‹ RussieChapitre 5 sur 31 · sa · texte numérisé non relu

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oiMitenta de demander que le Pruth mt désormais la limite des deux empires. Cesi deLta ces circonstaDces graves que fat conclue la paix de Boukharest, dont nous rapporterons les dispositions principales.

D*aprè5 l'article 4, le Pruth , depuis rendroit où il entre en Moldavie , jusqu'à son embouchure dans le Danube , et de là , la rive gauche de ce fleuve jusqu'à Kilia , en descendant jusqu'à son embouchure dans la mer Noire , seront les limita des deux empires.

Ainsi la Porte cédait à la Russie le tiers de la Moldavie, avec les forterases de Khoczim et de Bender , et toute la Bessarabie, avec Ismaïl et RUia.

D'après le même article^ la naviga* tiott do Danube est commune aux sujets de la Russie et de la Turquie. Les Des de ce fleuve situées entre les divers bras au'il forme depuis Ismaïl resteront désertes.

Lde reste de la Moldavie et de la Valacfate sera remis aux Turcs dans Fétat où OK imys se trouvent. Article 6.

La frontière d'Asie est rétablie telle qu'elle était tracée avant la guerre.

L'artide 8 s'occupe des Serviens, auxquels b Porte accorde une amnistie avec la concession de quelques privilèges, dont l'interprétation ouvre un vaste champ aux subtilités diplomatiques.

Par l'article 13 , la Russie accepte la médiation de la Porte pour la conclusion de la paix avec la Perse, où les hostilités avaient recommencé à l'instiçition de l'ambassadeur anglais. La mésinteUigence entre la France et la Russie avait imprimé une nouvelle direction à l'activité des ministres de Sa Majesté Britannique à Gonstantinople et à Ispahan. Malgré toutes les ressooroes de la Russie, si elle eût été attaquée au midi et au nord, tandis que les innombrables lésions de la coalition française envahissaient sur trois colonnes ses provinces centrales, l'hiver taème avec toutes ses rigueurs edt été impuissant à sauver cet empire.

Avant d'esquisser les événements

les plus mémorables de la campagne de 1812, il est indispensable de dire en peu de mots quelle était la situation politique des grands États de l'Europe.

L^Angleterre , Odèle à un système qui était pour elle une question d'existence, voyait avec satisfaction les alliés de l'empire français se fatiguer du blocus continental. L'Espagne lui se^ vait de point d'appui ; les ressources stratégiques de cette contrée , le courage exalté de ses habitants balançaient la fortune de Napoléon en absorbant l'énergie de ses armées. L'Autriche respirait à la faveur d'une alliance qui couvrait sa faiblesse; elle comptait s'en faire im titre pour réparer quelques-unes de ses pertes si le sort des armes restait favorable à Napoléon, et la sacriGer aux intérêts de sa politique dans le cas où des revers auraient frappé l'époux de Marie-Louise.

La Prusse , réduite à une armée de

Quarante mille hommes, était forcée 'embrasser la cause dont le triomphe l'humiliait; cette (Hiissance avait à craindre , si la Russie prenait l'offensive , de voir ses provinces envahies devenir le théâtre d'une lutte menaçante ; son rôle désormais consistait à suivre fatalement le parti du vainqueur. La Frauce, dont le motif avoué était l'abaissement de l'Angleterre , ne pouvait arriver à ce résultat sans s'arroger en Europe un pouvoir dictatorial qui blessait les souverains dans leur orgueil et les peuples dans leurs intérêts les plus essentiels. L'incorporation du Hanovre au royaume de Westphalie; la cession de Francfort et de sou territoire au prince-primat de la confédération du Rhin , et par substitutioàn Eugène Beauharnais; la réunion à l'empire français du Brabant hollandais , de la Zéiande et d'une partie de la Gueldre; celle de& pays situés sur les côtes de la mer du Nord., avec Bremen et Hambourg, le duclié de Lauenbourg et Lubeck, telles furent , dans le cours de l'année 1810, les acquisitions que Napoléon avait jugées nécessaires , mais qui , par leur position excentrique , privaient la

L'UNIVERS

Ftanoe de cette unité bomoffène qui fait sa force et sa sécurité. A Tavenur. rieo n*était à Tabri d*un remanienient ou d'une incorporation pure et simple au territoire de la fçranae nation. lia*

g^léon l'avait déclaré au sénat en rmes non ambigus. « Les arrêts pu* bliés par le conseil britannique, en 1806 et 1807 , ont décUré le droit public de l^Eurepe. Un nouvel ordre de choses régit runivers. De nouvelles tarantfes m*étant devenues nécessaires, m réunion des embouchures de TEs* caut , de la Meuse , du Rhin , de TEms , tlu Weser et de l'Elbe è l'emf>ire, rétablissement d'une navigation intérieure avec la Baltique, m'ont paru être les IHremières et les plus importantes, etc. » Le duc d'Oldenbourg, beau «frère d'Alexandre, avait vu ses États héré* ditaires englobés dans les provinces baltîques récemment incorporées au territoire français. L'empereur de Russie se plaignit d'une mesure qui por* tait atteinte à ses relations amic^Jes avec Napoléon. Ces représentations ftirent vaines ; et ce fut autour de ce point d'une si faible importance que la politique russe eut l'art de rattacher ses autres griefs; dès lors on put prévoir une rupture prochaine. Quant a l'attitude oue çardmnt au comme»»

cernent des Hostilités la Turquie et la Suède, quoiqu'elle paraisse tout autre que le prescrivaient les Intérêts généraux de ces deux nations , il est radie oependairt de s'en rendre compte en examinant avec soin quelles nécessités pour les Suédois et les Turcs ressortaient alors des circonstances. La Tur-

Î[uie, menacée d'un démembrement mmédiat |>ar Napoléon , pouvait accélérer sa ruine en entrant dans la coalition française; cette lutte, dans la- Sielle elle restait neutre, épuiserait faiUiblement et la Russie et ta France, et les mettrait pour longtanps hors d'état de menacer ses frontières ; dans raffaibKssement où elle se trouvait, un délai de quelaues années pouvait suffire pour la déterminer à accepte?

les conditions modérées de la paix de Boukbflorest.

Quant à la Suède, on peut expli-

quer d'une manière non moins cou* âuante fallianoe qui la rattacha aux intérêts de la Russie. Si un pays devait souffrir des rigueurs du olocus continental, certes c'était la Suède; ses fers et ses bois de constructioo encombraient ses macasins, et bientôt elle se vit obligée de renouer dan* destinement des relations commerciales avec la Grande-Bretagne. L'oecupation de la Poméranie par les troupes françaises donna bientêt 1« mesure des sacrifices que Na|K>léon exigeait de ses alliés. A ces consîdénitions locales , il s'en joignait d'autres

2|ui, pour être personnelles, n'en taient pas moins puissantes : Bernadette, élu prince royal , avait à cceor de prouver aux Suédois qu'il acceptait dans toute leur étendue ses nouveaux devoirs; et, comme il n'avait dû aon élection qu'à lui-même, il crut faire un acte de haute politique en abandonnant le rôle d'ancien lieutenant de l'empire. On lui a reprodié d'avoir négligé l'occasion de reprendre la Finlande; mais, en l'accep^nt des mains de son ancien chef, il renonçait à son indépendance; il n'ignorait pas d'ailleurs que si , plus tard , la réconcih'ation de Napoléon et d'Alexandre exigeait le sacriOoedecette même province, celui qui la lui aurait donnée ne se serait point fait scrupule de la reprendre. La Pologne, qui avait versé tant de sang pour la France , ne se trouvaitelle pas elle-même dans une position équivoque? Quel autre motif que odui de ne pas s'aliéner à jamais la Russie avait empêché Napoléon de rétablir sur des bases solides cette nation dévouée et courageuse? Ce rétablissement pouvait être dans ses vues , mais dans le cas seulement où la Russie, envahie et privée de sa capitale, eAt refusé de traiter avec le vainqueur. Napoléon n'ignorait pas qu* Alexandre ne redoutait rien tant que de voir se relever cette barrière gui s'était écroulée sous les efforts patients de Catherine.

11 voulait surtout paraître en mesure de consommer cet aete réparateur pour arracher à Alexandre les concessions les plus vitales du grand sys-

HUSSIË.

tème. Alexandre, de son c6té, levaft des armées, oonoentraît des forœt imposantes dans les anciennes pro* ▼inces polonaises; et, rassuré aux deux extrémités de son empire jiar la paix de Boakharest et par les disposi* lions de Bemadotte, il ose faire tête a Forage » comptant bien one la Prusse et l'Autriche n'agiraient contre lui qo'arèc mollesse et circonspection.

Cependant toute l'Europe s'â)ran- Init à la voix de Napoléon ; les deux

Êrincipes qui remuaient le monde allient se trouver en présence : la cause des peuples, représentée par le pre* mier capitaine du siècle, et celle des rots, soutenue et soudoyée i^t l'An* gieterre ; mais les rôles n'étaient plus les mêmes ; par le jeu des ctrcons* tances et l'ambition d'un soldat par- Yenu, la France n'était plus qu'une monarchie conquérante ; elle ne pouvait promettre aux étrangers des droits qu'elle avait perdus elle-même; la

gloire lui restait encore; on la comattit avec ses anciennes armes, et c'est en invoquant le saint nom de la liberté <iue les princes parvinrent à n^ermir leurs couronnes.

Les dernières espérances d'arrangement venaient de s'évanouir ; la mission de M. de ^esselrode, qu'on attendait de Saint-Pétersbourg, avait été révoquée. La Russie n'avait pu ob* tenir de Napoléon une déclaration formelle que la Pologne ne serait jamais rétablie; elle avait également échoué dans sa demande que Ton indemnisât le due d'OMenboarg par la cession de Dantzick et de son territoire. Déjà la Prusse, alarmée sur Fissue probable de cette guerre , demandait à conclure un traite offensif et défensif avec Napoléon; le lendemain même de la sicnature de ce traité, qui aujimentait oe vinct mille hommes Varmee d'inva- %ion , rempereur chargea le colonel Tchemicheif de porter à AJexandit ses dernières propositions. L'agent russe partit le 35 février 1812, emportant un état détaillé de l'effectif de Farmée, qu'il s'était procuré en corrompant un commis an ministère de la guerre.

Cependant Davoost se porta, de

namboorg, sur la ligna de l'Oder.

L'Autriche, craignant qu'une plus longue hésitation ne parât suspecte, conclut avec l'empereur Napoléon un traité d'alliance défensive et offensive,

aui donnait à la coalition un effectif e trente mille hommes. Cinq cent mille Français et alliés sillonnaient l'Europe dans tous les sens pour aller se réunir sur les bords de la VIstule. Ils formaient treize corps dont les deux cinquièmes environ se composaient de Français* Cette proportion n'offrait rien de rassurant; le treizième corps , qui était formé des trente mille Autrichiens promis par le traité du 14 mars, était tout entier sous les ordres du prince de Schwartzemberg.

D'après le témoignage du général Gourgaud , les cadres de Tarmée étaient loin d'être au complet, puisqu'au passage du Niémen , elle comptait environ quatre cent mille hommes, et que, sur ce nombre, trois cent vingtcinq mille neuf cents seulement étaient présents sous les armes ; savoir : cent cinquante -cinq mille quatre cents Français , et cent soixante et dix mille cinq cents alliés. Il y avait environ mille bouches à feu.

Le 17 avril , Napoléon fit à r An-

fjleterre quelques ouvertures concilatrices qui dDmeurèrent sans effet ; le cabinet de Saint - James voulait qu'avant de traiter, Ferdinand VII fût replacé sur le trône d'Espagne; ce n'était |>as lorsque l'empereur avait tant de raisons de compter sur un succès définitif qu'il pouvait se résoudre h une pareiUe concession.

Quelques jours après, le pnnce Kounikin , ambassadeur de Russie à Paris , signifia au cabinet des Tuileries la réponse d'Alexandre aux propositions que lui avait apportées Tchemicfaejf :

aie portait qu'avant toute discussion sur les intérêts en litige , l'armée fran- ^se évacuerait immédiatement la Pmsse entière, les places de l'Oder et la Poméranie suédoise ; qu'elle ne oenserverait de toutes ses positions dans le Nord que la ville de Dantzick , dont la garnison devait être réduite; qu'alors seulement Alexandre consentirait

L'UNfVEAS.

à traiUr sur les bases suivantes : la Russie continuerait a exclure les Anfilais de ses ports, mais elle j admettrait k» neutres ; des licences seraient accordées aux bâtiments nationaux comme en France ; un nouveau tarif des douanes favoriserait le commerce franiçais , et l'on réglerait de gré à gré les indemnités dues au duc d'Oldenbourg, en écbance de ses États envahis (Histoire de la campagne de Russie, par M. Mortonval). Cette réponse annonçait clairement que le cabinet de Saint-Pétersbourg agissait désormais sous rinfluence de l'Angleterre.

Il était aisé de voir que , de part et d'autre, on jugeait la guerre inévitable; cependant Lauriston , ambassadeur de France, était toujours à Pétersbourg; et Kourakin , qui présenta , le 30 avril , son ultimatum , ne quitta Paris que le 20 septembre. On cherchait à gagner du temps pour achever l'organisation de ces armées dont la lutte allait décider du sort de l'Europe.

Le 9 mai , Napoléon partit de Saint- Cloud et arriva à Dresde le 16 du même mois. Ce fut là qu'au milieu des fêtes et des réjouissances , il reçut des souverains alliés les témoignages du dévouement le plus absolu. Tous ces hommages adressés à la puissance n'étaient cjue l'expression de la crainte; quand l'hiver eut frappé cette armée na.!:;uère si brillante, les haines se manifestèrent avec d'autant plus d'énergie qu'elles avaient été comprimées plus longtemps.

Déjà la grande armée déployait ses masses imposantes depuis Dantzick jus-

Î|u'à Lublin , taudis que les Autrichiens, ormant l'extrême droite de cette ligne d'opération , occupaient Lemberg.

Alexandre, sorti de sa capitale le 22 avril , s'était rendu à Wilna. C'est là qu'il reçut le comte de Narbonne , dont la nnssion échoua devant l'inébranlable volonté du monarque russe , n' refusait toute espèce d'accommoent avant que l'armée française eût rétrogradé jusqu'au Rhin.

Napoléon jugea nécessaire de donner quelques espérances aux Polonais ; il s'agi&sait il' imprimer une direction

énergique à l'esprit national ; M. de Pradt, archevêque de Malines, fut chargé de cette délicate mission ; le patriotisme était loin d'être éteint dans ce pays de liberté; mais comme les promesses de Napoléon étaient subordonnées aux événements, la Pologne ne put y ajouter une eonGance entière; en un mot , si l'empereur des Français croyait qu'il lui suffirait d'une- campagne pour imposer la paix à son rival , d en fît trop ; si , au contraire , c*était l'abaissement de la puissance russe ^u'il méditait, il eut tort de s'arrêter à des demi-mesures.

Napoléon venait de quitter Dresde lorsqu'il reçut un message de Bemadotte. Le prince royal , comme pour prouver aux Suédois qu'il traiterait désormais avec l'empereur de puissance à puissance, exigeait, pour prix de sa coopération active, la Norwége et plusieurs millions. Le soldat - empereur rejeta avec hauteur les offres du soldatroi ; et, presque en même temps, le 28 mai , la paix de Boukharest fut signée. Ainsi les deux appuis qui, dans les prévisions ordinaires, devaient fixer aux deux extrémités de TEurope sa ligne d'opérations, manquaient à la fois à Napoléon.

« Au moment où Alexandre quitta sa capitale , les forces russes^ rassemblées sur la frontière occidentale de l'empire , étaient divisées en deux armées : l'une, dite première de l'Ouest, sous les ordres de Barclay de Tolly, et forte de cent cinquante mille hommes, avait son quartier général à Wilna ; l'autre , nommée la seconde de l'Ouest , ne comptait que soixante et dix mille combattants; le prince Bagration la commandait; elle occupait Jitomir.

Le rassemblement des Autrichiens en Gallicie détermina bientôt ce général à se rapprocher de la ligne du Bug ; il reçut l'ordre de porter son quartier général à Lutzk.

« Les six corps de la première armée de l'Ouest s'étendaient derrière le Niémen , et défendaient cette ligne depuis les environs de Tilsitt jusqu*à Grodiio. Ceux delà seconde, opposés aux front ièi 08 d'Autriche et à la partie

nuiridionale du duché de Varsovie, observaient le cours du Bug. Entre ces deux armées, Piatof, avec huit mille Cosaques r^uliers, avait pris position à Bial^'stok; en arrière, à plus de quatre- vingts lieues , une année de réserve se formait sur le Prypet.

«A rextrême droite des Russes, aax.bords de la Baltique , la garnison de Riga , chaînée de couvrir une des routes de Petersbourg, s'élevait à trente-cinq mille hommes. Un camp, fortement retranché , défendait de ce côté le cours de la Dvina à Drissa , et ofjfraît un point de retraite à Farmée de Barclay de Tolly. On construisit aussi une tête de |K)nt très -forte à Borissof , sur la Bérézina , aOn de garder le principal passage de cette rivière, sur la route de Moscou, par Minsk etSmolensk. Pendant queces travaux s^achevaient, l'empereur Alexandre faisait établir d'immenses magasins et de nombreux parcs d'artillerie derrière sa première ligne de défense; on y forma, en outre, de nouvelles divisions , ainsi que des dépôts d'infanterie et de cavalerie qui devaient alimenter les.corps en activité (M. Mortonval). »

Napoléon partagea ses forces en trois corps d'armée. La première de ces divisions , composée d'environ cent soixante mille hommes , devait surveiller la première armée de l'Ouest , et la couper au milieu.de sa li^ne; tandis que Napoléon faisait face a Barclay de Tolly , le second corps allié , sous les ordres de Jérôme, devait s'avancer contre Bagration, c'est-à-dire sur la eauche des Russes et à la droite de Tempereur.

Le troisième corps, sous lesordresdu prince Eugène, avait mission de pénétrer entre les deux armées russes, pour les empêcher d'opérer leur jonction.

Schwartzemberg, avec ses Autrichiens, devait appuyer tes mouvements du roi de Westphalie à l'extrême droite ; et Maodonald , qui commandait trente mille hommes de troupes prussiennes et françaises, devait se porter sur Riga y menaçant la Courlande et la Livonie dans la direction de Petersbourg.

Bagration reçut l'ordre de quitter sa position et de se rapprocher de ta première armée , pour couvrir le pays entre Proujani et Wilkowisk , c'est-àdire l'espace que laissent à découvert le Bug et le Niémen. L'armée de réserve, commandée par Tormassof, remplaça celle de Bagration. On a reprocné aux Russes de ne pas avoir concentré leurs forces pour lutter avec moins de désavantage contre la masse de trouves que Napoléon |)ortait vers le bas Niémen ; c'eût été faire dépendre d'une seule bataille le succès de la campagne et les destinées de l'empire.

Napoléon passa quelque temps à Kœnigsberg; de là il se porta en avant , et passa la revue des corps qui composaient la grande division centrale. A Gumbinem,il lui parvint une dépêche de Lauriston, dans laquelle cet ambassadeur l'informait qu'Alexandre avait refusé de le recevoir à Wilna.

La rupture était désormais consommée ; Napoléon , à deux marches du Niémen, proclama le manifeste qui déclarait la guerre à la Russie.

Les Russes avaient- ils conçu d'avance le projet d'attirer l'ennemi dans le cœur de l'empire , pour le harceler jusqu'à l'hiver, et le mettre aux prises avec la faim et les rigueurs de la saison et du climat? Rien n'est moins f)robabIe; leurs premiers mouvements , es magasins qu'ils établirent à grands frais sur la frontière, la crainte qu'ils devaient avoir que Napoléon ne rétablît sérieusement la Pologne, tout semble indiquer l'intention de défendre la ligne du Niémen , et même de faire irruption dans la Gallicie et le grandduché de Varsovie ; on assure même que Tchitchagof avait proposé de faire une diversion en Italie , où il aurait pénétré par l'illyrie, après avoir traversé la Servie et suivi la vallée du Danube. Il est bien plus rationnel d'admettre que les Russes , inférieurs en nombre et en organisation militaire, réglaient leurs opérations sur les chances qui se présentaient : ce qu'on peut regarder comme certain , c'est qu'ils s'attendaient à voir les deux capitales

L'UNIVERS

envaliies , puisque les richesses du palais de l'Ennitage allaient être transportées à Arkhangel.

Le 25 juin, Kowno était occupé, et le passage du Niémen effectaé; le 37, Napoléon se porta sur Wilna, espérant que Barclay de Tolly lui livrerait bataille ; mais ce général incendia ses magasins, rompit le pont jeté sur la Wilia , et se replia à marches forcées vers le Nord , dans la direction du camp retranché de Drissa. Le 28 , Tempereur entra à Wilna ; deux ponts furent construits immédiatement, et Murât , à la tête de la cavalerie , se mit à la poursuite de Barclav de ïolly.

Le prince Eueène ne passa le Niémen que le 29 ; dans les premiers jours de juillet , il vint prendre position à quelques lieues au sud de Wilna , pour empêcher la seconde armée de se réunir à la première.

Cependant Bagraf ion , pressé par le roi de Westphalie , se retira sur Novo-

grodek. Il se porta ensnite à Nikolaef , ans le but de gagner le camp de Drissa , en passant devant le front de Tarmée française. « Les Cosaques de Platof lui donnèrent avis qu ils venaient de se heurter contre la cavalerie de Grouchy et contre les avantpostes de Davoust... Alors Bagration opéra sa retraite vers l'est , en marchant à Bobr^sk sur la Bérézina.

« Tout avait donc réussi à la droite de Napoléon , pendant (]ue la seconde armée russe fuyait , laissant le corps de Dokhtourof derrière elle, cerné et compromis; les Autrichiens , commandés par Schwartzf mberg , ayant traverse le Bug à Droghiczîn ,' s'étaient avancés jusqu'à Proujani ; ils coupaient ainsi, des deux autres armées ennemies, celle de la réserve sous les ordres de Tormassof.

« A la gauche des Français, le succès n'était pas moins complet; le jour même où l'empereur passait le Niémen à Kowno, Macaonald le traversait à Tilsitt; et, se portant à Rossiéna sur la route de Riga , par Mittau, il déborda en ouelques marches l'extrême droite des Russes ( M. Mor-

tonval). » Oudinot, après quelques avantages remportés sur Wittgenstein « s'empara de Wilkpmir, dont les Russes n'eurent pas le temps de détruire les ma^sins; Ney, détaché sur le flanc de Barclav de Tolly , que menaçait le roi de Naples, paralysait ainsi les mouvements de la première armée de l'Ouest.

Les eénéraux de Pempire qui ont écrit l'histoire de cette mémorable campagne ont presque tous regardé ces premières opérations comme savamment conçues et habilement exécutées ; habitués à des guerres faites dans des pays de ressources, et qui se terminaient par une grande bataille ou par la prise d'une capitale , ils ont jugé que Na|)oléon avaii fait tout ce qtron pouvait attendre d'un grand tacticien , en isolant les corps ennemis

aui , en se retirant dans des directions ivergentes , se trouvaient de plus en plus dans l'impossibilitédes'entr'aider.

Mais on peut leur objecter que, sur un échiquier aussi vaste , les chances de la guerre étaient en faveur de Farmée qui se retirait en détruisant derrière elle les subsistances , et en attirant l'ennemi dans des routes à peine tracées , que les pluies devaient rendre impraticables. Ce système, que les Russes n'avaient pas' adopté d abord , s'est présenté tout natureUement, précisément parce que les combinaisons straté^ques de Napoléon ne leur permettaient pas d'engager le combat avec toutes leurs forces. Leur cavalerie Infatigable se prêtait d'ailleurs merveilleusement à une retraite défensive; et , de plus , en dévastant quelques provinces , ils inspiraient au peuple , que son ignorance disposait au fanatisme , une haine profonoe qui s'est manifestée constamment, non-seulement lors de l'invasion, mais encore à l'époque la plus désastreuse de la retraite. Au reste, on ne peut aflirmer que la retraite , à tout prix et à tout événement , ait été adoptée par les Russes comme leur seul espoir de salut; leurs mouvements étaient une suite de tâtonnements, et leurs efforts se bornaient presque toujours à paralyser les mou-

veriients de rennemi. I^ génie militaire de NapoléoD explique cette ciroonspeetioQ ; et , en effet , c'était lieaucoup gagner oue de neutraliser IcB conceptions d un capitaine qui avait tant de fois vaincu l'Europe.

L'empereur se trouvait à Wifna , et déjà les troupes manquaient du nécessaire, les convois n ayant pu suivre la marche rapide de l'armée : les soldats enraient dans les villages pour s'y prœurer des vivres; sur la fin de juin , la température , debrûlantequ'dle était, devint froide; et, pendant trois jours , une pluie abondante et glaciale rom^ les chemins et rendit les commumcations presoue impraticables.

Les maladies se déclarèrent ; les chevaux y nourris de seigles encore verts, mouraient par milliers. Il fallut abandonner cent pièces de canon et cinq cents caissons. Près de trente mille traînards erraient sur la route qu'avait suivie rarniée de Kovno à Wilna. Les approvisionnements, venus par le Niémen et laWilia, ramenèrent bientôt TaboodaDce ; des services de toute espèee forent organisés. La ville , transformée en un vaste entrepôt , fut mise à i'abri d'un coup de mam ; et l'empereur chargea un ^uvemement provisoire de radmintstration générale de la Lithoanie. La population polonaise , appelée aux armes, fournit six régiments d'infanterie et cinq de cavalerie ; rdite de la noblesse s'offrit a servir auprès de Napoléon comme garde d'honneur. Alexandre , dans l'intention de sonder les projets de Napoléon , dépêcha vers lui le général Balacfaef ; le motif ostensible de sa mission était d'offrir une suspension d'hostilités, sous la condition que l'armée française rétrograderait iusqu'au Niémen.

Si, Gonmie on l'a dit, l'empereur de Russie avait voulu seulement gagner du temps, afin de dégager les Cosaques de Piatof et le corps cns Bagration , ses propositions eussent été plus modérées, et il n'eût pas Mt choix de Balachef , connu par son dévouement aux iatânits de l'Angleterre. Napoléon ne pouvait accepter ce que lui imposait on ennemi en pleine retraite, et la dé-

marche du parlementaire russe n'eut d'autre résultat que r4;lui de prouver que le sort des armes déciderait seul de cette grande querelle.

Cependant le hasard, ou plutôt la vigilance des généraux rosses, trompa les prévisions de Napoléon. Doktourof passa devant le front de l'armée fran-

Saise, et, grâce à cette manœuvre auadeuse, au succès de laquelle il dut sacrifier ses équipa^ et une partie de son arrière-garde, il rejoignit Barclav de Tolly aux environs de Swentzianf.

Bagration, non moins heureux, et poursuivi mollement par Jérôme, gagna de vitesse les colonnes de Davoust , et s'ouvrit le chemin de Smolensk.

Cette marche habile décida du sort de la campagne.

Les dix-huit jours que l'empereur passa à Wilna, pour rétablir l'organisation des corps et mettre de l'ordre dans toutes les parties du service matériel, laissèrent à l'ennemi le temps de se rallier et de se reconnattre. Des juges sévères ont considéré ce retard comme une grande faute; d'autres, tout en lui attribuant une influence que des événements imprévus rendirent décisive, l'ont regardé comme nécessité par les circonstances.

Quoi qu'on en ait dit, la situation deTempereurà "Wilna, après la jonction des corps ennemis , était déjà trèscritique. Les Êitîgues et les privations avaient décimé son armée à peine entrée sur le territoire russe : la saison lui avait opposé des ohstacles sur lesquels il n'avait pas compté, et qui pouvaient se reproduire avec plus de danger lorsqu'il aurait laissé ses troupes dans un pays dévasté. S'il essuyait un revers, TAutriche et la Prusse, qu'il laissait derrière lui , pouvaient tout à coup rompre une alliance onéreuse, et leurs troupes, jus^'alors contenues , devenues ennemies d'auxiliaires qu'elles étaient, détruisaient toute réconomie des combinaisons stratéffiques. Le rétablissement intégral de m Pologne se présentait comme un puissant appui; mais était-ce h l'instant où ses alliés combattaient sous les drapeaux de l'empereur, qu'il était

L'UNIVERS

prudent de morceler leur territoire?

Une faute qui a été remarquée par ceux qui ont étudié Fétat de la Pologne, et qui échappa au génie de Napoléon, c'est de n avoir pas tiré parti des juifs,

3ui auraient pu rendre aux Français e si grands services pour tout ce qui regardait le transport du matériel.

Reportons maintenant nos regards sur ce qui se passait au camfj des Russes, et empruntons le récit de M. Mortonval, qui résume avec lucidité les meilleures relations de cette mémorable époque.

« Barclay, déjà rejoint par le corps de Dokhtourof , était reste jusqu'au 3 juillet à Svt^entziani ; il se retira sur la Dwina, dans la même direction qu'avait suivie Wittgenstein. Le roi de Naples , soutenu à droite par le maréchal Ney, et à gauche par Oudinot , suivait pas à pas les Russes avec deux corps de cavalerie de réserve et trois divisions du corps de Davoust; il eut d'abord avec l'arrière-earde ennemie quelques engagements de peu d'importance. I^ 5, à Widzy, une action plus longue et plus disputée, dans laquelle la supériorité de notre artillerie lui donna l'avantage, décida les Russes n précipiter leur mouvement vers Drouina, oi^ ils passèrent le fleuve; et le 10, arrivée devant le camp retranché de Drissa, l'armée de Barclay s'y enferma tout entière, à l'exception du corps de Wîtt^enstetn , destiné à renforcer la garnison de Dunabourg, où il entra le 13 juillet.

« Le roi de Naples s'arrêta aussitôt à Opsa , et rappela près de lui Oudinot , oui avait suivi les mouvements de Wittgensteiri ; il réunit également autour de son quartier général le corps de Ney, et la cavalerie des généraux Montbrun et Nansouty ; observant l'ennemi dans cette position , il y attendit les ordres de l'empereur.

« Alors seulement Napoléon put cpnnaitre l'effet de ses premières manœuvres, et former un nouveau plan d'opérations d'après leur résultat général : à sa droite , Davoust se portait sur Mohilef, oîi il devait précéder Bagrntion; quant à Jérôme, en rece-

vant la décision de son frère qui le plaçait sous les ordres du maréchal , il ne prit conseil que de son oi^uetl blessé , et quitta sur-le-champ l'armée. . . L'empereur détacha les Saxons sous les ordres deReynier, et les fit rétrograder pour renforcer, à Slonim , le corps de Schwartzemberg opposé à l'armée de Tormassof. Junot remplaça le roi de Westphalie daps le reste de son commandement ; mais il se trouvait alors trop isolé de Davoust pour le seconder efficacement.

« Rien ne retenait plus désormais Napoléon à Wilna, qui avait cessé d'être le centre des manœuvres de son armée. Le but de Barclay, en occupant le camp retranché de Drissa , semblait être de couvrir Pétersbourg ; mais sa manœuvre laissait libres toutes les routes de Moscou, et rendait impossible sa jonction avec la deuxième armée. L'empereur résolut de porter à Polotsk , sur le chemin de Vitepsk , une faraude masse de forces qui pouvait de la prendre à revers le camp retrandié, tandis que Murât, Ney et Oudinot, l'attaquant de front et sur les flancs , contraindraient Barclay à sortirdecette position : alors il eOt i^té facile de rejeter les Russes dans la Courlande , où se trouvait Macdonald , et de les forcer de livrer bataille adossés à la mer, avec un nouvel ennemi sur les bras.

« Ce plan adopté, le vice-roi d'Italie, qui avait déjà pris le chemin d'Osmiana, fut dirigé sur Gloubokoié; In garde impériale s'y rendit par Swentziani. Les Bavarois, sous les ordres de Gouvion Saint-Cyr, avaient franchi les derniers le Niémen ; à peine arrivés à Wilna, l'empereur les passa en revue, et les fît partir immédiatement pour aller prendre position aux environs de la même ville de Gloubokoié, rendezvous général du corps à la tête duquel il allait agir du côté de Polotsk. v

C'est vers cette époque que Napoléon reçut à Wilna la deputation de la diète du grand-duché de Varsovie. Le sénateur Wibeski , s'adressant à l'empereur au nom de la diète confédérée qui avait déclaré, le 28 juin, le rétablissement de la Pologne, prononça

CCS paroles : Dites, sire, gœ ia Pologne existe, et ce décret sera pour le mande équivalent à la réalité, La réponse mesurée de Tempereur refoula renthousiasme dans les cœurs polonais; il était visible que , tout en coni|>tant sur leur courage , on se réservait la fEK»lté de sacriGer leur cause à des intérêts généraux.

L^assiette du camp de Drissa avait été choisie sans discernement; les travaux immenses qu*on y aTait entassés devenaient inutiles, parce que la position pouvait facilement être tournée; dans riiypothèse d*une attaaue générale parles forces dont Napoléon pouvait disposer sur ce point, il n'était guère probable que ces ouvrages arrêteraient longtemps Tennemi.

La seconde armée avait opéré sa jonction à Drissa ; le but principal des Russes était atteint par la concentration d'une g[rande partie de leurs forces. Le 27 juin (9 juillet nouveau style) , jour anniversaire de la bataille de Poltava, Alexandre rendit le manifeste suivant :

« Guerriers russes !

« Vous avez enûn atteint le but vers lequel vos regards étaient tournés.

Lorsque l'ennemi osa franchir les limites de notre empire, vous étiez sur les frontières disposés à les défendre; mais, jusqu'à ce que l'entière réunion de nos troupes pût être erfectuée, il fallut arrêter votre courage et se retirer dans cette position. Nous sommes venus ici pour rassembler et concentrer nos lorces. Nos calculs ont été heureux : la totalité de la première armée est en ce lieu.

• Soldats ! le champ est ouvert à votre valeur, si noblement docile à se modérer, si ardente à soutenir la réputation que votre nom s'est acauise; vous allez cueillir des lauriers oignes de vousmêmes et de vos ancêtres. Ce jour, naguère signalé par la bataille de Poltava, doit vous rappeler les exploits de vos pères; le souvenir de leur valeur, réclat de leur renommée vous engagent à surpasser l'une et l'autre par la gloire de vos actions! Les ennemis de la Russie connaissent déjà votre valeur.

Allez donc dans Tesprit de vos ancêires, et anéantissez l'ennemi qui ose attaquer votre religion et votre honneur jusque dans vos foyers, à la vue de vos femmes et de vos enfants.

« Dieu , témoin de la justice de notre cause, sanctifiera vos bras par ses bénédictions. »

Tandis que l'empereur Alexandre appelait la religion au secours de la politique, tandis que, dans le reste de l'empire, la noblesse et le clergé, excitant la haine du peuple contre des ennemis hétérodoxes, transformaient cette lutte en guerre nationale , on décréta une nouvelle levée d'un homme sur cent. Bientôt on comprit qu'il devenait urgent d'évacuer le camp de Drissa. L'armée se porta à marches forcées sur Vitepsk, dans l'intention d'arriver à Smoiensk avant les Fran- Çciis, et de se mettre ainsi en communication avec les corps de Tormassof , de Bagration et de Tchitchagof.

Alexandre courut à Moscou, et, confiant dans le patriotisme de l'ancienne capitale de la Russie, il publia le manifeste suivant :

« A notre ancienne ville et capitale de Moscou.

A L'ennemi , avec une perfidie sans exemple, et des forces qui répondent à son ambition démesurée, a pénétré dans les provinces de la Russie. Son dessein est de ruiner notre pays. Les armées russes brûlent du désir de se jeter sur ces bataillons; mais notre sollicitude paternelle ne peut accepter un sacrifice aussi désespéré. Nous ne pouvons souffrir que nos braves sujets soient sacrifiés sur les autels de ce Moloch.

Pleinement convaincus des perfides intentions de notre ennemi , et des puissants moyens qu'il a préparés pour l'exécution de ses projets , nous n'iiésitons pas à déclarer a notre peuple le danger où se trouve l'empire. La nécessité commande la réunion de nouvelles forces dans l'intérieur, pour soutenir celles qui sont en présence de l'ennemi. Pour assembler ces nouvelles armées, nous nous adressons à l'ancienne capitale de nos ancêtres, à la ville de Moscou. L'existence de notre

L'UNIVERS

nom dans le âbleau des nations est menacée. L'ennemi dénonce la destruction de la Russie. La sûreté de notre sainte Église, le salut do trône des tsars , l'indépendance de l'ancien empire moscovite, tout annonce hautement que Tobjet de cet appel doit être reçu par nos fidèles sujets comme une lofsacrée... Puissent les cœurs de notre noblesse et ceux des autres ordres de l'État propager l'esprit de cette sainte guerre qui est bénie du Très-Haut, et combattre sous la bannière de notre sainte Église! »

Dans un second manifeste adressé à la grande nation russe , on remarie des passages qui indiquent plus clairement encore que la lutte prendrait le caractère d'une guerre d'extermination.

Le despotisme ne peut parler de liberté à des esclaves; il craindrait même d'être compris; mais il met en jeu les haines vivaces dont il a conservé le germe dans les préjugés nationaux; au ueu de lauriers, il montre aux masses la palme du martyre, et rend faciles les plus grands sacrifices en les entourant du prestige religieux.

• La Russie, proclamant ce manifeste , a invoqué la protection de Dieu ; elle oppose aux machinations de son ennemi une armée forte en courage, et ardente à chasser de son territoire cette race de sauterelles qui brûlent la terre, et que la terre repoussera de son sein outragé. Nous appelons toutes nos communautés religieuses à coopérer avec nous à une levée générale contre le tyran universel... Saint M^node, et vous, membres de notre Église, dans tous les temps votre intercession a appelé sur notre empire la protection divine! Peuple russe, ce n*est pas la première fois que tu as arraché les dents de la tête du lion...

Unissez-vous; portez la croix dans vos cœurs et le fer dans vos matns , et jamais la force humaine ne pourra prévaloir contre vous... »

Ces proclamations portèrent leurs fruits; le clergé seconda la noblesse, qui s'imposa des sacrifices de tout genre; les marchands offrirent de Par^ gent; dans le seul gouvernement de

Moscou , on vota une levée de quatrevingt mille hommes et un subside d'un million et demi de roubles. Penza et Novogorod suivirent cet exemple, et l'élan se communiqua jusqu'aux pro* vinces les plus reculées de l'empire.

Le synode de Moscou et le clergé de cette ville, au milieu de toutes lès pompes du rit grec, firent hommage a l'empereur <rune relique miraculeuse, et le métropolitain Platon loi adressa en cette occasion solennelle un discours dont les images bibliques étaient propres à exalter les passions de la multitude.

« lid ville de Moscou , s'écriait-il , la première capitale de l'empire, la nouvelle Jérusalem, reçoit son Christ, comme une mère dans les bras de ses fils zélés; et, à travers le brouillard qui s'élève, pressentant la gloire brillante de sa puissance, elle chante dans ses transports : Hosanna ! béni soit celui qui arrive ! Que l'arrogant, l'impie Goliath , des limites de la France, apporte l'efifroi aux confins de la Russie , la religion tutélaire, cette fronde du David russe, brisera soudain sa tète orgueilleuse! >

Alexandre confia la garde de la relique à la milice de Moscou, et, à la suite de cette cérémonie , il partit pour Pétersbourg. Là, s'adressant aux intérêts plus qu'aux sentiments, il déclara que fa paix avec l'Angleterre était conclue, et que le commerce allait reprendre une nouvelle vie; la paix de Boukharest, dont les dispositions avaient été consenties dès le 29 juin , venait d'être définitivement signée. Il s'agissait encore de s'assurer c^un résultat de la plus haute importance :

nous voulons parler de la coopération active de la Suéde. Alexandre se rendit en toute hâte dans la ville d'Abo , où l'attendait Bernadette. Ce fut au milieu de la Finlande, dans le sein même de la capitale de cette province, enlevée aux Suédois jpar les Russes, que le prince royal oe Suède accepta les conditions de l'autocrate russe, et s'estgagea à porter les armes contre ses anciens compiignons d'armes , ou plutêt contre leur chef qui s'obstinait è

Toir dans l'élu d*UD peuple fier et famTe qu'an de ces rots parvenus ^los de sa fortune. Soit que Bemadotte cédât à la séduction des promesses et des louanges adroites de l'autocrate, ■eit que, prévoyant Tissue de cette lutte y après laquelle tant de fronts restèrent aécouronnés, il ait cru devoir légitimer son élévation aux yeux de rarintre futur de l'Europe, soit enfin mie les intérêts de sa patrie adop^ive Paient seuls guidé dans une détermination si importante, il promit d'agir ofTensivement contre Tarmée d'invasion. Si le succès peut justifier un tel parti, Charles XIV estlrréprochable; il est resté sur le trône, sans que la léaction qui a renversé toutes les dynasties, ou plutôt tous ces viœ-rois qui relevaient oe l'empire, ait pu l'attemdre; s'il n'a point saisi l'occasion qui se présentait de rétablir la Suède dans ses anciennes frontières, il a du moins assuré le repos de son pays, en abandonnant un territoire que les Russes lui auraient toujours disputé. Ce n'est point ainsi qu'eût raisonné Charles XII ; mais ce dernier a ruiné la Suède.

' Ainsi Alexandre pouvait retirer ses troupes de la Finlande; la paix de fioukharest rendait également disponibles les forces qui observaient les frontières turques; désormais c'était dans le cœur de l'empire que l'attaque et la résistance allaient se concentrer. On décréta une nouvelle levée de deux hommes sur cent pour les terres que des privilèges exemptaient du recrutement, et les domaines de la couronne, aussi bien que ceux des seigneurs privilégiés , durent fournir leur contingent.

Le 16 juillet, Barclay évacua le camp de Drissa; le même jour. Napoléon s'élançait de Wilna, ignorant le mouvement des Russes. A cette nouvelle, il changea soudainement ses dispositions : Oudinot, après avoir ruiné les ouvrages abandonnés de Drissa, reçut Tordre de poursuivre Barclay et de le devancer à Vitepsk ; il était appuyé par Murât, Ney, et la cavalerie de AJontbnin et de Nansouty. Le général russe les gagna de vitesse. Wittgensteio

couvrait Pétersbourg et observait Macdonald.

Après avoir passé la Dwina, Barclay prit position sur la route de Wilna , par laauetje s'avançait l'armée française; ae là il envoya Ostermaun avec 3uinze mille hommes jusqu'au delà 'Ostrowno. Pendant ce temps, Eugène refoulait au delà de la rivière une partie du corps de Dokhtourof; les Russes brûlèrent le pont derrière eux ; on travaillait à le rétablir lorsque Napoléon arriva sur ce point avec toute la garde. Le pont terminé, l'empereur se mit à la tête des Bavarois pour faire une reconnaissance. Il jugea que l'armée russe devait être à Vitepsk , et fit ses dispositions pour suivre l'ennemi.

A l'exception du corps d'Oudinot, resté en arrière pour observer Wittgenstein, et que remplaçait celui du vice-roi, la division entière, commandée par l'empereur, marcha sur Vitepsk par Ostrowno. Après quelques en- Sagements meurtriers , l'arrière-garde es Russes se retira à l'abri d'un rideau épais de bois auquel s'adossait la grande route. Les Français sondèrent et franchirent ces forêts, et bientôt, à deux lieues de Vitepsk , ils découvrirent l'armée de Barclay. Le 27 au matin, les Français forcèrent l'avantgarde de ce général à se replier sur le corps principal. Le soir du 27, les deux armées étaient en présence, séparées par la Soutchissa. Les Russes n'avaient sur ce point que quatre-vingt mille soldats; les Frai^is en comptaient cent vingt mille. Napoléon se croyait assuré de la victoire... Le lendemain matin, l'ennemi avait disparu, sans laisser un tralneur, sans qu on pût découvrir aux environs un seul paysan.

Les habitants de Vitepsk apportèrent les clefs de la ville à l'empereur; mais ils ignoraient la direction qu'avait prise Barclay. Il apprit bientôt quece dernier se dirigeait vers le nord, et il rentra à Vitepsk pour donner à son armée quelques jours de repos, et laisser aux corps que sa marche rapjide avait devancés le temps de le rejoindre. Pendant ce temps , Bagration , après avoir plié devant JDavoust à Novoselki, fit

L'UNIVERS

un détour, passa le Dniepr le 26, et arriva le 29 à Mstislaf. Ce fut la nouvelle de ce mouvement qui détermina Barclay à la retraite. Inférieur à Napoléon , ce général ne pouvait négliger l'occasion qui se présentait d'opérer sa jonction avec Bagration. Ils se trouvèrent ainsi l'un et l'autre à quinze lieues de Smolensk, le premier au nord , le second au sud de cette ville; le 3 août, ils réunirent leurs forces sous les murs de Smolensk.

Exposons maintenant en peu de mots quelle était la position des corps qui formaient les ailes des deux armées ennemies.

Tormassof commandait plus de quarante mille hommes, que sa réunion avec l'armée de Moldavie pouvait porter au double. Napoléon, ignorant la force réelle de ces corps, avait donné l'ordre à Reynier d'observer avec ses Saxons l'armée deVolhynie, et de remplacer Schwartzemberg qui devait renforcer Davoust. Tormassof prit aussitôt l'offensive, repoussa vivement les Saxons , et , après une résistance de neuf heures , il fit mettre bas les armes au général Klingel , qui se rendit avec deux mille hommes , et livra aux Russes quatre drapeaux et huit canons. Reynier rétrograda sur Slonim pour se rapprocher de Schwartzemberg. Le pnnce venait d'être investi du commandement de toute l'aile droite , avec la mission d'occuper le gouvernement de Grodno. Cependant Tormassof , s'avançant toujours, s'était placé entre les Autrichiens et la Vistule, les coupant du grand -duché de Varsovie; mais bientôt, menacé lui-même pr les Saxons et les Autrichiens , il rétrograda, et s'arrêta en arrière de Proujani , sur la route de Kobrin , dans une forte position. L'armée austro-saxonne vint 1 y attaquer; le combat dura tout le jour avec des succès variés ; la nuit permit à Tormassof d'effectuer sa retraite; vivement poursuivi le lendemain, il abandonna ses équipages et qjuelques canons; enfin les Russes , retirés derrière le 3tyr, reçurent la nouvelle que l'armée de Moldavie , sous les ordres de Tchitchagof, manœuvrait

pour se joindre à Tarmée de réserve.

Informé de ce mouvement, Schwartzemberg s'arrêta entre Kovel et Wladimir.

La démonstration deTormassof aval t jeté l'alarme dans Varsovie; Maison, gouverneur de Kôm'gsberg, s'avançât avec dix mille hommes jusqu'à Rustembourg; mais bientôt, informé de la retraite des Russes, il retourna sur ses pas (M. Mortonval). Victor se portait sur le Niémen , et Augereau recevait l'ordre de couvrir la ligne de l'Oder, et de diriger sur la Vistule la division Durutte.

A l'aile gauche, Macdonald s'établit à Jacobstadt , tandis que les Prussiens bloquaient Riga. Le général Ricard, détaché par le maréchal pour assi^er Dunabourg , entra sans coup férir dans cette place forte que les Russes venaient d'évacuer. Macdonald y établit son quartier général, et en fit raser les ouvrages.

Wittgenstein , alarmé par les mouvements de l'ennemi , avait appelé à lai la garnison de Dunabourg, qui portait son corps à trente mille hommes. Il apprit que le maréchal Oudinot marcnaît sur Sébéje; pour le prévenir, il se porta à sa rencontre , eu menaçant son flanc gauche. Le combat d'Iagoubovo força les Français à la retraite; ils l'opérèrent après avoir tenu en respect des forces supérieures , malgré le désavantage du terrain , et vinrent se rallier à la division Merle, au gué de Ja Drissa.

Koulnief, qui commandait l'avantgarde russe, traversa la Drissa, et vint donner au milieu de l'armée française rangée en bataille. Cette attaque rut fatale aux Russes : Koulnief fut tué avec un millier des siens; quatorze canons, treize caissons et deux mille prisonniers restèrent au pouvoir du vainqueur. Engagé à la poursuite de l'ennemi , le général Verdier se trouva en présence de forces supérieures, oui le rejetèrent avec perte de l'autre coté de la rivière. Oudinot, à la suite de ces engagements, rentra à Polotsk.

Wittgenstein blessé alla reprendre ses positions.

Gùariou Saint-Gyr ie porta sur Poiotsk pour renforoer Oudinot, et le ■(«▼eiiient des armées françaises se troa¥a simultanément sospendu.

Le 1*' oor^ , sous les ordres de Davoiisi, était a Dombroma; le 2' oocupût PoJotsk ; Ney. avec le t% était sur h route de Vitepsk à Suiolensk; le 4% aux ordres d*£iuène, se d^loyait aux caTirons de Vitepsk; PoniatOYski, «▼ee le &^, remplaçait Davoust à Mohilcf ; GooTîon Saint-Cyr, avec le 6", venait de se joindre à Oudinot; le 7*, réuni aux Autrichiens, observait Tormassof à Vladimir; à Orcba, JuAot remplaçait Jérdme et commandait le 8* corps ; le 9*", sous Victor, couvrait la ligne de la Vistute; le 10*, avec Maodonaki, défendait celle de la Dwina; le 11% qui formait la réserve, était réparti dans les places de rOder,5ous les ordres d'Augereau , qui avait son quartier général a Stettin.

Le roi de Maples, placé en avants garde, au delà du corps de Nar, cam-

Eit sur le chemin de Smolensk. « En* I, dit M. Mortonval, dont nous abrégeons le récit. Napoléon, entouré de la garde impériale a Vitepsk, surveillait toutes les parties de cette immense armée , dont le front se dévelopwt sur une ligne de trois cents lieues. Snivaiit partout et à la fois les mouvements de l'ennemi , il traçait d'avanee f d'après leurs manœuvres, le plan de celles auMI s'aporétait à opérer...

A cheval avant le lever du solefl , on le voyait passer des revues, visiter les hôpitaux où sa présence consolait et rsainsait les malades et les blessés; reotré dans son cabinet, il dictait des ordres pour tous les cheb de com, et deseenaait aux moindres détails de Padministration militaire, en même temps qu'il dirigeait de son camp l'adnumstration de Tempire. »

La mardie rétrograde des Russes les avait rapprochéB de leurs ressoums; s'ils avaient jusque-là perdu plus de monde dans les engagements cHii s'étaient succédé, ce d&avantage était plus que compensé par les fléaia de tout genre qui décimaient l'armée d'invasion; elle comptait alors un peu

10* lÀvraUon, (Rossis.) t. ii.

moins de deux cent mille bommes, et plus elle allait avancer dans les provinces de l'empire, plus ses communications et les moyens de pourvoir à sa subsistance deviendraient difficiles.

Les troupes légères de l'ennemi assaillaient les convois et les détadiements isolés, tandis que les paysans massacraient les trafneurs : cependant l'aspect des aigles et la présence de Napoléon soutenaient ces troupes tant de fois victorieuses, et l'espoir d'une bataille prochaine et décisive leur donnait la force de lutter contre toutes les privations.

Barclay ne sut point tirer parti de l'avantâj^e numérique qui résultait de sa position; le colonel Toll représenta

Su'il fallait tomber avec toute l'armée u centre, qu'on pouvait réunir en moins de deux jours, sur le principal noyau de l'armée française, a laqudle une semaine était nécessaire pour se rallier; l'ennemi, coupé dans sa ligne d'opérations, se serait vu obligé de battre en retraite, ou de se beurter contre une masse compacte de cent vingt mille combattants. Cet avis, fortement appuyé par le grand-duc Constantin, fut adopté; mais les temporisations du génâral russe, qui fatiguait ses soldats en marches et en contre-marches, firent manquer le résultat probable de cette habile conception.

Napoléon, averti de la manœuvre de Barclay, modifia sur-le-champ le plan qu'il avait adopté : tandis que les Russes s^étendent sur leur droite et menacent Vitepsk, il porte toutes ses forces sur leur gauche, dans la direction de Smolensk. Apres quelques engagements meurtriers qui retardèrent » marche des Français, ces derniers arrivèrent devant Smolensk; Bagration était accouru pour défendre cette

Èce, et Barclay l'avait suivi de près.

17 juillet, l'attaque commença; les Russes perdirent quek]ue8 milÛers d'hommes à la défense des faubourgs; la nuit éclaira l'incendie de la ville, et le lendemain au matin les Français y pénétrèrent; mais ils n'avaient oonouis que des ruines; Barclay avait fait eva-

rUNIVERS.

cuer cette position qui ne pouvait tenir longtemps.

Le lendemain , Barclay défendit la basse ville pour interdire aux Fran<^is le passage du Dniepr; il dut céder ennn, tt manoeuvra par un circuit pour aller joindre Bagration qui couvrait à quelque distance fa route de Moscou. Ney, suivi du roi de Naples, se dirigea entre les deux routeis de Péter8lH)urg et de Moscou; il délogea Tennemi du village de Garbounovo , et marcha sur la position de Valontina- Gora. Là les Russes se réunirent bientôt au nombre de trente-cinq mille.

L'empereur, supposant que Ney, qui devait appuyer Junot , n'aurait à lutter que contre Farrière-garde de Barclay, s'était contenté d'envoyer au secours du maréchal la division Gudin, et lui-même était rentré à Smolensk.

L'inaction inconcevable du duc d'Abrantès, et un contre-ordre donné au général Morand, sauvèrent les Russes.

Après s'être yaillamment défendus dans leur position , ils durent céder à l'impétuosité francise; mais le brave Gudin était tombé sur le champ de bataille. Gérard et Ney achevèrent de vaincre.

A l'aile gauche de l'empereur, Ou^ dinot avait soutenu l'attaque du corps de Witt^enstein , mais en abandonnant du terram jusqu'à Polotsk. Là Gouvion Saint-Gyr le rejoignit. Le 17, devant les murs de la ville, la bataille s'en-

Sagea avec un courage égal de part et 'autre. Oudlnot, forcé de plier, allait ressaisnr rayantage^ lorsqu'un biscaîen l'atteignit à râaauie : les ténèbres interrompirent Faction. Cependant le maréchal avait ordonné la retraite; elle commençait à s'opérer à la faveur de la nuit, lorsque Gouvion Saint-Cyr, décidé à ne point abandonner Polotsk , masquant habilement ses mouvements, vint appuyer les lignes qui étaient restées en présence de Fennemi. Les Russes, vivement attaqués à Finstant où ils ne doutaient plus du succès, se défendirent avec cette opiniâtreté et ce dévouement qui honorent jusqu'à teurs défaites ; enfin, débordés et enfoo-

cés de toutes parts, ils se rallièrent, et rétrogradèrent jusque derrière la Drissa. Ce beau fait d'armes valut à Gouvion Salnt-Cyr la dignité de maréchal.

Cette victoire, qui dégageait la

{tauche de Napoléon , fut prooablement à cause de sa ruine; la plupart des généraux français étaient <ravis de reculer jusqu'à Smolensk; l'empereur lui-méine avait manifesté à plusieurs reprises Fintention de ne point pousser plus k)in ses avantages, et de ne rentrer en campagne qu'après avoir comblé' les lacunes de son armée. La retraite de Barclay lui imposait la nécessité de marcher en avant ou de reculer. Le combat de Polotsk le décida sans doute à marcher sur Moscou. Il eom|)tait sur une affaire décisive qui, en lui ouvrant la capitale, terminerait la guerre, ou du moins mettrait à sa disposition toutes les ressources d'une vilFe riche et populeuse.

A sa droite , Scbwartzemberg et Reynier contenaient Tormassof ou l'armée de Moldavie; Victor, avec trente mille hommes, qui occupait une position intermédiaire, était a portée de secourir soit Schwartzemberg, soit Gouvion Saint-Cyr; Augereau, à la tête d'une nombreuse résierve, allait s'avancer pour remplacer le duc de Beliune; et des renforts, sillonnant FEurope dans toutes les directions, s'ébranlaient pour rejoindre l'armée active.

Les deux armées russes retranchées derrière FOuja, à quelque distance du Dniepr, inquimes par la cavalerie du roi de Naples, repoussèrent une attaque, que Davoust ne jugea pas à propos de soutenir ; elles rétrogradèrent sur la route de Moscou jusqu'à Tsarévo-Zaîmitchié. Là Koutousof rem|)iaça Barclay. On reprochait à ce dernier la perte de Smolensk et l'ei* ceasîve circonspection qui présidait à tous ses mouvements. Koutousof^ battu à Austerlitz, et vainqueur des Turcs à Routcbouk , avait Favantage de porter un nom russe ; ce vieillard conservait une grande énei^ie, et savait ajouter à la bravoure du soldat par le stimulant des idées religieuses. Le

nouveau générai en chef jagea néoes- «re de reculer jusqu'à fiorodino, a deux journées de Moeoou. Le 8 septembre, il rangea son armée en ordre de bataille. Il occupait une assiette très-forte, que protég^ient des ou- Trages garnis d'une &rmidable artillerie. U arait sous ses ordres cent trente-trois mille dnq cents hooinies, et disposait de six cents bouches à feu. Barclay, en passant sous le commandement oe Koutousof , ayait reçu celui d^one division formée des corps de Ba^jliavout et d'Ostermann, qui occupaient la droite; Beningsen, avec le corps deDokfatomrof et la garde impériale, couvrait la porition centrale de Gorki, que délenaaient en outre deux fortes batteries ; Bagration s'étendait à Taile gandie, et commandait les corps de Raîevsko! et de Baraxdin. Moscou venait d'envoyer dix -mille hommes de mUieei, et Mllaradovitch amena un renibrt de dix-sept mille guerriers.

Depuis Dorogobooje, les Français s'avançaient sur trois colonnes. Napoléon, au centre, suivait la grande route avec la garde et les corps de Davoust et de riey; Murât marchait à la tête de l'avant-garde, composée de la caval^ie de résârve et de la division Compans; le vice-roi flanquait la cauche, Poniatovski la droite, tous aeux réglant leur marche sur le mouvement de la division centrale.

L'empereur, après s'être reposé deux jours àujats, se porta en avant (4 septembre). Murât délogea ;du village ue Gridnèvo rarrière-f^rde russe oom- ■Mudée par Konovoitsin, et l'empereur vint passer la nuit dans cette position.

Le S, Konovnitzin se^ vit encore forcé d'abandonner le couvent de Kolotskoi et de se replier sur Borodino, où Koutousof le plaça sous les ordres de Gortchakof , au centre de l'aile gauche des Russes. Après une lutte lonnie et opînlêtre , la grande redoute do Gnevardino , oui couvrait le front du corps de Bifration, liit emportée par la division Compans.

Le 6 septembre au matin, Napoléon alla lid-ménie reconnattre la position

de renncmi ; il conçut aussitôt le projet de tomber avec la plus grande partie de ses forces sur Taile eauche des Russes, prescrivit toutes ms mesures qui devaient fsvoriser ce plan d'attaque, et, pour en dérober la connaissance à Koutousof, il attendit la nuit.

Le général russe, après la prise de la redoute de Cbevardino, avait renforcé sa gauche en y envoyant le corps de Toutâikof : vers le soir, il passa une revue générale, entouré de prêtres dans toute -la pompe du rit grec, et offrant à la vénération de l'armée une image miraculeuse de la Vierce.

Ce fîit un spectacle étrange que celui de tant dlwmmes venus de toutes les extrémités de reropire, tout façonnés par l'esclavage à une discipline ricoureuse, et jurant |Nir les mystères de la religion de mourir pour sauver leurs maîtres.

Les deux armées étaient à peu près éijales en nombre; les masses qui allaient se heurter prtentaient un effectif d'environ deux cent soixante et dix mille combattants; les Russes avaient l'avantage d'une forte position et d'une cavalerie excellente; leur moral était porté au glus haut degré d'énergie que puissent inspirer et la haine de rétranger et le sentiment religieux ; mais une partie de leurs forces se composait de nouvelles levées, et aucun de leurs généraux ne jouissait de cette haute réputation militaire qui double la ton* fiance du soldat.

Les Français, électrisés par la présence de l'empereur, et commandés par des ehefe habitués à vaincre, s'attendaient à une vi({oureuse résistance , mais ils ne doutaient pas du succès.

Les corps qui allaient se mesurer avec l'ennemi étaient l'élite de Tarmée; tous ceux que les fatigues et les privations avaient mis hors de combat étaient restés en arrière; les chevaux seuls, moins robustes que les hommes, ne répondaient pas a la belle tenue des troupes.

Le 7 au matin, les dispositions de l'empereur étaient prises, et Koutousof n'avait encore rien changé à son

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