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OBSERVANCES ET PRATIQUES DIVERSES DBS ARMÉNIENS

Leubs jeûnes. —■ ]Sul autre peuple ne pousse aussi loin Taustérité et la mortification dans les jeûnes de V Église ; et nous avons vu qu'une des causes de leur aversion pour les Grecs , provenait des tentatives faites par ceux-ci de réformer la loi de leurs anstinences. Les jeûnes sont aussi fréquents que rigoureux. Durant tous ces jours, ils s'abstiennent de viande , de poisson , d'œufs , de beurre , de lait et de fro-

mage , ne faisant qu'un repas , après le coucher du soleil. Le vin et l'huile

sont aussi interdits par les anciens nons.'

Ils jeûnent tous les mercredis et vendredis de Tannée, excepté depuis Pâques à l'Ascension, qui est le temps 011 ils ont le plus de réjouissances en mémoire de la résurrection de Notre- Seigneur. Ils font ensuite les dix jeûnes suivants, chacun d'une semaine : 1» celui d'après le premier dimanche de la Trinité , qu'ils appellent jeûne de pénitence : 2» le jeûne de la Transfiguration; 3** le jeûne de l'Assomption; 4° le jeûne de la Croix en septembre; 5^ un jeûne de pénitence après le treizième dimanche de la Trinité ; 6* uu autre semblable après le vingt et unième dimanche; 7« le jeûne de l'A vent; 8" celui de Noël, dont ils ne commencent pas la fête à minuit-, mais'' le matin , comme pour les autres fêtes, jeûnant la Vigile du soir ; 9^" un jeûne de pénitence avant le carnaval , aui dure quinze jours; 10'' le srand carême qui commence dès le lundi , où l'on redouble d*austérité. On voit que les jeûnes d'obligation emportent la moitié de l'année. Il y a encore trois jeûnes de dévotion pour les plus fervents , chacun de cinquante jours. Le premier est de Pâgues à la Pentecôte ; le second , de la Trinité à la Transfiguration ; le troisième commence cinquante jours avant Noël. Il y a en outre un petit jeûne surérogatoire de l'Ascension à la Pentecôte.

Les Arméniens distinguent trois décret dans le jeûne. Bach y qui consiste a s'abstenir non - seulement de chair, mais encore de poisson , d'oeufs et de laitage. D%uom, oui est proprement le jeûne dans leauel on ne boit ni l'on ne mange jusqu au coucher du soleil.

Le navaçfUik est simplement ce que nous appelons l'abstinence ou la privation de viandes.

Cette discipline austère de l'Église arménienne remonte à l'origine de son établissement. Saint Grégoire ITlIuminateur , son premier patriarche , et qui , au milieu de ses missions , mena toujours la vie d'un anachorète, fit

ARMÉniE.

passer dans les institutions de ce pea-

Eie le régime sévère adopté parlai , voulut r^umer dans ces pratiques toute la pensée du christianisme, qui n'était à ses yeux ^'une grande et conti' nuelle expiation sur cette terre. Que ceux qui attaquent l'Eglise catholique comme imposant à ses ndèles des mortiflcations trop rigoureuses, aillent en Arménie, ils se convaincront que la privation et Tabstinence ne sont pas aussi nuisibles à Thysiène publique que l'intempérance ou l'excès dans le boire et le maneer. La beauté du sang, l'éclat du teint des femmes, la force des hommes, prouveront suffisamment à l'observateur que le régime le plus dur peut être aussi le plus sain , lorsqu'il est simple, calme et régulier. En outre, il ne faut jamais oublier que les Orientaux sont infiniment plus sobres que nous, et qu'ils ne connaissent pas tous les raffinements d'un luxe corrupteur.

Églisbs. — Dans l'intérieur de l'Arménie, où la pauvreté du peuple est grande à cause des exactions des pachas, les églises sont petites et simples , n'étant distinguées des maisons ordinaires que par une croix tracée sur la porte d'entrée. L'autel , suivant l'antique usage , regarde l'Orient; du reste, tout est fort simple également à l'intérieur, et elles n'ont pour ornementque quelques peintures grossières.

' Les fidèles n'y entrent que nu-pieds ; et, lorsqu'ils passent devant la porte, ils vont en baiser le seuil.

A Constantinople , et dans les autres villes où habitent de riches banquiers et des négociants, la maison de Dieu est convenablement ornée. La façade , comme la partie intérieure , rappellent les églises des Grecs. Le grand autel , correspondant à leur berna ^ est voilé par deux rideaux , dont le plus grand cache le sanctuaire au peuple, ainsi que le prêtre célébrant , les diacres et ceux qui les assistent, pendant certaines parties de la messe ; usage orientai qui ajoute , ^n reste , à la Cérémonie un caractère mystérieux , plus imposant. Il rappelle ces temps de la primitive Église, où le diacre ordonnait aux profanes de sortir avant la con-

VUvraium. (ARMiins.^

sommation du^sacrifloe. Le second rideau cache seulement le célébrant aa moment de la communion , comme s'il devait alors être séparé du reste des humains, et n'avoir pour spectateur que Dieu et les anges.

Toutes les églises sont sous la dédicace du Seigneur, de la Vierge, de la croix , des apdtres , de saint Gi^goire l'Illuminateur, et de quelques autres saints des premiers siècles.

Le dimanche et les Jours de fôtes, les fidèles accourent à l'q^lise avant Tàurore. Ils y restent dans le plus grand recueillement, ne se permettant jamais d'y parler, ou de cracher sur le pavé. Les hommes tiennent ordinaire*»

ment un chapelet à la main , et sont séparés des lemmes. Les offices sont fort lonssj ils durent cinq ou six heures, suivant le rite de l'Église arménienne^ on ne célèbre la messe qu'une fois par jour dans la même ^lise; et, aux solennités , cette faveur est réservée aux dignitaires du clergé.

ÉgLISB PAtBIÂBCALB d'ECZIIIA-

ziN. — Nous empruntons au célèbre voyageur Chardin , gui visita ces lieux à la fin du dix -septième siècle, la description qu'il en donne , et qui , si nous en exceptons les remarques inconvenantes qui lui sont suggérées par son esprit réformiste et intolérant, s'accorde exactement avec celle du savant professeur Parrot , dans la relation da son Voyage au mont Ararat. « A deux lieues di'Érivan , dit-jl , est le célèbre monastère des Trois Églises (*), le sanctuaire des chrétiens arméniens, si j'ose ainsi parler, et le lieu pour lequel ils ont le plus de dévotion. Les Arméniens rappellent Eczmiazin, c'est-àdire, la ducente du Ftts wiique engendré; et ce nom, disent-ils, a été

donné à ce lieu , parce que Jésus- 'y fit voir clairement à saint s qui

triafche. Les Mahométaiis la nom-

Christ s'y

Grégoire qui en fut le premier pa*

ment UtchécHsse, c'est-à-dire, les frais églises y à cause qu'outre 'l'église do couvent, il y en a deux autres assez proches, et qu'en tout elles sont au

(*) Voy. figure n» 19.

lao

L'UNIVERS

npfiitoe de trois. L9 première , la prin-r cipale oui s'appelle (IczmiazîD , comme ToD a ait , est un bâtiment fort massif et fort vaste , et qui est tout de grosses pierres de taille. Les pilastres, qui ont septante pieds de hauteur, sont de lourdes masses de pierre. Le dôme et les voûtes en sont aussi. Le dedans de Téglise n'a aucun ornement desculpture ni de peinture. Les chapelles sont du côté de rOrient. Il y en a trois au fond de Téglise. Qelle du milieu est grande et a un autel de pierre , à la façon des chrétiens orientaux, assez bien orné. Celles des côtés n*ont point d'autel ; mais une sert de sacristie , et fautre de trésor. La raison pour la* quelle on n*y trouve point d'autel, c'est que , dans la créance des Arméniens » de même qu'en celle de tous les autres chrétiens d'Orient , l'on ne célèbre les saints mystères de la communion eucharistique qu'une fois le jour, en une église, et lors seulement qu'il s'y trouve quelque fidèle pour y participer. Ainsi il n'est pas nécessaire d'y avoir plus d'un autel en chaque ^iise.

« Les moines du lieu font voir dans la sacristie plusieurs parements fort beaux et fort riches , aes croix et des calices d'or, des lampes et des chandeliers d'argent d'une extraordinaire grandeur. On y voit, dans le trésor, plusieurs diâsses d'argent et de vermeil doré. Les principales reli<]ues du lieu sont, au rapport des moines qui en ont la garde, le haut du corps de sainte Ripsvmée, un bras et une jambe de sainte Caîane, un bras de saint Grégoire, surnommé Fllluminateur, à cause qu'il convertit l'Arménie.

« Au centre de l'église 9 il y a une grande pierre de taille carrée , de trois pieds de diamètre, et de cinq pieds d'épaisseur. Les Arméniens disent que c'est l'endroit où saint Oratoire, leur apôire , vit Jésus-Christ. Ils assurent que Jésus -Christ fit, autour de ce saint, avec un ravon de lumière, le dessin de l'éslise d^Eczmiazin , et qu'il lui commanaa de (aire bâtir l'élise sur la figure qu'il avait tracée. Ils ajoutent qu^au iDflme temn^ la terire s^ou-

vrit à l'endroit où est cette pierre : que Nbtre-Seigneur jeta là, dans l'abîme, les diables qui étaient dans les temples d'Arménie , et y rendaient des oracles; et que saint Grégoire fit aussitôt couvrir cette ouverture d*un marbre.

« Ils ajoutent qu'Abbas le Grand , roi de Perse , enleva ce marbre, le mit au trésor royal de Perse, et fit mettre en la place la pierre dont nous avons parlé.

« Le grand clocher a été nouvellement rebâti. Il y a six cloches ; la plus grosse est de douze cents pesant. Un es petits clochers fut abattu il y a quarante ans : et depuis on ne l'a pas tait relever, faute a'argent, disent les moines. Le premier monastère de cette éçlise fut bâti par Nersès , vingt-neuvième patriarche d'Arménie. Les Tartares le ruinèrent; et, si Ton en veut croire la chronologie du lieu , il a été cinq fois abattu à rez-de-chaussée. Il est a présent bâti de briques. Il y a , dans le couvent , des logements pour tous les étrangers qui le viennent visiter, et pour quatre-vingts moines.

Ils ne sont d'ordinaire que douze à quinze. Les patriarches d'Arménie sont obligés de résider à ce couvent. Le patriarche d'Eczmiazin a quelque vingt évéchés sous lui.

« Les deux autres églises qui sont proches d'Eczmiazin s appellent Tune Sainte- Ripsymée, et l'autre Sainte- Caîane , du nom de deux vierges romaines, qui, dit-on, s'enfuirent en Arménie durant la neuvième persécution, et qui furent martyrisées au même lieu où ces églises sont bâties.

Sainte-Caîane est à la droite du monastère , à sept cents pas seulement. Sainte- Ripsymée est à la gauche , à deux mille pas. Ces deux églises sont à demi ruinées ; il y a longtemps qu'on n'y fait plus le service. »

Les revenus du couVent d'Eczmiazin étaient autrefois beaucoup plus considérables. Trente-trois villages en dépendaient; et, aujourd'hui, trois sont restés seulement au patriarche. Il permit un ducat d'impôt personnel par individu , et vingt pour cent des différents produits. Les pèlerinages et les aumônes sont aussi une des ressources

AaMÉNIB.

Itl

<la ooovent, qui comptait encore, en 1888 , dans les cloîtres , ^torze évé* ques, quarante-cinq ou cinquante rar* tabîeds , sept ou huit diacre^.

En 1832, comme les Kurdes poussaient leurs incursions jusqu'à la porte du couvent d'Ëczmiazm, pour lever des contributions, et aue deux religieux avaient succombé à leurs mau* Vais traitements, le patriarche, avec tout son clergé, se retira dans les provinces russes. Le commandant de la nrovince accueillit tous ces illustres fugitifs avec les plus grandes marques de distinction, et leur donna pour domicile le couvent de Sanaîn en Somkéthie. Dans le dernier traité de paix

Sue la Russie a conclu avec la Perse, le a obtenu la cession du couvent d*Eczmiazin , et le patriarche a pu rentrer en possession de son siège. Le CathoUcos actuel se nomme Épnrem, et en 1833 il entrait dans sa quatrevingt et unième année. Il avait payé dix mille francs au schah de Perse pour le droit de son installation.

Cet impôt, prélevé par les rois musulmans sur les patriarches d'Eczmiazin ou de Constantinople, a souvent forcé ceux-ci , comme nous Tavons remarqué plus haut, de se livrer à une coupable simonie, afin de s'acquitter des dettes qu'ils contractaient pour leur nomination. Aussi les voyait-on vendre au poids de Tor le myrcn ou rhuile sacrée, et exiger d'un évéque, {X)ur son ordination , des soaunes considérables.

LiTUBOiE. — La liturgie arménienne, telle qu'elle est encore suivie dans les ^lises, est fort ancienne. On la fait remonter à Mesrob, ce même saint qui inventa les lettres de l'alphabet, vers le commencement du cinquième siècle, et qui présida à la traduction des livres saints. Mesrob était versé dans la connaissance des lettres paieones et de la littérature classique de la Grèce; en outre, c'était un homme d*oraison et fort avancé dans les voies de la vie spirituelle : son style et ses compositions portent le cachet de ce double caractère. La partie de la liturgie coBoemant le saint sacrifice de

ta messe eft la plus pnftite. Les Kvm qui servent à k liturgie et au culte sont le Jamaklrky ou bréviaire réglant les exerdees spirituels de chaque jour, et contenant les prières que 1 on doit ré* dter aux divers moments delà journée, lesquels sont le milieu de la nuit ou l'heure de la résurrection de Jésus» Christ; l'aurore, ou Theure à laquella Jésus-Christ apparut aux deux Marie,

Iirès du sépulcre; le lever du soleil , ou e moment de son apparition à ses disciples; neuf heures, ou l'instant du crucifiement; midi, ou le moment de l'obscurcissement de la terre couverte de ténèbres; trois heures, seconde heure canonique à laquelle le Fils de l'homme rendit l'esprit; le soir, alors qu'il est descendu de la croix et enseveli; le couvre-feu, ou l'heure à la* Î[uelle il descendit aux limbes pour déivrer les âmes des justes; et enfin l'heure du coucher. Le Charagan, ou CàUierdeperie$y recueil d'h3[mnes et de proses à la louange de Dieu et des principaux saints de l'Église d'Arménie, est un ouvrage d'un ascétisme tendre et élevé. On peut ajouter le SaghmoSf ou livre dfes psaumes de David , avec les leçons choisies des prophètes, des Évangiles et des Épltres; le Ljackats ou Missel; le KharhertadeTy également pour la messe; et le MachdaUy liturgie attribuée à un savant et pieux moine du neuvième siècle de notre ère, et qui sert aux différentes cérémonies du culte.

L'ordre des cérémonies et des prières du suprême sacrifice badarw ne ressemble aucunement à notre rit romain. La messe n'étant dite qu'une fois chaque jour, se célèbre toujours avec une certaine solennité. L'officiant, les diacres et les acolytes, ont des vêtements sacerdotaux d'une forme particulière qui n'est pas sans majesté.

X4 tiare des patriarches et leur chasuble rappellent la mitre pontificale et le pectorsu des grands prêtres hébreux* Le pain mystique est oréparé par vu diacre la veille du çacrince. Ils ne suivent point dans sa préparation le rit des autres Orientaux, puisqu'il le font sans levain, ainsi que les maronites.

runiTERS.

L*bostie est ronde; eUe est aussi grande qtie celle des Latins, maïs plus ^^paisse. ôatre kê hosties de la communion , ils en baissent simplement quelques autres plus grandes et irius minces pour les dtshibuer aux fidèles à la fin de la messe. Leur distribution remplace chez eux celle du pain béni.

Le corps 4e la messe est rempli de prières pleines d'onction et de sublimité. Après, avoir mis le Tin dans le calice, le prêtre dit : « Seigneur, notre Dieu , dont la puissance est inscrutable et la gloire incompréhensible, toi dont la miséricorde est immense et la piété infinie, jette les yeux de ton inénarrable amour sur ce peuple et sur ce saint temple , verse sur nous et sur nos coassociés dans la prière ta miséricorde et la piété. »

pendant qu'on chante le célèbre 7WêagUm dont nous avons parlé, le célébrant récite cette autre oraison : « Dieu élément oui habites au milieudes saints, les chéruoins te louent et te glorifient avec le TrUagUm; toute la milice céleste t'adore, toi qui as fait passer toute créature du non-étre à l'être, qui as formé l'homme à ton image et à ta ressemblance, qui l'as orné de toutes tes grâces et lui as appris à rechercher la sagesse et l'intelligence; toi ^ui n'as pas méprisé le pécheur et qui lui as imposé seulement la pénitence; toi qui nous as permis , serviteurs indignes que nous sommes , de nous tenir en ce moment devant la gloire de ton saint autel pour t'olfrir cette prière de glorification. Seigneur, reçois de la bouche des pédieurs la bénédiction ^rois /o<f êirtnie, et conserve-nous par TefTet de ta démence; remets-nous nos péchés volontaires ou involontaires; purifie notre âme, notre esprit et nos corps; accorde-nous de te servir dans la saln< teté tous les jours de notre vie, par rintercession de la sainte Vierge et de tous les saints qui t'ont été agréables pendant ce siède, parce que tu es Kotre-Seicneur saint, etqu'à toi appartiennent la gloire, la principauté et rhonneur, oans tous les siècles des aièdes. «

Les premiers missionnaires catholi-

ques qui vinrent en Arménie, totalement étrangers aux mceurs et au langage du pavs, portèrent contre ses habitants cette accusation grave qu'ils étaient encore livrés aux superstitions de l'idolâtrie. Ils alléguaient, comme

Sreuve, les offrandes d'animaux qu'ils lisaient à certaines solennités, et auxquelles ils donnaient le nom de bada" rak^ nom qui désigne également le sacrifice mystique de la messe; mais ils ne savaient pas que ces dons volontaires, faits par aumône ou comme accomplissement d'un voeu , pour être répartis entre les pauvres, étaient une institution éminemment chrétienne, puisqu'elle astreignait le riche à donner aux indigents, à certains jours de l'année, une part de son superflu. Il faudrait aussi bien regarder^ comme une tradition du paganisme, l'ofifrande du pain béni qui se pratique encore dans les églises catholiques.

Jean VI THistorien raconte qu'un martvr du huitième siède s'écriait du haut de la croix où Tavaient suspendu les Musulmans : « Seipieur, en ce jour, fête annuelle de saint Georges, l'avais coutume de vous offrir un bélier:

eh bien, aujourd'hui, je m'of&e moimême, pour la gloire de votre nom, à la place de cette victime. • Est-ce là le lanoage d'un païen?

Nenès le Gracieux, dans son traité appelé Enthanragan , donne au sujet de cette offrande les détails suivants, qui ne sont pas sans intérêt : « La victime peut être un bœuf ou une brebis, ou quelque autre animal pur, sans en exclure les volatiles. Les prêtres appoi^ tent l'offrande à la porte de l^éslise, placent le sel devant l'autel, et lisent le passage des saintes Écritures adapté à la droonstance, mentionnant le nom de la personne qui filit ce don , et priant Dieu de lui accorder la rémission de ses péchés. On présente alors le sel i l'animal , puis on l'égorgé. Une portion appartient au prêtre, l'autre est distribuée aux pauvres, et le reste est ré- Çirti entre les amis ou les parents, out doit être man^é avant le lendemain matin. Ce sacrifice n'est pas con- " ' ' comme propitiatoire, à la ma-

AEMÉIIIE.

Bière des anciens sacrifices du rit Judaiaue, mais seulement comme un acte de charité méritoire et favorable aux indigents. Ses mérites sont aussi applicables aux, morts, surtout lorsque le même jour la messe a été célébrée en leur mémoire. Les autres circonstances où Ton pratique la même <^rémonie sont les pnncipales fêtes de Tannée et les anniversaires des pfns grands saints. A Pâques surtout, on offre dans chaque localité une ou plusieurs' victimes, au nom de toute la communauté des fidèles qui contribuent tous à la dépense, cnacun suivant ses facultés. Ce jour est, à proprement parler, la fête des pauvres, puisque ce sont eux qui ont tous les profits du sacrifice. Nersès, en s'appuyant sur l'autorité du patriarche isaae le Grand y fait remonter l'institution de cette cérémonie à saint Grégoire l'Illuminateur, oui, après avoir converti la nation arménienne au christianisme, voulut assurer aux prêtres des idoles devenus chrétiens ufie subsistance honorable. A cet eflfet, iMeur accorda le droit de prélever la dtme sur les fidèles de leur troupeau , et leur permit la continuation cies sacrifices sanglants, mais toutefois en changeant le but de cette pratioue et en la transformant en une oniation méritoire Sour les trépassés, preuve irréfri^able e Tantique foi de I Église armén&nne à un lieu d'expiation, qui n'est que le purgatoire.

La ^nde différence existante entre Foblation du sacrifice de la messe, selon le rit arménien , et celle prescrite

tmr le rit romain , c'est que dans le ca« ice ils mettent seulement du vin sans aucun mélange d'eau. Les premiers chefs de l'Église arménienne avaient introduit cet usage dans la liturgie, afin de déjouer les supercheries d'une ancienne secte tenant aux manich^ns, et qui employaient le vin et l'eau comme représentant les deux principes du bien et du mal. Lorsque dans la suite la cause qui avait nécessité ce changement eut disparu, les chefs de la même Église devaient rentrer dans la pratique commune de la chrétienté,

surtout lovoqu^on leur en faisait la demandeexpresse. Dans la vingt^euxiènM session ou concile de Trente, Il éteft dit expressément : « Le saint concile vous avertit que le précepte des pr^ très de l'Église est oe mêler Teau au vin dans le calice, d'abord parce qu'oa croit que Notre-Seigneur Jésus-Cnrist en fit autant; en second lieu, paroe qu'il sortit de son flanc de l'eau et du sang, ce que le mélange sacramentel rappelle; en troisième lieu, parce que saint Jean dit dans son Apocalypse que ce mélange représente l'union du peuple fidèle avec son chef, qui Mt le Christ (•).«

Les controversites représentèrent en outre aux Arméniens que toutes les liturgies de l'Orient se conformaient sur ce point à celle de l'Église d'Occident. On leur citait les deux lituij;ies adoptées par l'Église d'Alexandrie et attribuées, l'une à saint Marc, l'autre à saint Cyrille, celle des Copthes, des Égyptiens et des Arabes;. puis on leur montrait l'uniformité imposante des Eglises d'Occident sur cet article. Le refus obstiné des patriarches de f^ire la moindre concession rendit la réo^ nion impossible.

CALBHDRIBB I.ITUBGIQUB. — NOM

avons eu occasion déjà de parier de l'ère arménienne fixée à l'an 553 de Père chrétienne, dans les temps où les premiers symptômes de scission religieuse se manifestèrent. L'Église fixa aussi son année ecclésiastique, laquelle est totalement différente de la ndtre; elle commence le 11 du nK>is d'aodt et se termine le 7 de juillet. Le premier jaois se nomme naoeuardi et commence le 11 d'août; le second mois, horri. commence le 10 septembre; le troisième, sahndj le 10 octobre; le quatrième, thrè. le 9 novembre; le cinquième, kaghaùs^ le 9 décembre;

(*) Les dissidents ■eprachent aux ratho» lîciaes romains de mettre de l'eau dans le calioe , paroe que J. C. , disent-ils , en consacrant, ne se senrit que de tin, et que b messe étant le renouvellement de b Gène, on doit pratiquer de [loint en point ce qui J. C. Itti-méme a pratiqué.

tu

LUHITERS.

le sixième^ araUf le Sjanvier ; le aeptième, mekekiy le 7 février; le hun tième, areki, le 9 mars; le neurième, iMa, le 8 ayril; le dixième, mareri, le 8 mai; le onzième, margaUy le 7 juin; le douzième, hirrotUSj le 7 juillet. Comme oe mois, ainsi que les au* très, n*a que trente jours, il reste quelques jours superflus ou aneUk pour aller jusqu'au U, premier jour de l'année.

liOS fêtes sont distribuées dans un ordre particulier (fû ne coïncide pas avec càui de l'Église latine; il ]|r en a même plusieurs oui nous sont inconnues, comme celles que l'on célèbre en rbonneur de saint Grégoire l'illuminateur. La fête de Pâques tombe à répoque fixée anciennement par les

lises d'Orient.

fne cérémonie particulière à l'Église d'Arménie est la bénédiction des ri'* Tîères , oui se célèbre communément le jour de l'Epiphanie. Voici ce que rapporte à ce sujet le voyageur Jean Struys : « L*évéque commence par chanter la messe plus matin que de coutume, puis il fait un sermon sur le texte pris de TÉvangile du jour, à la fin duquel il annonce la bénédiction de la rivière qu'on appelle OuUsche Schuran(*). Pendant le sermon de Tévé* que. tous les Arméniens du pays se rendent autour du lieu où l'on doit célébrer la fête 9 avec la croix et la bannière. Ceux-ci étant tous rassemblés, le khan, à qui ils firent un présent de mille ducats, leur envoya oies soldats pour empéeher le peuple de les insulter ; ensuite il s'y rendit en personne avec son fils, notre ambassadeur, et un Arménien envoyé de la part du roi de Perse vers le czar. Sitôt que le khan fiit entré dans une belle tente qu'on avait dressée exprès, il envoya dire à Tévéque qu'il pouvait hardiment com^ mencer la cérémonie.

«Celui-ci fit un signe auquel des Arméniens tout nus sautèrent sur la

(*) Nooi croyonf que ce mot devrait le tranacrirepluiexactefuent khatehe tchrouin, i veut dire croix de F eau, ou faute sur \, tigne diitinctif de C9tte oérémonie.

ooi \ temt

S ce et la rompirent en plusieurs en»

>it8, pendant que l'évéque s'amusait à lire et le peuple à chanter des hym* nés, des psaumes et des cantiques.

Lorsque la glace fiit rompue, le peuple se tut et l'on entendit le son des elocbes , des cymbales et des trompettes , durant lequel Tévêque avança vers l'endroit oiï l'eau paraissait, et, après avoir r^ndu de Thuile bénite, il la bénit avee une croix enrichie de pierreries, et, pour confirmer la bénédiction, il la plongea par trois fois dans l'eau , fit la même chose avec la crosse , et dit plusieurs prières qui ne durèrent pas longtemps. A peine les eut-il finies, que le peuple accourut en foule, les uns pour boire de cette eau et tes autres pour s'en laver les pieds , les mains et le visage. Comme il y en a partout d'une dévotion singulière, plusieurs se dépouillèrent et sautèrent tout nus dans l'eau. Le zèle et la ferveur les empêchaient de sentir le froid qui était intense. »

Du B1.PTÉHS. — Dès que l'enfant est né, le parrain désigné et les parents viennent se présenter a la porte de l'église. Us s'arrêtent sur le seuil, où le prêtre récite différentes prières. 11 tresse une cordelette à trois fils, et pendant ce temps il invoque la trèssainte Trinité et la vertu puissante de la croix. La femme qui tient l'enfant entre ensuite dans l'église avec le parrain et les autres parents, faisant autant de génuflexions que Tenfant compte de jours, après quoi on le dépose sur le seuil. Pendant ce temps, le parrain se confesse, afin d'accomplir œ sacrement en état de grâce. On lui fait ensuite une multitude de questions auxquelles il répond au nom de l'en- ^t qu'il représente.

L'eau bénite est versée dans le baptistère , et le prêtre récite cette prière : « Toi , Seigneur, qui par ta puissance suprême as fait la mer, les continents et toutes les créatures de la terre; toi qui as séparé et resserré les eaux snpé* rieures du firmament au milieu des armées brillantes du ciel , chantant perpétuellement tes louantes; toi. Seigneur Jésus-Christ» qukas envoyé tes

▲RMBHIE.

tu

saints apôtres en l«ir ordonnant de prêcher, de baptiser, au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit, toutes les nations, et en déclarant par ta parole ▼éridique que les âmes régénérées dans l'eau et 1 esprit entreront seulement dans le royaume de Dieu , parole qui isffnje ton serviteur et qui fait que^ désireux de la vie étemelle, il vient volontaireoDent au baptême de cette eau spirituelle; nous te prions donc d'envoyer ton Esprit saint dans cette eau , de la bénir et de la purifier comme celle du Jourdain , afin qu'elle serve à la rémission des péchés, a la réceptiou de l'Esprit saint, à l'adoption do Père céleste et à l'héritage du royaume étemel. »

Après cette prière, le prêtre dépouille l'enfant de ses lances, et, le présentant aux assistants , ildit : « Sei* gneur, dépouille-le de la vétusté du péché, renouvelle-le par une vie nouvelle, remplis-le de la vertu de l'Esprit saint; » et il ajoute : « Que demaiide eet enfant? » Le parrain répond : « Il demande la foi, l'espérance, la charité et le baptême; il demande a être justifié et |>urifié du péché originel et à servir Dieu. »

On lui impose ensuite le nom qu'il

Krtera, et alors on le plonge dans le ptistère en lui tenant la tête tournée vers l'occident, les pieds vers l'orient et la ûice vers le ciel. L'immersion se répète par trois fois, afin de rappeler, dit Ja rubrique, la sépulture de J. G. qui dura trois jours.

L'eau seule n'est pas la matière du sacrement de baptême ; le saint chrême, miiram, est aussi employé. Il faut savoir que le patriarche d'Eczmiazin avait seul le pouvoir de le consacrer, et c'était un des principaux attributs de sa puissance, comme aussi la première source de ses revenus, parce qu'il le distribuait aux autres Églises dépendantes de lui , moyennant une certaine somme d'argent. DcjMiis la séparation des patriarcats de Sis et d'A^tamar, diaque chef de ces Eglises particulières s'est arrogé la même puissance.

On fait sur la tête et sur les nMmbres de l'enfent plusieurs onctions, et

on le revêt d'une robe blancbe de lin; on rapproche du tabernacle pour lui faire adorer la croix, et ensuite le prêtre , prenant une parcelle de Tbostie consacrée, le communie, en disant:

« Que le corps de I^otre-Seimeur Jésus-Christ te sauve et te conduise à la vie étemelle. » A la fin de toute cette cérémonie, on reconduit es grande pompe l'enfant à la maison.

On voit dequelles cérémonies les Arméniens environnent ce premier sacrement qui initie proprement le chrétien h la grande société religieuse. Le saerement d'extrêmeonction, qui man-

Sue à l'Église arméniennoi est remplacé ans cette circonstanee par le saint chrême. On leur a beaucoup reproché de ne pas admettre ce dernier sacrementj et à cela ils répondent que l'usage fréquent du saint durême le remplace, et de plus, ils oignent à Farticle de la mort les membres des prêtres et des religieux. Toutefois , ils n attachent pas à cette cérémonie la même idée que les autres catholiques, puisqu'ils attendent que le malade ait rendu le dernier soupir.

Si un malade ne peut, à cause de quelque indisposition, recevoir la communion, et qu'il* y ait danger de mort, ils lui mettent néanmoins l'hostie consacrée dans la bouche, lors même qu'il n'aurait pu confesser ses fautes.

CÉBBMONiBS FuifkBBBs. —Lorsque le mort a été exposé un certain temps sur son lit de parade, le prêtre vient avec les autres ministres faire la levée du corps, et après avoir récité. les psaumes et les hymnes, et brûlé l'encens, il reprend le chemin de l'église.

Durant le triyet , tout le convoi pousse des gémissements et verse des pleurs; on couvre la bière de vêtements précieux, et on Tome de fleurs. Puis il s'établit, par les prières, un dialogue déchirant entre le défunt et les Assistants; ceux-ci lui expriment leurs regrets, leur dégoût pour cette vie si passagère et si incertaine, la terreur que leur inspirent les juj^ements de Dieu. De son cêté, le démnt fait ses derniers adieux à l'égKse et au sanctuaire qu'il avait tant de fois visités,

L'UNIVERS

an prêtre qui lui annonçait la parole feainte, à ses parents, à ses amis et à tous les assistants , puis , tout en manifestant sa frayeur pour les redoutables jugements du Très-Haut , il montre aue son espérance dans TinGnie misârioorde ne peut et ne doit pas défait* Mr.

Au sortir de Téglise, on s'achemine Ters le cimetière, ordinairement situé à une certaine distance dans les faubourgs de la Tille ou dans la campagne. Arrivé près de la fosse, le prêtre, après de nouvelles prières, répand, comme chez nous, quelques poignées de terre bénite sur le cercueil que Ton descend en nrononcant ces touchantes paroles : « Que la bénédiction divine se répande sur la terre de ce mort, et que sa poussière germe et refleurisse au Jour suprême de l'éternité ! »

Pendant toute l'octave qui suit le iour du convoi, le prêtre va rteilièrement visiter les parents du défunt; Il prie pour lui en commun avec tous les membres de la famille, il les exhorte à la patience et les console. Le premier samedi de cette semaine de deuil , les parents et les amis se réunissent pour un simple et modeste banquet, dont on distribue les restés aux pauvres, édifiantes agapes q^ui rappellent celles des premiers chrétiens.

Lorsau'un prêtre meurt, la cérémo* nie funèbre est plus solennelle : l'évê-

3ue ou quelque autre personnage élevé ans la hiérarchie vient bénir le lieu • de sa sépulture ou'îl fixe en traçant une croix sur le sable, dont les exuémités regardent lesquatre points cardinaux du ciel. Les autres prêtres ses collègues lavent son cadavre, puis ils l'ornent de bandelettes et d'un long manteau blanc de lin. On lui met à la main un petit rouleau de parchemin, renfermant le

fremier et le dernier verset des saints vangiles. Il est tourné vers l'orient', et sa race regarde le ciel. Pendant l'octave, au bout de quarante jours, et au jour de l'anniversaire, les autres prêtres et moines viennent prier sur sa tombe.

On a prétendu que le peuple arméflieo ne croyait pas à rexistence du

purgatoire, et on a rangé cette pré»

tendue erreur parmi toutes les autres qu'on lui impute. Cette assertion eat évidemment fausse : les longues prières réservées pour les morts, la célébration de la messe, les aumônes faites en expiation de leurs péchés, sont autant de preuves de la ferme croyance des fidèles et de leur foi à un lieu où l'âme, non réservée à de plus grands châtiments, doit se purifier de ses souillures et mériter d être introduite au séjour céleste.

Du CLBBGB. — Le clergé de l'Éjglise arménienne se subdivise en plusieurs ordres hiérarchiques , domines par un chef spirituel nommé patriarche. Son élection repose sur le suffrage universel. £n efiet, lorsque le si^e est vacant , le corps du clergé choisit trois représentants, chargés du rôle que remplissent les cardinaux dans FÉglise romaine. Ces trois prélats, pris ordi'nairement parmi les hommes les plus distingués par leur science et leur vertu, examinent attentivement quels sont les titres des personnages proposés, quelle a été leur conduite antérieure, et si la régularité de leur vie répond à leur savoir. Au jour de l'élection , tout le clergé se réunit dans la métropole, et il doit y avoir au moins douze évêques présents. A la face de l'assemblée » on fait comparaître le prélat élu ; il est interrogé et examiné ae nouveau. Si ses réponses sont satisfaisantes, le métropolitain prononce à haute voix ces paroles : « La grâce divine, qui supplée toujours aux besoins de l'Eglise apostolique, élève N. au patriarcat, pour la direction de la maison de Thorgom , pour le ministère de la sainte Eglise et pour la prélature, conformément à son témoignage et à celui de tout le peuple. C est pourquoi je lui impose les mains , et vous tous priez afin qu'il soit di{;ne d'administrer purement le saint-siége apostolique. » En prononçant cette formule , il tient les mains Rendues sur la tête du prélat choisi, et il fait une longue prière à l'Esprit saint, afin qu'il lui accorde la grâce de remplir dignement le siège de saint Barthâ^ni . de saint

ARM£iNl£

Tbaddée et de saint Grégoire FIDuminateur (*).

Lorsqu'une Église particulière man-

3ue d'évéque, son clergé envoie une éputation près du patriarche à qui elle présente la liste des candidats , et les titres qu'ils peuvent avoir à réiection. Dès que le patriarche a fixé son choix sur l'un d'eux , celui-ci vient le trouver, subit un rigoureux examen , et, s'il est jugé capable de cette dignité, on procède a sa nomination, en suivant l'ordre des cérémonies indiqué dans le rituel.

Les évéques ordonnent les simples prêtres (**), dont l'ordre comprend la corporation des vartabieds ou docteurs. Ils se divisent en deux classes , les grands et les petits vartabieds. Les

Îfremiers portent, comme marque disinctive oe leur caractère, un bâton autour duquel sont entrelacés deux'serpents, tandis que ceux de la seconde classe ne portent à leur espèce de caducée qu'un seul serpent. Ces bâtons sont ordinairement &its de bois précieux, enrichi de perles et travaillé avec beaucoup d'art.

La première classe des majeurs se subdivise en dix degrés, et la seconde de mineurs en quatre, ce qui donne en tout quatorze rangs par lesquels chaque docteur passe successivement.

Pour être admis au simple titre de vartaMedy il faut être dans les ordres et revêtu du caractère sacerdotal.

L'élévation aux premiers degrés du doctorat est très-solennelle; le candidat est conduit processionnellement par ses collègues en présence de Févêque qui l'interroge sur sa foi et sur ses doctrines. La formule de l'installation change suivant le degré qui lui est conféré. En donnant le bâton du dernier degré, le prélat dit : « Reçois ce degré ou nombre parfait diXy et après avoir été rempli de l'Esprit saint, exerce dans l'Église ces cinq devoirs, . diaprés le précepte de l'apotre, les-

3uel8 sont oe psalmodier, d'enseigner, e révéler la parole de Dieu, de par-

[♦) Voy. figure vfi 3o.

1er les langues, et d'Interpréter les textes pour l'édification de nos frères et l'accroissement de l'Église de Dieu.

Que notre Seigneur J. C, assez puissant pour te fortitier et confirmer dans ce degré, te conserve, te soutienne par sa force, et fasse fleurir par la fécondité de ses grâces , ton âme , tes sentiments, ton cœur, tes pensées, tes paroles, tes œuvres, ton entrée et ta sortie (le commencement et la fin de tes actes) ; qu'il te prête assistance avec sa main forte et son bras élevé, en répandant sur toi la clarté de l'Es^

f»rit aux sept dons, qu'il a versé sur a tête de ses disciples, sous la forme de langues de feu , afin qu'également consumé de la flamme de la grâce di* vine, tu tressailles dans la possession de Dieu, de joies inépuisables, et afin que tu t'abreuves au torrent des délices divines par l'effet de cette bénédiction. Au nom du Père , du Fils et du Saint-Esprit. Ainsi soit-il. »

Les couvents étaient fort nombreux autrefois en Arménie , et plusieurs subsistentaujourd'hui, quoique avec moins d'éclat. Les moines sont encore la partie la plus éclairée du clergé, et cela provient du temps qu'ils passent au couvent à se préparer aux ordres. Il en est qui y restent huit ans avant de recevoir même l'habit. Le jour qu'ils le prennent , on leur fait une croix à la tête, en coupant une touffe de cheveux sur le front et sur l'occiput ; puis ils passent quarante jours dans la solitude, dans le jeûne et dans la prière. Pour mieux sanctifier ce temps préparatoire, ils sont astreints à ne parler à personne , ils sont privés de la clarté du soleil, et ils ne mangent qu'une fois par jour. Après cette quarantaine, ils s'sd)Stiennent de viandes pendant deux ans.

Lorsque leurs cheveux sont repousséi, on leur fait une couronne en mémoire de la couronne d'épines du Sauveur.

Le clereé arménien n'est obligé à la loi du célibat qu'aux conditions suivantes : celui qui a contracté un mariage légitime et qui veut être promu aux ordres, n'est point écarté du sanctuaire , et lors même qu'il est revêtu de la dignité sacerdotale, il peut en-

ruiviVËKs.

core user des droits d'époux. Le mariage contracté après les ordres mineurs est également ralide et légitime; mais dès qu'on a reçu les ordres majeurs , le célibat est scrupuleusement ordonné , on ne peut plus se marier, et toute union nouvelle serait considérée comme un adultère. Les ordres monastiques sont aussi sévèrement astreints à la loi de célibat. De même un prêtre marié ne peut devenir évêque , sauf le cas de veuvage. Il est inutile de dire que la partie proprement catholiaue du cierge, et reconnaissant la suprématie do pape , n'a pas d'autres règlements que ceux du clergé Romain.

Le mariage des prêtres catholiques, rêvé par quelques esprits comme une importante réiforme, ne serait pas un

firogrès , comme ils le croient , [raisque a cause latente de la désor^nisation et des vices du clergé arménien réside dans ce prétendu privilège. En effet, les charges que leur imposent l'établissement et la conservation de la famille, font que la simonie entre presque toujours dans l'exercice de leur ministère. Chargés guelauefois de la subsistance d'une ramifie nombreuse, ils n'administrent les sacrements qu'après être convenus de la somme qui sera donnée pour leur honoraire. Ils font également leurs conditions, quand ils s'agit d'enterrements, surtout pour les gens du peuple. Ils ne composent pas avec les riches et les grands, parce qu'ils sont sûrs d'un salaire considérable.Ils sont effectivement bien pavés, et les enterrements coûtent fort cher, parce qu'ils se font avec un certain appareil, ce qui flatte la vanité des particuliers.

« Les évêques , les vartabied^^ dit un missionnaire qui résida longtemps à Julfa, sont tous religieux. Ils demeurent dans leurs monastères et sont tous habillés de la même façon. Ils n'ont pour unique distinction que le bâton pastoral qu'ils tiennent en main lorsqu'ils prêchent. Le supérieur du monastère est toujours evéque , et quand il sort, un novice porte devant lui le béton pastoral. Ces mo-

nastères ont de grands Jardins tpA pro»

duisent beaucoup, et ils reçoivent des aumênes considérables. Le'patriarche a seul le droit de consacrer les évêques, et il les consacre pour de l'argent.

« Pour son élection , il faut le consentement des Arméniens de Julfa et de ceux de Gonstantînople, parce que sa juridiction s'étend sur la Perse et sur la Turquie. Ce chef des Arméniens demeure ordinairement dans le monastère. Il n'en sort que pour aller distribuer le saint ebrane à différentes églises , et ce n'est qu'à prix d'argent.»

La simonie est la plaie du clergé arménien, parmi les dissidents. Toat s'achète; les dignités ecclésiastiques appartiennent au plus oflfrant, surtout la dignité patriarcale. Lra Turcs spéculent sur l'ambition de œs hommes, qui achètent à un taax si élevé œt emploi suprême , qu'ils sont contraints de se livrer le reste de leur vie aux exactions les plus révoltantes pour s'aoquitter des dettes qu'ils ont oontraetéesn.

coRsmfoATioirs sus l'ancudinb coimr.

TCTION SOCIALE ET POUTIQUR DE L'AR.

MÉNIB.

Notre travail sefait néoessairemeot incomplet, si nos considérations s'arrêtaient à l'état actuel de la société arménienne , dont le caract^ le plus frappant est d'offrir un élément d'ordre et (te permanence au milieu de son désordre et de son instabilité, et de pouvoir subsister régulièrement, en recelant dans son sein plusieurs causes sufQsantes de dissolution pour d'autres sociétés. En outre , cet état anormal, bien qu'il soit extérieurement calme , et troublé moins fréquemment par de violentes secousses, qu*aux temps où la nation était constituée en royaume, est néanmoins, dans son essence , un état violent et transitoire.

(*) Dernièrement le patriarche des maliques a acheté du vuir pour deux mille bourses le droit d'empêcher un membre de son Église de se faire catholique. Chaque bourse vaut cent vingt-cinq francs enfriron.

ABMIBIfi.

Tant qu*un peuple conserve ses moeurs^ son langage et son caractère, il tend invinciblement à réunir ses membres dispersés et à reconquérir son existence personnelle et individuelle parmi les autres peuples de l'humanité. Mous ne voulons pas dire , pour cela , que l'avenir vers lequel il aspire impatiemment , ne sera que la copie fidèle de son passé; le mouvement progressif qui emporte les sociétés ne leur permet ni de faire halte dans le temps, ni de revenir à reculons sur des voies déjà frayées. Elles croissent et se développent comme l'homme; et, si, à son exemple , elles ne peuvent retourner aux premiers âges du berceau et de l'adolescence , elles ont de plus que hii l'heureux privilège de ne pas descendre dans la tomoe, car ce qu'on appelle improprement >eur mort, n'est qu^une transformation providentielle.

La société arménienne , errante et éparse aujourd'hui dans les diverses contrées cie l'Orient, a subsisté à l'état de nation plus ou moins indépendante, suivant les temps et les circonstances, jusqu'à la fin au quatorzième siècle.

Comme toutes les autres sociétés de l'Asie, elle a eu sa constitution propre, gui, tout en Tempéchant de se conrondre avec les peuples environnants , déterminait spécialement la nature et le mode de son développement. Dans l'étude particulière d'un peuple , il nous semble d'une haute importance de rechercher cet élément d ordre et de vie oui fait que ce peuple subsiste par soi , élément que nous pourrions appeler l'âme de son organisme. Nous ajouterons même que le premier devoir de l'historien est de pénétrer par l'analyse ces causes internes qui expliquent 'les mouvements et les actes du corps social.

Pour ne pas nous égarer dans les recherches d'une anti(]uité confuse et ténébreuse , nous ne dépasserons point les limites de l'époque chrétienne qui acheva de déterminer d'une manière définitive la nature de la constitution sociale de l'Arménie. D'ailleurs il sera assez curieux de montrer qu'un peuple, pressé et gêné par les deux puissances

du Bas-Empire et de la Perse, qui cherchaient simultanément à L'absorber dans leur individualité , ait longtemps continué de vivre et de se développer en vertu de certaines lois qui faisaient précisément la base des sociétés franques et germaines, que nous voyons s'établir à la même époque dans le nord de l'Europe.

Toutefois une différence importante distingue les Arméniens, antiques possesseurs du sol , et ces tribus de la 6ermanie qui viennent avec la violence et l'épée de la conquête dépouiller les premiers colons. Les annales de la nation représentent à la vérité le fondateur de la monarchie arménienne émigrant de l'Assyrie pour aller se fixer au pied du mont Masis; mais l'éloignementdes âges, que la tradition fait remonter presque jusqu'au déluge , ne nous permet pas de savoir si cette occupation fut sanglante et injuste; et , d'un autre côté , l'on ne peut nier qu'à l'origine du christianisme que nous prenons ici pourpoint de départ, la prescription prétendue de plus de vingt siècles n'ait légitimé et consacré ce qui pouvait être primitivement une usurpation.

Des le principe , les colons étaient devenus propriétaires uniques du sol qu'ils cultivaient; et cette propriété se transmettait intégralement de génération en génération , à la faveur du régime patriarcal qui subsista plus longtemps chez ce peuple que chez tout autre. Là , le fils aîné héritait seul des droits du père; et ce privilège, que toutes les législations modernes tendent à abolir, était un nouveau moyen d'empêcher la division de la propriété , et, par suite, son aliénation. Chaque chei de famille, en coiicentriint dams sa personne tout droit de propriété, devenait naturellement maître et souverain, suivant cette remarque bien vraie de Montesquieu, que « celui qui a les biens a toujours aussi la puissance. » Les autres membres de la famille restaient simples possesseurs ou usufruitiers: ce qui les plaçait, à l'égard du cher, dans une situation analogue à celle des Leudes chez les Ger-

L'URIYBRS.

mains. Les terres qu'ils pouvaient recevoir étaient comme allodiales , sans qu'il existât parmi eux des serfs sourois à la servitude de la glèbe, précisément à cause de Tantiquité de Toccupation qui ne s'était point effectuée là , comme ailleurs , au détriment d*une race primitive, nombreuse, et déjà propriétaire.

Ces premiers chds de famille formèrent les différentes souches des familles puissantes des grands connus sous le nom de nakhararh, véritables patriciens , et les colonnes de cette aristocratie dont il reste encore d'imposantes et de vivaces ruines. Ils possédaient en quelque sorte à eux seuls tout le pays ; et le chef de l'État était nécessairement et de droit celui qui avait les plus vastes propriétés. Cétait même à la propriété qu'il devait directement sa puissance, puisque nous ▼oyons plusieurs maisons renversées , et céder le sceptre à des dynasties nouvelles qui, aussi illustres déjà pour l'ancienneté de la noblesse, avaient obtenu la prépondérance, comme conséquence de l'accroissement de leur fortune et de leurs biens. Voici comment: chaque nakbarar, qui portait encore le titre é^ischkariy prince, et de der, seigneur, ou daruntder ^ sei-

geur de maison , était obligé de veil- ' à la défense et à la conservation de ses terres , surtout aux époques où les ennemis du dehors et toutes les hordes conquérantes accourues soit de l'Arabie, soit du nord de l'Asie orientale, menaçaient continuellement de dévaster et d'envahir le pays. Cette surveillance l'obligeait d'entretenir à ses frais des gens d'armes et des archers clioisis parmi ses vassaux, ainsi aue le' pratiquaient , durant le moyen a^e, les ducs et les comtes des provinces.

Il n'y avait pas d'armée soldée par le roi seul ou par l'État; seulement il devait entretenir un corps de troupes plus considérables aue celles des autres nakharark , pris inaividuellement,afin de pouvoir les mettre à la raison , en cas de révolte, et pour les empêcher d'aspirer à la souveraine puissance.

en les intimidant. Lorsque les ennemis ou étrangers, comme les Perses et les Grecs, déclaraient la guerre à la nation, le roi faisait un appel aux nakharark, il convoquait le ban et l'arrière-ban , et chaque seigneur ve»

naît au temps et au lieu indiqués, avec le nombre de fantassins ou de cavaliers qu'il devait fournir proportionnellement à l'étendue de ses domaines, mais plutôt bénévolement que comme dette obligée.

Mous n^examinerons point ici les avantages ou les inconvénients de cette constitution politique; Thistoire des Arméniens et celle des autres peuples régis par un gouvernement analogue, montrent assez visiblement que les États administrés par une aristocratie puissante, dont chaque tête représente un souverain, sont livrés fréquemment à l'anarchie et à des dédiirements intérieurs, résultat en quelque sorte nécessaire des rivalité jalouses et des intérêts opposés qui s'agitent confusément au sein de la société.

Nous nous proposons seulement de mettre ici ce fait en lumière , que la propriété était en Arménie l'unique fondement de la puissance , et qu'elle avait un caractère sacré d'inviolabilité que nous cherchons inutilement chez les peuples voisins.

Ainsi , en Perse , outre que les terres des particuliers pouvaient être assez facilement confisquées, elles n'appartenaient à leurs propriétaires que pour quatre-vingt-dix-neuf ans; durant ce temps , ils les vendaient et en disposrient à leur gré, à moins toutefois qu'ils ne commissent quelque crime qui emportât la privation de leurs biens. Quand les quatre- vingtndix- neuf ans étaient échus , ils pouvaient prendre un nouveau bail pour un pareil terme, mais en pavant le revenu d'un an. Il n'y avait aucune espèce de pro-

Eriété réellement inviolable; c'était le ien ecclésiastique. Le roi ni les donateurs n'avaient aucun droit réservé dessus, et il n'était pas sujet à confiscation. Les sujets , pour assurer à leurs héritiers la possession de leurs biens , devaient souvent recourir au moyen

ARMÉNIE

qui se pratique actuellement en Turquie. La , les biens en fonds de terre ou maisons, annexés à PÉjgiise, soit en réversion, soit en possession actuelle, étant regardés par le prince et par la nation comme sacrés et inviolables , il arrive journellement qu'un propriétaire , quel aue soit le mode de son acquisition, donne la réversion de ses biens à quelque fondation religieuse, afin de les transmettre sans trouble et sans contestation à son héritier. Il en est quitte pour paver annuellement un cens de peu de valeur, jusqu'à ce aue, pr rextmction des hoirs mâles, 1 objet substitué soit dévolu à la fondation a laquelle il est réversible. La propriété mise ainsi sous Tégide de la religion , devient inviolable, et le souverain n'oserait déroger à cette loi.

En Arménie, Tinviolabilité était générale et rigoureusement observée. Les biens ecclésiastiques jouissaient à plus forte raison du même privilège, dans un pays où toute la société était profondément pénétrée de l'esprit et de la morale du christianisme, bien que l'origine de ces biens fût différente de celle des propriétés appartenant aux ligueurs. En effet, ils consistaient en donations et legs pieux faits par les seigneurs ou les rois, le clei]gé n'ayant point eu primitivement de biens en son pouvoir, comme on le voit par ce passage de la vie de saint Grégoire l'illuminateur, où il est dit : «qu après la conouéte du pays de Daron, plusieurs des Aux prêtres, précédemment attachés au service des idoles, furent sacrés pontifes du vrai Dieu. Alors, comme les païens ne leur fournissaient plus les petites rétributions servant à leur subsistance, et que les chrétiens étaient encore trop pauvres ou trop peu nombreux pour subvenir à leurs besoins, ils vinrent trouver Grégoire et lui exposer leur situation. « Mes enfants, leur répondit le saint, continuez de servir avec amour le Dieu vivant et véritable, et placez en lui toute votre oonGance; ne pensez qu'au royaume céleste, là où le Christ est alfe à la droite du Père, -et demandez au Seigneur qu'il vous y prépare une place.

Euis tout le reste vous sera donné id as par surcroît. Au lieu des victimes impures qui vous faisaient communiquer avec les esprits de ténèbres, vous recevrez les pures offrandes du saint sacrifice, et elles vous feront participer aux bénédictions que Dieu accorde a ses anges. En outre, les fidèles vous donneront les prémices des troupeaux et des fruits de la terre, vous prélèverez la dîme sur les vignes, vous prendrez aussi votre part des offrandes de bœufs et d'agneaux faites aux pauvres; surtout vivez dans l'amour de la pauvreté et de la privation : c'est ainsi que vous trouverez votre sort doux et heureux. »

Le clergé resta dans la suite fidèle à l'enseignement et aux conseils de son premier patriarche. Il était généralement pauvre, et son influence était toute spirituelle. Le pouvoir religieux, représentant l'élément intellectuel de la société, exerçait une juridiction salutaire sur le pouvoir des princes, qui là, aussi souvent qu'en Europe, dégénérait en force brute et arbitraire. Les patriarches avaient continuellement à lutter contre la nature rude et indomptée de ces princes travaillés par des passions violentes, et sollicités au mal par l'exemple des souverains qui les avoisinaient. Plusieurs d'entre eux, comme saint Housig. trouvèrent la mort pour récompense de leur zèle, et néanmoins leurs successeurs, aucunement effrayés des dangers de leur mission apostolique, intervenaient encore, comme médiateurs, soit dans les différends qui s'élevaient entre les seigneurs « soit à la cour des rois de Constantinople, pour obtenir leur protection ou pour désarmer leur courroux. Le roi reconnaissait toujours, du moins tacitement, cette espèce de supréma* tie, soit en ne prenant la couronne qu'après avoir reçu l'onction sainte, soit en consultant le patriarche dans toutes les affaires importantes. Une ancienne loi arménienne, conservée dans le code géorgien du roi Wakhtang, était ainsi conçue: «Que personne ne prenne pour siège un trône ou un souzan sans autorisation du sou-

verain: encore n'y a-t-il que le patrîar- ^he qui puisse siéger sur un souzan; lue le souverain ne s'asseye pas dans

che qui puisse siéger sur nn souzan;

{|ue le souverain ne s'asseye pas dans a maison du patriarche à la première

invitation ; que le prince des chrétiens ne le soit pas seulement par son luxe, comme celui des infidèles. »

Les souverains comprenaient si bien la nécessité d'avoir rapprobation du pouvoir spirituel pour régner, qu'à la mort d'un patriarche ils mettaient en Jeu toutes les intrigues et tous les moyens pour faire nommer un successeur favorable à leurs intérêts. Dans cette circonstance, on eût dit qu'ils ▼oulaient contre-balancer par leur influence celle qu'ils subissaient forcément pendant la vie du patriarche, et en tirer cjueluues représailles; car un autre article au code arménien déclarait: «gu'un homme ne peut devenir souverain sans l'autorisation ou l'iiveu du patriarche. »

La dignité royale, héréditaire en principe, ne devait pas néanmoins se transmettre rigoureusement de fiJs atné en fils atné. La loi modifiait sagement, comme chez nous durant la première race, ce que la constitution (jùùvait offrir de dangereux, en ne déterminant pas le vrai caractère de la légitimité. Elle ajoutait : « Le roi doit tenir la place de Dieu sur la terre, et si parmi les enfants qu'il laisse en mourant il y en avait un plus dign«,

{>lus habile et plus sage, ce sera celuià que Ton placera sur le tr6ne de son père. — Le prince, était-il dit ailleurs; est établi par Dieu pour eonsenrer et protéger le pays, «t non pas |x>ur l'opprimer. C'est à cette condition qu il règne. »

Aussi vit-on à diverses reprises les

grands et les simples sujets, indignés e la tyrannie de leur souverain, venir s'adresser au patriarche, qui usait de son autorité pour le ramener, par ses avertissements, à des idées d'ordre et de j[u8tioe. S'il s'obstinait à régner despotKjuement, U patriarche, comme le pontife de Rome, lançait contre lui une excommunication, et déliait les sujets du devoir d'obéissance.

Outre son domaine privé, le roi

trouvait une autre source de ricbesaef dans la perception des impôts. La terre ensemencée payait le sixième à titre de récolte; les autres terres et la vigne n'étaient pas soumises à un impôt.

Tout sujet non chrétien était astreint à fournir le droit de capitation.

Si, dans la guerre, le roi s'emparait d'un pays, et s'il le livrait à la merci du soldat, tout l'or lui appartenait Quant au reste du butin , y compris les captifs, le souverain en avait la moitié et l'armée l'autre , mais on devait sur les deux parts prélever le dixième poor l'Église.

Le code de Wakhtang a conservé cet autre article, que la l^'slation du sang , ou l'application de la loi qui concerne la peine capitale, est réservée exclusivement au prince. Nous ne pensons pas au'il faille entendre ici par prince le chef de l'État, qui, à certaines époques, fut décoré du titre de prince des princes. Il désigne simplement le nakharar, dont le pouvoir était triple : il s'étendait d'abord à la terre ou à la propriété foncière, ainsi que nous l'avons dit; mais il atteignait aussi en second lieu les personnes, et l'histoire nous prouve a chaque page

Sue le seigneur avait le droit de vie et e mort sur ses vassaux, sans que le roi pût légalement sV opposer; et, s'il intervenait Quelquefois, c'était plutôt au nom de lliumanité et pour arrêter une injustice trop révoltante, qu'en vertu de sa qualité de souverain. Le seigneur avait encore un droit, celui de ne fournir son continrent de troupes qu'autant qu'il jugeait la chose favorable à l'intérêt public et au sien propre; ce qui rendait impossible en Arménie le pouvoir despotique et arbi* traire, parce que les nakharark pouvaient ou se réunir contre le souverain , ou abattre d'un seul coup sa puissance , en retirant les troupes qu'ils lui avaient fournies. Le seul point qui montrait leur dépendance au chef de l'État, était l'oblisation contractée envers ce même chefde lui payer annuellement une certaine somme comme impôt. Cet ar^nt, en entrant dans le trésor du roi , servait à couvrir toutes set dépen-

ARM^IilË.

HS

•C8, si ses revenus ne suffisaient |)a8, à payer sa maison, les fonctionnaires établis dans le royaume, à solder les troupes, à bâtir les édifices publics, à entretenir les routes, et enlin à subvenir aux frais extraordinaires de la Suerre. Le droit dimpot constituait onc uniquement la prééminence du roi sur les autres seigneurs, qui , en le refusant • se plaçaient dans un état manifeste de révolte.

Il devait, pour se les concilier, user à la fois d adresse et de prudence. Connue nos rois, ceux d Arménie cherchaient à attirer la haute noblesse à leur cour par Tappât des honneurs et des richesses. On insti»

tuait des charges et des dignités pour satisfaire leur ambition , pour occuper leur act i vite i nquiète, et tous ces grands, si indociles dans leurs terres, devenaient à la cour des serviteurs complaisants du pouvoir; ils liaient leur propre cause à la sienne, et contri- Duaient à le faire triompher des obstap des auMl rencontrait dans l'amour de l'indépendance et dans l'insubordination des autres nakharark. Le souverain devait habilement ménager leur susceptibilité orgueilleuse, parce qu'il s'adressait à des pairs plutôt qu'à des sujets. La noblesse de la Perse n'était ni aussi ancienne ni aussi puissante, comme nous le voyons dans un discours que le roi Chapour tint aux grands d'Arménie et aux seigneurs oe son royaume assemblés dans un même conseil. « ?]ous connaissons, dit-il, tous les ordres de la noblesse persane, mais il n'en est pas ainsi de la noblesse arménienne, que les rois, nos prédécesseurs, et les autres historiens, n'ont iamais pu connaître. »

Etienne Orpéiian évalue à auatre mille le nombre des nakhararlc, et d'autres écrivains l'ont fait monter jusqu'à neuf mille, sans doute parce au'ils y comprenaient tous ceux qui, aune noblesse secondaire, s'étaient élevés successivement au rang de riches propriétaires. Cette classe de gentilshommes portait le nom de sebouh. Compris dans la grande catégorie des azaa ou nobles , nom dont il n'est peut-être pas

inutile de faire remarquer ici l'étymologie persane, ils étaient supérieurs i Tordre des simples bourgeois et artisans, sans pouvoir prétendre néanmoins à la dignité des nakharark. Ils n'étaient par conséquent ni der ni da^ tiouder, c'est-à-dire, ni seigneurs, ni chefs de famille, et ils manquaient du droit réservé aux propriétaires.

La classe des nakharark se subdivisait en trois degrés hiérarchiaues :

]<> les simples seigneurs vivant libres et retirés dans leurs terres; 2» les grands qui remplissaient des charges publiques, et 3° les familles qui ont été portées alternativement sur le trône, comme les Pagratides, les Ardzerouniens, la maison de Siounie et quelques autres.

Plusieurs de ces familles subsistent présentement , telles que les Basrations ou anciens Pagratides , qui habitent la Géorgie et Saint-Pétersbourg; les Orpélions ou Orpélians, que Ton trouve aussi en Géorgie ou dfans la Russie.

Le gouvernement russe a grand soin de les attirer à la cour, de peur qu'en vivant dans leur patrie ils ne regrettassent un jour la noble indépenc^noe de leurs ancêtres. Dans les montagnes qui a voisinent iVlouch domine encore la brave maison de Sasoun, qui n'a jamais été soumise par aucun des nombreux conquérants dont l'épée a ensanglanté le sol de FArménie. Nous pourrions citer aussi les maisons du nom d'Aghnak , de Slivantsik, de Rochguetsik , de Malakhovski et de Sabegha.

On ne peut croire, d'après ce que nous venons de dire, que te gouvernement arménien ait été une monarchie pure; il s'y mêlait un élément aristocratique qui le tempérait, en l'empêchant de dégénérer en despotisme, comme dans les autres contrées de l'Orient. Son organisation était forte et compacte; sans les causes internes de dissolution qui le travaillaient, surtout sous le rapport religieux, il aurait pu résister plus longtemps aux ennemis du dehors.

Maljçré l'influence de la classe aristocratique, la loi protégeait également

L'UNIVERS

les dtoyeiis , et elle punissait quiconque Tenait le sang innocent, par cette raison que « la valeur et le prix de Thomme ne peuvent être fixes, puisqu'il est Pouvrage de Dieu et son image, et que lui seul peut ressusciter un mort. » Il fallait seulement que le sujet fi^t chrétien. La loi était moins sévère sur le compte des infidèles dans le cas d'homicide, et. d'un autre c6té, elle sévissait plus fortement contre eux lors- Îju'ils se rendaient coupables de quelque aute; c'est ce que prouve l'article suivant : « Si un homme se livre avec son patron au brigandage, qu'il soit pris et convaincu : infidèle, on lui crèvera les yeux et on lui coupera la main; sa femme, son fils et ses biens, seront confisqués au profit du trône, et luimême sera exilé en terre étrangère :

chrétien , on lui fera restituer les objets volés; sa maison et tout ce qui lui appartient seront vendus au profit de l'État; mais sa femme et ses enfents seront libres ; on nepeut rien sur eux.» Aujourd'hui la nation arménienne est r^ie par toutes les législations diverses des pays dont les souverains ont envahi quelque portion de son territoire; elle n^a conservé, même dans sa patrie, aucune de ses anciennes franchises. Les peuples conquis par la force restent toujours sous la loi dore et in-

flexible de la force, jusqu'à ee que œt dominateurs violents succombent, usés par leur violence même; alors les opprimés relèvent la tête et travaillent avec confiance à accomplir les destinées nouvelles que leur reserve la Providence dans sa miséricorde et dans sa justice.

En terminant, nous prions le lecteur de ne point juger trop sévèrement notre travail. Il a fallu nous renfermer dans les limites qui nous avaient été prescrites , et voici premièrement pourquoi certaines parties sont plus longuement développées, tandis que d'autres restent moins complètes. En second lieu , nous étions retenus par la double crainte ou d'être trop superficiel en n'explorant que les points généraux et culmmants des choses , ou de tomber dans la sécheresse d'une érudition locale et technique. Celui qui nous lit et nous juge sera peut-être plus indulgent s'il considère (]ue l'histoire et la littérature arméniennes sont connues de la France , seulement depuis un petit nombre d'années. Nous croirons avoir atteint en partie notre but , si nous avons réussi à inspirer quelque sentiment de curiosité ou d'intérêt pour une nation qui a droit d'occuper une place parmi les peuples anciens et mo* dernes de l'Orient.

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