‹ RussieChapitre 2 sur 31 · L*U»IV£AS · texte numérisé non relu

L*U»IV£AS

«qu'avec la participation du peuple.

«Un moment de faiMe&se pourrait « avoir ka suites les plus funestes; il « n'y a pas un moment à perdre pour « Yous nîre reconnattre par Tannée.

• — Et ma mère, qu'est-elle devenue?

« répliqua l'emporeur. — Sire, répon* « dit Pahlen , je vais me rendre auprès « de Sa Majesté. » En effet, il ne tarda pas à -se présenter chez Timpératrice; il pria b grande maîtresse de la cour, la comtesse de Lieven, d'instruire Sa Majesté de ce qui venait de se passer. Ce qu'il y a de rànarquable, c'est que les scènes d'horreur qui venaient (ravoir lieu si près de cette princesse n'avaient point interrompu son sommeil. Éveillée par la 'Comtesse de Lieven, elle crut d'abord qu'on venait pour la préparer à la nouvelle de la mort de sa nlle, la princesse palatine de Hongrie. « Non, madame, lui dit la «comtesse, Votre Majesté doit sur- « vivre à un plus grandf malheur; l'em- « pereur vient de mourir d'une attaque « d'apoplexie. — Non, non, s'écrie « l'impératrice, il a été assassiné. — « Il faut donc vous l'avouer, » répliqua la comtesse de Lieven. Alors l'impératrice, s'étant habillée à la hâte, se précipita dans la chambre de Paul.

Elle trouva dans le salon qui séparait ses appartements de ceux de l'empereur, le lieutenant ides. gardes Poltaratski, qui commandait les trente hommes que le général Dépréradovitcb y avait postés.

« Poltaratski déclara à l'impératrice qu'elle ne pouvait passer outre. La princesse insista , en demandant s'il ne la reconnaissait pas, et de qui il tenait ces ordres. L'oficier répondit quMl avait l'honneur de la connaître, et que ces ordres Jui avaient été donnés |)ar son colonel. Néanmoins l'impératrice voulut avancer malsré les gardes :

ceux-ci croisèrent la oaîonnette. Alors la princesse s'étant retournée vers Poltaratski lui donna un soufflet, et tomba évanouie dans un fauteuil.

« Les deux grandes-duchesses , Marie et Catherine , avaient suivi leur mère : elles essayèrent vainement de la tranquilliser. L'impératrice ayant demandé

un verre d'eau, un soldat arracha^ le verre des mains de la personne qui l'avait apporté, et, s'étant tourné vers l'impératrice, il le lui présenta après en avoir bu quelques gouttes, en disant : « Vous pouvez bonre sans crainte, « il n'y a pas de poison ; d'ailleurs vous « n'êtes cause de rien. »

« Enfin rimpératrice rentra dans ses appartements. Pahlen vint la chercher pour la conduire chez son fils : à peine avait-elle eu le temps de reprendre ses esprits; cependant elle eut assez de force pour élever une contestation sur ses droits. Elle prétendit qu'en vertu de son couronnement elle était impératrice iH^nante, et qu'en cette qualité on devait lui prêter serment de fidélité. li'em|)ereur avait déjà perdu un temps précieux à attendre sa mère; en la trouvant dans cette résolution , il se tourna vers Pahlen , et lui dit : » Voilà « un nouvel embarras auquel nous ne « nous attendions pas. » Pahlen , ne se laissant arrêter par aucune considération, obligea l'empereur à partir surle-champ. La même voiture qui était préparée pour transporter Paul à la forteresse , servit à conduire Alexandre du palais Michel au palais d'hiver, où il devait recevoir le serment de fidélité des grands dignitaires de l'empire.

Pahlen et Zoubof montèrent derrière la voiture : les bataillons de la garde suivirent. Beningsen resta auprès de l'impératrice mère , afin de la détourner des idées qui l'occupaient. Ce ne fut pas sans peine que l'on amena Marie réodorovna à renoncer à ses prétentions; et tels sont les charmes de l'autorité suprême, qu'au milieu de cette nuit d'horreur ils avaient assez d'em« pire pour faire oublier à une femme douce et vertueuse les dangers du pouvoir^ la fin afifreuse d'un époux, les sentiments d'une mère, les conseils de la prudence et de la raison.

« Enfin l'on fit consentir, l'impératrice à prêter serment à l'empereur son fils. Dès ce moment, tout se passa comme si Paul eût succombé à une mort naturelle.

M Un médecin et un chirureien firent rouverture du corps de Paul, et indi-

RUSSIK.

qaèreBiy en termes de l'art , ks causes gui avaient occasionné la mort de Penipereor. U fut embaumé, eiposé penflant aainze jours sar un lit die parade, et enno inhumé dans le caveau de ses pères avec toute la pompe accoutumée.

«On eut lieu de remarquer ciue toutes les fois que les cérémonies a u« sa^e obligeaient Alexandre d'approcher des mânes de son père , la douleur et le saisissement se pàgnaient sur tous ses traits.

• Quant aux assassins de Paul, ils furent toua éloignés ; plusieurs d'entre eux furent exilés dans les r^iroents ëe Sibàrie; H. de Fabien mime fut forcé de quitter Pétersbourg. »

En examinant cette notice, on serait porté h croire qu'elle a été rédigée par un des chefs oe la conspiration, tant à cause des détails qu'on y trouve , que |Mir le ménagement extrême qui ^y £ait voir partout en ce qui regarde la moralité des chefs de cette audacieuse entrciHrise ; on y retrouve même , à résard d Alexandre, un blâme oui fait d'autant plus d'effet, qu'il se déduise sous des formes respectueuses :

il en est de même pour rimpératrice Marie : en un mot, il règne dans tout le récit un caractère qui accuse un conspirateur dodt l'exil ou la disgrâce a payé le crime. D'un autre côté. Forthographe des noms propres , que nous avons souvent rectifiée, annonce une plume étrangère; mais peut-être n'était-ce qu'un artifice pour détourner les soupçons do véritable auteur de Tarticle. L'opinion de Napoléon sur la mort de Paul, et qu'il a consignée dans les Mémoires de Sainte-Hélène , ne présente rien de nouveau, si ce n'est qu'elle paratt trop sévère en ce qui concerne racquiescement d'Alexandre au dénouement tragique de cette catas« trophe. On ne saura jamais tout snr la mort de Panl; maïs on en sat assez sur les faits principaux pour s'en former une conviction à peu près aussi complète que pour d'autres événements de la même nature : nous nous bornerions donc à ces deux récits, si nous ne croyions pas devoir mettre sous les yeux de nos lecteurs une notice qui a

paru dans le Tetims (3 février t83S), et qui a été rédigea sur des renseignements authentiques. Cette pièce donne sur la vie privée de Paul , et sur quelques pmonnages de sa cour, des détails qui expliquent bien des choses, et révèlent plusieurs circonstances im|K)rtantes de la vie privée de cet infortuné monarque.

« Pour quiconque n'a pas suivi l'empereur Paul dans sa vie privée , tout est m3rstère et contradiction dans sa conduite. Ses vertus et ses vices paraissent également inexplicables, lorsqu'on ne les envisage que sous un seul point de vue; aussi les écrivains ont porté sur ce prince des jugements si divers et si opposés, que Ton serait tenté de regarder les uns comme des détracteura passionnés, et les autres comme des panég;yristes à gages. Cependant , dans leur inexactitude même, ils ont pu errer de bonne foi; car, soit en bien, soit en mal, je ne «sache rien dont Paul n'ait éte capable.

« Dans une sphère moins élevée , son originalité n'eut été que piquante; le théâtre où l'appelait sa naissance le transforma en mauvais empereur; et les circonstances contribuèrent singulièrement à mettre en saillie les traits de ce caractère où les contrastes luttaient sans cesse pour dominer tour à tour.

« Sa taille ramassée, sa démarche brusque, ses manières heurtées et la difformité de ses traits, éteient comme uo reproche à Catherine II , et lui rap^ pelaient peut-être un de ees écarts qui déparent la gloire de son r^ne. Comme elle ne faisait point un mystère de son éloignement pour le tsarévitch, ses favoris , et surtout le prince Potemkin , ne lui ménageaient ni l'humiliation , ni même les outrages.

«L'éducation de Paul, confiée au comte Panin fNicétas Ivanovitcli), avait eu une double direction, Tune ostensible et convenable à son rang, l'autre secrète, et dont l'effet tendait à étouffer ses bonnes dispositions et à fénerver par les voluptés. Ses mœurs ne sortirent point intactes de cette épreuve, et on lui reproche les fai-

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blesses de Frédéric n, dont il imitait jusqu'au costume. Gtnendant il était naturellement porté a la galanterie, et son penchant pour les femmes avait quelque chose de chevaleresque qui contrastait d'une manière bizarre avec les moeurs de l'époque , aussi bien qu'avec son propre extérieur.

« Catherine, entourée de favoris puissant» et ambitieux, avait marié son fils à une princesse de Wurtemberg, dont la fécondité assurait le trône à sa famille. Si une fin prématurée n'eût point déjoué les intentions attribuées à l'impératrice, il est probable que la couronne eût passé à Alexandre, au préjudice de liiéritier direct. Cependant Paul, reléjgué à Gatchina, y couvait son ressentiment, et semblait uniquement occupé de faire manœuvrer son régiment, qu'il se plaisait à former à la discipline prussienne.

« Le voyage qtr'il fit depuis en Europe sous le nom de comte du Nord, et les honneurs dont il se vit entouré lui apprirent à s'observer en public, et c^t surtout depuis cette éfjoque qu'il affecta de négliger ce à quoi il sentait ne pouvoir attemdre.

«Ce prince, malgré ses défauts, gagnait beaucoup à être connu ; il avait la repartie facile, l'esprit enjoué et la mémoire heureuse. Il parlait avec élégance le français et rallemand, et il séduisait souvent par l'aménité de son entretien ceux inémes qu'il venait d'intinûder par l'étransete de ses formes et le jeu expressif de sa physionomie.

Un jour, pour ne citer qu'un exemple, Kotzebue, qui avait été exilé par ses ordres, fut mandé au palais; il s'y rendit en tremblant, et sortit de cette entrevue aussi dévoué à l'empereur que ses serviteurs les plus intimes.

«Naturellement généreux, il donnait avec une grâce parfaite, surtout lorsqu'il s'aeissait de réparer un tort. En butte, oepuis son enfance, à des persécutions ae tout genre, il était extrêmement méfiant; et ceux qui l'entouraient prenaient à tâche de l'entreteAir dans ces dispositions, autant pour se rendre nécessaires que |)our

éloigner ou perdre quiconque leur portait ombrage. Frappé de l'idée qu'on en voulait a ses jours, il prenait nabituellement du contre-poison, et couchait rarement deux nuits de suite dans la même chambre. L'événement n'a que trop bien justifié ses in*évisions; les recoins , les cachettes , les corridors et les souterrains qu'il avait fait pratiquer dans son palais, ne purent le soustraire au ressentiment de ses &voris.

« Les écrivains , qui attribuent presque toujours des causes extraordinaires aux catastrophes des têtes couronnées , ont essayé d'expliauer cet assassinat par des influences aiplomatiques, et le soupçon tomba particulièrement sur l'Angleterre. A les entendre , cette puissance, redoutant une alliance entre la France républicaine et la Russie ^ se hâta de frapper Paul au milieu de ses nouveaux projets. Je n'hésite point à reléguer cette opinion parmi les calonh nies gratuites des faiseurs de mémoires, qui , en général , connaissent mieux les livres que itfi cours. De tels moyens sont rarement employés, parce qu'ils provoqueraient des représailles, et les )rinces aiment mieux jouer le sort de eurs peuples que de compromettre eur sûreté personnelle.

« Il est plus rationnel de supposer que le caractère soupçonneux de Paul, dont l'emportement se manifestait par des coups terribles, inspira à ceux mêmes qui jouissaient de sa confiance le dessein de le perdre pour se mettre à l'abri d'une disgrâce éventuelle.

« On sait d'ailleurs que des renseignements officieux sur ce complot étaient parvenus au grand veneur Kou* taîtzof. Des circonstances moins connues l'empêchèrent de s'en ouvrir à l'empereur.

« Quoique ie ne cite qu'à regret des hommes que j'ai connus , la vérité bistorique me fait un devoir d'entrer ici dans quelques développements nécessaires. Koutaîtzof devait tout aux bon tés de Paul. Il avait été donné enfant à ce prince, dont il devint le barbier et le valet de chambre. Plus tard , il sut tellement s'insinuer dans les bonnes

grâces de son mahre, qu*îl parvint aux premières charges. Cet homme, qui trafiquait bassement de sa faveur, avait assez d'empire sur Paul pour détourner qadques-ons des oukases qu'il fîilml* naît dans les premiers accès de sa colère. Peu de temps avant la catastro* Re, il était jparvenu à faire révoquer rdre rdatit à Tex-favori Zoubof . qui avait été relégué dans l'intérieur ae la Russie quelques mois après la mort de Gaitherine. L'empereur avait r^isté longtemps pour plus d'un motif; mais il avait enfin cédé dans un de ces moments d'abandon que les courtisans savent si bien saisir; et une somme considérable fut, dit-on, le prix de ce service.

■ Un jour, Koutaitzof trouva sur son secretaire un paquet cacheté qui renfermait des détails précis sur la conspiration. En tête de la liste des conjurés, il lut, non sans terreur, le nom de ce même Zoubof dont il avait négocié le rappel. Prévovant bien que le fougueux autocrate i envelopperait dans sa vengeance, il jeta le paquet au feu. Il est permis de croire qu'intéressé comme il l'était, il tira de grands avantages de ceux dont il tenait u vie entre ses mains, et que ces ménagements l'enlacèrent dans le com- Clot. Parmi les conjurés^ on remarquait i comte Zoubof, le prince Jascbwell, l'aide de camp général Ouvarof , Talé- BÎn, Orlof, et le comte Pahlen, gouvemeurmiiitairedeSaint-Pétersbourg.

« Je suis porté à croire, sans pouvoir toutefois l'afiBrmer, que la révélation avait été faite par Ouvarof, qui d^ait son élévation rapide au crédit dont jouissait auprès de Paul la famille Lapoukhin, dont j'aurai bientôt à parler. N'ayant aucun ressentiment particulier contre l'empereur qui l'avait comblé de faveurs, cet attentat ne poufait que nuire à sa fortune. Toutefois l'avis anonyme donné à Koutaïtzof étant comme non avenu, Ouvarof dut Élire bonne contenance, et même éloigner par sa participation active les soupçons qui pouvaient planer sur lui.

« Quoi qu'if en soit, rempereur reçut bientôt après un message sem-

blable. Sa grandeur d'âme se révéla tout entière; car c'est une chose à signaler, que les contrariétés et les tracasseries le trouvaient pusillanime et irritable, tandis que les occasions solennelles et décisives le rendaient pour ainsi dire à sa générosité native, en lui offrant un théâtre digne de lui.

« Il fait venir Pahlen, lui remet l'écrit, et, fixant sur lui ses regards vifs et pénétrants, il lui demande tranguillement ce que cela signifie. Celui-ci,

Profondément dissimulé et préparé à }ut, affecte une contenance ferme.

« Je le savais, dit-il à l'empereur, et, « pour mieux connaître tous vos enne- « mis, j'ai dû jouer moi-même le rôle « de conspirateur. » Là-dessus, il s'étendit longuement sur le plan et les moyens des conjurés , et dénonça même l'impératrice et les grands-ducs Alexandre et Constantin. Paul, stupéfait, dressa une liste de proscription, et remit à l'audacieux in(^)osteur l'ordre

Î[ui le mettait en mesure d'agir contre es membres de la famille impériale.

Pahlen n'eut rien de plus presse que de communiquer secrètement ces pièces aux coupâmes et à ceux que sa calomnie venait de compromettre. Dès lors, il ne fut plus question que de hâter le coup. Les circonstances odieuses de la mort de Paul sont assez connues ; pour moi, lorsque je mets dans la balance ses vertus et ses écarts, je ne trouve plus de voix que pour le plaindre.

« Alexandre n'avait donc point cons-

Siré, comme on l'a faussement présndu , mais , croyant sa perte certaine , il laissa faire. L'histoire lui reprochera d'avoir amnistié sur le trône les assassins de son père. Sa jeunesse et la puissance des conjurés expliquent sa conduite, sans toutefois la justifier.

Quant à Constantin, il sJéleva avec énergie contre les auteurs de cet attentat, et la noblesse ne lui a jamais pardonné cette manifestation bonoraole. Depuis, il a été exclu du trône.

« Nous avons dit que les mauvais traitements avaient aigri le caractère de Paul; il lious reste a indiquer sommairement quelques circonstances d'intérieur, qui pourront, jusqu'à un cer-

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tain point, explimier les biaarreries de sa conduite et oe ses aetes administratifs.

« Une fois empereur, il sembla prendre à tâche d'insulter, par Féclat des cérémonies pubtigues, les sei^eurs qui avaient joui de sa disgrâce sous Catherine. Ia premier acte saillant de son règne fut l'exhumation de Pierrein , auquel il rendit solennellement les honneurs funèbres, comme pour protester hautement contre le passe. Il résolut ensuite d'entourer son couronnement de tout le faste d'une cour riche et somptueuse. Les costumes des dames de la cour furent ofBciellement prescrits d'après les modèles usités à ta cour des derniers rois de France.

« Séduite par ces nouveautés , la noblesse de Pétersbourg et celle des villes les plus considérables de Tempire accourut en foule à Moscou. Le jour de la cérémonie, Paul sortit à cheval du palais de Pétrovski, et se rendit au Kremlin , escorté de ses fils , des grands dignitaires, et suivi d*un cortège immense.

« Ce fut dans les fêtes nombreuses (]ui se succédèrent qu'il remarqua la Kune Anna Pétrovna, fille du sénateur Lapoukhin, ex -gouverneur général d'Iaroslavl. C'est dans cette famille qu'un siècle auparavant PierreleGrand avait choisi sa première ^use, mère de l'infortuné Alexis.

« Les charmes d'Anna, ses ^ces, sa modestie firent sur Paul une impression extraordinaire. Cependant ce goût, qui devint une passion violente, ne fut point remarque d'abord , et il se contenta d'engager en termes assez vagues le sénateur Lapoukhin à venir s'établir à Pétersbourff.

« Soit qu'il vouhH lutter contre ce penchant, soit qu'il fAt distrait par les soins et les devoirs nouveaux que lui imposait la couronne, il quitta Moscou, et pour le moment cette proposition n>ut pas de suite. Une eirconstance fortuite vint bientôt après réveiller en M h souvenir d'Anna Pétrovna. Le gentilhomme de la chambre, Démtdof (Gréfforre Alexandrovitb), rechercha Catherine Pétrovna,

sosur d'Anna, et demanda, selon l'usage, l'autorisation de l'empereur.

Paul crut qu'il s*agissait d'Anna, et, dans un premier mouvement de dépit , il interdit à Démidof la ville de Pétersbourg, et Pexdut du service actif, sans toutefois s'opposer à ce mariage.

«Un an après, il fit un voyage à Casan, et revmt à Moscou, où il revît Anna, et apprit dVlle le mariage de sa sœur. Alors il fit promettre à son père de se rendre à Pétersbourg, où il le combla d'honneurs et de dignité. La position du sénateur LapouRhin était des phis délicates; il n'ignorait pas le motif de sa nouvelle faveur, ni le danger de heurter de front un mattre impérieux et passionné. De son côté, Anna se désolait d'un choix qui contrariait son inclination seerète. Elle avait été fiancée au prince Gagarin (Paul Gavrilévitch), et les obsËMCIes que rencontrait leur union donnaient une nouvelle vivacité à leur mutuel attachement.

« Paul ne pouvait se dissimuler qu'il n'avait aucun des avantages physiques capables de toucher une jeune personne. Il essaya inutilement d'exciter son ambition ; il alfa même jus<]a'à lui proposer de répudier l'impératrice pour mettre la couronne sur sa tête. Des offres si brillantes épouvantèrent Anna Pétrovna, et il tenta désormais de vaincre une résistance dont il ignorait le motif, à force de prévenances et de générosité.

« Dans ce but, il éleva le sénateur Lapoukhin à la dignité sérénissime, et vovant qu'Anna ne tenait point à la cour le rang que lui assignait sa préférence exclusive, il lui conféra les insignes de l'ordre de Malte, ainsi qu'à la comtesse Litta, ce qui leur assurait le pas sur les autres dames d'honneur.

«L'impératrice Marie Féodorovna ne pouvait être jalouse d'une rivale qui sémissait la première de sa faveur, et elle lui témoigna constamment l'intérêt le plus afKctueux.

« Paul essayait aussi d'éblouir Anna par des innovations dispendieuses qui ne le rendaient pa» plus aimable.

Dans un caprice de prodigalité, il fit

fondre la Yaitselte massive des villes de goQTemement pour enrichir l'umibnne de ses chevaliers-gardes. Un jour, il ramassa an gant delà ûivorite , el donna des ordres pour faire peindre de la même couleur le palais de Saint- Midiel ^i venait d*être achevé.

« Sa jalousie allait jusqu'à l'extraya»

gaDoe. Ayant appris <^ue deux jeunes sei^neors, Larioeaupiere et Barazdin, avaient dansé avec Anna, qui avait aanblé 7 prendre plaisir, il défendit la valse dans les bals particuliers et pu* blics; ^, des deox danseurs préfères, Pnn fut mis pour vingt-quatre heures à la forteresse, Faotre dut quitter Pétenbourg. Enfin une circonstance fortuite lut dessilla les yeux. Le jeune G^garin servait en Italie sous les ordres de Souvorof. Un bulletin venait d'être adressé à l'empereur sur un avantage remporté par les Russes. Il le lut a Anna dont l'émotion était visible; mais lorsqu'il nomma parmi les blessés le prince Gagarin, elle ne fut plus maltresse de sa douleur. Paul engea une explication qui lui fut donnée. Cet homme si entier, dont le bonheur venait d'Itre détruit , montra dans cette occasion toute sa grandeur d'âme.

Il lui reprocha avec bonté d'avoir manqué de confiance à son égard , lui donna sa parole impériale qu'elle serait dnîe à Gagarin, ajoutant qu'il aurait soin de son avancement et de sa fortune; et, par la suite, il remplit dignement cette tâche difficile et glorieuse.

« Mais, depuis ce moment, il devint de plus en plus sombre et fantasque.

Les disgrâces, les bannissements, les ordres ks plus arbitraires se succédèrent avec rapidité, et amenèrent les ehoses à un point qui annonçait aux moins clairvoyants une catastrophe prochaine.

«Quelques années après sa mort, une noudadîe de poitrine enleva à Pétersbourg Anna Pétrovna, prinoesse Gagarin, dont j'ai recueilli les derniers soupirs. Elle ne parlait jamais de son bienfaiteur au'avec attendrissement; et je lui ai repété maintes fois que sa vertu avait fait plus de mal à la Russie

que n'eussent pu lui en occasionner les vices et les prodigalités d'une favorite ambitieuse. »

ALBXANDHB 1*'.

(1801-1826.) Jusqu'ici nous avons vu la Russie mettre à profit le désaccord de l'Europe pour étendre ses frontières, en même temps qu'elle donnait plus d'homogénéité a ses institutions.

Si l'on suit les progrès de cet empire depuis Pierre le Grand , on reconnaît que le'caractère des princes oui se sont succédé a merveilleusement nâté le développement de sa puissance militaire :

il n'est pas jusqu'aux règnes voluptueux d'Anne et d^Élisabeth qui n'aient fourni leur contingent de gloire; les bizarreries de Pierre III n'en avaient pas moins la guerre pour objet; Catherine, tout en affectant de travailler uniquement à l'amélioration du sort de ses peuples , avait étendu son sceptre plus loin qu'aucun de ses prédécesseurs; enfin Paul P', dans le court espace de quatre années, avait mis la république française en péril, et, par un brusque retour de sa politique, la coalition s'était trouvée découragée, et l'Angleterre réduite à n'espérer de salut oue dans le meurtre de l'autocrate aevenu l'allié et Tadmirateur du premier consul. Telle est l'énergie vitale de la nation russe, <]ue les fautes mêmes de ses princes lui sont profitables, comme s il fallait à ce corps robuste un exercice violent à tout prix.

Après tous ces règnes si agités et si dissemblables, à l'ambition près, on voit monter sur le trône ensanglanté un jeune prince dont la douceur, la justice et les qualités les plus aimanles inspiraient les plus légitimes espérances. Par un jeu singulier de la fortune, il se trouva l'antngoniste d'un homme à proportions héroïques, dont l'épée devait briser toutes les résistances, dont la gloire devait éclipser toutes les gloires , et qui tomba du plus liant de sa puissance aux pieds d'un prince sans talentsguerriers, d'ub rival, qui, par le seul avantage de sa position, sut mettre à profit jusqu'à ses défaites i

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et, dans une dernière lutte corps à corps, renversa sur la neige le vainqueur de Marengo, d'Austerlitz et de la Moskva.

Alexandre ne prit qu'à regret les rênes de l'empire; il avait eu tout le loisir d'étudier les devoirs difficiles du despotisme, et de mesurer l'abtme sur lequel sont placés les degrés du trône tsarique. Vertueux et plein d'affection pour les auteurs de ses jours , il s'était vu forcé, dans l'intérêt de l'État et dans celui de sa propre conservation , de consentir au détrônement de son père; mais, après le crime qui avait couronné cet acte de révolte, il s'abandonna à une douleur sincère. La pureté de ses mœurs , la douceur de ses traits, la droiture de ses intentions, formaient un contraste singulier avec la couleur sombre du règne qui venait de finir; l'amour du peuple, d'autant plus vif qu'il se confondait avec l'espoir, écartait du trône les souvenirs lugubres d'un crime atroce, et à peine, en présence du résultat, les plus austères trouvaient-ils la force oe blâmer ce qui devait être profitable à tous.

Les (qualités de ce jeune prince avaient été heureusement développées par l'éducation; ses préceoteurs, et surtout le colonel la Harpe, lui avaient inculqué de bonne heure le respect de rhumanité , et le sentiment protond de ce qu'un souverain doit à ses peuples en échange de leur obéissance et de leur dévouement ; mais, en même temps que l'esprit du grand-duc se nourrissait de ces principes salutaires, il ne pouvait se dissimuler qu'il est pour le pouvoir, plus encore que pour l'nomme privé, des exigences de position et de temps auxquelles doivent se plier les théories morales; en un mot, que celui qui gouvernerait toujours les nommes tels Qu'ils devraient être, serait inhabile a les gouverner tels qu'ils sont.

Le règne de Catherine II, celui de Paul , lui avaient appris ç^ue la grandeur, la gloire et la générosité, ont leur côté obscur, tandis que des actes moralement condamnables sont quelquefois en politique d'une incontestable utilité. Ce fut donc entre les limites

du bien abstrait et lés conditions pratiques d'un règne absolu qu'il traça sa ligne de conduite , et ce milieu , dans son acception la plus honorable, il ne s'en écarta jamais; il accepta les avantages comme les inconvénients de cette modération, de cette tempérance politique, qu'il n'a pu suivre comme système que parce qu'elle était dans les conditions de sa nature. SI nous ajoutons à ces considérations que le rôle 3u'il eut à remplir était moins un rôle 'initiative que d'observation et de résistance, on comprendra pourquoi Napoléon vaincu et détrône a conservé cette renommée prestigieuse qui s'attache aux grandes âioses, tandis qu'Alexandre , devenu l'arbitre de l'Europe , a plus de droits à l'estime qu'à l'admiration.

Le oofonel I^asson a tracé en ces termes le portrait d'Alexandre encore grand-duc : « Ce jeune prince, par la pureté de son moral et la beauté de son physique, inspire une espèce d'admiration. On trouve presque réalisé en lui cet idéal qui nous enchante dans Télémaque.

« On pourrait aussi lui reprocher les mêmes défauts que Fénelon laisse à son élève; mais ce sont peut-être moins des défauts que l'absence de quelques qualités qui ne se sont point encore développées en lui, ou qui ont été repoussées dans son cceur par les alentours méprisables qu'on lui a donnés. Il a de Catherine une grandeur de sentiment et une égalité (l'humeur inaltérable, un esprit juste et pénétrant et une discrétion tare, mais une retenue, une circonspection qui n'est pas de son âge, et qui serait de la dissimulation, si on ne devait pas l'attribuer à la position gênée où il s'est trouvé entre son père et sa grand' mère, plutôt qu'à son cœur naturellement franc et ingénu. Il a de sa mère la taille, la beauté, la douceur et la bienfaisance; mais aucun trait extérieur ne le rapproche de son père, et il doit d'ailleurs le craindre plus que l'aimer. Paul, devinant les intentions de Catherine en faveur de ce fils , a touiours eu de l'éloignement pour lui; il ne lui

troQTe ni son caractère ni ses goûts; car Alexandre paraît se prêter par obéissance plus que par înclination à ce que son père exige de lui. Il est adoré du soldat à cause de sa bonté, admiré de l'ofiBcier à cause de sa raison; il est le médiateur entre Tautocrate et les malheureux qui, pour quelques riens , ont provoqué la colère et fa vengeance impériale. Cçt élève de la Harpe ne serait pas grand-duc de Russie qu'il inspirerait de l'amour et de l'intérêt; la nature l'a doué très-richement des f>lu8 aimables qualités, et celle d'héritier du plus vaste empire du monde ne doit pas les rendre indiffélentes à l'humanité; le ciel le destine peut-être à rendre trente millions d'esdaves plus libres et dignes de l'être.

« An reste, i) est d'un caractère heoreux, mais passif. Il manque de hardiesse et de confiance pour rechercfarr l'homme de mérite, toujours modeste et retenu : il est à cramdre que le plus imjjortun et le plus effronté , qui est ordinanrement le ^lus ignare et K plus naécfaant, ne parvienne à l'obaéoer. Se laissant trop aller aux impulsions étrangères, il ne s'abandonne pas assez à celles de sa raison et de son cœur. Il semble perdre l'envie de sTinstruire en perdant ses mattres, et surtout le colonel la Harpe. »

On pourrait s'étonner qu'avec un prince juste et pacifique la Russie soit restée militaire et conquérante. Un coup d'œil jeté sur la carte de cet empire suffira pour qu'on reconnaisse que ses frontières, ouvertes à l'occident, le mettent constamment en péril, jusqu'à ce que ses forces maritimes lui aient assuré l'empire de la Méditerranée; un accord possible entre les grandes puissances de l'Europe pourrait lui retirer en deux campagnes tout ee qu'il a conquis en un siècle et demi. Il lui importe donc de se mêler à toutes les guerres continentales, et de mettre à prix son alliance pour affaiblir les nations rivales, et grandir ainsi jusqu'à l'époque où sa population, sans cesse eroi»ante, te laissera sans appréhensions sur son territoire et lui permettra de s'étendre encore. C'est en

vain que TEurope se flatte que ce corps gigante^ue se morcellera de luimême; le défaut d'adhésion de tant de provinces est moins un obstacle qu'un moven pour le despotisme : quel intérêt prendraient les Finois h la révolte des peuples du Caucase? Quand la Pologne s'est soulevée , les peuplades asiatiques ont-elles essayé de ressaisir leur indépendance? Sans doute la Russie subira le sort commun à tous les peuples; mais les rivalités içesquines des grands États de l'Europe favoriseront longtemps encore l'extension de sa puissance, et elle ne périclitera que par sa propre civilisation, à l'époque où la scission du territoire s'opérera par la diver|;ence des intérêts.

La conduite du jeune tsar à l'égard des conjurés fut mixte, et resta pour ainsi dire dans les limites de sa participation au complot. Us furent éioi- §nés de la cour pour avoir été au delà e ses ordres; mais aucun supplice ne leur fit expier le meurtre de Paul; Alexandre aurait pu les sacrifier à sa propre renommée, et rejeter ainsi sur eux seuls tout l'odieux du forfait; sa conscience repoussa une telle justiGcation, et jamais son amour pour la justice n'éclata plus que dans cette conjoncture délicate : il redoubla d'égards {)our sa mère , et tout le reste de sa vie 'absout du soupçon d'avoir attenté sciemment aux jours de son père.

En montant sur le trône, il crut devoir annoncer par une proclamation quelle serait la lisne de son administration et de sa politique. Ce manifeste , conçu en termes généraux, contenait la promesse de gouverner conformément à l'esprit de l'impératrice Catherine II. En s'abstenant de parler du rè^ne de Paul , on eût dit qu'il craignait d'eVoquer un souvenir funeste; l'aoandon des plans de ce malheureux empereur n'eut peut-être pas d'autre motif.

Les premières démarches avec les cabinets étrangers signalèrent une tendance pacifique : le jeune tsar écrivit à George III pour lui témoigner le désir de terminer les différends qui s'étaient élevés entre la Russie et l'Angleterre; pour montrer la franchise de ces ou*

L'UNIVERS

vertures, il fit rendre la liberté aux ^^piipages dont les bâtiments avaient été séquestrés par ordre de Paul; il leva les prohibitions, conséquences nécessaires des hostilités, et fit prévenir de ces dispositions Pamiral Parker qui commandait la flotte anglaise dans la Baltique. Bonaparte ne vit dans cette conduite qu'un corollaire de la mort tragique de Paul; cependant, comme Aleiandre avait simultanément manifesté Tintention de rester en paix avec la France, le premier consul ne perdit pas Tespoir de se concilier le jeune empereur, qui Te^t avec les mêmes égards le g«iéral Duroc et lord Sainte-Hélène, ambassadeurs des deux cours rivales. Toutefois la prépondé* rance britannique ne tarda pas k se révéler; l'embargo fut définitivement levé dès le 18 mai , et, un mois après, une nouvelle convention maritime, conclue entre la 'Russie et TAngleterre, stipula que la première de ces puissances abandonnerait tous les points précédemment contestés sans prétendre II aucune indemnité. Il était évident on'une détermination si inat* tendue blessait les intérêts de la Suède et du Danemark , que la Russie avait poussés à la euerre pour les mêmes motifs dont if lui convenait de faire actuellement si bon marché.

Comme oorojpensation , la Suède obtint la publication d'un traité d'alliance entre P^rsbours ^Stockholm , traité

3ui avait été ratine la veille de ia mort e Paul.

L'appui du Nord manquait à la France ; la paix de Lunéville ne paraissait qu'une trêve, pendant laquelle chacun se disposait à rentrer en liœ; le mauvais suooès de l'expédition d'Egypte avait jeté qodqne découragement dans les esprits, bes prélinunaires furent signés à Paris entre la France et l'Ànsleterre; et huit jours après, le 8 octonre, un autre traité avec la Russie régularisa la situation respective de l'empire et de la république; la paix d'Amiens, amenée par l'intervention de la Russie, et surtout par l^épuisement des parties belligérantes , fut conclue sur des bases peu solides

(180S). Vers la même é|M>que, i'indénendance de la république des Sept-Iles fut garantie par la France et la Turquie. Cette mesure, dictée par l'intérêt anglais et russe, annonçait des intentions hostiles contre les possessions frani^ises en Italie.

Bientôt les vues du cabinet de Londres commencèrent à se dessiner d'une manière plus nette. Au mépris des traités, les vaisseaux anglais ne respectaient plus aucun paviUon, et l'évacuation au Hanovre était Tol^t de réclamations incessantes. Au mUieu de ces tiraillements, qui annonçaient une rupture prochaine, Markof» ambassadeur russe k Paris, se livrait à de sourdes intrigues qui compromettaient le caractère de son souverain :

il fiit honteusement expulsé éd France ; et le tsar, pour atténuer ce que ce coup d'autorité avait de blessant pour sa dignité, jugea convenable de gratifier Pimpéritie de ce ministre d'une pension de douze mille roubles.

Tandis que l'influence rosse se révélait de tout cêté dans lœ affaires de l'Europe, les courtisans cherdiaieat à découvrir le côté faible du jeune empereur : la nature l'avait cadié dans un penchant très-prononoé pour le sexe, et qu'augmentaient encore les séductions d'une cour brillante. Marié à l'âge de seize ans à la princesse Louise- Amélie, fille du margrave de Bade , et qui prit , en adoptant la communion greo^e, le nom d'Elisabeth Alexéievaa, il se contenta, pendant quelque temps, des affections conjugales, et conserva même jusqu'à sa mort, pour sa vertueuse épouse, les sentiments d'une estime méritée : on assure qu'une incommodité très-commune dans le Nord , en fimant prématurément la beauté d'Elisabeth , éloima jd'elle son ieune époux , et la priva oes douceurs oe la maternité. Noos ne mgnalerons pas les nombreuses infidélités d'Alexandre, qui intéressent peu l'histoire : elles ont toujours été couvertes d*un voile de décence , et jamais, que nous sachions, elles n'ont exercé une influence sensible sur sa politiqiie.

Les désordres de radmlnistration

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