IS
S (lire, afin de les désaltérer à la coupe e la sagesse, grâce à son intercession, aie pitié de nous.
« Toi qui , pour prix des souffrances surhumaines de ton élu , a ramené les peuples égarés à la connaissance de la vérité, grâce à son intercession, aie pitié de nous.
« Toi qui, au fond de son puits, as écrasé la tête du dragon, et qui, en rabaissant dans cette fosse, nous as élevés jusqiraux cieux , grâce à son intercession , aie pitié de nous.
« Venez aujourd'hui glorifier le saint
f>atriarche Grégoire, qui a éclairé de a lumière intelligible ceux qui étaient assis dans les ténèbres.
« Venez glorifier le distributeur des dons de Tesprit incorruptible, chez les fils de Thorgom, lui qui vous a pro* créés fils de la lumière.
« Venez louer Pinterprète de la parole divine chez les Arméniens, vous ses enfants et ses disciples.
« Aujourd'hui TÉglise, réunie aux anges, chante avec tous ses enfants la mémoire de Pllluminateur, glorifié dans les hauteurs des cieux.
« Aujourd'hui TÉglise célèbre avec ioie la mémoire de saint Grégoire, qui ra illuminée de son éclatante lumière.
« Enfants ornés de tuniques brochées d*or et couronnés de ueurs , bénissez le Christ-roi !
« Aujourd'hui les nouveaux enfants de lumière se réjouissent, au souvenir du saint Illuminateur qui les convie au banquet très-pur et les introduit chez répoux céleste, dans son palais lumineux.
« Enfants ornés de tuniques brochées d'or et couronnés de fleurs , bénissez le Christ roi!
« Aujourd'hui les prêtres, ministres du sacrifice spirituel , honorent le saint patriarche Grégoire qui les a associés a Tordre des pontifes célestes, lorsqu'en s'élevant au ciel il est entré dans le Saint des saints pour intercéder per-
Ïétuellement en notre faveur auprès de Meu.
« Enfants ornés de tuniques brochées d'or et couronnés de fleurs, bénissez le Christ-roi ! »
MOBUliS BT GOOTUMBS DU PBUPLB AKMS- NIEN. CARACTÈRB DB LA HATION.
On peut dire en général que le peu-* pie arménien est heureusement aoué par la nature. En effet, on retrouve dans son caractère et ses habitudes \m deux traits distinctifs^des deux grandes races auxquelles il rattache son origine. Suivant ses annales historiques, le père de la nation fut un petit-fils de Japhet, Thorgom. Ce témoignage , qui classe d'une manière nette et tranchée la race arménienne parmi les peuples de race japhétique, est vérifié par l'expérience que fournissent l'étude comparée des nations de l'Asie et la science de la linguistique. Comme les Persans et les Grecs, les Arméniens ont l'esprit mobile et pénétrant, une activité inquiète cherchant toujours à épuiser dans l'action l'excédant de son énergie , naturellement belliqueux , on les voit engagés dans des guerres continuelles où ils font lace à des ennemis supérieurs : quoique forcés de céder au nombre, ils ne se rebutent point , et ils reviennent plus ardents à l'attaque.
Sous le bote intellectuel , les Arméniens ont la conception facile et vive des Grecs , et , lorsque nous avons parlé de leur langue et, de leur littérature, nous avons indiqué quels rapports étroits unissent les productions ae leur esprit aux chefs-d'œuvre de la littérature grecque, quant à la forme et à la nature du style; nous avons fait observer aussi que leur langue appartient à la classe des langues indo-germaniques, nouvellement établie par les philologues. Ce fhit seul prouve qu'il y a communauté de race entre elle et les peuples venus de l'Inde, ou, postérieurement, du Caucase.
Nous avons parlé précédemment des nombreuses colonies juives qui , trans- \ plantées à diverses reprises dans le ter- ' ritoire de l'Arménie, ont dû nécessairement modifier le type et le caractère de la race primitive. Ce fait nous explique comment, avec tous ces points de ressemblance qui nous font regarder la race arménienne comme étant de la même famille que les races de la
L'UNIVERS
Grèce, de ia Perse et de Tlnde, nous voyons cependant dans sa physionomie des traits totalement divers et qui Tassimilent au contraire à la race sémitique. Effectivement, nous avons distm[çué chez elle cet amour des choses religieuses et ce tenace attachement à ses traditions, qu'on ne retrouve au même degré que chez la race aînée et privilégiée de Sem. De plus, comme elle, les Arméniens se sont toujours tenus à Técart des autres peuples, évitant de se mêler à eux , et se montrant partout extrêmement jaloux de conserver leur nationalité, tellement que^ dans tous les pays où ils sont actuellement disperses, on les reconnaît à la particularité de leurs usages, à Torcanisation domestique de la famille, comme à la forme des vêtements et à l'expression de la physionomie. L*amour et le goût du commerce, trait distinctif de leur caractère, leur sont encore communs avec les enfants d'ismaël; comme eux ils sont dispersés , et dans toutes les villes d'Asie et d'Europe où on les rencontre, ils accaparent, au bout de peu de temps, tout le néçoce et l'argent du pays; même les juifs ne peuvent soutenir contre eux la concurrence, parce que les Arméniens , en apportant le même ordre dans leurs alTaires, agissent plus eraodement et avec loyauté. Aujourd'hui encore les finances de Tempire turc sont entre les mains de quelques riches familles arméniennes. Voici le jugement de Tournefort sur le génie commercial des Arméniens : «Ces négociants, dit-il, sont in&ticables dans les voyages et méprisent les rigueurs des saisons. Noos en avons vu plusieurs, des plus riches, passer de grandes rivières a pied ayant reau jusqu'au cou, pour relever les chevaux qui s'étaient abattus et sauver leurs balles de sole. On les accuse mal à propos d'aimer trop le vin; il ne nous a jamais paru qu'ils en abusassent; au contraire, il faut convenir que de tous les voyageurs les Arméniens sont les plus sobres, les plus économes, les moins glorieux. »
Leurs relations commerciales ne se bornent plus aujourd'hui h l'Orient . el-
les s'étendent jusqu'à l'Europe occideDtale. En 1824, six négociants arménien!
sont venus pour la première fois à la foire de Leipsick, y ont acheté pour six cent inilie francs de produits des manufactures d'Europe, les ont expédiés en transit par la Galicie et la Russie méridionale jusqu'à Odessa, où ils ont été embarqués pour Redoute- Kalé, en suivant la route que leur avait indiquée le négociant SaratgefTde Tiflis. En 1825, les marchandises achetées à Leipsick se sont élevées à la valeur 4'un million deux cent mille francs, et suivant un article du journal de Francfort, en date du 20 juin 1826, on porte à la somme de sept cent mille thalers, ou deux millions huit cent mille francs, la valeur des achats faits à la dernière foire (*}.
Le sang de ce peuple est beau; les traits des hommes sont fortement prononcés; ils ont de grands yeux noirs fins et luisants qui, tout en exprimant leur activité interne et remuante, savent néanmoins voiler habilement le fond de leurs pensées. Leur taille n'est point aussi élevée que celle de plusieurs autres peuples caucasiens; néanmoins Il faut distinguer parmi eux la population des montagnes, où l'on trouve des modèles de force et de stature athlétiques. Extrêmement bruns, la barbe que portent leurs prêtres et vartcUrieds est remarquable par sa coj^leur noire comme le jaspe, et elle tombe, à la manière des Persans, sur la poitrine.
Rien n'est plus propre à inspirer au peuple le respect et la vénération pour ses chefs spirituels, que Tair de dignité des prêtres arméniens, et la gravité avec laquelle ils officient dans les cérémonies religieuses.
(*) Go porte à vingt mille âmes le nombre des Arméniens répandus dans les villes de Bombay , de Madras et de Calcutta. Leurs courtiers et leurs agents passent le Gaoge et pénètrent jusau'à Barma, Siam et les posseâ&ions aiidaises qui avoisinent la Chine. Les plus riches négociants de la ville de Singapour sont Artiléuiens. On les retrouve i Java, Bornéo, Sumaira, et dans quelques autres iles de cet archipel , et ils ont réussi à s'introduire à Canton.
ARMÉNIE
li. le chevalier Garni», dans son Voyage au delà du Caucase, nous dépeint ainsi les Arméniens, dont il a trouvé de nombreuses colonies, soit à Tiflis, soit dans les environs : « L'Ar* ménien , dit-il , est un peu moins ^and , mais plus f^ros que le Géorgien ; il a les traits aussi réguliers , le nez plus droit, le regard sérieux , Tair réfléchi et soumis; il réunit deux choses qui semblent opposées, les mœurs des patriarches et les défauts attachés au long état de dépendance sous lequel il a vécu. Gomme au temps d*Abranaiu et de Jacob, le premier né est, après le père, le maître, le chef héréditaire de la maison; ses frères puînés lui sont soumis; ses soeurs sont presque ses servantes. Les uns et les autres sont pleins de respect pour leur père ; rarement ils s'asseyent devant li/i et se mettent à table. lis sont ses serviteurs les nlus dévoués; et c'est Taîné des fils , cnez ce peuple hospitalier, qui sert les étrangers admis à la table de son père , ou qui offre la collation dans le cas où nue visite arriverait a Theure du repas. J'avaiis été recommandé à un négociant arménien de Nackchivan. A mon arrivée, il vint m'embrasser comme une ancienne connaissance , me conduisit dans la chambre aui m'était destinée, me fit préparer le bain, fit tuer un mouton, et invita tous ses amis au festin. Je me rappelais alors les usages des peuples pasteurs, ceux de cette époque voisine du berceau du monde, où on s'accueillait d'autant plus qu'on se croyait plus rapproché d'une tige commune. Et peut-être n'y aurait-il nul contraste à leur opposer, si, nation indépendante, ils avaient vécu dans une situation tranouille et n'avaient eu à obéir qu'à leurs lois. »
Les femmes arméniennes sont célèbres en Orient par leur beauté; elles ont à la fois quelque chose du type grec et juif. Leur taille svelte et élancée , la vivacité de leurs larges yeux noirs couronnés de longs cils arqués, l'épaisseur de leur chevelure d'ébène, que relève un teint pâle et mat, en font des modèles de grâce et de perfection qui rappellent les statues antiques.
A cette beauté extérieure se mêlent les charmes et les agréments de l'esprit que leur donne l'éducation de famille, bien supérieure à celle des femmes tur* ques ou persanes au milieu desquelles elles vivent. On reconnaît en elles la vérité de ce principe, que le christianisme seul a élevé la femme au rang de dignité et d'honneur qu'elle occupe dans les sociétés modernes. Voyez à leurs côtés les femmes de musulmcns séquestrées et agglomérées dans \m harem, foyer d'intrigues, de corruption et de jalousie, où elles sont considérées comme un simple meuble de luxe ou d'agrément. Quelle différence entre Tesclavaçe et l'abjection morale où elles languissent et la liberté des femmes chrétiennes ! C'est que dans le christianisme le dogme divinise pour ainsi dire la femme, en la regardant comme mère de l'homme-Dieu, notre Rédempteur. Tous les peuples qui ne font point partie de la grande famille chrétienne ta tiennent encore dans un état de sujétion humiliante. Lejudaîsme en est une preuve visible; cette religion qui n'est que le christianisme, moins les développements apportés par celui qui est venu accompUr la loi et non pas la détruire y considère toujours la femme comme un être moralement inférieur à l'homme, et l'astreint à mille pratiques gênantes.
Toutefois la liberté des femmes arméniennes est plutôt intérieure et domestique qu'extérieure et publique.
La législation et la coutume des Turcs les obligent, à Constantinople et dans le reste de l'empire ottoman, de se soumettre aux règles de bienséance établies pour leur sexe. Ainsi elles sortent voilées et couvertes ; mais dans la maison elles ne sont point reléguées dans un harem, et elles se tiennent ordinairement dans la même salle que les hommes (*).Elles reçoivent et font les honneurs de la maison aux étrangers.
Dans plusieurs familles riches de Constantinople, les jeunes filles commencent à adopter certaines modes européennes, et actuellement plusieurs mo-
(*) Vov. la figure n® 3a.
L'UNIVERS
distes de Paris ont à Péra (*) , faubourg habité par les Arméniens et les Francs ^ d*élégantes boutiques. Les jeunes filles se permettent une gaieté simple et innocente qu'elles peraent étant mariées. Alors elles ne cherchent plus à plaire gu*à celui qu'elles ont choisi pNOur époux; elles se renferment exclusivement dans les soins minutieux de la famille et du ménage, sans songer à attirer les regards des étranf^ers. L'intérieur d'une famille arménienne a quelque chose de l'organisation patriarcale : l'épouse ose à peine lever les yeux sur son époux ; elle rougirait d'adresser la parole à tout autre qu'à lui, et la fille ne s'assied jamais en présence de son père. Leur dévotion et leur Gdélité conjugale ne peuvent donner prise aux amerès censures de la médisance. Elles parlent, ou plutôt chantent avec une douce harmonie la langue turque, si flexible et si mélodieuse.
A Constantinople , les femmes arméniennes se distinguent des femmes turques à la couleur des brodequins, lorsqu'elles sortent dans les rues. Leur vétemeut est semblable à celui des hommes en beaucoup de choses. Elles portent un caleçon tombant sur la cheville du pied ; et, comme elles ne font pas usage de bas , elles ont les jambes moins unes que les Européennes. Leur chemise ouverte sur le devant laisse à découvert la gorge qu'elles ornent de fleurs et de riches colliers (**). Sur les . épaules , pend une espèce de long manteau flottant jusqu'aux talons. Quand elles veulent se aérober à la vue d'un étranger, elles se couvrent d'un voile qui enveloppe les épaules et le sein ; et si elles sortent, elles ajoutent un grand voile blanc qui les couvre de la tête aux pieds. A Julfa, les femmes portent quatre voiles, deux qu'elles mettent au logis , et deux autres qu'elles réservent pour leurs sorties. A la maison, elles ont le bas du visage voilé; «t , si elles sont mariées , elles se cachent même le nez , afin que leurs parents ou les prêtres qui les visitent ne
n ^oy- 1* planché ii<> i6.
(••) Voy.lt figure n« 3i.
puissent distinguer les traits de leur visage. Les jeunes filles ne portent os voile que jusau'à la bouche , afin qu'on
f misse juger de leur beauté , et en faire e récit aux jeunes gens.
Les Arméniennes de la Perse ont aussi emprunté dans leurs costumes la riche variété de la mode persane.
Les habits des femmes riches sont en étoffes de soie d'or. Le corps de l'habit s'attache par-devant jusqu'à la ceinture, avec des rubans au bout desquels on suspend un gland d'or ou une perle; il se rétrécit vers le contour, et il est plissé pour relever la finesse de la taille. La jupe qui descend jusqu'aux talons n'est point séparée du corps de l'habit. Elles se servent de souliers plats , couverts d'écarlate , avec quelques fleurs d'or en broderie. Elles les quittent aisément et toujours, lorsqu'elles entrent dans leurs appartements qui sont couverts de beaux tapis.
Elles sont coiffées en cheveux d'une manière fort variée, tantôt en pyramide, tantôt en triangle ou en croissant; d'autres fois , en roses, en tulipes, oti autres figures de fleurs au'elles imitent en assujettissant leurs cheveux au moyen de boucles d'or garnies de diamants. Plus communément, elles divisent leurs cheveux en tresses pendantes sur les épaules, «t y attaciient de petites plaques d'or et des pierreries. C'est un àes secrets de la coquetterie que de savoir faire alors certains mouvements de tête propres à faire paraître la beauté et le brillant de leur chevelure.
Dans leurs chambres, il n'y a d'autre tapisserie que celle sur laquelle on marche. Elles sont ornées de grands miroirs , de canapés , d'enfoncements dans les murailles en forme de niches, où elles rangent des vases de cristal , d'or et d'argent, ppur conserver leurs parfiims, leurs confitures, et les petits meubles de leur toilette. L'usage des diaises y est inconnu. Il y a de petits tabourets sur lesquels elles peuvent s'asseoir; mais elles en font rarement usage : elles préfèrent s'asseoir sur If^urs riches tapis , les jambes croisées. Derrière elles est un grand couMin
ARMENIE
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de brocart, sur lequel elles s'appuient; et qu'elles ramènent et chaDgent à volonté.
Leur oocuj>atk>D se borne à de petits ouvrages à l'aiguille. Souvent eUes réunissent leurs amies; et, pendant l'été , on a|)porte de la limonade [KNir se rafratchîr; on mange des fruits, des confitures, et une espèce de gâteau fait avec la farine de froment, délayée dans du iusde canne à sucre, auquel on mêle du lait et de l'eau de rose (*).
(*) M. Lamartine dans ion Toya^ d^Orient fait ane peinture raTÎsiante des femmes arméniennes de Damas, de lear habitation et de leur vie douce et paisible. « Nous avons, dit-il , circulé d'abord pendant assez longtemps dans les rues sombres, sales et tortueuses du quartier arménien. On dirait un des plus misérables villages de nos provinces. Les maisons sont construites de boue ; elles sont percées, sur la rue, de quelques petites et rares fenêtres grillées dont les volets sont peints en rouge. Elles sont basses, et les portes surbaissées ressemblent à des portes d'étables. Uu tas d'immondices et nne mare d'eau et de fange régnent presque partout autour des portes. Nous sommes entrés cependant dans quelques-unes de ces maisons des principaux négociants arméniens , et j*ai été frappé de la riehesse et de l'élégance de ces habitations à l'intérieur.
•> Après avoir passé la porte et franchi un corridor oliscur, on se trouve dans une cour ornée de superbes fontaines jaillissantes en marbre, et ombragées d'un ou deux sycomores ou de saules de Perse. Cette cour est pavée en larges dalles de pieire polie on de marbre ; des vignes tapissent les murs. Ces murs sont revêtus de marbre blanc et noir; cinq ou six portes, dont les montants •ont de marbre aussi , et sculptées eu arabesques , introduisent dans autant de salles ou de salons où se tiennent les hommes et les femmes de la famille. Ces salons sont vastes et voûtés. Us sont percés d'un grand nombte de petites fenêtres élevées, pour laisser sans cesse jouer librement l'air extérieur. Presque tous sont composés de deux plans; un premier plan inférieur où se tiennent les serviteurs et les esclaves ; un second Slaa élevé de quelques marches, et séparé u premier par une balustrade en marbre on en bois de oèdre merveilleusement dé-
Quand une femme perd son mari , elle revêt sur-le-champ les habits de
coupée. En général , une ou deux fontaines en jet d'eau , murmurent dans le milieu ou dans^ les angles du salon. Les bords sont garnb de vases de fleurs; des hirondelles ou des colombes privées viennent librement y boire et se pràer sur les bords des iMSsins. Les parois de la pièce sont en marbre jusqu'à une certaine hauteur. Plus haut elles sont revêtues de stuc et peintes en arabes-
3ues de mille couleurs, et souvent avec es moulures d'or extrêmement chargées.
L'ameublement consiste en de magnifiques tapis de Perse ou de Bagdad qui couvrent partout le plancher de marbre ou de cèdre, et une grande quantité de coussins et de mateks die soie epars au milieu de l'appar* tement , et qui ser\'enl de siège ou de dossiers aux |)ersonnes de la famille. Un divan recouvert d'étoffes précieuses et de tapis infiniment plus fins, règne au fond et sur les contours de la chambre.
« Les femmes et les enfants y sont ordinairement accroupis ou étendus, occupés des différents travaux du ménage. Les berceaux des petits enfants sont sur le plancheri parmi oes lapis et ces coussins; le maître de la maison a toujours un de ces salons pour lui seul ; c'est là ({u'il re^it les étrangers: on le «trouve ordinairement assis sur son divan , son écritoire à long manche posée à terre à côté de lui ; une feuille de papier appuyée sur son genou ou sur sa main gau eue , et écrivant ou calculant tout le jour , car le commerce est l'occupation et le génie unique des habitants de Damas. Partout où nous sommes allés rendre des visites qu'on nous avait faites la veille , le propriétaire de la maison nous a reçus avec ^àce et cordialité ; il nous a fait apporter les pipes , le café, les sorbets, et uous a conduits dans le salon où se tieuuent les femmes.
« Quelque idée que j'eusse de la l>eauté des Syriennes , quelque image que m'ait laissée dans l'esprit la beauté des femmes de Rome et d'Athènes, la vue des femmes et des jeunes filles arméniennes de Damas a tout surpassé. Presque partout nous avons trouvé clés figures que le pinceau européen n'a jamais tracées , des yeux où la lumière sereine de l'âme prend une couleur de sombre azur, et jette des rayons de velours hu^ mides que je n'avais jamais vu briller dans des yeux de femme ; des traits d'une finesse et d'une pureté si exquises , que la main
L'UNIVERS
deiiil , et elle ne sort qu'au bout de quarante jours. Quelques-unes iitéme
la plus légère et la plus suave ne pourrait les imiter, ei une peau ù Utinspareute et en même temps si colorée de teintes vivantes,
Sue les teintes les plus délicates de la feuille e rose ne pourraient en rendre la pâle fraîcheur; les dents, le sourire, le nature! moelleux des formes et des mouvements, le timbre clair, sonore, argentin de la voix, tout est en harmonie avec ces admirables apiKirilions ; elles causent avec grâce et uoe modeste retenue, mais sans embarras et comme accoutumées à Padmiration qu'elles inspirent ; elles paraissent conserver longtemps leur beauté dans ce climat , et dans une vie d'intérieur et de loisir paisible, où les passions faclives de la société n'usent ni Tâme, ni le corps. Dans presque tontes les maisons où j'ai été admis , j*ai trouvé la mère aussi belle que ses filles , quoique les filles parussent avoir déjà quinze à seiie ans ; elles se marient à douze ou treize ans. Les costumes de ces femmes sont les plus élégants et les plus nobles que nous ayons encore admirés en Orient : la lèta nue et chargée de cheveux dont les tresses, mêlées de fleurs, font plusieurs tours sur le front, et retombent en longues nattes des deux côtés du cou et sur les épaules nues ; des festons de pièces d'or et de rangées de perles mêlées dans la chevelure ; une petite ôlotte d'or ciselé au sommet des cheveux; une petite veste à manches larges et couvertes d'une étoffe de soie brochée d'argent ou d'or ; un large pantalon blanc descendant à plis jusqu'à la cheville du pied ; le pied nu chaussé d'une pantoufle de maroquin jaune; une longue robe de soie d'une couleur éclatanle , descendant des épaules , ouverte sur le sein et sur le devant du pantalon, et retenue seulement autotn* des hanches par uue ceinture dont les bouts touchent à terre. Je ne pouvais détacher mes yeux de ces ravissantes femmes ; nos visites et nos conversations se sont prolongées partout , et je les ai trouvées aussi aimables que belles ; les usages de l'Europe , les costumes et les habitudes des femmes d'Occident, ont été en général le sujet des entretiens ; elles ne semblent rien envier à la vie de nos femmes; et quand on cause avec ces charmantes créatures , quand on trouve dans leurs conversations et dans leurs manières cette grice , ce nature! parfait , cette bienveillance , cette sérénité, cette paix de l'esprit et du cœur
ne sortent qu'au bout d*un an ; et , pendant tout cet intervalle de temps , elles n'entendent pas la messe.
Elles se font un devoir de nourrir elles-mêmes leurs enfants, qu'elles élèvent soigneusement dans la crainte de Dieu , et dans la connaissance de tous les principaux devoirs de la religion. De là vient cet attachement scrupuleux à la tradition de leurs pères , et cet amour persévérant de la religion , qui les distmgue. A mesure que le peuple arménien se civilise , il attache toujours un soin nouveau à l'éducation de la jeunesse ; outre le collège épiscopal de Calcutta , et celui que les MAchitaristes ont fondé à Venise et à Padoue , on cite l'institut de Moscou , établi , en 1816 , par le conseiller d'État Lazarew. Son double but était de former une école d'interprètes des langues orientales, propres à servir la cour de Russie dans ses relations diplomatiques avec l'Asie; et il voulait en même temps que cette maison devînt le séminaire des ecclésiastiques du rite arménien, pour les églises de Russie.
Vingt-deux professeurs environ sont attachés à cet établissement, dont la direction générale reste à l'un des« membres de la famille Lazarew, nom de son illustre fondateur, qui a laissé un legs considérable pour l'entretien et l'avancement des élèves (*).
qui se conservent si bien dans la vie de ramille , on ne sait ce quelles auraient a envier à nos femmes du monde, qui savent tout , excepté ce qui rend heureux dans I'ïdtérieur d'une famille, et qui dilapident en peu d'années , dans le mouvement tamultueux de nos sociétés , leur âme, leur beauté et leur vie. Ces femmes se voient quelquefois eutre elles ; elles ne sont mène pas eniièremenl séparées de la sooiélc des nommes; mais cette société se borne à quelques jeunes parents ou amis de la bimson, parmi lesquels, en consultant lenr inclination et les rapports de famille, on leur choisit de très-bonne heure un fiancé. Ce fiancé vient alors de temps en temps , as mêler , comme un fils , aux plaisin dé k maison. »
(•) Voy. la figure n» a6.
ARMÉNIE
CÉBâMONlES DU HARUOB.
Après avoir parl<^ des femmes , nous passons, par une transition naturelle, au mariage, l'acte le plus important et le plus solennel de leur vie. La manière de le contracter nous fera connaître aussi une autre face de leur existence.
Les Arméniens ne connaissent point Tart des entremetteurs; ce sont d'ordinaire les parents qui traitent cette affaire. La mère du jeune homme va visiter la personne sur laquelle elle porte ses vues; elle vient plusieurs fois examiner attentivement son caractère , surprendre ses défauts , et elle s'enquiert de son âge , de l'état habituel 'de sa santé , ce dont elle fait au retour un rapport toujours exact.
Si la jeune fille lui convient, elle propose aussitôt son lils aux parents ; et dès que sa demande est agréée, on rapprend à la future , qui , persuadée que ses père et mère ne cherchent que son bien , accepte leur volonté, comme une décision du ciel. Alors les parents du jeune homme lui font connaître le consentement de la jeune fille, qui devient ainsi sa fiancée, bien que souvent il ne Tait jamais entrevue. Toutefois ceci arrive aujourd'hui fort rarement; et la civilisation européenne, en pénétrant chez les Arméniens, tend à abolir cet usage , reste de la barbarie ipusuimane , qui isole les femmes de la société et leur interdit les relations les plus innocentes avec les hommes.
Lorsque le consentement des deux partis est obtenu, on s'enquiert soigneusement si quelque cause dirimante n'empêche pas le mariage. Les lois religieuses sont fort sévères à cet éizard ; les liens de parenté jusqu'au septième degré, ou la parenté spirituelle que confère le titre de parrain et de filleul , sont autant d'empêchements. Si rien ne gène leur liberté , le fiancé fixe le douaire qu'il apportera à sa femme, suivant lusa^e oriental, diamétralement oppose au nôtre. £n effet, l'épouse n'apporte à la maison de son mari que ses vêtements , ses joyaux , ton or , et Tameublement de la cham-
bre nuptiale , lequel consiste en un lit , un sora, des chaises, des tables, des chandeliers, et tout ce qui sert à la toilette. Durant tout le temps que se traite l'affaire du mariage, le jeune homme ne peut voir sa fiancée ; jamais on ne dérose à cette règle , sur l'observation de laquelle les Arméniens sont inexorables.
Au jour de la célébration du nuriage , un prêtre , accompagné de son diacre , se rend à la maison de la fiancée ; il bénit son habit nuptial , et il récite différentes prières , en conjurant le Seigneur de sanctifier leur union , et de répandre sur les jeunes mariés le trésor de ses faveurs. Alors arrive l'époux, en grande pompe* accompagné de ses parents et amis , revêtu de ses plus magnifiques habits et portant un dmeterre à sa ceinture. Il trouve sa fiancée couverte de voiles, sans qu'il puisse encore distinguer ses traits. Celle-ci fait en avant Quelques pas, comme pour lui rendre nommage, et le prêtre récite le psaume commençant par ces paroles: « Je chanterai les miséricordes divines dans l'éternité;» il prend la main droite de l'épouse , et, en la met* tant dans la droite de l'époux , il dit : « Dieu prit la droite d'Eve, et il la présenta à la droite d'Adam , et Adam s'écria : « Ceci est vraiment les os de mes os 4 la chair de ma chair; elle s'appellera yèm me, comme étant tirée de l'homme (*). A cause d'elle , l'homme délaissera son père et sa mère , il s'attachera à son épouse, et ils seront deux en une seule chair. Que Fhomme ne sépare donc pas ce que Dieu a uni. » Le prêtre rapproche ensuite leurs têtes de manière Qu'elles se touchent , puis , en y faisant le signe de la croix , il dit : «Seigneur, Dieu éternel, qui unis ceux qui sont séparés et désunis , en
(•) Notre langue ne peut conserver nj reproduire le jeu de mots existant dans l'hébreu, 011 il est dit : elle s'appellera ischa, parce qu'elle a été prise de iscfi, Cliommc En latin on dirait vocabitur virago rjuia ex viro sumpta est, bien <pie le sens de virago ne rorrespoade pas «ver justesse à Tidée dû femme.
L'UNIVERS
les liant du lien indissoluble de ta loi , toi qui bénis Isaac et Rébecca, son épouse , toi qui multiplias leur génération , en accomplissant pour eux tes promesses , bénis aussi tes serviteurs , en Jes dirigeant dans la voie du bien , en vertu de la srâce et de Famour pour leB hommes de JSotre-Seigneur et Sauveur Jésus -Christ, à qui appartiennent la gloire, la puissance et Thonneur, maintenant et dans les siècles des siècles. »
Ces prières terminées, les époux s'acheminent vers Tégiise , où se consomme la bénédiction nuptiale , après laquelle on dit la messe. L'un et 1 autre communient ordinairement. Le prêtre , en mettant une seconde fois la droite de l'épouse dans celle de l'époux, dit : «Suivant le précepte divin que Dieu a transmis aux chefs de son Église , je TOUS donne cette épouse qui vous sera «otOTit^ey voulez-vous être son patron ?» Le mari répond , en tenant sa main :
tij4vec la volonté de Dieu y Je veux être son patron, » Le prêtre leur place sur la tête deux couronnes; et, lorsque la cérémonie est achevée, l'épouse est conduite à la maison de Tépoux , au milieu des hymnes et des chants d'allégresse. Ils portent leurs couronnes pendant huit jours ou trois jours au moins; et, pendant cet espace de tem|)s, ils vivent séparés l'un de Tautre , dans une continence parfaite.
A la fin de ces jours désignés, le prêtre revient avec le diacre reprendre les couronnes , et fait de nouveaux vœux pour la prospérité^e leur mariage.