, maintînt le principe que la Baltique devait être une mer fermée , et qu'elle
dé&ndtt cette mer et sas côtes conti^toute infraction à ce principe. Le ro' de Suède répondit qu'if éteit impossible de maintenir la neutralité de la Baltique tant que la France disposerait des odtes méridionales de ce bassin, et qu'il in-» vitait le tsar à user do son influence pour obtenir préalablement l'évacua* tion de ces contrées.
Tandis que ces négociations se poui^ suivaient, la cour de StocKholm négociait un traite de subsides avec FAn* gleterre, ce qui l'exposait à toutes les conséquences d'une rupture prochaine* Le résultet de cette conduite prouve q|ue ceux qui tiennent en main les destinées d'un peuple doivent sacrifier leurs ressentiments particuliers à la nécessite des temps, sous peine d'ex-p
Siser, à leurs dépens , l'insuIBsuioe du oit devant la force. Alexandre a fait une faute en accédant à une coalition anti-britennique, parce que les res^ sources de son empire eteient loia
qu'il pouvait balancer, par une résistance même passive, la supériorité de son rival.
La Suède commit une faute justement pour avoir suivi la ligne qu'aurait dû suivre la Russie. Trop pauvre pour se résigner indéfiniment a la suspension de son commerce maritime, elle invoqua le droit qu'onV les Etete, comme les individus , de pourvoir à leur conservation; mais elle ne prévit j)oint les conséquences d'une lutte si inhale , et elle dut les subir sans aucune compensation.
Le 31 février 1808, le général Buxhovden passa la Ryménie, limite commune des deux Ëtato, et entra en Finlande sur trois points différente, Abersfors , Kieslig et Anîala. Les Suédois se défendirent avec courage, et le général russe, pour assurer le succès de son expédition, eut recours aux proclamations. La suivante prouve avec quelle dextérité Je cabinet de
Saint-Pëterabourg maniait cette arme daof^rettse. «Bons voisins, disait -il aux liabitants de la Finlande suédoise, mon tiès-gracîeax maître se voit forcé d*enT€yer dans votre jKiys les troapes soas mes ordres; mais Sa Majesté le roi de Saède , en s'éloimant de plus en fhis de rheureuse alliance des deux plus grands empires du monde, resserre ses liaisons avec l'ennemi commun , dont le système oppressif et la conduite inouïe envers les alliés les plus intimes de la Russie et de la Suède même , ne peuvent être vus de sangfroid par Sa Majesté Impériale. Ces motife, ainsi que les soins que Sa Majesté Impériale doit à la sûreté de ses États, robligent à placer votre pays sous sa protection et à en prendre possession , afin de se procurer, par ce moyen, une garantie suffisante, dans le cas ou Sa Majesté suédoise persévérerait dans la résolution de ne pas accoter les équitables propositions de paix oui lui ont été faites par Sa Majesté l'empereur des Francs, sous la médiation de Sa Majesté Impériale russe, dont les efforts ont été et sont encore dirigés vers le rétablissement (fane heureuse paix.
«Bons voisins et braves Finois, restez sans inquiétude et sans crainte dans vos demeures. Nous ne venons point comme ennemis; nous venons comme des amis , des protecteurs , pour assurer votre propre oonheur, et dans rintention d'éloigner de votre pays les maux de la guerre, dont vous seriez devenus les victimes. Ne vous laissez point engager à prendre les armes, ou a nuire de quelque manière que ce soit aux troupes que Sa Majesté Impériale m'a confiées. Toute personne qui manquera à ces ordres n a qu'à s'attribuer a soi-même les suites de sa désobéissance.
« Gomme cependant il pourrait y avoir des circonstances qui exigeraient des résolutions unanimes et des délibérations dirigées par une confiance rédproque, vous êtes invités, par la prâente, à nommer et à envoyer à Abo vos .députés provinciaux dans Tordre constitutionnel établi par vos
diètes , afin que ces députés y délibèrent sur ce qui pourra dans la suite se faire pour le bien du pays.
« Amsi, dans oe moment et jusqu'à nouvel ordre, le grand-duché de Finlande sera considéré comme les autres provinces conquises par la Russie, et qui , sous le doux gouvernement de Sa Majesté Impériale et de ses prédécesseurs , jouissent et ont joui ae la plus heureuse tranquillité. Le libre exercice du culte, et tous les privilèges dont jouissent les Finois depuis un temps immémorial, leur seront conservés avec tout ce qui en dépend, etc. »
Une autre proclamation porte un cacbet non moms extraordinaire; nous la citerons encore pour montrer que, dans ses envahissements successifs, la Russie a employé tour à tour ou simultanément la force et la ruse : cette proclamation, datée fie Lovisa, était adressée à l'armée finoise. « Soldats ! e'est avec affiiction que mon très-gracieux empereur se voit forcé, ma^ré lui , de faire entrer ses troupes en l^nlande : cette démarche n'a d'autre objet qu'une protection puissante, et la conservation de la paix et de la tranquillité, ainsi que le bien-être des Finois.
« Pour exécuter cette mesure équitable. Sa Majesté Impériale a ordonné à ses troupes de ne pas tirer les premières, à moins qu'oubliant votre liberté , et dédaignant les avantages qu'on vous offre, vous ne preniez une attitude hostile; à notre grand déplaisir, vous l'avez déjà fait. Nous renouvelons à la nation fanoise ces ordres de Sa Majesté Imj^ériale, en vous assurant de sa bienveillance sincère, et en vous donnant de nouveau la garantie que vous avez part aux bontâ de Sa Majesté Impériale.
« Bons Finois, que le sort a placés dans les rangs de l'armée suédoise, vous êtes à plaindre; vous quittez vos foyers et vos parents pour aller à la mort pour une cause injuste. Soldats !
mon très-gracieux souverain m'a ordonné de promettre à tous ceux d'entre vous qui poseront les armes volontairement , qu'ils auront la liberté de retourner chez eux , et qu'on leur payera
L'UNIVERS
deux ro}iUes par fusil , un rouble par sabre pu toute autre arme, et six roubles pour chaque cheval qu'ils auront livré. Qui de vous aimerait assez peu le repos pour ne pas se hâter, en supposant tout appel injuste à la guerre, dé se préparer une vie heureuse et tranquille sous la protection de mon trèsgracieux empereur? »
On voit que les souverains absolus ne négligent pas, au besoin, de fomenter la révolte, et de révolutionner les provinces qu'ils convoitent pour en avoir meilleur marché.
Le roi de Suède répondit par un manifeste, et fit provisoirement arrêter M. d'Alopeus , ministre de Russie à sa cour. Dans la situation respective des deux États, cette mesure n'avait rien que de légitime, d'autant plus que cet agent négociait alors la défection d'un chef suédois. Le ton de Gustave IV était à la fois dign^ et ferme, comme on pourra s'en convaincre par la pièce suivante.
« A une époque, disait-il, où le sort des princes et des États of^imés paraissait toucher la Russie, lorsqu'elle oommen^ à appréhender les dangers (]ui menaçaient toute l'Europe, Sa Majesté fut entraînée par les mêmes sentiments à une alliance qui s'appuvait sur la confiance qu'elle mettait dans an voisin , son ami , souverain indépendant.SaMajestéavaitcontractéd'autres liaisons utiles fondées sur le bien général; elle se trouvait dans le cas de réclamer de la France l'exécution d'engagements formels et non remplis; elle était investie de la puissance de soutenir ses droits et ceux de chacun.
A cette époque, le roi s'allia avec la Russie; maintenant il est attaqué par cette puissance pour avoir été son allié.
« Si jamais un souverain s'est trouvé dans une position qui lui permît d'espérer que les alliances qu'il avait contractées seraient inviolables , le roi a été dans ce cas. L'empereur avait été personnellement offensé par le refus opiniâtre de la France de remplir un traité conclu et signé, ainsi que par le peu d'égards qu'on lui avait montré en plusieurs occasions. La nation russe
était indignée de se voir publiquement traitée comme une horde de sauvages et de barbares ; en un mot, tout ce qui doit être sacré à un gouvernement se réunissait pour le soutien de la cause commune : qui aurait osé ne pas regarder comme irrévocable ce que l'empereur avait déclaré, savoir, qu'il refuserait toute proposition de paix , si elle n'était pas conciliable avec l'honneur du nom russe, la sûreté de la patrie, la sainteté des alliances, et le repos général de l'Europe?
ft Des vues si grandes et si justes ont-elles été remplies par le traité de Tilsitt? La génération présente a déjà prononcé sur cette question, et la postérité sera encore mieux à même d'en juger... Le roi avait exactement rempli ses obligations envers la Russie... il avait soutenu, par ses vaisseaux de guerre, les entreprises des armées russes; il avait ouvert ses arsenaux à l'empereur; il avait rejeté les ofires secrètes qu'au milieu de la paix, et lorsque les frontières et la capitale de la Russie étaient dégarnies, la France lui avait fait faire; entre antres, elles renfermaient l'offre de lui procurer.
danJB le cas où il romprait avec la Rus sie, les provinces perdues par Charles Xn, avec telle frontière que û Suède pourrait souhaiter. Sa Majesté se regarde comme au-dessus de tout élo^e (]ui lui serait décerné pour avoir résisté à une tentation si immorale; mais elle s'attend à ce que la violence que la même puissance, traitée si amicaleipent, exerce maintenant oontie ses Etats, sera ju^ée avec toute la sévérité qu'elle mérite. »
Le gouvernement russe saisit cette occasion pour s'emparer définitivement de la Finlande suédoise, province qui mettait à l'abri d'un coup de main la Finlande russe, l'Ingrie, la Livonie et l'Esthonie. La Suède ne se montra pas plus équitable à l'égard du Danemark que la Russie ne l'avait été dans son agression; elle envahit la Norwé^e, et l'Etat le plus faible fut le seul qui resta sans dédommagement. L'occupation du grand-duché de Finlande avec ses places inexpugnables compefisa en quel*
4fÊe sorte, pour la Russie, les sacrifices gae Juî imposait i'alltanoe française.
Cette usurpaticffi interdit désormais à la Siiède jusqu'à l'espoir de recouvrer ses ancieiines possessions. D*un autre coté, le retrancbement de eette proviaoe, qui aurait toujours été le théâtre des hostilités , niet pour ainsi dire l'ancîeiuie Scandinavie en dehors de la spbère d'activité où s'agite la Russie.
Cette dernière puissance n'a plus rien à craindre de la Suède, si ce n^est dans l'hypothèse d'une attaque combinée; et, d'un autre coté, elle n'a aucun intérêt direct à étendre ses limites vers le nordooest ; c'est maintenant la Turquie d'Europe qu'elle convoite, et surtout la possession des détroits, pour assurer un débouché aux produits des provinces les plus fertiles de l'empire. Une fois maîtresse de Constantinople, elle portera ses efforts vers les Indes , et l'or de ses marchés pourra fournir aux dépooses de ses innombrables bataillons. Alors il sera trop tard; les monarchies de la vieille Europe deviendront vassales de la çrande tsarie; et, tandis que les mvasions des anciens barbares ra|eonissaient les empires décrépits, la domination russe étendra son niveau de plomb sur le continent, qui n'aura ni la force de résister, ni respoir de voir un jour sortir de ses draines ces ^nérations ignorantes mais Tîerges qw recommencent les civilisations.
La perte de la Fiidande ne fut que faihleinent retardée par quelquessuccès obtenus sur b flotte russe par les escadres combinées de l'Angleterre et de la Suède. Les forces navales de la Russie restèrent blooiées sur les côtes de i'Esttionie, mais dans une position inattaquable. Les tempêtes, si fré»
qnentes et si périlleuses dans la Baltique , la délivrèrent de ce dan^er^ Quant a la flotte une ramtrai Siniavin conduisait en Portugal pour tâcher de faire déclarer ce rovaume contre l'An-
fletenre, elle fut oblig^ée de se rendre l'amiral Colton, après la convention de Cintra et l'évacuation du Portugal par les Français. Cette flotte, qui con* listait en un vaisseau de quatre-vingts
canons, six de soixante-quatorze, deux de soixante, et un de vingt-six, fut restituée plus tard à la Russie. Par une courtoisie qui rappelle celle de Napoléon à l'égard de Paul P', et qui , sans doute, n'était pas nooins intéressée, les offlders et les équipages furent conduits en Russie aux irais de l'Angleterre.
Les suites funestes de cette guerre contre la Russie grossirent le nombre des ennemis de Gustave IV , et préparèrent sa chute. Ce fut Tannée suivante que cet infortuné monarque perdit sa couronne. Partout sur son passage, en partant pour la terre d'exil , il vit son peuple l'entourer des égards dus au malheur ; il put croire qu'il était regretté , quand on le plaignait seulement: étrange destinée d'un peuple oui dut ses plus grands revers a un excès décourage dans Charles XII, et à un excès de loyauté dans Gustave IV.
Pendant que Napoléon préparait par son ambition l'avènement des constitutions pondérées dans l'Europe civilisée, Tesprit national, subjugué par la ^oire ou par la crainte , se réveilla en Espagne. A la nouvelle de Tattentat de Rayonne , la fierté castillane s'indisna , et le patriotisme s'exalta de toute rénergie do sentiment religieux. L'An-
?leterre comprit que les sierra de La ^éninsule deviendraient le foyer actif de la résistance ; les ressources de sa marine pouvaient prolonger indéfiniment la lutte d'un peuple qui était digne de garder ses institutions , parce qiril savait mourir pour elles. Cet exemirfe tira l'Allemagne de son engourdissement ; les rigueurs du système continental commençaient à peser à la Russie ; le cabinet de Saint-James épiait ces symptômes de mécontentement qui annonçaient une crise prochaine; l'exemple de l'Espagne jetait de la tiédeur dans les conseils des alliés de la France impériale ; Napoléon jugea prudent de ranimer leur zèle, et ménagea l'entrevue d'Erfurt. Il man-
auait au vainqueur de tant de peujjles 'avoir à lutter contre le chef spirituel , le pontife de Rome. Pie VII os^
L'UNIVEKS.
lancer contre l'usurpateur du trdne espagnol une bulle d*exconiinunication.
Il réclamait les territoires gui avaient été démembrés du saint-siége, pour en faire des principautés à des prêtres apostats ; et , pour nous servir de l'expression de Rabbe, il en appelait à Napoléon lui-même « comme a un fils consacré et assermenté , pour réparer les dommages et pour soutenir les droits de TÉglise catholique. L'empereur , qui voulait affermir son pouvoir {»ar toutes les influences , avait rétabli e culte et la hiérarchie de l'Église gallicane; et) croyant fonder une dynastie , il avait décidé que la couronne de Charlemag[ne serait mise sur sa tête par les mams vénérables du souverain pontife. Mais, pour le soldat victorieux, la sanction religieuse n'était qu'un moyen po]itiq[ue ; la foudre papale retombât impuissante au pied de son trône; irrité de cette résistance d'un genre nouveau, il arracha au territoire ecclésiastique les légations d'Âncône , d'Urbin , de Maoerata et de Camerino, pour les annexer au royaume d'Italie. Le légat quitta Paris , et Na-
Soléon fit annoncer par son ministre es relations extérieures que, si le saint-père persistait dans sa conduite, le gouvernement papal allait cesser d'exister. « Car, portait la note ministérielle , refuser d'entrer dans les vues de l'empereur, relativement à l'Italie , qui doit former , par l'union la plus compacte de toutes ses parties, une ligue défensive contre les ennemis de la France , c'est déclarer la guerre à l'empereur. Or, le premier résultat de la guerre est la conquête , et le premier résultat de la conquête est le changement de gouvernement. » Cette tliéone de l'usurpation a du moins le mérite de la franchise. Napoléon répéta en vain le mot de Louis XIV :
// n'y a plus de Pyrénées; il était plus aisé a l'empereur de donner à Joseph le trône d'Espagne qu'à ce prince de s'y maintenir : Finsurrection faisait des progrès rapides ; il ne s'agissait plus de décider du sort d'un pays par une grande victoire : la lutte était partout ; le climat , la disposition des
lieux , la difficulté des transports , mais surtout la naine implacable do clergé pressentant la perte de son influence, si l'administration française Î prenait racine sur cette terre catboique, et excitant encore le courage tout à la fois bouillant et réfléchi des insurgés , toutes ces causes arrêtent les armées impériales étonnées de ne point en finir avec un royaume en une seule campagne. A ces échecs de détail vinrent se joindre des défaits» sur une plus vaste échelle. L'affaire de Baylen ouvrit la série des jours né* fastes pour les armées impériales. Napoléon ne pouvait conserver sa vaste et excentrique puissance qu'à condition de vaincre, et de vaincre toujours.
Le prestige qui l'environnait une fois dissipé , il restait encore le plus grand capitaine de l'époque; mais, avec des troupes aguerries et des forces supérieures, on pouvait désormais soumettre sa fortune au calcul. Une fois entraîné dans la voie de la violence , un conquérant ne sait plus lui-màne où il lui sera possible \le s'arrêter. La reine d'Étrune se vit expulsée de ses États sous un vain prétexte : on eût dit que la fortune, avant d'abandonner l'faonune de ses plus étonnantes prédilections, avait pris à tâche de multiplier les fautes de son règne, comme pour motiver ses rigueurs subites.
L'Autriche, alliée forcée de la France, se préparait secrètement à la
guerre ; selon Rabbe , son but était de issoudre en Allemagne la nouvelle confédération , et , dans un avenir phis éloigné, de replacer au trône des Espagnes un de ses princes sur les ruines de la maison de Bourbon. Quelle que soit l'ambition du cabinet de Vienne , nous croyons qu'il lui suffisait de la tâche déjà bien assez laborieuse de recouvrer en partie l'influenoequ'il avait perdue.
« L'empereur Alexandre arriva à Erfurt le 27 septembre , peu d'heures après l'empereur Napoléon. Les rois de Saxe , de Bavière et de Wurtemberg , ainsi que Jérôme Bonaparte , qui était déjà élevé au trône de Westpha*
hc; le grand -duc Constantin, frère d'Alexandre, le prince Guillaume de Pru^e, les héritiers présomptifs de Bavière , de Bade et de Darmstadt; les grands^ducs de Saxe-Weimar, de Saxe* Gotlia , celui de Wiirtzbourg , le duc d'Oldeobourg , et une foule d'autres princes s'y rendirent successivement On y vit les ministres des premières puissances : les comtes Roumianzof et Speranskî, de la Russie; le comte de Goitz , de là Prusse ; MM. de ChampagQv et Maret, ministres de Napoléon; le baron de Montgelas , de la Barière; le comte de Bose, du Danemark; le comte de Furstenstein , du royaume de Westphalie ; le comte de Manfredini, de "Wurtzbourg; le comte de Taube , du Wurtemberg ; le comte de Beust , du prince-primat de la confédération du Rhin ; le baron deThummal, de Saxe -Gotha; le baron de Vincent y arriva de la part de Tempereur d'Autriche ; le baron de Dalberg, alors ministre de Bade à Paris , et le comte Tolstoï avaient suivi Napoléon à Effort. Caulaincourt , ambassadeur de France à Saint-Pétersbourg, BouN goiog , ministre de Napoléon à Dresde , s'y rendirent également. Les confëroiœs durèrent jns(|u*au 14 octobre.
S^il faut en croire certains rapports , les deux empereurs échangèrent a cette épogue quelques paroles où Ton déeouvnt depuis des symptômes de mésintelligence; mais l'histoire ne doit accueillir qu'avec une extrême circonspection les mots anecdotiques qui n'ont presque jamais été prononcés comme on les rapporte, et dont la mrme même trahit souvent Tintervention du biographe.
Les jpoints cfiscutés à Erfurt furent : r la diminution des contributions imposées par la France à la Prusse; 2* l'admission du duc d'Oldenbourg dans la confédération do Rhin ; 3** la paix avec l'Angleterre ; 4* les relations de la France avec TAutriehe ; 5^ enfin , les «iffaires de Turquie.
«La détermination prise relativement à ce dernier objet ne fut point reodae publique . dit l'historien d'Alexandre; mais on pensait générale-
29* JJvraison. (Russie.) t. li-
ment <|ue déjà à Tilsitt le partage d>^ cette rid^ contrée avait été arrêté par un article secret : et , suivant cet article, le démembrement aurait été convenu ainsi qu^il suit , entre la Russie , l'Autriche et la France : on laissait au sultan sa capitale, avec la portion de territoire délimitée par la mer Noire, la Propontide, la mer Egée, et par une ligne dont les points extrêmes étaient Varna et TItessalonique.
Napoléon prenait toute la partie corn-
f>rise entre cette ligne, les côtes de 'Adriatique , et une autre ligne qui , de Tranmk en Bosnie, se dirigeait sur Varna , c'est-à-dire qu'il s'appropriait une partie de la Bosnie, toute FAlba* nie, l'ancienne Grèce, une partie de la Macédoine et de la Bulgarie. La Russie s'était réservé les deux provinces tributaires, la portion de la Bulgarie et de la Romélie , laissée en deliors par la démarcation de Napoléon. Enfin la Bosnie septentrionale et la Servie formaient le lot de l'Autriche. On fît observer à Napoléon qu'il serait dans Tohii^ation de conquérir en entier la portion au'il s'était adjugée; en outre, que l'étendue de sa ligne d'opération , le climat surtout, le caractère indomptable et les habitudes belliqueuses des habitants lui occasionneraient une consommation d'hommes plus considérable encore que celle que nécessiterait une eon* quête aussi épineuse. Napoléon se laissa persuader par ces différentes considérations, et biffa l'article du traité de Tilsitt à Tentrevue d'Erfiirt. »
Napoléon sembl£)it craindre que ral> liance russe ne lui échappât; il n'ignorait pas au' Alexandre penchait pour la paix générale , et que son empire souffrait sensiblement de l'interruption de ses relations commerciales avec TAngleterre. Il s'agissait donc de raviver les mécontentements du tsar, en le poussant à une démarche collective dont l'issue ne pouvait être douteuse.
Alexandre se prêta au désir de son aHié , et la lettre suivante fut adressée au roi d'Angleterre :
« Sire , les circonstances actuelles
L'UKJVERS.
de l'Europe nous ont réunis à Krfurt.
Notre première pensée est de céder aux vœux et aux besoins de tous les peuples « et de cherdier, par une prompte pacification avec Votre Majesté, le remède le plus efDcace aux malheurs qai pèsent sur toutes les nations. Nous en faisons connaître notre sincère désir à Votre Majesté par cette présente lettre.
« La guerre lon(|[ue et sanglante qui a déchiré le continent est terminée sans qu*elle puisse se renouveler. Beaucoup de changements, ont eu lieu en Europe ; beaucoup d'États ont été bouleversés. La cause en est dans l'état d'agitation et de malheur où la cessation du commerce maritime a placé k» plus grands peuples. De phis grands changements peuvent encore avoir Heu , et tous contraires a la politique de la nation anglaise. La paix ^donc à la Ibis dans nntérét des peuples du continent comme dans Tintérét des peuples de la Grande-Bretagne.
« I90US nous réunissons pour prier Votre Majesté d'écouter la voix de rbumanité , en faisant taire celle des passions; de cliercher , avec Tintention d'y parvenir, à concilier tous les intérêts, et , par là , garantir toutes les puissances qui existent , et assurer le bonheur de l'Europe et de cette génération à la tête de laquelle la Providence vous a placé.
« Signé: NAPOLioff , Alexardbb.»
Cette lettre donna lieu à un échange de notes diplomatiques où se développèrent infructueusement les prétentions respectives. Le congrès d Ërfiirt se sépara le 14 octobre. Retourner eu toute hâte à Paris, et ae précipiter sur TEspagoe pour réparer réchee de Baylen par la prise de Madrid, tels furent les oreinters soins de Napoléon. Cependant , à l'instant même où le plus iiobîle et le plus heureux dos conquérants touchait à l'apogée de sa gloire, des résistances s'orgamaaient sourdeméat L'Autridie ne pouvait accepter à toujours la réduction humiliante de son territoire. L'archiduc Charles parvint à relever le moral de l'armée par des dispositions aussi sages que fé-
condes. L'institution de la landwthr prépara l'affranchissement de l'Allemagne. L'empereur des Français demanda des explications sur oes grandes mesures mihtaires; mais, soit que l'adresse de M. de Metternich lui eût fait prendre le change, soit que Napoléon espérât que son alliance avec rAutrt(»e mettrait ces nouvelles ressources à sa disposition, il parut se contenter des motifs que mettait en avant le cabinet de Vienne. Ce cabinet appuyait principalement sur la nécessité ou ae trouvait l'Autriche d'adopter un système défensif capable de contrebalancer l'introduction de la conscription dans les États voisins. Ce qui Krouvait suffisamment , i^outait M. de letternich, que son gouvernement était éloiené de toute vue hostile, c'était le refus ou prince Charles d'accéder à la proposition d'un parti espagnol qui lui avait offert la couronne. L'empe»
reur François ajouta à toutes ces assurances par des protestations solennelles d'attachement et de fidélité ; et , oour nous servir de l'expression de Rabbe , Napoléon essuya cette défaite diplomatique.
La conduite de l'Autriche ne tarda pas à dévoiler ses véritables intentions ; elle fomentait Tinsurrection espagnole, retardait la reconnaissance du roi Joseph , et son ambassadeur à Constantinople appuyait la réeonciiiation entre la Porte et l'Angleterre.
JNapoléon chercha à détourner le coup dont on le menaçait , en faisant offrir au cabinet de Vienne, par l'entremise de RoumiansKof, ambassadeur russe à Paris, un arrangeaient qui aurait uni la France, la Russie et rAutriçhe« en mettant l'intégrité du territoire de chacune de ces puissanees sous une tierce garantie; de telle sorte que la Russie se serait trouvée la tutrice des intérêts autrichiens.
Mais cette of&e fut déclinée comme n'offrant Qu'une garantie illusoire, la position géographique des Ëtats autrichiens ne leur permettant pas de compter sur un secours efficace de la
part delà Russie, et en temps opportun. Bientôt les manifestes oe la oour de